Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 décembre 2018, corrigé en Novembre 2022
Bêta : Elda (2018) Personne (2022)
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki et même Allen. Mais l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Eve apprends la date d'anniversaire de tout le monde et prévoit ses cadeaux de Noël.
Trigger du chapitre: Aucun, je pense (dites moi si vous pensez qu'il est nécessaire d'en rajouter un!)
Je planifie mes jours jusqu'au Nouvel An... trop de fics à faire... Et j'ai toujours pas pu retoucher à mes romans :'( je pense que je vais partir sur une toute nouvelle idée et planifier à fond, comme ça j'aurais juste à lire le speech du chapitre et laisser mes mains faire. Peut-être une adaptation de mon jeux vidéo? Une grosse partie du travail de fond est déjà fait comme ça. A voir...
Bonne lecture :D
Nuancer le Noir chapitre 27 : Vacances d'Hiver
Vendredi 4 décembre 1885
"Miss Campbell." Dit une voix autoritaire et je sursautais violemment avant de me retourner prestement en direction de Sheryl, essayant de limiter mon air coupable. C'était la faute de Road ! Je hurlais dans mon esprit alors que j'essayais de rassembler quelque chose d'intelligent à répondre à l'accusation qui n'allait sûrement pas tarder à tomber. "Rejoignez-moi dans mon bureau." Dit-il sèchement avant de se retourner et marcher sans un regard en arrière.
Légèrement perplexe, je jetais un coup d'œil à la dernière bêtise de Road que son père n'avait même pas daigné regarder et le suivait rapidement, ne souhaitant pas le mettre en colère. Si ce n'était pas sa fille incontrôlable, pourquoi voudrait-il me parler ? Je pouvais compter sur une main le nombre de fois qu'il m'avait appelé à son bureau et il me restait des doigts. Une question peut-être ? Sur un membre de la famille ? Sa fille gâtée ? Son frère récalcitrant ? Sa femme malade ? Ses neveux impétueux ? Trop de problèmes dans cette famille, sérieusement…
Mais je n'y étais pas du tout. Installé maladroitement sur la chaise en face de son bureau, il me parla de vacances. Plus précisément, de vacances pour moi. Seule.
"Vous n'avez pris aucun jour depuis mai dernier, tout le monde à le droit de se reposer, pourquoi ne prendriez-vous pas une semaine à Noël ?" Dit-il calmement, mais vu sa tête, ce n'était pas une question. "Vous ne fêtez pas Noël, n'est-ce pas ? Il sera difficile d'y échapper ici, qui plus est, je serais là pour m'occuper de Tricia, vous n'avez donc pas à vous inquiéter." Dit-il et j'acquiesçai lentement en réponse.
Plissant les yeux, je fis fonctionner mon cerveau à plein régime, essayant de voir ce que je pouvais faire de cette situation. Clairement… Il me jetait dehors. J'avais beau chercher une autre raison, je ne voyais que ça: Sheryl ne voulait pas de moi au manoir pour les fêtes. Je n'étais pas surprise, ces derniers temps, je passais beaucoup plus de temps avec sa famille que lui et comme il avait enfin des vacances, sûrement voulait-il les passer seulement avec les gens qu'il aimait. Ma première réaction fut d'être blessée. Bien sûr, nous n'étions pas les meilleurs amis du monde, Sheryl et moi, mais nous ne nous entendions pas mal non plus… Et j'étais un peu déçue qu'il me jette comme une malpropre dès la première occasion. Ma seconde réaction fut bien plus positive, cependant. Je n'avais pas réellement envie de faire fasse aux fêtes de famille des Noahs, surtout que j'avais juste appris la veille que le Duc serait au manoir tout le long des fêtes.
Mais… où aller? Les seuls autres personnes que je connaissais en dehors de ce manoir était en Chine. Et l'autre, mort. Waw. Il était grand temps que je me fasse d'autres amis en fait.
"Bien sûr…" Je répondis avec hésitation.
"Très bien, je vous laisse organiser votre voyage en ce cas." Dit-il puis, comme si réfléchissant, il dit plus doucement. "Si vous avez besoins d'aide, ma porte est ouverte." Dit-il et je le remerciais en me levant, même si je ne comptais absolument pas prendre son offre. Je me débrouillerais bien, au pire je me déguiserais en garçon et ça devrait passer crème.
Po-si-ti-visme.
Alors, l'air rêveur, je commençais à penser où aller. Le tourisme n'était pas vraiment encore une chose fin XIXème siècle. Même à l'époque de ma grand-mère, quelque 60 ans plus tard, il en était encore à ses balbutiements. Alors maintenant ? Seuls les voyages d'affaires ou l'exploration pouvaient se qualifier comme tel. Le commun des mortels n'y avaient pas accès, tout au plus entreprenaient-ils un grand voyage avec toute leurs économies pour trouver un travail ailleurs (ressortez vos cours de géo, la grande exode des irlandais vers les Etats Unis lors de la famine par exemple.) Enfin, ça, c'était dans mon vieux monde. Avec l'étrange avancement des technologies ici, les trains étaient pratiquement accessibles à toutes les classes sociales et il était bien plus simple de voyager. Les petits villages étaient étrangement bien desservis, à tel point qu'on pouvait voyager dans un tas de villes paumées entre deux grandes cités. (Ce qui expliquait comment Allen et Lavi s'étaient retrouvés dans le village près du château de Krory qui n'aurait jamais été sur les lignes de chemin de fer dans le passé de mon monde.) Ce faisant, j'avais le choix.
Et je n'avais aucune idée de quoi faire.
Pas d'internet ou même d'office de tourisme ici à tel point que je me demandais si je n'allais pas tout simplement ressortir le plan d'il y a quelques mois et prendre une chambre dans le village du coin. C'était dommage de sacrifier une aussi belle occasion de voir le monde, mais bon, j'étais trop occupée à courir après Road et faire le cadeau des jumeaux pour pouvoir faire de vraies recherches.
Et, oui, bon d'accord, j'avais la flemme.
Alors, sans autres questions, je laissais les heures s'égrener jusqu'à qu'il ne reste plus que quelques jours avant noël. Et, peut-être que finalement, Sheryl avait raison: je n'étais pas sûre que j'aurais supporté les fêtes. Le manoir était entré dans une terrible frénésie de Noël quelques jours plus tôt et chaque centimètre de l'espace semblait être occupé par une décoration ou une autre. Tricia souriait comme une folle chaque fois qu'elle posait les yeux sur les petites boules de verres ouvragées ou les chandeliers travaillés et c'était agréable de la voir si heureuse, mais en même temps, tout ce trop pleins de décorations commençait à me sortir par les trous de nez. C'était peut-être parce que j'avais déjà trébuché quatre fois sur les nouveaux tapis ou guirlandes et avait enfin fini par m'étaler de tout mon long sur le plancher sous les rires hoquetés de Tyki.
À deux reprises.
Traître.
C'était aussi sûrement dû au fait que les jumeaux et Road semblaient toujours sur une ruée de sucres ces temps-ci et ne semblaient pas pouvoir arrêter de rebondir partout. J'avais carrément perdu ma voix un soir après avoir passé la journée à hurler sur eux pour tenter de les empêcher de défenestrer le gigantesque arbre de noël. Parlons en de l'arbre, d'ailleurs: c'était la chose la plus monstrueuse que je n'avais jamais vue. Le genre de truc que tu ne vois que sur les places publiques et qui ne devrait pas avoir leur place dans une maison. Ou alors seulement dans les vieux films de Casse noisettes. Mais non, il existait bien ici. Prenant tout l'espace et devant même se courber au plafond (alors que celui-ci était déjà bien haut) il était si grand en largeur que je pensais que son diamètre à la base devait être plus imposant que moi. (Pas que j'avais vérifié… Tricia m'aurait crucifié sur place pour mauvaise manière. Non, j'avais envoyé Devit à la place, c'était passé crème.) Avec tout ça, il prenait bien presque un quart du petit salon et je me sentais bien maladroite lorsque je rejoignais les maîtres de maison pour la soirée. Encore plus après que Jasdero m'ait poussé dedans lors d'une partie de chat un peu trop excitée et qu'il avait fallu l'aide de Tyki (et de ses pouvoirs, ou tout du moins je le soupçonnais) ET de John pour me sortir de là sous le regard terriblement coupable de Jasdero. J'en avais gardé quelques désagréables éraflures et l'arbre un tas de branches abîmées et de boules cassées. Je ne vous dit pas à quel point ça avait été drôle d'expliquer cela à Sheryl après...
Et puis, évidemment, pour ajouter l'insulte à l'injure, le Duc avait décidé de venir s'installer au manoir une semaine plus tôt que prévu. Alors d'accord, il ne s'était pas vraiment approché de moi depuis cet été et toute l'histoire du piano, me laissant plutôt venir à lui mais il était bien plus difficile de l'éviter maintenant qu'il passait une bonne partie de l'après-midi avec Road ou Tyki ou les jumeaux… et donc, invariablement: moi.
Oh moins, ça avait bien servi notre (non) relation et m'avait laissé encore plus de temps à consacrer à mon jeu de cartes. Ben oui, suffisait de prétexter vouloir les laisser en famille ou mieux encore, trouver un coin où se cacher pour l'après-midi et ni l'un ni l'autre n'avions besoin de nous côtoyer. Malgré tout ce temps libre, je n'avais tout de même pas terminé le jeu de carte avant de partir et je me tapotait mentalement sur l'épaule d'avoir eu l'intelligence de me prendre des vacances tranquille dans une petite auberge de Londres plutôt que d'avoir entamer un voyage initiatique quelque part sur le continent.
Alors, le vingt décembre en début d'après-midi, comme convenu avec Sheryl, j'accompagnais John jusqu'à Londres et il me laissait avec un au revoir joyeux près d'une des grandes artères de la ville. Je me sentais un peu coupable d'être partie sans dire au revoir, mais bon, ce n'était que pour une semaine et les autres employés ne le faisaient pas, n'est-ce pas?
…
Bon d'accord, j'avais oublié. Je ne m'étais tellement pas préoccupée du voyage que c'était lorsque Sheryl m'avait demandé la veille au soir si tout était prêt pour le lendemain, que je m'étais rendue compte qu'on était le 21 et que ce serait bien que je fasse ma valise. Et puis le lendemain, avec le Comte qui était venu petit-déjeuner avec Tricia et les jumeaux qui avaient décidé que ce serait la meilleure idée du siècle de déclencher un feu dans la bibliothèque, je n'avais pas eu une minute à moi. Et bien sûr, je ne m'étais souvenue de mon départ immédiat que lorsque j'avais accompagné Tricia dans sa chambre pour sa sieste de l'après-midi. J'avais pesé le pour et le contre et finalement je m'étais dit que ça ne valait pas le mal de tête alors je lui avais simplement souhaité un bon sommeil et écrit rapidement une note lui disant que j'allais visiter Londres pendant la semaine de vacance que Sheryl m'avait si généreusement accordé et que je lui souhaitais de bonnes fêtes. Au moins comme ça, elle aurait quelqu'un vers qui cracher son venin et espérons qu'elle sera assez calme lorsque je reviendrai…
Et, non, je ne me sentais absolument pas coupable de jeter Sheryl sous les roues figuratives du chariot inexistant.
Quoi qu'il en soit, l'auberge où je posais valises était on ne peut plus parfaite pour mes besoins. Ce n'était pas un hôtel aussi cher que celui dans lequel nous étions allés à Paris mais ce n'était pas non plus un coupe gorge des ruelles. J'avais pris soin de choisir quelque chose non loin des rues principales géré par une cinquantenaire veuve qui ne tolérait pas les problèmes. Si bien que je n'en n'eus pas non plus lors de mon séjour. Bon, pour être honnête, je n'avais pas cherché longtemps : je connaissais déjà l'endroit. C'était le bar de Mme Carley, celui auquel nous avions passé la majorité de notre temps à Londres avec Tyki et Allen. J'avoue, j'avais eu un peu peur de me retrouver toute seule pendant presque deux semaines. J'avais beau me plaindre de Tyki ou Sheryl, il n'empêche que je me sentais bien plus en sécurité avec eux que lorsque je me baladais seule en ville. Alors lorsqu'il avait fallu choisir un endroit où rester, seuls deux m'étaient venu à l'esprit : le bar de Mme Carley et le bordel de sa sœur, Miss Taringan. N'ayant rien contre les filles de joies mais ayant un peu peur de rester dans les quartiers rouges, le choix avait été rapide. En plus, je savais que je serais en sécurité là bas, Mme Carley contrôlait le bar comme personne et son grand gaillard de fils était là en soutien. Et vraiment, si jamais ça dégénérait comme c'était arrivé lorsque nous avions rencontré Tyki, je pouvais toujours me carapater à l'étage, dans ma chambre louée.
Dans tous les cas, maintenant que je connaissais mieux Londres, je me demandais même comment j'avais trouvé le courage de gambader en solitaire dans les ruelles en début d'année. Dorénavant, il n'en serait plus question. Déjà que le brouillard de Londres ne laissait pas beaucoup de soleil passer et entraînait perpétuellement une ambiance sombre à peser sur la ville mais en plus nous étions en plein hiver et la nuit tombait encore plus tôt que d'ordinaire. Cela m'amenait à profiter très heureusement du feu de la salle commune où, dans un fauteuil confortable, je finis enfin mon jeu de cartes. Ayant déjà taillé le totem quelques semaines plus tôt, il ne me restait plus qu'à coudre une pochette et j'en avais fini de ce projet! Malheureusement, je n'avais rien avec moi et, le lendemain de Noël, je dus bien me résoudre à mettre le nez dehors.
Noël, d'ailleurs, était passé sans qu'il n'y ait vraiment quelque chose à en dire. Bien sûr, j'avais ressentit un pincement en cœur que je ne puisse pas le fêter avec ma famille mais… même à l'époque, ce n'était pas réellement un événement qu'on respectait scrupuleusement, n'étant pas croyant, et plus une date aux alentours duquel il serait bien de faire une fête de famille. Et comme je n'en avais vraiment rien fait autrement que de manger le bon repas qu'avait préparé l'hôte et profiter de l'ambiance chaleureuse de la salle commune, eh bien… c'était allé je suppose.
Quoi qu'il en soit, ce fut le lendemain en début d'après-midi que je m'esquissais en dehors de l'auberge pour la première fois en cinq jours. Un rayon de lumière avait percé le brouillard et même si je crevais toujours de froids malgré l'épais manteau que Tricia m'avait donné en plus de la veste miteuse que j'avais rajouté au dessus pour passer inaperçue
Le bout du nez prêt à tomber, je me pressais dans les rues alentour essayant de me rappeler les indications de la matrone de l'auberge quand un petit flou brun vint se heurter à mes jambes.
"Pardon!" Je glapis aussitôt en essayant de rattraper la petite forme branlante, mais elle partit aussitôt et je n'en n'eus pas l'occasion. Un peu perplexe, je levais les yeux pour voir si quelqu'un lui courait après (avec un affreux sentiment de déjà-vu dans le ventre) mais lorsque je ne vis rien, je continuais mon chemin. Enfin, une dizaine de minutes plus tard, je trouvais la boutique. C'était une petite chose simple encastrée entre deux gros bâtiments. Elle ne payait pas de mine, comme ça, mais l'intérieur était excessivement chaleureux, dégelant aussitôt mes doigts frigorifiés.
Me baladant entre les rayons remplis de rouleaux de tissus colorés, j'avais un gros sourire aux lèvres. Tout me donnait envie et malgré le prix absurdement cher, mes doigts me démangeait de tout acheter. Mais, hé bien, je n'avais pas de machines à coudre ici et je n'avais certainement pas la patience de faire quelque chose à l'aiguille autre que de petits ouvrages. Alors, me retenant difficilement, je choisissais trois tissus qui me plaisaient et en demandais un petit coupon de chaque. Hey, personne n'avait dit que je ne pouvais pas me faire mes propres pochettes, non?
Mais juste alors que j'allais payer, je remarquai enfin que je n'avais pas mon porte monnaie. Fouillant frénétiquement mes poches, je dus bien me rendre à l'évidence: les deux billets froissés que j'avais engouffré dans ma poche avant de sortir de l'auberge n'y étaient plus.
Un peu déboussolée, je louais le ciel d'avoir scrupuleusement suivi les conseils d'Allen et sortais un autre billet de ma manche et encore un second de ma chaussette. Ce n'était pas très agréable de se balader avec des morceaux de papiers collés à la peau moite, mais c'était certainement utile. Ne "pas mettre tous ses œufs dans le même panier" en effet, je pensais alors que je glissais l'argent vers la dame avec un sourire timide.
Prenant mon petit paquet de tissus, je continuais mon chemin en direction de l'auberge, faisant tout de même un petit détour au passage par une grande artère marchande. D'une part, parce que je ne me sentais pas de tenter les ruelles, mais aussi parce que maintenant que j'étais dehors, je pouvais aussi bien profiter du maigre beau temps et des foules heureuses. Zut, Tricia et ses manies de la balade déteignaient sur moi.
Le mystère de comment ces deux billets avaient disparu n'en était pas vraiment un: j'en mettrais ma main au feu que c'était le garçon qui m'avait foncé dessus tout à l'heure. Ou alors j'avais oublié de mettre l'argent dans ma poche. C'était tout aussi probable me connaissant. Quoi qu'il en soit, je ne m'en inquiétais pas trop. Bien sûr, j'avais été un peu agacée sur le coup mais… ce n'est pas comme si j'avais vraiment besoin de cet argent et même si je n'avais pas pu bien voir l'enfant, mon coup d'œil était assez pour constater qu'il n'était certainement pas assez bien vêtu pour le mauvais temps. Oui, clairement, c'était de la pitié mal placée. Je ne faisais rien ou pas grand chose pour tous ces rats des rues. Je n'étais pas riche. Difficile d'aider tous ceux que je voyais, plus encore lorsque les rues semblaient fourmillaient d'enfants malnutries ou de clochards dégarnis. Il y en avait tout simplement… trop. Et je louais encore une fois ma chance, me demandant bien pourquoi le vieux majordome m'avait engagé mais… il m'avait sûrement sauvé la vie.
Frissonnant alors que ma tête se remplissait de tout ce que j'aurais pu faire pour survivre au lieu de profiter de ma situation privilégiée d'employée des Kamelott, je continuais mon bout de chemin, enfournant mes mains dans mes poches pour les protéger du froid.
Et m'arrêtait net.
Marmonnant une excuse alors qu'on me bousculait à cause de mon brusque stop, je me mit à fouiller mes poches furieusement, mon visage se détériorant plus le temps passait. Rien, nada, niet. Ma photo avait disparu. Les yeux ronds, les sourcils arqués de désespoir, je trébuchais vers un mur pour m'appuyer une seconde avant de me remettre précipitamment en marche vers les ruelles. Soit je l'avais fait tomber, soit le petit pickpocket ne m'avait pas pris que de l'argent…
Je savais que c'était une mauvaise idée d'emmener cette photo avec moi! Mais ça aurait été une tout aussi mauvaise idée de la laisser au manoir… Road passait son temps à entrer dans ma chambre quand j'étais là, je ne doutais pas qu'elle profiterait de mon absence pour y aller, surtout avec le fait que j'étais partit comme ça, sans rien dire. J'avais longuement hésité à prendre les écrits d'Hugo avec moi, me demandant s'il n'était pas mieux que je les laisse sous la latte de plancher. Mais finalement, je les avais pris avec moi, fermement emballés entre mes sous-vêtements, arme redoutable pour rebuter la plupart des gens de cette époque, hommes et même femmes comprises. Et puis, alors que je fermais ma valise et m'enroulais dans mon vieux manteau puis mon beau (mieux valait-il le faire dans ce sens là au manoir) je pris sur un coup de tête la photo du tiroir de ma table de nuit. J'étais à peu près persuadée que Road l'avait déjà vu mais Sheryl et Tricia ne l'avaient certainement pas ou j'en aurais entendu parlé depuis des lustres. Et, vraiment, ils n'avaient pas de raisons de venir ici, mais au cas où… mieux vaut être trop prudent que désolé.
Et depuis, elle était restée dans ma poche. N'étant pas sortie, je n'avais pas fait attention à la remettre dans ma valise et je le regrettais maintenant. Mais j'eus beau parcourir tout le chemin jusqu'à la boutique de vêtement puis le même que j'avais emprunté à l'aller en sens inverse, je ne vis jamais trace d'un bout de papier cartonné. Il fallait me rendre à l'évidence, ce n'était pas ma maladresse légendaire qui était en cause cette fois.
Un peu déprimé, je traînais les pieds vers mon auberge, les yeux tristes. Ce n'était qu'une photo… Tyki devait encore avoir le négatif, je pourrais toujours la développer une nouvelle fois, ce n'était pas grave… je pensais lorsqu'une petite main m'attrapa le bout de ma veste et le tira vers le bas doucement. Baissant les yeux, je vis un minuscule garçon, ou tout du moins ce que je supposais être un garçon, recouvert d'une veste rêche trop grande pour lui qui avalait sa forme, ne laissant dépasser qu'un bout de nez rouge et des yeux vert fatigués.
"Bonjour…?" Je demandais en commençant à me pencher pour voir ce qu'il voulait, mais avant qu'un autre mot de questionnement puisse passer mes lèvres, il enfonça un bout de papier dans mon visage et s'enfuit sans demander son reste. Perplexe, j'attrapais maladroitement l'objet et le décollait assez de mon visage pour apercevoir ma photo perdue avant de me mettre à courir comme une dératée à la suite du garçon.
Tournant à un coin particulièrement ardu, je trébuchais dans la neige, glissant légèrement sur une plaque de givre et manquant de m'exploser le menton dans le sol mais... là! le voilà! Repérant le garçon qui disparaissait dans une ruelle, je pris soin de ranger soigneusement ma photo dans ma poche de poitrine alors que je continuais ma course le souffle court et maudissant mon manque d'exercice.
Me voyant enfin courir après lui, le garçonnet laissa échapper un cris surpris et accéléra sa course, me forçant à redoubler d'effort moi même. "Attends!" Je criais après lui et je ne savais même pas pourquoi je lui courais après. Mais alors que je songeais à m'arrêter, l'air froid me brûlant la gorge, le gamin glissa sur une flaque gelée et alla s'écrouler dans la neige. Bien sûr, allant beaucoup trop vite, mon destin fut sensiblement le même et ce fut avec un cri étranglé que j'évitais de l'écraser à la dernière minute me détruisant le genou gauche au passage.
"Tout va bien?" Je gémis alors que je me relevais sur des jambes branlante, les mains tendues vers lui dans une tentative de voir s'il avait des blessures. Mais, terrifié, il ne me laissa pas l'approcher, repoussant ma main et se dépêchant de se remettre debout… pour retomber lamentablement sur mes genoux, me fauchant les jambes et m'envoyant valser une nouvelle fois sur les pavés durs.
"Aïe." Je laissais échapper très éloquemment, allongée de tout mon long, le dos douloureux, le genou sûrement en sang et un mal de tête pointant son nez. La douatitude, je vous dit. "Hey, hey!" Je m'exclamais tout à coup alors que je le sentais remuer pour se relever à nouveau. "Tout va bien, je ne te veux pas de mal!" J'essayais de lui dire doucement. "Je voulais juste te remercier, pour la photo, j'étais très triste de l'avoir perdu tu sais, vraiment, je te remercie, tu…" Je me mis à babiller rapidement, les yeux fixés sur l'enfant me mettant à genoux devant lui essayant de ne pas faire attention à la neige humide qui s'infiltrait dans mon pantalon de toile. Zut, la neige était rouge... j'allais devoir faire un peu de couture, heureusement que j'avais pris plus de tissus.
"...me remercier?" Chuchota-t-il timidement, toujours l'air très nerveux, tendu comme un ressort, prêt à décamper au moindre geste brusque.
"Oui." Je laissais échapper plus doucement, soulagée qu'il ne bouge plus pour l'instant. "Je croyais l'avoir perdu pour de bon. j'y tiens beaucoup, tu sais, alors merci de me l'avoir rapportée." Je lui dis avec le sourire le plus doux et sincère que je pouvais produire. Mais, ce n'était pas difficile, la boule de poil trempée devant moi était tout simplement adorable avec ses grand yeux surpris et lorsque le garçon laissa échapper un sourire timide et que ses épaules se détendre, je ne pus m'empêcher de fondre pour lui.
Certes, je n'avais pas fait grand-chose pour les gens ici… et il y avait peut-être trop de gens dans le besoin pour que je puisse faire une différence mais… un enfant, c'était déjà pas mal, non?
Prenant une décision, je lui tendis la main en me levant. "Dis-moi, je voudrais vraiment te remercier… je reste dans une auberge pour l'instant, est-ce que tu voudrais bien venir te réchauffer et prendre un repas chaud? C'est la moindre des choses que je puisse faire." Je proposais, pleine d'espoir.
Il hésita quelques instants, frissonnant dans le froid et il était mal à l'aise de rester courbé, la main tendue dans sa direction, mais finalement il hocha précautionneusement la tête et posa ses doigts dans ma paume.
Oui. Pour l'instant, un enfant, ce n'était peut-être pas assez…. mais c'était déjà un bon début.
Eve agit enfin pour mettre au repos ses problèmes éthiques... Va-t-elle y arriver ? Nous verrons ça au prochain épisode ! Bon d'accord... comme vous l'avez sans doute deviné, c'était pas prévu. L'enfant s'est incrusté, je le voulais pas avant quelques chapitres et l'arc de noël devait être terminé avec ce chapitre mais booooon, je peux un peu dépassé sur janvier, c'est pas comme si j'avais quelque chose de prévu ahahahahaha.
Cette histoire va droit dans le mur.
Hem… kof… pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !
