Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 septembre 2018, corrigé en Août 2022

Beta: personne héhé

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Ève, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki et même Allen. Mais l'exorciste part en Inde, les jumeaux sont envoyés en pension, Road est à l'école, Tricia malade, Tyki en vadrouille et Eve se met à déprimer, trop seule avec ses pensés.

Trigger du chapitre: Petite dépression des familles


Ok, chapitre non betaed parce que mon mail est resté dans la boite d'envoie et que je ne l'ai pas remarqué jusqu'à y a une heure quand je me suis dit "c'est bizarre quand même qu'elle ne m'envoie rien" :))))

Bonne lecture!


Nuancer le Noir chapitre 24 : Déprime en perspective

Mardi 15 septembre 1885

La tête appuyée contre la vitre, je regardais mollement le monde vivre sa vie à travers la fenêtre.

Merlin je m'ennuyais…

Ces derniers jours avaient été… affreusement… terriblement… lents.

Le départ des jumeaux avait déjà porté un sacré coup à l'ambiance du manoir. J'avais beau me dire, des fois, lorsqu'ils faisaient trop de bruit à une heure indue de la nuit ou lorsqu'ils insistaient pour me tirer de mes dessins lors de mes pauses, que j'aimerais bien les voir disparaître, il n'empêche que lorsque ça arrivait vraiment… ben, c'était pas si chouette en fait.

Les jumeaux avaient été merveilleux pour occuper mon esprit mais même eux partie, on aurait pu se dire que les autres habitants du manoir n'auraient tout de même pas eu de problèmes à m'accaparer. Road et Tricia s'en étaient très bien occupé toute seuls mes premiers mois au manoir après tout.

Mais noooon, Tricia était tombée malade à peine une semaine après son anniversaire. Ce n'était pas très grave, heureusement, mais c'était le genre de maladie vicieuse et longue qui vous prenait aux tripes et empêchait de bouger trop longtemps du lit. Tout le temps fatigué, il était même difficile pour nous de faire les promenades qu'elle aimait tant. En fait, le médecin les avait même proscrites à moins que la maîtresse de maison ne soit étouffée sous douze tonnes de vêtements. Ce qui, bien sûr, la fatiguait encore plus et donc la clouait au lit plus vite qu'on pouvait dire « maladie. »

Et donc, pour plus de deux semaines maintenant, Tricia était entré dans le même rythme qu'elle avait brièvement adopté en février dernier, c'est-à-dire: dormir, dormir, manger et encore dormir.

Mais cela allait, n'est-ce pas ? j'avais encore Road et Tyki voir même Sheryl.

Oui sauf que non.

Road, à peu près en même temps que les jumeaux, était retournée à l'école (ou ce qui approchait de l'école pour des jeunes filles de bonnes familles…) et n'était donc à la maison qu'à peine quelques heures le soir. Sheryl, quant à lui, s'était replongé corps et âmes dans sa campagne politique et si je le voyais une fois tous les trois jours, c'était déjà bien.

Et Tyki ?

Tyki était un traître.

Enfin je dis ça, mais si j'avais eu la possibilité, je l'aurais fait aussi donc bon... j'étais juste ennuyée parce que je n'avais personne d'autre et que je supportais mal la solitude à long terme. Enfin, il y avait bien mes amis employés mais c'était… compliqué ces derniers temps. Avec tous ces problèmes de harcèlement et les employés renvoyés il y a juste quelques semaines, j'essayais de les déranger le moins possible. Je ne voulais pas entacher leur relation avec leurs autres collègues plus qu'ils ne l'avaient déjà fait. Je descendais à peine aux cuisines voir Berthe et Louise et seulement en plein milieu d'après midi lorsque je savais qu'il y avait peu de chance de croiser qui que ce soit d'autre. Comme je ne venais plus le soir, il était impossible de voir Jean et Clarisse pendant plus de cinq minutes et j'arrivais seulement à passer un peu de temps avec eux le week-end. Ce n'était pas assez. Donc, oui, Tyki, lorsqu'il avait senti que Sheryl était assez occupée avec ses affaires, avait décollé vers le soleil couchant si rapidement, que nous ne l'avions pas remarqué jusqu'au soir venu. Enfin Sheryl ne l'avait pas remarquée. Le noah du plaisir avait été assez aimable de me prévenir de son départ et c'est bien pour cela que je ne l'avais pas jeté sous le bus (nommé Sheryl) lorsque son frère s'était déchaîné en remarquant sa disparition.

Heureusement, cependant, la crise du maître de maison ne dura pas si longtemps. Le comte vint déjeuner le lendemain et, je ne sais pas ce qu'il lui dit, mais Sheryl s'était considérablement calmé le soir et n'avait plus reparler de Tyki autrement que pour rassurer sa femme en lui disant qu'il était partit voir des contact du Duc pour envisager de fonder une affaire.

C'est cela, oui.

Je savais de source sur que le bonhomme était parti crapahuté en Irlande dans sa salopette miteuse et les lunettes hideuses que je lui avait offert.

Mais enfin, bref: je me retrouvais seul.

Au début, j'avais parfaitement profitée des mes jours de congés impromptus. Je passais à peine une heure le matin avec Tricia puis deux autres en fin d'après midi avec elle et Road et tout le reste du temps était à moi ! J'avais passé les premiers jours à dévorer les notes d'Hugo laissés en suspens après les trop nombreuses fois où un habitant du manoir (Road, les jumeaux ou plus récemment, les employés du manoir et Merlin que j'étais heureuses qu'ils n'aient pas trouvés les notes…) avaient valsés dans ma chambre sans aucune gène. Mais après trois jours à ne faire que cela de mes journées, c'est-à-dire, déchiffrer cette satanée écriture cursive (c'était jolie,hein, mais Merlin que c'était illisible) je me payais un sacré mal de tête et une démotivation profonde. Alors, j'avais limité ma recherche à ce qui me restait de matinée (vu que je mangeais avec Tricia à 11h, car elle ne tenait même pas jusqu'au déjeuner) et passais l'après midi à dessiner et ma soirée à lire.

Mais…

Plus ces jours de pause avançaient, plus je me mettais à dessiner des choses de mon ancienne vie sans faire attention. Ne vous méprenez pas, je l'avais toujours fait. Je prenais un objet, par exemple, et en faisait une espèce de feuillet de recherche. Comme par exemple un téléphone. Je dessinais la version que l'on avait au manoir puis j'explorais les design futur dont je me souvenais ou que j'imaginais avec des annotations sur ses qualités et défauts sociaux et technologiques. Peut-être cela vous faisait-il lever un sourcil, mais il ne faut pas oublier que je n'avais pas eu de nouvelles stimulations artistiques que ce soit par les manga, films, musées… depuis des mois. Les seuls choses que j'avais étaient des romans, des classiques certes, mais surtout des romans qui en générales, ne supportaient pas du tout mes convictions que ce soit à propos de la femme ou de la société en générale. Alors, évidemment, après le 27eme dessin de détective Conan qui faisait lui-même suite à une impressionnante série sur toute la pop culture dont je me souvenais, j'avais dû chercher autre chose à faire de mes crayons: d'où les études d'objets.

Waw, j'ai beaucoup digressé.

Quoi qu'il en soit, tout ça pour dire que mes "dessins du futur" prenaient, au fil des jours, des formes de plus en plus inquiétantes. Ici, ma vieille boîte à trésor, là, un doodle de mon père sur le canapé du salon, là bas, la chaise branlante du balcon de ma mère, et puis, la tête de cerf en papier de mon frère et ma sœur… dans le lot, on pouvait même apercevoir la petite sculpture difforme que j'avais faite à Azy et le collier de Kira.

Pour essayer d'enrayer le processus, munie de mes économies, j'avais même fait un voyage à Londres pour me faire un petit plaisir (chose que je n'avais pas faite depuis les vêtements de garçons pour explorer Londres sans... crainte) j'avais achetée une belle malette de peinture aquarelle, une chose avec un certain cachet qui surclassait de loin les boîtes en plastoque du XXIème siècle. Mais malheureusement, j'avais seulement passé deux jours à tester les mélanges de peintures et les techniques dont je me souvenais avant que je me surprenne à griffonner Fred (notre grand arbre en pot chez ma mère). Tout cela était non seulement dû au trop plein de temps libre sur mes mains mais aussi sûrement au fait que mon anniversaire approchait dangereusement.

Mon vrais anniversaire, pas cette connerie du 1er Avril dans laquelle m'avait embarqué Road. Non, le vrai jour de ma naissance dans le bon vieux XXIeme siècle.

C'est étrange tout de même. Et un peu amusant aussi. Au XXIeme siècle, mon anniversaire, lorsque j'étais plus jeune, n'était qu'une façon d'avoir un objet que j'avais voulu toute l'année. Et puis, aux environs du collège, ça n'avait plus été qu'une étape à partir de laquelle je devais me souvenir de répondre quelque chose de différent à la question "quel est ton âge?". Et puis un bon moment en famille aussi. J'avais arrêté de demander quelque chose en particulier. Si le cadeau me plaisait, temps mieux, sinon, c'était tout aussi bien, ça rejoignait mon sac à cadeau et ça ferait plaisir (ou non) à quelqu'un d'autre un jour.

Qui plus est, je n'étais pas particulièrement attachée à mon âge. Je n'avais jamais voulu grandir plus vite comme ça semblait toujours être le cas pour les adolescents dans les films et je n'avais pas non plus envie de revenir en arrière maintenant (plus jeune, je ne dis pas, j'étais un peu nostalgique de mes années primaires) rien que l'idée de devoir refaire tout mon collège avec les souvenirs de maintenant… brrr, le retour des dictés maléfiques et des cours de géométrie démoniaque.

Donc, oui, la date n'avait pas trop importé pour moi.

Mais maintenant… Tout à coup, elle prenait une signification toute particulière.

Maintenant, chaque jour précédant mon anniversaire amenait avec lui une boule de plus dans mon estomac. Je me sentais si lourde et fatiguée rien qu'à cause des souvenirs qui m'assaillaient à chaque pas. Ici, l'odeur de la sauce aux framboises me rappellerait ma sœur. Et puis là, le crayon en papier évoquerait mes amies. Un paquet de bonbon vide de Road? Mon frère. Une balade dans les champs crierait mon père et puis une sieste au soleil me rappellerait ma mère. Ici, tel ou tel cousin, là-bas le vieux quartier de ma ville et puis, la bibliothèque où j'avais passée temps d'heures de mon adolescence à tel point que les bibliothécaires connaissaient encore mon nom des années après.

C'était stupide, des petites choses qu'on remarquait à peine dans la vie de tous les jours et qui prenaient tout à coup une importance significative.

Et pourtant… tout cela continua, de pire en pire, à tel point même que je me perdais dans mes pensées en mangeant avec Tricia ou en jouant avec Road. Je finis par m'en rendre compte, bien sûr, après la troisième fois que Road m'appelait dans la même partie de cartes mais je ne pouvais m'en empêcher. Et puis, tristement, j'espérais peut-être aussi que les filles comprennent que quelque chose n'allait pas chez moi et prennent des mesures.

Il faut croire que mes souhaits furent entendus.


Vendredi 2 octobre 1885

Le week-end suivant, les jumeaux revinrent au manoir pour la première fois depuis qu'ils étaient partis à l'école. La transformation était… très loin de ce que j'avais attendu malgré moi. J'avoue, j'avais imaginée que les jumeaux reviendraient comme on les voyait dans le manga. Avec Jasdero en blond et Devit maquillé. Mais non. Pas du tout. Au pire, ils avaient tous les deux les cheveux plus longs, mais c'était tout.

Encore une chose où je m'étais terriblement trompée, c'est que j'avais pensé qu'ils n'apprécieraient pas leur expérience à l'académie. Tout ce trop plein de règles et de devoirs… et pourtant ! Terriblement excités, ils revinrent au manoir avec un tas d'histoires plus ou moins extravagantes. Ils avaient fait une sélection, voyez vous. A Tricia, ils avaient parlé de leur cours, de leurs amis (leurs amis! J'étais tellement fière :') ... ) du fonctionnement de l'académie, des professeurs et de quelques anecdotes sans conséquences…

