Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 novembre 2018, corrigé en Novembre 2022
Bêta : MiaKoTo (2018) Personne (2022)
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki et même Allen. Mais l'exorciste part en Inde, les jumeaux sont envoyés en pension, Road est à l'école, Tricia malade, Tyki en vadrouille et Eve se met à déprimer, trop seule avec ses pensées.
Trigger du chapitre: Aucun, je pense (dites moi si vous pensez qu'il est nécessaire d'en rajouter un!)
J'ai eu un beau dessin d'Eve et Tyki au bal d'Hana et un de tout les gens d'NLN d'Elogane :D Ils sont à retrouver sur mon tumblr avec ceux d'avants, et si vous voulez m'envoyer le votre, mon mail c'est ennael. whistler (arobase) gmail. com
Aussi, le bonus a enfin été posté! C'est "Nuancer le Tout" à retrouver sur mon profil si vous ne l'avez pas déjà lu :) Qu'en avez vous pensés ? Est-ce que le tout vous semble plus clair ?
Bonne lecture :D
Nuancer le Noir chapitre 26 : Idées Cadeaux
Mercredi 25 novembre 1885
J'avoue, Tyki me manquait. Un peu. Encore une fois, il n'y avait pas grand chose à faire au manoir l'après midi avec les jumeaux partis, Road à ses cours et Tricia endormie. Très franchement, je ne voyais pas comment les femmes nobles supportaient cette vie… mais j'imagine, quand l'autre option est de travailler jusqu'à en mourir…
Quoi qu'il en soit, ça m'avait laissé beaucoup de temps pour réfléchir si je devais offrir quelque chose aux garçons et si oui : quoi?. Les jumeaux c'était le plus simple. C'était des enfants plus jeunes, il n'y avait donc aucun problème à leur offrir un cadeau. Et le choix n'était pas bien difficile non plus, ils aimaient les jeux et je connaissais une dizaine de jeux de cartes jouable uniquement avec leur propre set, je n'avais donc qu'à dessiner le paquet. (C'est après une semaine dessus que je me suis rendue compte que cela prendrait un peu plus de temps. Heureusement que je n'avais rien à faire l'après midi…) Pour Allen, il n'y avait pas de question, je lui offrais un cadeau, mais quoi? Et pour Tyki… je n'étais pas trop sur des convenances. Lui s'en foutrait j'en suis sûre, mais je n'avais pas trop envie de me faire écarteler par Sheryl ou voir les yeux brillants de Tricia (et n'était ce pas triste que les deux actions soient à la même hauteur de peur? Terrifié par un sourire, arf…)
Quoi qu'il en soit, Tyki toujours absent, je me dis que c'était le meilleur moment pour lui trouver un cadeau. Au pire, je n'aurais qu'à lui donner en douce? Un après-midi dans la bibliothèque, lorsque Tricia dormait, que Sheryl était dans son bureau et Road à l'école… simple comme bonjour, non? Sauf que… je n'étais pas douée pour les cadeaux, vraiment pas douée. Pas pour le fait de les trouver, non, j'avais l'habitude d'acheter des trucs tout au long de l'année lorsque je les voyais et que ça me faisait penser à quelqu'un en particulier. Ou alors de fabriquer des choses. Des bijoux, un dessin, une sculpture… Donc non, me procurer le cadeau en question, ce n'était généralement pas compliqué (exception faite de mon père. C'était tellement difficile de lui trouver un cadeau qui pourrait même avoir le potentiel de lui faire plaisir!) le plus dur, c'était de le donner. Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais une peur irrationnelle de donner mes cadeau. A un point même que j'essayais de le filer en douce aux anniversaires où que j'étais bien heureuse de laisser planer le doute sur quel cadeau j'avais offert à noël. (Je l'admet ici, c'est moi qui t'avait offert ces chaussettes affreuses, bro, pas exclusivement papa, on les avait acheté ensemble. Désolé.) C'était étrange, même si j'avais passé du temps sur le cadeau, que je l'avais fini pendant des semaines et était à peu près sûr qu'il ferait plaisir… le jour même, je devenais tout à coup persuadée que c'était le pire cadeau du siècle.
Et on peut se dire, pourquoi faire tout un fromage sur un cadeau? Parce que, autant pour moi, je m'en fichais, mais alors pour les autres… Donner quelque chose qui n'est pas apprécié, ça prouve en fait qu'on ne connaît pas du tout la personne, non? Et une de mes plus grandes insécurité, c'est que je suis absolument nulle avec les gens. En surface, ça à l'air d'aller… mais à l'intérieur… Je ne comprends pas pourquoi ils font si, ou ça, je ne sais pas réconforter quelqu'un, je ne sais jamais si la personne est honnête ou non, je crée des quiproquo embêtant… J'ai beau essayer, j'ai toujours l'impression d'être dans une bulle à quelques mètres au-dessus des autres. Comme dans un lit superposé! Ton bureau est à à peine quelques centimètres, en étendant le bras, tu es sûre de pouvoir attraper le livre qui est dessus, mais non, c'est trop loin. Je le vois mais je ne peux pas le toucher. C'est pareil avec les gens, j'ai l'impression qu'il y a un mur invisible entre nous… Mais ça arrive à tout le monde, non? D'avoir l'impression de ne pas comprendre les autres parfois, d'être à l'écart… C'est ces "moments de solitudes" qu'on a parfois. Alors tant pis, je le donnerais mon cadeau! Tant pis s'il touche pas la cible. C'est l'intention qui compte… non ?
Suite à cette nouvelle résolution, je m'étais mise à réfléchir sérieusement à un cadeau pour Tyki. Un livre? La bibliothèque en était déjà pleine. Des vêtements ? Je ne serais pas surprise si ne serait-ce qu'un seul de ses costumes valait plus que l'intégralité de ce que j'avais gagné en un an… et pourquoi pas un service? Lui promettre de garder Road et les jumeaux en dehors de son dos pour une journée par exemple? Malheureusement, je n'étais pas sûre que ce soit possible de les retenir... Il avait déjà eu un paquet de cartes d'Allen, il n'avait pas besoin de nouveau déguisement alors qu'est ce que je pourrais bien… Ho. Trouvé.
De l'alcool.
Dans une bizarrerie étrange, Sheryl interdisait à Tyki de boire de l'alcool autre que le vin servi à table. Et même ça ce n'était pas toujours le cas. J'avais d'ailleurs déjà plusieurs fois regardé maladroitement une engueulade entre les deux sur le sujet. Tyki aimait les alcools forts, mais impossible pour lui d'en boire au manoir car Sheryl surveillait ses bouteilles (ou plutôt le niveau d'alcool car même enfermé, ce n'est pas comme si Tyki avait des difficultés à y avoir accès avec ses pouvoirs.) Pire que cela, Sheryl faisait régulièrement fouiller la chambre de Tyki (Enfin, il disait qu'il envoyait les femmes de ménage ranger, ce qui était vrai, mais ce n'était pas toute leur tâche non plus. Clarisse me l'avait dit.) et la dernière fois (et seule fois que je l'avais vu en presque un an) que Tyki s'était fait prendre, l'engueulade avait été si extrême qu'on l'entendait encore distinctement deux étages au dessus. Ils avaient été en froid pendant trois jours après cela et c'était la première fois que je voyais Sheryl en colère contre son frère chéri. On en avait un peu parlé avec Tyki après cela, dans la bibliothèque. Il n'aimait même pas ça tant que ça, un verre de temps en temps lui faisait simplement plaisir, mais son frère était si catégorique sur l'interdiction de boire "Alors que je suis majeur et normalement libre de mes choix de vie" que Tyki avait développé un amusement sombre constituant à essayer tout de même au risque que ça lui explose à la figure. Malheureusement, après cette dernière cascade, les contrôles s'étaient encore plus intensifiés et Tyki avait été très agacé de l'abstinence forcée. "Je comprends" avait-il dit avec une grimace énervée. "Il a peur que je devienne comme notre père. Mais je ne suis pas lui, et ici, cela prouve simplement que Sheryl ne me fait pas confiance. Je suis encore un enfant pour lui, et je doute qu'il me voit comme un adulte un jour." J'avais pris soin de ne pas lui faire remarquer que ses sorties en douce, ses fugues et autres frasques n'aidaient certainement pas son cas.
Donc voilà. Le cadeau serait non seulement une bonne bouteille, mais aussi un endroit pour le cacher: ma chambre. Et prions pour que Sheryl ne le découvre jamais ou ce serait mon corps démembré qu'on retrouverait dans une bouteille…
Le cadeau de Tyki pris en charge (peut être trop simple pour une amie… ou trop compliqué pour une simple employée… je n'en savais trop rien et je maudissais les problèmes avec les autres employés qui ne me permettaient pas de participer au cadeau commun comme pour Road. Ça aurait été tellement plus simple.) Je m'étais aussitôt attelée à celui des Jasdevit, attendant patiemment le jeudi suivant pour pouvoir aller en ville avec John et acheter la bouteille.
Et évidemment, Tyki réapparu comme une fleur au manoir le mercredi matin. L'ensemble fût découvert lorsqu'une série de cris me réveilla à l'heure indue de cinq heures du matin. Rabattant la couverture sur ma tête, attendant patiemment que cela passe pour pouvoir me rendormir, j'avais dû me rendre à l'évidence que non, ça ne passerait pas lorsque cinq minutes plus tard, la conversation houleuse continuait toujours. Alors, trébuchant hors de mon lit dans la froideur de novembre, je m'étais enroulée dans ma robe de chambre d'un air renfrogné et j'avais entrouvert la porte pour voir qui faisait tout ce rafus. Et donc évidemment, vous vous en doutez, juste devant ma porte, ou en fait plutôt juste devant la porte de la chambre de Tyki, le Noah du plaisir était en train de se faire hurler dessus par son frère. Ou plutôt c'était une sorte d'hurlement chuchoté qui semblait prendre en considération le fait qu'ils étaient dans le couloir des habitations au beau milieu de la nuit mais qui ne faisait en réalité pas beaucoup moins de bruit.
"Tyki?" J'appelais surprise lorsque je le voyais, attirant l'attention des deux Noahs sur moi. C'était un peu surprenant de le voir ici, comme ça, sans avertissement, alors qu'il était absent du manoir depuis presque trois mois.
"Ah, désolé Eve, nous avons été un peu trop bruyants semble-t-il." Répondit aussitôt Tyki et il semblait soulagé de l'intrusion. Clairement, il n'avait pas prévu de se faire attraper par son frère en se faufilant ici.
"Oui, excusez-nous pour le dérangement, nous aurions dû faire nos retrouvailles dans un lieux plus adéquat. Retournez-vous coucher." Continua Sheryl d'une voix si glaciale que je préférais ne pas lui imposer ma vue plus longtemps. Murmurant une formule de politesse quelconque, j'envoyais un coup d'œil désolé à Tyki et retournai fissa dans mon lit me demandant bien pourquoi Tyki se faisait remonter les bretelles. Les autres fois, Sheryl avait été bien plus heureux que énervée et c'était seulement après quelques jours qu'il avait commencé à réprimander son petit frère.
Quelques heures plus tard, après un certain nombre d'autres drames dû aux retrouvailles, je pu enfin demander à Tyki pourquoi il était revenu maintenant et aussi tôt dans la mâtiné qui plus est.
"Je serais bien rentré fin décembre" avait-il commencé à soupirer. " Mais Sheryl m'a demandé de rentrer la semaine dernière. C'est pour ça qu'il était si énervé ce matin, j'ai pris mon temps pour rentrer, je ne pensais pas que c'était urgent. Et l'heure? C'est parce que j'ai appris que ça avait tendance à prendre moins de temps si je rentrais tôt le matin. Il a souvent des réunions qu'il ne peut décaler alors que le soir il peut empiéter sur la nuit pour me garder autant qu'il le veut." Expliqua-t-il avec un regard hanté et je me demandais s'il s'était déjà fait engueuler toute une nuit lors d'un de ses retours.
Quoi qu'il en soit, Tyki ne reçut pas beaucoup de congés après cela, il travaillait toute la journée avec Sheryl à faire je ne sais quoi et rentrait épuisé le soir. Pour le coup ça m'arrangeait, je pu acheter ma bouteille sans problèmes (Le magasin dans la partie la plus agréable de Londres n'avait pas voulu me la vendre mais le barman de l'endroit où nous avions passé temps de temps avec Allen et Tyki m'en avait vendu une sans questions.) et il fût certes un peu plus difficile de la faire entrer dans le manoir (c'était une histoire amusante avec Road, Louise, John, une orange, une encyclopédie et un grand panier de vêtements. Ne demandez pas.) mais autrement, j'eus beaucoup moins de problème que je ne l'attendais.
C'est ainsi que passèrent lentement les prochains jours, Tyki au travail, Road à l'école et moi à dessiner le cadeau des jumeaux (et j'en venais rapidement à détester les formes géométriques, c'était long.)
Dimanche 29 Novembre 1885
"Tu fais quoiiii?" Demanda tout à coup une petite voix derrière moi alors que des mains venaient se poser sur mes épaules sans beaucoup de délicatesse.
"Je dessine Road." Je répondais calmement de la façon la moins informative du monde. Évidemment, elle me voyait dessiner et ce n'était pas ce qu'elle entendait par sa question, mais si elle croyait que j'allais être serviable après le coup fourré de ce matin… hey, j'étais une pauvre humaine en territoire Noah, on prenait toutes les petites vengeances possibles!
"Je vois cela." Répondit elle en roulant les yeux avant de lâcher les épaules pour se pencher de plus près sur la table et observer mon ouvrage. "Mais pourquoi sur de si petites feuilles? En plus cela n'a aucun sens, c'est tout à fait abstrait. J'ai vu les dessins dans ta chambre, c'est au moins mieux que ça d'ordinaire." Dit-elle en observant les cartes d'un œil sceptique.
Temps de choses n'allaient pas dans cette phrase. "Comment ça 'au moins' ?" Je demandais légèrement outré. Je savais bien que je n'étais pas Renoir, mais elle n'avait pas besoin de dénigrer mes crayonnés! "Et comment ça 'dans ma chambre'?" Road, je t'ai déjà demandé de ne pas y aller!" Je répondis en essayant de garder mon ton pas trop haut. Je ne voulais pas qu'elle sente à quel point j'étais inquiète qu'elle trouve les écrits de Victor Hugo.
La petite peste roula simplement des yeux et continua sans se préoccuper davantage de ce que je disais "Alors? Tu n'as pas répondu." Insista-y-elle en se tournant à nouveau vers moi avec un regard attentif.
"... c'est un jeu de cartes." Je finis par dire de mauvaise grâce.
"Un jeu de cartes?" Demanda-t-elle sceptique en prenant un des dessins pour l'examiner de plus près. "Ça ne ressemble pas à un jeu de cartes… ce n'est pas un tarot non plus."
"C'est pour un autre jeu, un spécifique, ça s'appelle le jungle speed" Je répondais en rangeant mes crayons. Difficile de travailler avec elle ici. Surtout que si elle venait m'embêter, c'est qu'elle devait être dans un profond ennui et avait sûrement quelque chose à me demander.
"Je n'en ai jamais entendu parler. C'est un jeu français?" Demanda-t-elle d'un ton étrange.
"Je ne sais pas, je m'en souviens juste. Je me suis dit que cela plairait aux jumeaux." Je répondais en haussant les épaules mal à l'aise. Fallait peut être que je me calme un peu sur tout le truc de l'amnésie...
Road fit un petit bruit indistinct en réponse en regardant les cartes avant de se tourner vers moi. "Quoi qu'il en soit, j'ai besoin de toi! Je ne retrouve plus ma poupée mais je suis sûûûûûre que je ne l'ai pas emmené à l'école alors elle doit encore être dans le manoir." Dit-elle en se penchant vers moi avec de grands yeux. Ah! Qu'est-ce que je disais? Soupirant, je laissais là mes affaires et la suivait jusque dans sa chambre. Heureusement, je n'avais plus aucun problèmes avec les employés, la plupart avait bien trop peur de moi. Je n'avais pas compris pourquoi au début puis toute la situation m'était revenue en tête: ils croyaient que j'avais poussé Marie Brown exprès et que Road me couvrait.
En même temps, comment leur en vouloir? Il était difficile de voir Road autrement qu'en une gentille quoique excitée fillette. Si je ne connaissais pas toutes ces choses grâce à D Gray Man… moi même je ne l'aurais jamais cru. Mais une jeune fille harcelée depuis des semaines ? Oui, oui évidemment elle avait dû craquer et se venger.
Cela faisant, au cours des derniers mois j'avais observé de moins en moins de contact avec moi. S'ils pouvaient éviter de me parler ou même de me voir, la plupart le ferait. C'était triste, vraiment. Il ne restait plus que mon petit groupe habituel. John, Louise et Clarisse. Bon, et puis bien sûr Berthe, Philippe et Peter étaient toujours amicaux et il y'en avait qui s'en fichait simplement mais tout de même… En fait… j'avais pratiquement réussi à aliéner les humains au profit des Noahs… comment était-ce arrivé? Je ne pouvais même pas me souvenir si quelqu'un me détestait dans mon ancienne vie! Bon après, avec à quel point j'étais douée (c'est du sarcasme) je ne l'avais peut-être tout simplement pas remarqué…
J'avais tendance à être aveugle au drama. Tous ces problèmes dans une classe ou un groupe d'amis... à moins que ça ne me touche directement, il était très possible que je ne m'en rende pas compte. Pour ma défense, c'était souvent dû à des choses idiotes. Les trois quart d'entre elles auraient pu être empêchées avec une meilleure communication…
Grommelant à mi voix, je continuais à fouiller dans un coffre à jouet beaucoup trop volumineux tout en laissant vagabonder mes pensées.
En parlant de meilleure communication, il n'allait pas falloir que je tarde à envoyer mon cadeau à Allen si je voulais qu'il arrive à temps. Une lettre tous les mois, c'est le meilleur que nous puissions faire. Il était tellement loin maintenant ! Presque en Chine… et il voyageait encore, difficile de le contacter plus. C'est drôle comme les lettres avaient évolué lors de ces quelques mois. D'à peine une page lors de sa première, on en était arrivé à huit écrits en petit caractères lors de la dernière. Mais ça s'expliquait facilement, les lettres étaient devenues comme un journal pour lui. La façon dont elles étaient écrites, j'avais l'impression qu'il notait au jour le jour ce qui l'avait impressionné. En fait, sur les huit, au moins sept étaient une description vivante du lieu où il se trouvait à tel point que j'avais l'impression de voyager avec lui. Mais c'était un peu triste aussi. Il ne parlait pas de lui et ne disait rien de négatif. Il avait dû combattre son premier akuma depuis le temps mais il n'en avait jamais fait mention. Ou en tout cas, jamais directement, je le soupçonnais juste. J'avais à peine eu une réelle plainte concernant Cross ! Seulement des piques un peu vicieuses. Ces lettres étaient vraiment plus un journal de voyage qu'un moyen de donner des nouvelles… Tout y était analytique et seule la première page montrait généralement un peu de sentiments dans le sens que c'était là qu'il répondait à mes propres lettres. Il semblait terriblement intéressé par notre quotidien banal, griffonnant pratiquement une page entière de questions qui me semblait sans grandes importances. Il me demandait tantôt ma couleur préférée, tantôt ce qu'avait fait Tiky un après-midi ou alors comment allait Tricia, quelles bêtises avaient fait les jumeaux ou Road… Au début, j'avais essayé de minimiser ce que je disais sur les Noahs. J'avais bien dû lui dire que Tyki était en fait un noble et que j'étais l'employée de sa belle-soeur, mais c'était surtout parce que le Noah du plaisir s'était enquis de ce que devenait Allen et avait voulu lui écrire également. Qui aurait cru qu'une si petite rencontre avec un gamin des rues le marquerait autant…?
Quoi qu'il en soit, il avait été difficile, après cela, d'être évasive avec mes propos sur les autres habitants du manoir lorsque Tyki passait ses lettres à s'en plaindre. Évidement, Allen avait commencé à me demander mon avis, doutant qu'ils soient aussi horrible que le décrivait Tyki. Alors, au bout d'un moment, j'avais simplement abandonné toute retenue. Ma vie tournait littéralement autour d'eux depuis presque un an, difficile de trouver différents sujets de conversations. Alors je lui avais tout raconté. Dans des versions éditées bien entendu. Nul besoin de lui dire que je me faisais harceler par une femme de ménage jalouse par exemple. Malheureusement, encore une fois, Tyki écrivait sa propre version des faits et, de temps en temps, la sienne et la mienne entraient en conflits. Et ce n'est pas comme si je pouvais simplement supprimer la lettre de Tyki avant de l'envoyer à Allen parce que la plupart du temps, c'est lui qui allait la poster en ville!
Du coup cela menait parfois à quelques conversations gênantes. C'était assez étrange de se faire réprimander par un gamin de treize ans par lettres interposés souvent plus d'un mois ou deux après les faits…
Enfin, tout ça pour dire qu'il me fallait un cadeau pour Allen, et fissa. Malheureusement, je me retrouvais en grave panne d'idées. C'était facile de trouver une babiole en ville, mes employeurs payant toutes mes dépenses de logis, de nourritures et même de certains vêtements, j'avais pu amasser un jolie salaire, à peine éraflé pour quelques fournitures d'arts. J'avais donc de quoi. Le problème, c'est qu'Allen était en Chine et même si lui envoyer un petit paquet était possible... que mettre dedans? Le gamin voyageait tout autour du globe, s'arrêtant à peine quelques jours ici et là. Il n'avait donc que le strict nécessaire sur lui et l'encombrer d'une chose inutile ne serait pas la meilleure des idées…
Une photo, c'était petit et peu encombrant et cela servait même au moral… mais un livre? Un autre jeu de cartes? pas tellement.
Et puis je m'étais dit… sûrement, Tyki voudrait participer? Il n'écrivait peut-être pas autant que moi, mais il faisait toujours un effort pour répondre à Allen et il semblait aimer lire ses lettres. Et en effet, Tyki avait souhaité participer. "Vu comme il en parle, je doute que son professeur fasse quelque chose… Nous lui devons bien ça" Avait dit Tyki en haussant les épaules. Voilà comment nous nous étions retrouvé, Tyki et moi, dans la bibliothèque du manoir, lors d'une des rares pauses de Tyki alors que Sheryl était en réunion en ville, (Tyki devrait réellement être en train de travailler, mais il n'avait été que trop heureux de jeter sa paperasse au feu lorsque j'étais venue lui demander de l'aide. J'aurais pu être flatté du fait, mais je savais bien que c'était plus l'attrait de ne PAS faire de paperasse plutôt que ma compagnie glorieuse qui l'avait amené à me suivre si promptement.) le regard morne, perdu dans le feu et un ennui profond sur le visage.
"Des vêtements?" proposa tout à coup Tiky en regardant le plafond comme s'il y trouvait toutes les réponses aux mystères du monde avant de me lancer un regard pour voir si j'avais entendu.
"Il est en plein dans l'adolescence, je doute de pouvoir nous fier à la taille que nous avons vu la dernière fois qu'il était à Londres." Je répondis en tapotant distraitement un bout de papier sur mes genoux. Il était rempli de propositions barrées et de gribouillages étranges.
"En effet…" Murmura Tyki en laissant tomber sa tête à nouveau sur le dossier du fauteuil où il reposait. "Un jeu de cartes? Il n'en avait pas." Proposa-t-il à nouveau.
"C'est un peu triste, c'est exactement ce qu'il t'a offert comme cadeau de départ." Je répondis avec un bruit agacé. "Au pire, tu pourrais toujours lui en offrir un lorsque tu le reverras, ce serait un bon cadeau sentimental."
"Je garde l'idée." Dit il en haussant les épaules avec un petit sourire amusé. "Tu pourras lui donner une vraie cravate cette fois."
"Oui c'est vrai." Je répondis en riant doucement. "On ne va pas le reconnaître." Je répondis avec un regard vague.
"C'est sûr, il pourrait même être plus grand que toi la prochaine fois." Continua Tyki en laissant reposer sa tête dans sa main.
"Ne dit pas ça!" Je gémit presque. "Les jumeaux sont presque à ma taille maintenant, encore quelques mois et ils m'auront dépassé. Je me sens vieille…" Je dis en essuyant une fausse larme.
"Tu n'es même pas majeure, Ivy." Répondit Tyki en roulant des yeux avant de se passer une main dans les cheveux en soupirant. "Quelque chose d'utile…" Murmura-t-il. "De quoi pourrait bien avoir besoin Allen… il fait du travail manuel, n'est-ce pas? Je réalise que je ne sais même pas ce qu'il étudie." Dit Tyki avec de grands yeux surpris. C'est vrai qu'Allen avait été particulièrement non-explicite sur toute l'affaire et d'une manière totalement sournoise qui plus est, si je ne l'avais pas su, je n'aurais certainement pas pu le deviner.
"De toute façon, avec à quoi ressemble son maître, je doute qu'il apprenne quelque chose…" Je répondis rapidement pour essayer d'enlever la question de la tête de Tyki.
"C'est pas faux…" Admis Tyki. Lui aussi savait lire entre les lignes de ce que ne nous disait pas vraiment le gamin. J'eus soudain très, très envie, dans un gros élan de nostalgie, de lui demander ce qu'il n'avait pas compris mais je me retiens. J'aurais juste l'air stupide et sans la référence du XXIème (ou Xème je suppose) siècle, il ne comprendrait jamais la blague, même expliqué… Oh comme l'humour me manquait, tout était beaucoup trop strict ici. He bien, pour les femme en tout cas, les hommes de la basse s'en donnaient à cœur joies avec les blagues grivoises dans les bars… Faire une blague ici, c'était vraiment difficile, il fallait toujours prendre des gants pour…
"Gants!" Je dis tout à coup en sautant sur mes pieds, faisant sursauter Tyki. Et j'étais à peu près sur que je l'avais vu glissé de quelques centimètres à l'intérieur de son fauteuil, mais, hé bien, je n'allais pas lui faire remarquer, merci bien.
"Je n'ai pas tout suivi…?" Demanda Tyki confus alors que je me mettais à parcourir le coin salon de la bibliothèque à grands pas.
"Allen porte toujours des gants! Et ils étaient pratiquement en loque lorsque nous l'avons vu la dernière fois. Peut être en a-t-il racheté depuis le temps, mais ça ne fait pas de mal d'en avoir une seconde pair et peut être pouvons nous lui en procurer des plus solides pour le travail manuel comme tu le disais?" Je répondis, babillant un mille par minutes alors que Tyki suivait mes aller-retour du regard comme à un match de Tennis.
"Ce n'est pas une mauvaise idée." Admit Tyki alors qu'il fronçait les sourcils, réfléchissant plus à la chose alors que je lui lançais un regard courroucé. Évidemment que ce n'était pas une mauvaise idée!. "Même si comme pour les vêtements, il est difficile d'estimer la taille de ses mains. En tout cas, c'est utile, petit et facilement envoyable, même en Chine. Ça répond à tous nos critères." Dit il d'un air plus joyeux. "Parfait ! Et je sais juste l'endroit où les faire fabriquer, ce seront les gants les plus robustes et adaptables jamais créés!"
"Il ne faut peut être pas exagérer tout de même." Je répondis en riant juste comme la porte claquait contre le mur.
"Oncle Tykiiiiii!" Cria une furie bien connue en se précipitant dans la pièce pour sauter sur le fauteuil du Noah du plaisir. "Devine qui ne t'as pas trouvé dans ton bureau?" Dit-elle d'une voix joyeuse en balançant ses pieds sur le dossier. Tyki devint blanc et se leva d'un coup pour se retourner vers sa nièce.
"Il est déjà rentré?" s'étrangla-t-il.
"Oh oui, et il est positivement furieux. Sûrement par l'odeur de brûler" Continua Road en se léchant presque les lèvres de joie alors que Tyki laissait échapper un petit bruit ressemblant étrangement à un chat écrasé et filait par la porte de la bibliothèque sans un regard en arrière.
…
…
"Il n'est pas là n'est-ce pas?" Je demandais alors que Road se laissait tomber sur le siège où reposait quelques secondes plus tôt son oncle.
"Evidemment que non." Dit-elle avec un sourire sadique "Il est trop crédule." et je hochais la tête en sympathie pour Tyki. Le pauvre était trop facile à mener par le bout du nez. Mais, hey, j'avoue que je chérirais ce souvenir pour longtemps. Ce n'était pas souvent que tu voyais le Noah du plaisir terrifié, autant en profiter...
Je réalise que NLN devient de plus en plus un journal intime pour moi. Pas dans le sens "je raconte mes journées", (je vous jure que je ne gambade pas avec des Noahs IRL), mais dans le sens que "je met en forme mes sentiments" et j'ai réalisé pleins de choses sur moi même grâce à ça! Alors, peut être, mes monologues vous embêtent (quoi que à ce moment là, pourquoi liriez vous une NA du 26ème chapitre...? Mystère...) et vous préféreriez que je fasse plus de choses comme UAPV à la place, mais ça me fait du bien, alors je ne suis pas prête d'arrêter :3
Aussi, hey, on rattrape ENFIN la date! (à quelques 150 ans près...) A partir de maintenant, je vais essayer de tenir le rythme d'un mois dans l'histoire égale un mois IRL, ce qui fait donc que je peux enfin vous annoncer une date de fin pour NlN! parce que d'une façon ou d'une autre, cette histoire finira peu après la reprise du canon soit en août 1887. Nous en sommes à Novembre 85, l'histoire devrait donc être terminée vers septembre 2020 IRL (oui parce qu'il y aura surement un épilogue.) Wow, ça coïncide avec mon hypothétique année de diplômes. C'est pas mal ça! Je pourrais attaquer mes examens tranquille et d'ici que je termine UAPV aussi, je braverais le monde des adultes avec une page de mon enfance refermé :D Enfin, si tout va bien, bien entendu ^^ (Note 2022:...GUESS WHAT :'D ?)
Voilà, voilà, pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !
