Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 Juillet 2018, corrigé en Avril 2022

Beta: Elda

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Ève, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki et même Allen. A force de les côtoyer, Eve devint plus ou moins ami avec eux, ce qui lui attire les foudres des autres employés du manoir. Et tout cela s'agrave lorsque Tyki découvre qu'une femme de ménage volait le courrier qu'Allen envoyait à Eve et décide de la renvoyer. En contrecoup, Eve se fait harceler encore plus et une employé finit par tomber dans les escaliers (plus ou moins à cause de Road)

Trigger du chapitre: Rien (de ce que je peux voir)


Un chapitre un peu paisible mais j'ai dû me débrouiller avec le peu de temps que j'avais à y consacrer ces jours-ci, du coup...

Bonne lecture!


Nuancer le Noir chapitre 22 : Problèmes familiaux

Dimanche 16 août 1885

Marie Brown n'était pas morte.

Et honnêtement, je ne ressentais rien.

Je suppose… eh bien, mes sentiments s'annulaient? J'étais soulagée qu'elle soit vivante mais elle m'avait tellement pourri la vie ces dernières semaines que j'étais simplement heureuse de ne plus l'avoir dans les pattes…. d'une façon ou d'une autre.

Oui, parce que même si elle respirait encore, elle s'était méchamment cassé le bras gauche et même avec du temps et des soins, il restera toujours difficile à bouger pour elle. Madame Brown s'était donc fait «subtilement» congédiée à peine réveillée de l'opération par une Tricia furibonde : Road l'avait nourri avec bonheur de toutes mes mésaventures que j'avais pris bien soin de lui cacher ces dernières semaines.

Autant dire que je n'avais pas non plus échappé à une triste réprimande. Toutes les trois nichées sous les couvertures du grand lit de la chambre des maîtres, une Tricia en pleure nous avait serrées, Road et moi, nous faisant jurer de lui dire si quelque chose nous arrivait à nouveau.

J'avais croisé les doigts.

Étonnement, j'avais passé une très bonne nuit ensuite. Serrée sous de lourdes couvertures aux côtés de ma patronne et d'une Noah qui avait failli tuer une autre employée en face de moi et tout ça au XIXème siècle d'un monde parallèle, on aurait pu croire que j'aurais passé la nuit à me retourner anxieusement. Pourtant, aussitôt la «promesse» faite à Tricia, je m'étais laissée bercer par ses chuchotements anxieux et je m'étais endormie sans plus de cérémonie. Il faut croire que les câlins m'avaient beaucoup manqués. En même temps, je n'avais pas eu beaucoup l'occasion d'en faire ces huit derniers mois...

Le lendemain matin avait été assez étrange. Je ne sais pas si Sheryl était venue dans la nuit où non mais si c'était le cas, il avait dû s'esquiver en voyant son lit envahit par les femmes car il n'était nul part en vue le matin. Il devait sûrement être allé dans sa chambre secondaire, celle qu'il occupait lorsque Tricia était trop malade ou qu'il rentrait tard. J'étais longuement restée au lit à profiter du moment. Sheryl n'étant pas là et n'ayant pas fait de bruit moi-même, Tricia et Road dormaient encore profondément malgré l'heure de plus en plus tardive. Mais finalement, j'avais fini par m'extirper du lit et me diriger vers ma chambre pour changer de vêtements… avant de me souvenir que j'avais caché les derniers que j'avais chez les jumeaux. Toujours dans la chemise de nuit que Tricia m'avait prêté hier soir pour remplacer mes vêtements trempés de sang, j'étais retournée dans la chambre des maîtres, ne sachant pas trop quoi faire d'autres. J'avais sûrement dû faire trop de bruits, car Tricia était réveillée.

Le reste de la journée était un peu flou. Comme lors de mes premières règles en ce monde, Tricia s'était occupée de tout et je m'étais juste assise sur le lit avec Road pour témoigner de sa tornade d'efficacité. Les autre serviteurs qui avaient participé activement à mon bizutage avait été envoyé nettoyer ma chambre de fond en comble sous le regard scrutateur d'Eliott (akuma je vous dis) puis Tricia avait joyeusement passé commande pour quelques nouvelles robes (le bon côté des choses, d'après elle) puis avait promu Elinor Ingleston, la précédente Bonnes en Chef, comme femme de chambre personnel de Tricia à la place de Madame Brown. Ce qui, étonnement, avait laissé la place de Bonne en Chef à mon amie Clarisse.

Hu.

Je suppose que j'étais contente qu'au moins un truc bien était sorti de toute cette histoire ? Clarisse prit la nouvelle sans un battement de cil et plongea dans son nouveau rôle avec une aisance enviable. Je ne savais pas comment elle faisait pour être aussi calme et efficace alors que je sais que j'aurais été une véritable boule de nerf débordant de catastrophe si j'avais été dans sa position. D'ailleurs, John avait certes bien pris l'affaire, mais Louise était devenue très mal à l'aise. Il faut dire, c'était son objectif de devenir Bonne aussitôt qu'elle aurait l'âge et, dans ce cas, ce serait Clarisse sa patronne directe. Heureusement le flegme de Clarisse avait sauvé l'affaire, parce qu'autrement, la dynamique de notre petit groupe en aurait pris un coup. Après quelques dîners et pauses par-ci par-là, les mauvais sentiments s'étaient dissipés et l'ambiance était revenue à la normale, voir même plus agréable maintenant que nous n'étions pas en alerte constante, attendant un mauvais coup d'autres employés.

Une semaine plus tard, les choses étaient sensiblement retournées à la normale. Seulement, j'étais encore plus ostracisée par les employés maintenant. Pratiquement tous, sauf mon petit groupe et Berthe, m'évitaient comme la peste. Même ceux qui m'avaient plus ou moins soutenu pendant la guerre froide des employés. C'était un peu triste, mais ayant connu l'alternative… de toute façon, je n'avais pas vraiment le temps de me sentir seul. Road était encore plus collante que d'ordinaire, l'école ne se tenant pas dans son chemin et les jumeaux n'étaient pas vraiment en reste non plus, venant jouer dès que leurs cours particuliers se terminaient.

C'était assez déconcertant d'être autant au centre de l'attention et je n'aimais pas beaucoup ça. Heureusement pour moi, nous arrivions bientôt en septembre et cette date seule amena un tas de problèmes avec elle, me faisant rapidement oublier.

D'une part, il y avait l'anniversaire de Tricia, le trois septembre. Cela amena déjà un premier désaccord dans la famille. Road voulait un grand bal, comme l'avait été le sien, mais Tricia, ne sachant pas comment elle se sentirait à cette date, ne voulait pas organiser une si grande affaire qui pourrait si facilement devenir un désastre social. Qui plus est, avec la campagne politique de Sheryl couplée à mon «accident» à seulement deux semaines de son anniversaire, cela semblait difficile à organiser.

Dans un autre foyer noble de cette époque, la question n'aurait même pas été débattue. D'un côté, l'enfant n'aurait pas eu voix au chapitre et serait plutôt réprimandé d'insister sur une question «d'adulte» d'un autre, toute occasion était bonne d'organiser un bal. Question de politique, comprenez.

Ainsi, c'était la véritable liberté (pour l'époque, encore une fois) que Sheryl offrait aux femmes de sa vie qui posait problème. Road était une véritable enfant-reine et même Tricia qui avait été si catégorique pour que l'on fête seulement son anniversaire en famille commença à hésiter lorsque Road fit connaître sa préférence. Sheryl, de son côté, voulait terriblement faire plaisir à Road mais s'inquiétait en même temps pour sa femme. Mais finalement, le conflit était en train de pencher dangereusement vers un bal lorsque Tyki ajouta son grain de sel.

Ou plutôt le retira.

J'avoue, c'était peut-être un peu ma faute sur ce coup là…

Évidemment, dès le départ, Tyki était fermement sur le côté de Tricia «Elle se sent si bien en ce moment, le stress de l'organisation d'un bal n'est pas une bonne idée...» disait-il d'un ton désolé. Ah, comme si! Il ne voulait juste pas y aller. Autant dire que je le taquinais sans pitié sur ce coup-là. Enfin, il est vrai qu'à l'origine, j'étais plus timide dans mes piques, de peur de me faire embarquer à nouveau. Heureusement, Sheryl avait rapidement calmé mes craintes en assurant dès la seconde heure de débat qu'il était hors de question que j'y accompagne à nouveau Tyki. Heureusement pour moi, les raisons étaient nombreuses et tellement convaincantes que même Tricia et Road acquiescèrent sans réserves.

Arf… ça en revenait toujours à la politique…

Eh bien, quoi qu'il en soit je m'en était donnée à cœur joie ! Vu qu'il n'y avait aucune façon que je me fasse engager à nouveau dans ce merdier, j'avais charrié Tyki jusqu'à ce qu'il s'arrache les cheveux. Et puis, en riant, je lui avait dit qu'au pire, il pouvait toujours se faire la belle.

Et il l'avait fait, l'idiot.

Avec seulement une note mentionnant vaguement quelque chose à faire, il était parti. Bien sûr, Sheryl se lança rapidement en chasse, s'enfermant dans son bureau toute la journée et hurlant dans son téléphone de bureau, le bal relégué bien à l'arrière de son esprit. Moi, de mon côté, je ne faisais pas la fière. Me faisant la plus petite possible, j'essayais de ne pas me faire remarquer, mais Road avait évidemment noté mon étouffement avec le thé lorsque j'avais appris la disparition de Tyki et… Eh bien, Road était terrifiante. Alors je lui avait dit que je savais peut-être où il serait. Enfin, après trois jours de suppliques et menace à peine voilé, hein! Ben quoi? Road est vraiment terrifiante! J'étais déjà fière d'avoir tenu autant...

Et c'est pour cela que nous nous retrouvions, Road, les jumeaux et moi, sans aucun adulte (et oui, à cette époque, je ne comptais pas) à Londres.

Ça allait se finir mal cette histoire…

«Tu es sur qu'Oncle Tyki est là?» demanda suspicieusement Road en fronçant le nez en passant devant une allée malodorante.

«Non.» Je grognais presque. «Je te l'ai dit, je n'en sais rien, je sais juste qu'il traînait dans le coin il y a quelques mois...»

«Quelques mois! Qu'est-ce qu'on fait là alors? Même lui ne serait pas assez stupide pour rester aussi longtemps au même endroit» Gémit Devit en shootant dans un caillou mal placé.

«Surtout avec le Marquis qui le cherche partout…» hocha Jasdero, l'air nerveux en regardant tout autour de lui. Les garçons ne sortaient pas souvent, peut-être était-il un peu mal à l'aise de voir autant de personnes? C'est vrai que les rues étaient sacrément bondées...

«Je sais bien! Rentrons au manoir, Road, il n'y a aucune chance qu'il so… Tyki?» je m'étouffais en laissant tomber mon regard sur l'homme en face de moi. J'avais bien pris soin de nous garder dans les ruelles supérieures, loin du bar, pourquoi diable était-il là?!

«Oncle Tyki !» Cria Road avec ravissement en se jetant sur l'homme à l'air blême, figé devant nous. Le noah du plaisir avait bien l'air tenté de faire un pas de côté pour éviter sa semblable mais il eut l'air de décider de ne pas tenter le diable et resta sur place, ouvrant juste bien grand les bras pour l'attraper avec un soupir. «Qu'est-ce qui t'a pris de partir comme cela? N'aurais-tu pas pu attendre quelques jours de plus?» Gémit Road avant de lâcher son oncle et de lui jeter, tout à coup une énorme patate dans le ventre qui le fit tomber à genoux en grimaçant.

La petite fille se retourna en boudant et attrapa les jumeaux par le bras avant de piétiner vers le magasin de bonbon juste au coin sans même un regard pour voir si nous suivions.

Levant les yeux en l'air, je tendis une main à Tyki pour l'aider à se relever. Trébuchant debout, Tyki continuait à se masser le ventre d'une main tout en se tournant vers moi d'un air légèrement irrité. «Je croyais que tu ne voulais pas de ce bal, pourquoi les as-tu aidé à me trouver?»

A ses mots, je reniflais un rire sarcastique. «Comme si je pouvais résister à Road.» Je grimaçais et il acquiesça en réponse. «Et, je suis flattée que tu crois que je puisse te trouver dans une ville aussi grande que Londres sans le moindre indice qu'un 'J'ai des affaires urgentes dont je dois m'occuper, je ne sais pas quand est-ce que je rentrerais' mais c'était vraiment un pur hasard. J'avais même pris soins d'éviter notre bar… d'ailleurs, que fais-tu dans les ruelles chic de Londres?» Je demandais curieuse en observant ses vêtements de classe moyenne. Ils n'étaient pas aussi beaux que d'ordinaire, mais ce n'étaient certainement pas les loques qu'il portait lors de nos sorties avec Allen.

Tyki se passa une main dans les cheveux en soupirant à nouveau. Il le faisait beaucoup. «Le premier endroit où me chercherait Sheryl en dehors de la maison, ce sont les ruelles mal famées… Je me suis dit que je pouvais le prendre à son propre jeux, mais on dirait que c'est moi qui me suis fait avoir...»

«Eh bien, ce n'est pas comme si Road faisait attention, tu peux toujours essayer de courir à nouveau...» Je proposais alors que nous observions Road et les jumeaux à travers la vitrine du magasin.

«Non, c'est bon, il reste à peine plus d'une semaine avant l'anniversaire de Tricia, il serait politiquement incorrect d'inviter à si court préavis, Sheryl ne ferait jamais ça.» Répondit Tyki en haussant les épaules alors que nous entrions dans la boutique.

«Alors pourquoi n'es-tu pas rentré plus tôt?» Je demandais curieuse en grimaçant au prix d'un sachet de caramel.

«Sheryl va être affreux, que je sois partie une heure ou un mois alors autant en profiter...» Expliqua-t-il. «Mais maintenant que Road m'a trouvé, je ne vais certainement pas la faire attendre plus longtemps sinon elle va me le faire regretter.»

«Ça, je veux bien te croire...» Je murmurais en observant un pauvre vendeur se faire détruire oralement par la petite Noah.


Au final, nous revenions tous les cinq à la maison les poches remplis de bonbons, près du tiers offert par le magasin, gracieuseté du terrifiant sourire de Road. Tyki se traînait tout le chemin à l'arrière du groupe mais il fut rassuré lorsque Sheryl n'accourra pas à notre entrée au manoir: Il devait encore être à la recherche de son frère en ville. Nous par contre, on se prit une sacrée réprimande. Je n'avais jamais vu Tricia aussi énervée. Road m'avait traîné peu après le déjeuner et les jumeaux avaient posé un lapin à leur professeur pour nous suivre. Alors, évidemment, je n'avais pas eu le temps de la prévenir. Nous avions bien pris le cocher du manoir pour nous amener à Londres, mais Road lui avait ordonné de nous attendre sur la grande place il n'avait donc pas pu ni nous chaperonner, ni prévenir Tricia.

Nous nous tenions donc tous maladroitement devant Tricia, penaud, même Road. Il était difficile de prendre son regard désapprobateur sans faillir et nous étions tous terriblement soulagés lorsqu'elle poussa un soupir fatigué et commença à embrasser les enfants chacun leur tour.

«Merci beaucoup, Eve, j'étais un peu soulagée de te savoir avec eux.» Sourit-elle en m'embrassant doucement. Je dû me retenir de ne pas lui avouer que je n'avais pas vraiment été la plus adulte sur ce coup-là, au contraire, j'avais suivi Road comme un caneton.

« Et toi, jeune homme !» Dit-elle tout à coup en se plantant devant Tyki, les mains croisées. « Nous étions terriblement inquiets ! Disparaître ainsi sans rien dire… Sheryl t'a cherché partout ! »

« J'ai laissé une note ? » Essaya de se défendre Tyki mais la justification sonnait un peu boiteuse. « J'avais juste certaines affaires dont j'ai dû m'occuper...» Dit-il à nouveau mais s'empressa de développer à la mine exaspérée de Tricia. «Un ami était tombé malade, il avait besoin d'aide.» Dit-il vaguement dans un mensonge évident.

He bien, pas pour Tricia, semblerait-il, car elle haleta en plaquant ses doigts sur ses lèvres «Rien de grave, j'espère?» Dit-elle inquiète et je sentis Tyki s'affaisser sur lui-même alors qu'il levait les mains rapidement pour la rassurer.

«Ho non, il s'en remet déjà très bien !» Dit-il avec un rire nerveux.

«Oh, très bien, je suis soulagé.» Dit-elle avant de sourire et de frapper dans ses mains pour attirer l'attention des enfants qui avaient déjà recommencé à se chamailler. « Allons dans le petit salon pour un thé, je suis sûre que Sheryl ne va pas tarder à nous rejoindre.»

Et en effet, à peine une heure plus tard, la porte du petit salon vola dans le mur alors que Sheryl s'écrasait dans la pièce et fonçait sur Tyki pour l'étouffer férocement sous le poids de son amour. S'ensuivit ensuite quelques minutes gênantes où Sheryl alterna entre les cris et l'affection exagérée sur un Tyki qui semblait terriblement souffrir. Finalement, Sheryl se calma un peu et ils recommencèrent à parler du bal. Comme l'avait prévu Tyki, Sheryl soupira qu'il était trop tard pour envoyer les invitations amenant Road à bouder quelque peu ce qui poussa Sheryl à lui promettre une nouvelle robe ce qu'elle accepta bien trop vite. Il faut croire qu'elle ne tenait pas à ce bal temps que ça. Le dernier renfort en faveur du bal abattu, personne ne souhaitait réellement s'embêter à ce propos et le sujet fut joyeusement abandonné au profit de la petite fête familiale pour l'anniversaire de Tricia.

La maîtresse de maison voulait absolument voir un opéra qui se jouait actuellement à Londres que les nobles dames lui avait recommandé lors de l'anniversaire de Road. Elle proposa, bien sûr, à tout le monde d'y aller mais les jumeaux piquèrent une crise, Tyki refusa promptement et Road l'avait déjà vu avec le Duc et n'avait pas envie de le revoir. Malgré la moue de Tricia, Sheryl refusa catégoriquement que j'y aille seule avec eux et n'ayant pas trop envie d'y aller moi-même, je m'empressais de lui vendre l'idée d'une soirée en tête à tête comme ils n'en avaient pas eu depuis… eh bien au moins depuis que j'étais arrivée.

Tricia s'illumina alors, évidemment enchantée à l'idée et Sheryl sembla un peu honteux de ne pas lui avoir consacré plus de temps ces derniers mois. Finalement, il fut décidé que nous déjeunerions tous ensemble (oui, même moi, il faudrait que je revois mes bonne manières de table…) Puis que Tricia se reposerait jusqu'à l'heure du thé et partirait seule avec Sheryl déjeuner dans un grand restaurant avant le spectacle. La suite amena un peu plus de problèmes… Tricia serait sûrement trop fatiguée après le spectacle et Sheryl pensait coucher dans leur maison de Londres évitant le long voyage en pleine nuit jusqu'au manoir. Cependant, Tricia était inquiète de laisser Road (si jeune!) et les jumeaux (Voyons, Sheryl, ils ne sont pas encore habitués au manoir) tous seuls pour la première fois au manoir mais Road fit remarquer, d'une voix bien trop innocente pour être vrai, que Tyki et moi ainsi qu'une pléthore de domestiques étaient là si nous avions un problème et qu'elle ne voudrait «vraiment pas gâcher votre journée, mère!» Évidement, devant temps de mignonnerie, Tricia fondit aussitôt et accepta avec un lumineux merci à Tyki et moi. Échangeant un regard sceptique avec mon camarade d'infortune, je vis bien que j'étais loin d'être la seule à sentir anguille sous roche… Je n'avais pas hâte d'y être…

Pourtant, ce ne fut pas ça, le premier problème, à nous exploser à la figure. Septembre ne voulait pas seulement dire «anniversaire de Tricia» après tout. En fait, pour moi comme pour sûrement beaucoup de personnes, septembre était synonyme de rentrée des classes. Dans le cas présent, Road supplia, bouda, hurla mais pour une fois, Sheryl resta ferme et elle fut inscrite pour une nouvelle année. Évidemment, avant cela, elle avait pris soin de sortir tous les arguments possibles et inimaginables contre son retour à l'école (Comme Tyki m'avait dit qu'elle faisait à chaque retour de vacances) mais pour une fois, une fit mouche. Elle s'était en effet plainte qu'elle préférait grandement avoir des tuteurs à la maison comme les jumeaux plutôt que de rejoindre d'autres filles de bonnes familles. Cela avait fait froncer les sourcils à Sheryl et après que la situation de Road se fut réglé (avec un: «Le Duc le souhaite» qu'il aurait pu sortir une demi-heure plus tôt, cela nous aurait épargné les gémissements) il souleva l'idée d'envoyer les jumeaux dans un collège pour garçons nobles.

Les jumeaux, qui semblaient enchantés de pouvoir s'éloigner de Sheryl pendant plusieurs mois à la fois (et était-ce normal que je me sentais aussi vexée qu'ils préféraient partir de la maison pour éviter Sheryl alors qu'ils le voyaient à peine plutôt que de rester avec Road, Tricia et moi?) déchantèrent très vite lorsque Road gazouilla joyeusement que la masse de travail était bien plus importante là-bas, qu'ils avaient des corvées et même des punitions disciplinaires.

Tricia non plus était contre leur départ, elle dit, à nouveau, que cela faisait à peine quelques mois que les garçons étaient arrivés au manoir et qu'ils avaient à peine eu le temps de s'acclimater. Malgré tout mon respect pour cette femme, je pensais tout de même que la principale raison pour laquelle Tricia ne voulait pas que les jumeaux partent était parce qu'elle ne voulait pas se retrouver à nouveau seul. Encore une fois, Road était à l'école la plupart du temps où en visite chez le duc, Tyki passait son temps en rendez-vous ou à s'échapper en ville pour jouer au poker et Sheryl était pleinement occupée avec sa campagne ministérielle. Alors, vraiment, les jumeaux et moi étions les seuls à être disponibles le plus souvent. D'une part, parce que j'étais, de toute façon, à son service, mais aussi parce que les jumeaux n'étaient que trop heureux de délaisser leur précepteur (même s'ils l'appréciaient davantage ces derniers temps) pour aider Tricia.

Qui plus est, les jumeaux, malgré leurs à-peu-près-14 ans, étaient on ne peux plus enfantin et se disputaient (enfin, principalement Devit) sans cesse sur le même niveau que Road (Qui en avait l'air de neuf). Alors, évidement, Tricia qui était la femme la plus maternelle que je connaissais à cette époque, ne pouvait s'empêcher de les traiter comme des enfants en bas âge et s'occuper d'eux en conséquences. Très franchement, je pense qu'un bébé humain lui ferait le plus grand bien…

Enfin bref, tout ça pour dire que Tricia s'opposait très fermement au départ des jumeaux mais peut être pas pour toutes les bonnes raisons. Sheryl, de son côté, ne prenait pas non plus le bien être des jumeaux en compte. Encore une fois, tout ce qui lui importait, ici, était les apparences. Les jumeaux étant (apparemment) de maison noble, ils auraient dû commencer le collège à treize ans. Comme il était tout à fait hors de question de les libérer dans la haute société juste après leur éveille (ou en tout cas je supposais qu'ils s'étaient éveillés comme Noah) ils étaient restés au manoir pour une remise à niveau d'urgences sur leurs compétences sociales. Cependant, maintenant que leurs compétences étaient à peu près satisfaisantes (encore une fois, s'ils daignaient faire un effort…) Sheryl ne voulait pas tarder à les envoyer au collège. Ils pouvaient encore passer pour des enfants de treize ans (après tout, on était même pas sûr de leur âge) et mieux valait entrer aux mêmes âges que les autres enfants nobles pour acquérir de meilleures connexions.

Le fait qu'ils ne seraient pas dans ses pattes pendant plusieurs mois à la fois devait aussi être un facteur non négligeable pour Sheryl.

Et c'était tout niveau débat. Tyki s'en foutait comme de sa première chaussette, Road prenait simplement un malin plaisir à rajouter de l'huile sur le feu et, malgré ma position privilégiée parmi les serviteurs, je n'avais franchement pas le droit d'ouvrir les lèvres sur ces questions même si leur traitement m'énervait prodigieusement. Peut être, avant tout les derniers problèmes, j'aurais pu glisser une remarque, mais la patience de Sheryl était particulièrement courte en ma faveur ces derniers temps alors je préférais ne pas tenter le diable et restait bouche close. Ça avait déjà l'air trop pour lui que je sois même acceptée dans la pièce lors des discussions de famille vu ses sourcils froncés. Honnêtement, je ne pouvais pas lui en vouloir. Il est vrai que tout les problèmes avec le bal, les serviteurs, Tyki et les enfants commençaient à faire beaucoup pour un homme qui n'avait déjà pas une minute à lui avec toute la politique qu'impliquait l'élection et comme toutes ces choses pouvaient m'être imputé d'une façon ou d'une autre… eh bien… Moi-même, j'aurais préféré être tranquillement dans ma chambre plutôt que de supporter la véritable guerre froide entre les époux mais Tricia me traitait comme un soutien bienvenue et m'empêchait tout simplement de partir avec un sourire avenant et une main sur mon bras.

Voilà pourquoi je restais simplement en retrait, un sourire fade sur le visage essayant d'empêcher mes sourcils de se froncer en une grimace agacée. Je détestais ces situations où personne ne se parlaient ce qui provoquait un tas de malentendus qui finissait bien souvent en tragédie. Malheureusement, la discussion était un mode d'action particulièrement sous utilisé au XIXeme siècle. Toute la société reposait sur une système supérieure/inférieure encore plus accentué qu'au XXIeme siècle et même si les Noahs étaient étonnement tolérant de ce côté-là (Enfer, ils adoptaient des enfants des rues et laissait une fille sans souvenir s'intégrer à leur vie de famille.) ils étaient aussi sacrément têtues.

De ce fait, Sheryl restait sur ses positions, Tricia ne voulait même plus en entendre parler et l'ambiance au manoir était devenue particulièrement glaciale.

Sheryl qui avait fait des efforts, ces derniers temps, pour passer du temps avec sa famille avait recommencé à se faire rare et Tricia, sûrement dû à la mauvaise entente qui régnait, était tombée dans un espèce de rhume perpétuel et ne quittait plus le lit. En fait, je pensais même qu'ils faisaient chambres à part, ou alors, Sheryl se levait particulièrement tôt parce que je ne le croisais même plus le matin lorsque je venais retrouver Tricia.

Tout ça pour dire que je fus particulièrement heureuse de voir arriver le Duc après trois jours entiers de malaise général. J'étais tellement soulagée que je viens même à sa rencontre pour une fois. J'aurais préféré que les époux règlent leurs différents d'eux même mais seul un miracle semblait pouvoir faire l'affaire maintenant et n'étant pas croyante… Au moins, le duc staturait une bonne fois pour toute sur la question. D'après ce que j'avais compris, c'était lui le véritable tuteur des jumeaux même s'ils habitaient chez Sheryl alors même Tricia ne pourrait pas s'opposer à la décision s'il lui en prenait tout de même l'envie.

Avec un sourire plein d'espoir, je le guidais jusqu'au bureau de Sheryl. Normalement, il aurait dû tout d'abord aller saluer la maîtresse de maison, en d'autre terme, Tricia, mais comme celle-ci était alitée, elle ne pouvait décemment le recevoir. Eh bien, pour une fois ça m'arrangeait. En effet, il ne fut pas difficile de l'aiguiller sur le bon sujet de conversation en commentant que l'absence de Tricia était dû à un différend à propos de la scolarisation des jumeaux et, ho, peut-être pourriez-vous en parler avec eux? Ils semblent particulièrement inquiets de quitter le manoir et comme ils vous apprécient beaucoup… manipulatrice? Évidemment. Mais à un moment, il ne fallait pas pousser mamie dans les orties…

Malgré avoir bien trop outrepassé mon rang (alala, le XIXeme siecle, une véritable époque de plénitude sociale...) le Duc, comme à son habitude, semblait-t-il, laissa couler et se concentra plutôt sur mes mots.

Peut-être un peu trop d'ailleurs.

Je jouais aux cartes avec Devit et Tyki, Jasdero et Road câlinant une poupée à côté de nous lorsqu'on frappa à la porte de la bibliothèque. Regardant curieusement la porte, je me levais aussitôt lorsque je vis le Comte pour le saluer rapidement et pouvoir me mettre en dehors du chemin. Pressée le long d'une étagère bien garnie de livres, j'observais le duc se diriger vers les plus jeunes Noahs, un Sheryl malheureux sur les talons. C'est drôle comme une seule personne pouvait vous faire changer totalement de comportement. Voyez Jasdevi par exemple, aussitôt le Comte en vue, les garçons s'étaient redressés de leurs précédente positions affalées avec un regard lumineux.

« Duuuuc » cria Road en sautant par- dessus son fauteuil avant de courir les bras tendus et s'écraser dans le Comte.

« Ouf ! » soupira exagérément Adam avec un rire avant d'attraper Road et de la porter jusqu'au petit coins salon où les trois autres jeunes Noahs s'étaient levés pour le saluer à leur tour, Sheryl traînant les pieds derrière lui.

Avec un sourire peut-être un peu trop suffisant, je les laissaient à leurs affaires et avec toute la sournoiserie dont j'étais capable, je filais jusqu'à la porte de la pièce, maintenant libre et me glissait à l'extérieur. Fermant tout doucement la porte, je laissais échapper un soupir fatigué avant de marcher dans le couloir en direction des chambres. J'espérais vraiment qu'ils résoudreaient correctement le problème cette fois… En attendant, je m'étais beaucoup trop mêlé de ce qui ne me regardait pas ces derniers temps et je préférais ne pas me mettre plus sur le mauvais côté de Sheryl que je ne l'étais déjà, ça ne me ferait pas de bien à long terme…

Je n'entendis pas la fin de cette histoire ce soir là. Tricia étant toujours alité, je mangeais assez tôt avec elle dans sa chambre avant de la laisser dormir et retourner dans la mienne. Le lendemain, je prenais le petit déjeuné avec Tricia et Road lorsque cette dernière m'appris que les jumeaux iraient bien en pensionnat.

« Ils ont fait un compromis. » M'expliqua Tricia. Elle avait toujours l'air un peu triste mais loin d'être aussi agacée et inquiète que les derniers jours. « Ils essaient l'école pour un an et si ça ne leur plaît vraiment pas , ils auront des tuteurs à la maison. »

« Le Duc a également proposé une école plus proche et père s'est arrangé avec la direction comme cela ils pourront revenir le week end. » expliqua Road en balançant ses pieds d'avant en arrière.

« Ça m'a l'air bien... » Je répondis un peu surprise. « Je n'ai pas encore vu les jumeaux ce matin, ils sont contents du résultat? »

« Ils auraient sûrement préféré ne plus du tout avoir cours, mais ils s'en sortent mieux que prévu alors je suppose. » répondit Road en haussant les épaules amenant Tricia à la gronder légèrement sur son manque de décorum m'amenant à porter rapidement ma tasse à mes lèvres pour cacher un rire : j'étais à peu près sur que Road avait attrapé ça de moi.

He bien, le manoir allait être bien vide avec les jumeaux en pensionnat… Avec Tricia qui se reposait, Road à l'école, Sheryl au travail, Tyki en vadrouille et les serviteurs qui m'évitaient… eh bien, j'allais devoir me trouver quelque chose à faire d'urgence… Bah, ça ne devrait pas être bien difficile. J'avais un tout nouveau siècle à expérimenter après tout.


Bon! On a atteind les 100000 mots et 100 reviews donc comme promis, vous aurez un chapitre bonus... un jours... j'avais un projet que j'essayais de construire avec un autre auteur mais il semble se noyer en ce moment... Donc comme pour UAPV, je vais écrire un chapitre bonus, surement une histoire secondaire du point de vue des Noahs parce que bon… Eve est pas très objective tout de même et n'a globalement aucune idée de ce qu'il se passe vraiment.

Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu, pensez aux review (pour l'hypothétique prochain chapitre bonus :p) et on se voit le 5 du mois prochain !