À Road et moi, par contre, c'était une autre histoire. Recroquevillé sur le lit de Road (c'était le plus grand) éclairé par une bougie solitaire, quelques minutes après que Tricia se soit endormie, ils nous avaient chuchotés avec de grands sourires sournois leurs différents exploits. Si tout ce qu'ils racontaient étaient vraiment vrais, j'étais impressionnée par la façon dont ils s'étaient mêlés à la vie de l'école comme des poissons dans l'eau. Ils n'étaient certainement pas les meilleurs élèves, mais ils semblaient jouir du fait de faire semblant de suivre les règles avant de trouver un moyen de les détruire en petit morceau par derrière. Ils avaient un peu trop pris à cœur la leçon sur les farces…

C'est là, vraiment, que je me rendis compte de l'influence que j'avais ici. Bien sûr, il restait encore du temps avant que le canon prenne place, mais est-ce que pour vous, les jumeaux étaient sournois dans le manga? On parlait tout de même des gars qui se faisaient mener en bourrique par Cross ! He bien, évidemment, Cross n'était pas le plus facile des adversaires, et ils avaient eu leur moment avec le truc des clés et du masque par exemple, mais tout de même… ils m'avaient toujours paru… idiots dans le manga mais maintenant que je les connaissais en vrais… c'était totalement faux. Ils n'étaient peut-être pas les meilleurs pour les choses académiques, mais il ne fallait surtout pas sous-estimer leur compréhension de la mécanique humaine. Ils avaient vécu dans la rue pendant des années après tout, cela aurait dû me paraître évident qu'ils ne soient pas aussi idiots qu'ils semblent l'être.

Ce soir-là, je reviens dans ma chambre avec un sourire aux lèvres avant de me coucher dans mon lit. Et puis… une mélancolie profonde s'installa petit à petit dans mes os et je restais simplement allongé sur le matelas, le regard vide et les mains tremblotantes.

Je détestais être comme ça. Cet espèce d'état entre deux autres, au bord d'un précipice auquel tu te raccroches tout en regardant vers le bas. Je savais que si je me laissais aller ne serait-ce qu'une seconde, je tomberais dans ce vide émotionnel qui me laissait indifférente à tout. Pratiquement muette, mon visage se lissait en une chose neutre et je ne semblais pas pouvoir avoir une émotion qu'elle soit négative ou positive.

Mais l'alternative, c'était de rester accrocher en haut, falsifiant un sourire alors que mon cœur criait à l'intérieur de moi. Paniqué, c'était alors le contraire, je ressentais trop, bien trop et surtout une inquiétude qui ne semblait pas avoir de sens mais qui rongeait mes entrailles sans que je puisse en découvrir la source. C'était comme se balancer au bord et savoir qu'on pouvait tomber à tout moment. Sûrement, ça ne tuerait pas, mais ça allait faire très mal, très longtemps, peut-être même à vie.

Alors, ce moment intime avec les jumeaux et Road, remplit de rires et sourires si semblable à ce que j'avais eu avec ma fratrie ou mes amis, ce fut la poussé nécessaire à ma chute.

Le lendemain, je fonctionnais en automatique.

Répétant des gestes mille fois fait avec un visage neutre et sans vie, je ne pourrais même pas être capable de vous dire ce que j'avais accompli ce jour-là. On aurait aussi bien pu me dire que j'avais dormi toute la journée ou danser du lyndi hop sur la table de la salle à manger avec le Comte que je n'aurais pas pu contredire (même si ça paraissait tout de même hautement improbable… le quadrille aurais eu le bénéfice du doute mais le Lyndy n'ayant même pas été encore inventé…Hmm bref) J'etais un tel zombie que j'étais presque surprise lorsque je reprenais quelques esprits dans la chambre et découvrais que j'avais encore tout mes membres. Ce n'était pas dû au hasard cependant. Cela devait bien faire deux heures que j'étais étalé sur mon lit à regarder le plafond en me morfondant lorsqu'un éclair particulièrement violent brisa le ciel. Sursautant, je clignais les yeux et m'asseyais précipitamment. Waw, j'avais tout de même réussi à enfiler une chemise de nuit dans mon état de mort cérébrale, j'étais impressionnée.

Trébuchant sur mes pieds, je marchais maladroitement vers la fenêtre, sursautant lorsqu'un nouvel éclair déchira le ciel. Observant une seconde le véritable déluge à l'extérieur, je frissonnais lorsque je remarquais à quel point il faisait froid à l'intérieur. Pas étonnant, la cheminée n'était pas allumée. Grimaçant légèrement, je regardais le foyer avec des yeux tristes: impossible que je l'allume de moi-même. Non seulement je n'avais pas les outils mais même avec, je ne suis pas sûr que j'aurais réussi avec ma peur du feu. J'étais prête à m'enfuir sous les couvertures et retourner à ma crise existentielle, mais on toqua doucement à la porte. Jetant un coup d'œil à la petite horloge mécanique sur le bureau que m'avait prêté Tricia lorsque j'étais en retard une fois, je découvrais qu'il était bien trop tard pour un visiteur. Les sourcils froncés, les pensées vaguement occupées par les employés du manoir, j'approchais prudemment de la porte pour demander qui c'était.

"Road" murmura rapidement en retour mon interlocuteur et j'ouvrais aussitôt la porte un air toujours perplexe sur le visage. La jeune fille ne m'avait jamais dérangé à une heure aussi tard au cours des derniers mois… j'étais un peu inquiète.

Je n'en avais vraiment pas besoin. La porte ouverte, je pouvais observer avec surprise la jeune Noah avec un oreiller dans les bras avant qu'elle ne passe tout à coup sous mon bras pour entrer dans ma chambre.

"Road!" Je chuchotais agacé en me retournant vers elle tout en fermant la porte. Je doutais que j'allais réussir à faire sortir le petit monstre de si tôt et même si j'y arrivais, nul besoin de réveiller tous les habitants du manoir. Heureusement que je n'avais pas assez d'affaires personnelles pour pouvoir foutre le bordel dans ma chambre, je pensais pour au moins la cinquantième fois. Merlin savait que les enfants du manoir n'avaient aucune conscience des limites personnelles.

"Il y a un orage." Dit-elle simplement en se laissant tomber sur mon lit comme si cela expliquait tout. Croisant les bras et élevant un sourcil, elle prit un air innocent avant de s'expliquer. "Et tu as peur des orages, alors je me suis dit que je pouvais venir dormir avec toi! On a moins peur quand on est à plusieurs." Dit elle.

"Je n'ai pas peur des orages" je dis en roulant les yeux mais je ne reçu en réponse qu'un regard plat et je rougis un peu. Ce n'était vraiment pas des orages dont j'avais peur, mais il était un peu difficile de lui dire que c'était d'elle. Sans s'attendre à des représailles bien entendu.

Traînant les pieds, je me laissais tomber sur le lit et la regardais d'un air plat, attendant qu'elle parle et décide quoi faire. Pour ma part, j'étais trop fatigué mentalement pour faire autre chose que de suivre.

"Aloooors" chantonna-t-elle en se mettant à secouer ses pieds d'avant en arrière. "Je me disais que nous pouvions peut- être faire un jeu. Comme un cache-cache? Il y a trop de bruit pour dormir et nous nous sommes bien amusés la dernière fois." Demande-t-elle avec un petit sourire.

Pâlissant en me rappelant la dernière fois en question, je creusais mon cerveau pour penser à autre chose à faire d'urgence. "Je suis un peu trop fatigué pour un cache-cache, Road, et puis nous ne voudrions pas réveiller tes parents." Je dis avec un sourire d'excuse alors que je cherchais désespérément quelque chose d'autre à lui proposer. Road fit la moue et serra un peu plus son oreiller contre elle, l'air déçu. "Oh, j'ai une idée." Je laissais échapper tout à coup, attirant son attention. "Et si nous faisions un fort de couverture ?" Je proposais avec un grand sourire.

"Un fort de couverture ? C'est un jeu ?" Demanda Road, intriguée, en se penchant vers moi.

"On peut dire ça" je répondais en réfléchissant. "J'ai lu ça dans un livre. Lors d'un orage, les enfants de l'histoire construisirent une cachette secrète remplie de coussins et couvertures de toute la maison et se racontèrent des histoires jusqu'à l'aube." J'expliquais. "J'ai toujours voulu essayer, mais je n'ai jamais eu personne avec qui le faire et ce n'était pas vraiment drôle toute seul" J'avouais timidement en me mordant la lèvre, les joues rouges de gènes. C'est étrange, j'avais déjà fais bien plus honteux devant elle, mais lui avouer un rêve d'enfant semblait tout à coup bien plus personnel et je ne pouvais m'empêcher de me tortiller sous son regard.

"Arrête ça, tu vas finir par avoir des cicatrices." Soupira Road exaspéré en plantant son petit doigt osseux dans ma joue, m'amenant à desserrer les dents et lâcher ma lèvre. "J'aime bien les histoires, mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait tout simplement pas en raconter dans le lit… enfin pourquoi pas, ça fais longtemps que je n'ai pas construit de cabanes." Souris Road et elle sauta hors de mon lit et se dirigea vers la porte.

"Que fais-tu?" Je demandais curieusement en me levant également.

"Hé bien tu as dit que les enfants avaient pris toutes les couvertures de la maison, n'est-ce pas?" Demanda Road avec un grand sourire.

"Oui, mais nous n'en avons pas besoin, nous ne sommes pas autant qu'eux et ce n'est pas une maison, c'est un manoir." Je fis remarquer en roulant pratiquement des yeux. Ne venait-elle pas à peine de dire qu'elle n'était pas très motivée?

"Ramenons au moins t'es couvertures et coussins dans ma chambre alors." Bouda Road en traînant des pieds vers le lit pour commencer à arracher mes draps. Je n'avais pas hâte de les remettre demain matin.

"Et pourquoi le ferions-nous dans ta chambre?" Je demandais, amusé en l'aidant à tirer les draps.

"Ta chambre est toute petite et le feu n'est même pas allumé, il fait froid. En plus, tu es juste à côté des parents, et si nous devons passer notre nuit à discuter, ce n'est pas drôle de le faire en chuchotant. Ma chambre est entre celle de Tyki et des jumeaux, il n'y aura aucun problème pour le bruit." Explique-t-elle logiquement avant d'ajouter le coussin qu'elle avait apporté à sa pile de drap et de se taire pour pouvoir entrer discrètement dans le couloir. Elle n'avait pas tort sur ce coup là, les chambres étaient assez bien insonorisés d'ordinaire mais tout de même, c'était un vieux manoir. Les maîtres de maisons pouvaient donc m'entendre si je parlais un peu trop fort mais cela voulait aussi dire que je les entendais lorsqu'ils avaient des… activités de couples. Je vous avais dit que je passais beaucoup de temps à la bibliothèque ? C'est une belle pièce, vraiment, il serait dommage de ne pas en profiter un maximum… surtout vers 20h, c'est un moment parfait pour lire des romans au calme pendant que Tricia va se coucher avec Sheryl. Et c'était moins gênant comme ça le matin.

Attrapant mon édredon, je suivais calmement Road dans le couloir, prenant soins de refermer la porte derrière moi. Je ne suis pas sûr qu'il était très correct pour une employée de passer la nuit dans la chambre de l'enfant des hôtes de la maison mais bon, je n'étais pas une employée très typique et on ne pouvait vraiment pas dire que Kamelott étaient des employeurs typiques non plus…

"Tu peux ouvrir la porte?" Chuchota Road en me regardant, les mains chargées des deux cousins et du drap.

"Attends une seconde…" je murmurais en poussant la couverture sous mon bras pour pouvoir appuyer sur la poignée. Malheureusement, je n'avais pas remarqué qu'à cause de sa taille, son nouveau placement avait fait traîner la couverture par terre et lorsque je m'approchais de la porte je trébuchais dedans et me prenais la porte en pleine face avec un bruit sourd.

Évidemment, Road commença à rire avant de se rendre compte du bruit qu'elle faisait et essaya d'étouffer ses gloussements avec ses coussins. Pendant ce temps, me frottant le menton en jurant dans ma barbe imaginaire, je sursautais violemment lorsqu'un "Qu'est-ce que vous fabriquez encore ?" Retentit tout à coup à notre gauche. Me retournant tout à coup avec inquiétude, je soupirais de soulagement en reconnaissant la tête de Jasdero dépasser de sa chambre avec Devit.

"On va faire un fort de couverture !" Gazouilla Road avant de se rendre compte qu'elle parlait encore trop fort et de grimacer.

"C'est quoi? Un jeu?" Chuchota Jasdero en quittant la sécurité de sa chambre pour s'approcher de nous.

"Presque" répondit Road faisant échos à notre conversation à peine deux minutes plus tôt. "On construit une cachette secrète de couverture et de coussin et puis on se raconte des histoires. Eve a dit que certains enfants font ça pendant les orages alors comme elle en a peur, on s'est dit que.."

"Je n'ai pas peur des orages!" Je chuchotais agacé mais aucun ne sembla en prendre note vu qu'aussitôt après, Jasdero se tourna vers moi avec une mine timide.

"Je ne savais pas que tu avais peur des orages, Eve." Murmura-a-t-il et avant que je ne puisse lui répondre à nouveau que, mais non enfin! Il enchaîna directement. "Ne lui dites pas que je vous ai dit ça, mais Devit a peur des orages aussi…peut être que vous pourriez vous entraider!" Dit il avec tellement d'espoir dans sa voie que je puis rien faire d'autre que le regarder et soupirer mentalement. Temps pis, je serais connue comme la fille qui a peur des orages ici. Peut-être que ça me permettra d'attraper quelques câlins en plus? C'était si difficile d'en avoir à cette époque en Angleterre…

"Si vous voulez, vous pouvez nous rejoindre!" Proposa tout à coup Road en souriant. C'est vrai qu'ils s'entendaient beaucoup mieux maintenant, mais Road n'était toujours pas du genre à inviter d'elle même les jumeaux dans ses jeux. Elle me laissait habituellement étendre l'invitation. "Il faut ramener ses couvertures et coussins et puis Eve a dit qu'elle allait nous raconter une histoire!"

"Hey, ne déforme pas mes propos, j'ai dit qu'on se racontait habituellement des histoires, pas que ce serait moi qui…" je murmurais en réponse sentant que je me faisais entraîner contre mon gré.

"Super! Je vais chercher Devit!" S'exclama doucement Jasdero avant de filer, exciter, dans sa chambre.

"Roaaaaaad" je gémis ne recevant en réponse qu'un petit sourire innocent. Damnit. J'avais déjà lu des histoires à des enfants… mais voilà, je les avais lus, pas inventées au pied levé. On avait fait quelque fois l'exercice au théâtre et laissez moi vous dire que ce soit seul ou en groupe c'était terriblement dur de faire quelque chose de fluide.

Grommelant, je suivis la jeune fille dans sa chambre, posant les draps sur le lit de Road avant de laisser cette histoire...euh… d'histoire de côté pour me concentrer sur la création de la cabane. Dans les enfants Baudelaire, il la créaient près d'un feu pour pouvoir faire des ombres chinoises. C'était sympa les ombres chinoises, non? Ça plaisait toujours aux enfants ça… laissant mon regard balayer la salle, je repérais deux fauteuils à l'air massif près de la cheminée et une chaise plus simple au bureau près de la fenêtre. Si nous voulions faire une cabane assez grande pour quatre, mieux valait d'autres meubles en plus pour la tenir et les chaises étaient le plus pratique.

"Va chercher une chaise dans la chambre des jumeaux, Road, je vais en prendre une dans ma chambre également." Je dis à la jeune Noah qui hocha la tête avant de s'élancer à nouveau vers le couloir. Wow, je lui avait donné un ordre et elle l'avait écouté sans questions… si c'était pas incroyable ça…

Une dizaine de minutes plus tard, nous nous retrouvions à quatre dans la chambre de Road à chercher comment faire tenir les draps correctement. Nous avions attaché les draps au-dessus de la cheminée au début, et cela fonctionnait très bien, mais j'avais peur qu'ils prennent feu. Devit roula les yeux tout le long et Road faisait des remarques pas très agréables, mais ils acceptèrent finalement de déplacer la cabane un peu plus loin et nous installons les chaises dans un cercle lâche collé à une des armoires. Grâce aux poignées de l'armoire, notre cabane était tout de même assez haute de plafond et pas trop loin du feu pour profiter de la chaleur.

Enfin, enfin, après avoir déversé la multitude de cousins sur le sol et recouvert le tout de duvet moelleux, nous nous installions tous les quatre tranquillement dans le nid de couvertures.

"C'est bizarre…" marmonna Devit avant de sursauter à un éclair particulièrement bruyant.

"C'est pas très confortable. Bouge ton coude Jasdero." Marmonna Road en roulant légèrement sur moi à la place.

"Et ça fait un peu peur…" je murmurais en fixant les ombres dansantes des flammes.

"Moi, j'aime bien" souris Jasdero amenant les trois autres à tourner leurs têtes vers lui dans des angles étranges pour le regarder bizarrement.

"Je suppose…" murmura Road dubitative avant de s'asseoir tout à coup me faisant sursauter. "Bon! L'histoire maintenant!"

"Et si nous racontions chacun notre tour une petite histoire? Comme une anecdote ou une rumeur mystérieuse." Je leur proposais en m'asseyant à mon tour, m'appuyant contre l'armoire pour pouvoir voir les trois Noahs.

"Non." Maugréa aussitôt Devit. " Je n'ai pas envie de parler."

"Je ne sais pas trop quoi raconter non plus… mais tu pourrais le faire, Eve! Tu lis beaucoup, je suis sûr que tu en connais des bien!" répondit timidement Jasdero alors que Road ne faisait que me fixer ostensiblement, m'ayant déjà donné son point de vue plus tôt.

"Bien…" je soupirais en tirant une couverture dans mon dos pour être plus confortable. Vu comment c'était parti, mieux valait se mettre à l'aise…

" Une idée de thème?"

"Chevalier et princesse!" Cria aussitôt Road. Heureusement que nous n'avions pas de voisins et que le tonnerre grondait, sinon elle aurait réveillé tout le manoir.

"Quoi? Non!" Gémit aussitôt Devit en se relevant sur un coude. "Je ne veux pas d'histoire d'amour, c'est nul" Jasdero semblait déchiré entre eux, ne semblant pas savoir quoi dire.

"Je n'ai pas dis que je voulais forcément une histoire d'amour, c'est toi qui saute aux conclusions!" Bouda Road. Sentant le mal de tête poindre, je m'empressai d'intervenir.

"D'accord, je m'en souviens d'une qui pourrait convenir. On a des princesses, une espèce de chevalier et il n'y a pas vraiment d'histoire d'amour ou, en tout cas, pas principalement entre le chevalier et la princesse, cela convient à tout le monde?" Je demandais calmement recevant en retour un hochement excité de Jasdero et des réponses maussades des deux autres qui se regardaient encore en chien de faillance.

"Bien alors… Il y a très longtemps, dans le royaume d'Arendel, vivait un roi, une reine et leurs deux filles. La fille aînée avait un don spécial, voyez vous, elle pouvait créer de la glace…" je commençais doucement.

Au début, l'exercice était difficile. Les enfants semblaient apathiques et je cherchais mes mots toute les phrases. Mais finalement, ils se prirent au jeu et moi aussi. Ils posaient des questions, parlaient à la place des personnages et renversaient l'histoire, me forçant à trouver de nouveaux moyens d'arriver au terme du récit.

Mais... c'était très amusant et bientôt, une histoire devient deux, puis trois et ce fut seulement à la quatrième, au beau milieu du petit matin que nous succombions tous au sommeil, épuisé.

Le lendemain, lorsque je me réveillais à moitié écrasé par Jasdero, Devit agrippé à mon bras et Road de l'autre côté, je restais un moment allongé à regarder le drap rose de Road au-dessus de nos têtes. J'avais cru, après tout ce qui s'était passé en Avril, que j'avais réussi à accepter ma situation mais… peut-être l'avais-je vraiment intériorisé, mais qu'il m'avait fallu une piqûre de rappel. Avec le harcèlement des derniers mois et "l'abandon" des dernières semaines couplé aux règles de sociétés strictes, au manque flagrant de câlin, à l'embouteillement de toute mes émotions et secrets et à la date mémorable… peut être cela avait-il été trop pour moi.

Quoi qu'il en soit, baigné dans l'attention des enfants, je laissais mon esprit s'absenter vers mon… ancien monde. Et je pouvais le dire maintenant : ancien, vieux, ex… avait un nouveau monde, une nouvelle vie, une nouvelle place… et, peut être… un jour, je pourrais simplement repenser à mes anciens souvenirs avec une nostalgie heureuse. Ce n'était pas encore le cas, mais j'étais en bonne voix et… ma nouvelle vie n'était pas si mal, n'est ce pas ?


La dépressioooon. Parfois ton cerveau te joue des tours et tout parait demander trop d'efforts et aspire ton énergie, bien s'entourer ça peut aider.

Pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !