Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date : 5 Janvier 2019, corrigé en Novembre 2022

Bêta : Elda (2019) Personne (2022)

Fandom: D Gray Man

Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki et même Allen. Mais l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Quant à Eve, avec le soutien aimable de Sheryl, elle se carapate expertement à Londres pour éviter les fêtes de Noël.

Trigger du chapitre: La vie pas ouf des orphelins dans l'East End, mais pas de détails, promis


Mon téléphone est mort de chez mort de chez mort quelque part pendant mes 9 heures de trains. Avec mes travaux du jour à l'intérieure bien entendu, parce que sinon c'est pas drôle :)))) Du coup pardonnez moi les sans doutes tournures étranges et fautes désagréables mais sachant que j'ai dû le réécrire en catastrophe en deux soirées… Meh, ça se mange.

Bonne lecture :D


Nuancer le Noir chapitre 28 : Le petit Ramoneur

Mardi 29 Décembre 1885

Arrivé au 29, j'avais vu le garçon tous les jours d'une façon ou d'une autre. Il faut croire que le coup de la nourriture fonctionnait aussi bien avec les animaux sauvages qu'avec les enfants sauvages parce qu'après cette première journée où je l'avais tiré prendre le thé à l'auberge, il n'avait cessé de revenir me voir. Honnêtement, je ne m'attendais pas à le croiser à nouveau lorsque, le soir, après un bon ragoût, je lui avais dit au revoir sur le pas de la porte, une demi miche de pain serré dans ses bras maigres. Il n'avait rien dit de la soirée et je n'avais rien pu apprendre sur lui, mais je me doutais que le pain n'était pas pour lui. Pourtant, le lendemain, il était de retour.

D'abord timidement, je l'avais entre-aperçue du coin de l'œil lorsque je m'étais forcée hors du salon pour apporter un panier de la part de Mme Carley à une des filles de Miss Taringan. Heureusement, celle-ci travaillait comme secrétaire dans les beaux quartiers et j'avais donc pu éviter le quartier Rouge. Je ne savais pas depuis combien de temps il me suivait, peut-être même depuis la taverne, mais en tout cas, je ne l'avais remarqué que lorsque j'avais dû précipitamment me tourner pour attraper le linge au-dessus du panier qui avait cru bon de prendre la fuite pendant la promenade. Il avait été là, juste après le coin, un pied à moitié engagé, figé lorsque mes yeux étaient tombés sur lui. Immobile tout les deux, j'avais à peine essayé d'esquisser un "bonjour" qu'il avait déjà disparu. Un peu perplexe, j'avais fini ma course, acceptant une lettre terriblement suspecte à envoyer à Cross et était rentré à l'auberge, totalement prête à me glisser près du feu du salon et de n'y plus bouger pour la journée. Malheureusement, la patronne s'approcha à nouveau de moi en pleine après-midi, semblant terriblement ennuyée. Acceptant une nouvelle tâche avec un sourire extérieur et un gémissement intérieur, je me rendais chez l'épicier acheter d'urgence quelques féculents dont elle avait besoin pour le repas du soir. Ce n'était pas sa faute si son aide était alité avec une mauvaise fièvre... et elle avait été si gentil avec moi… et je ne faisais pas grand chose de productif de mes journées de toute façon…

Mais il n'empêche, les lèvres bleu et les dents claquant l'une sur l'autre, il était difficile de me rappeler toutes ces belles pensées.

Il faisait vraiment, vraiment, beaucoup trop froid à Londres de décembre 1885.

Et, sur le chemin du retour, j'avais à nouveau vu mon petit stalker. Ne le laissant pas partir, cette fois, je m'étais empressé de l'attraper et de le soudoyer à nouveau avec de la nourriture. De toute façon, s'il venait m'observer, c'est bien qu'il espérait ce résultat… Preuve en est qu'il se fit bien plus facilement convaincre cette fois, je n'eut même pas à lui courir après plus de deux ruelles!

Et le même schéma se répéta.

Encore.

Et encore.

Pendant des jours, au moins deux si ce n'est trois fois, il venait passer quelques minutes avec moi que ce soit un quart d'heures à presque deux. La durée était variable et il disparaissait presque aussi vite qu'il était apparu. Heureusement, au bout du second jour, je n'avais plus besoin de lui courir après. J'avais dû passé un certains test par mes gardes parce qu'il venait très facilement maintenant et même lorsque je ne lui offrait pas quelque chose, il restait tout de même s'asseoir auprès de la cheminée ou même marcher avec moi et pour le coup, je ne voyais pas du tout son avantage.

Il parlait toujours très peu cependant.

Jamais plus de quelques mots, deux phrases entières lors d'une occasion notable. Mais le silence étant devenu plus quelque chose de confortable que de maladroit alors je supposais qu'il était naturellement peu bavard.

Il y avait cependant des choses qu'on pouvait apprendre en côtoyant quelqu'un. Que, par exemple, il était totalement illettré. Contrairement à Allen qui écrivait, lisait et faisait même des math basique à un niveau au moins aussi bon que les jumeaux maintenant (ce qui n'était pas peu dire vu qu'ils réussissaient dans leur première année d'étude au collège avec un tas de jeunes nobles bien plus longtemps éduqués qu'eux.) L'enfant pouvait écrire son nom et c'était tout. Ou en tout cas, c'est ce qu'il m'avait dit. Sachant qu'il ne voulait toujours pas me dire comment il s'appelait, je commençais à douter de la chose…

Malgré le manque d'éducation, il était pourtant très poli et connaissait des règles de bases de tenue en société. Peut-être pas celles de la noblesse, mais au moins celles de la classe moyenne si ce n'est de la petite bourgeoisie. La raison s'était fait connaître, par petit bouts, lors d'une conversation ou d'une autre et j'avais dû rassembler les pièces pour avoir l'histoire complète. Si j'avais bien compris, c'était quelque chose comme ça : Son père était propriétaire d'une petite boutique de vêtements dans les allées intermédiaires et son grand frère avait même commencé à aller à l'école avant qu'un tas de problème ne commence à tomber sur la petite famille. Le garçon n'avait pas cinq ans que sa mère était morte en couche avec sa petite sœur à naître. A moitié abattu par le chagrin, son père avait pourtant tenu bon pendant deux ans avant que son nouvel alcoolisme ne le rattrape et qu'il se suicide après avoir perdu la boutique aux jeux. A partir de là, son grand frère avait pris le relais, quittant l'école et leur trouvant un travail chez un ramoneur local. Un peu plus d'un an plus tard, lui aussi mourrait dans un accident, laissant seul le garçon qui depuis vivait dans les rues.

"Je peux dormir à l'Eglise, le Père Eude est gentil, il connaît ma mère et me laisse toujours une petite place dans la Nef." m'avait-il murmuré une fois lorsque je m'inquiétais d'où il logeait. Il travaillait si "peu" par rapport aux autres enfants de la rue que je me demandais bien comment il survivait. Mais même s'il avait une santé fragile, il ne manquait pas de ressources. Terriblement intelligent et débrouillard, il arrivait toujours à trouver les meilleurs plans mais jamais au mépris de sa morale.

J'avais été toute chamboulée la première fois qu'il s'était arrêté pour déposer une des brioches que je lui avais achetées à un groupe d'enfants de son âge. Il avait dit qu'une d'entre eux s'était blessée dans une cheminée et qu'il fallait la nourriture en attendant qu'elle se remette. "C'est naturel, ce sera bientôt mon tour et j'espère qu'elle s'en souviendra à ce moment-là." Avait-il murmuré.

Il était ramoneur, aussi. Ou en tout cas apprenti. Et il était déjà très malade. Il n'avait pas fallu longtemps pour que sa faible constitution l'embête et qu'il commence à cracher ses poumons à cause de la suie. C'est pour cela qu'il travaillait moitié moins que les autres enfants mais gardait toujours son job grâce à ses manières qui plaisait aux bourgeois qui les employaient. Avec le logement gratuit à l'église, il réussissait tout de même tant bien que mal à tenir le coup en achetant seulement la nourriture avec son maigre salaire.

Il était gentil, tellement gentil mais peut-être que je me laissais juste berner ? Je n'étais pas très bonne pour évaluer le caractère des gens… et je m'étais bien trop appuyé sur le manga cette dernière année pour naviguer dans mes relations houleuses avec les Noahs. Il ne pouvait pas savoir que je travaillais dans une maison noble, je doutais qu'il veuille un travail, mais peut être… Hé bien même s'il restait avec moi seulement pour gagner quelque chose, je pouvais difficilement lui en vouloir, je profitais bien de sa compagnie également. Dans tous les cas, je ne voulais pas le laisser là. Clairement, il s'attendait à mourir bientôt. J'avais essayé de lui parler de prendre un apprentissage, mais sans être lettré ou recommandé, c'était pratiquement impossible. Et même si je revenais régulièrement à Londres pour lui apprendre, cela prendrait du temps, beaucoup de temps que je n'étais pas sûr qu'il avait.

Alors, réfléchissant à les options, je lui avait demandé s'il voulait bien m'accompagner dans un bar du coin pour rencontrer un ami et nous nous y étions rendu ensemble. Heureusement pour moi, Tyki était bien là, à jouer quelques dernières manches avec les travailleurs de nuit. Nous étions dans cette tranche horaire parfaite où les travailleurs de nuit partaient prendre leur quart et où les ouvriers du jour sortaient à peine des usines. Je n'attendais donc pas bien longtemps après que Tyki ne m'ait repéré. Deux manches de plus et ses adversaires partaient en grognant, me permettant de me glisser dans le siège à côté du Noah pendant qu'il ramassait ses gains.

"Prête à rentrer à la maison ? J'espère que oui parce que ma belle sœur est furieuse et ma nièce très ennuyée." Me dit-il avec un sourire alors que je laissais échapper un soupir à s'en fendre l'âme.

"Je pensais que les fêtes de famille leur changerait les idées…" je murmurais, commençant à appréhender mon retour. Mais peut être que Tyki gonflait les choses? Oui, ça devait être ça.

"Ho, ça a marché, jusqu'à mon anniversaire, mais ils en sont rapidement revenus à s'inquiéter. Sheryl ne faisait pas le fière, Tricia l'a engueulé, c'était glorieux. Tu t'es vraiment intégré au manoir cette année, tu sais."

"Un an déjà…" je murmurais, mes yeux dans le vague. Oui, un an et environ quatre jours maintenant. Ma poitrine était un peu serré à la pensée et je devais plisser les yeux pour que des larmes ne forcent pas le passage, mais ce n'était rien comme la douleur viscérale que je ressentais auparavant. Ma famille me manquerait toujours et il y avait des jours où j'avais envie de me pelotonner avec quelqu'un pour un gros câlin réconfortant et d'autres où je me mettais tout à coup à déprimer dans un coin sans raisons visible, mais dans l'ensemble, on pouvait dire que le temps avait fait son affaire.

Bientôt, je l'espérais, il ne resterait plus qu'une amère nostalgie.

"Quoi qu'il en soit…" Je dis tout à coup avant d'hésiter une seconde, amenant le regard curieux de Tyki sur moi. "Tu te souviens de cette faveur que tu me devais? J'ai besoin d'aide…" je lui demandais dans un éclair de bonne idée.

"Une faveur? S'en était déjà une pour repayer toute l'aide que je t'avais apporté." Se moqua-t-il et je lui lançait le regard noir le plus brûlant que je pouvais faire l'amenant à lever les mains devant lui en rigolant doucement. "Okay, okay, j'admet que c'était un mauvais coup de ma part, je ne pensais pas qu'ils te feraient faire tout ça. Mais pas besoin de ça, si je peux aider je le ferai. Encore plus comme cela semble être quelque chose que Sheryl n'apprécierait pas du tout." Taquina-t-il me faisant rougir. Il avait tout à fait raison. "Alors, de quoi as-tu besoins?"

"J'ai un… ami. Il est ramoneur mais est malade, il ne peut pas continuer ce travail. Je ne sais pas quoi faire pour l'aider… je me suis dit qu'avec tous les gens que tu connais, tu aurais peut-être une idée?" Je demandais doucement en essayant de ne pas me tortiller sur ma chaise.

Tyki fredonna en réponse, semblant prendre une seconde pour y penser avant d'attraper son sac et de se lever. "Bien, voyons ce que je peux faire, tu peux me présenter?"

Hochant la tête, je me levais rapidement pour me diriger au bar où j'avais abandonné le garçon quelques minutes plus tôt. Lorsque Tyki compris qui nous allions voir, il me lança un regard indiscernable avant de soupirer et de coller un sourire calme sur son visage.

Les présentant, je me reculais rapidement d'un pas pour les voir interagir ensemble. Tyki semblait savoir naturellement quoi dire pour amener le garçon à se détendre et à lui parler et j'étais un peu jalouse de voir qu'il put faire en trois minutes ce qui m'avait pris trois jours. Je ne savais pas comment il faisait son affaire, mais alors que la conversation paraissait terriblement basique, le Noah réussit à lui tirer quelques informations capitales sur lui et même quelques-unes que je ne connaissais pas encore.

Légèrement troublé, je me laissais tranquillement conduire par le Noah lorsqu'il mit fin à la conversation avec le garçon avec un sourire et me demanda de discuter seul une seconde.

Lorsque la distance fut assez grande, je laissais mes questions sortir en masses alors que Tyki plissait ses lèvres dans une moue stricte. "Alors, qu'en penses-tu? Il est gentil, n'est-ce-pas? Il a juste besoin d'un peu d'aide, on ne peut pas le laisser comme ça." Je laissais sortir, sentant bien que le Noah n'était pas convaincu par l'idée.

"Oui, ça a l'air d'être un gentil gamin, mais Eve, il n'a aucune chance. Sans son frère, il aurait dû mourir avec son père. Cela n'a que retardé l'échéance, il est trop faible." Dit il d'un ton définitif alors qu'une main se posait sur mon épaule.

"Il peut apprendre! Ramoneur, ce n'est pas pour lui, mais il est très agile de ses mains, je suis sur qu'un travail de précision lui irait bien, je pensais à un apprentissage, s'il te plait Tyki, je sais qu'il peut le faire, il ne…"

"Ivy !" s'exclama Tyki me coupant en pleine tirade paniquée. "Tu ne peux pas aider tout le monde!"

"Je sais!" Je criais presque à mon tour, me retenant à peine de cracher les mots. "Mais si j'ai eu cette chance, pourquoi pas lui?" J'implorais ne recevant qu'un regard de pitié en retour que je n'aimais pas du tout.

"Ce n'était pas pareil, tu ne serais pas morte si tu n'avais pas eu un travail au manoir. Tu es débrouillarde, je suis sur tu aurais trouvé quelque chose de tout à fait convenable." dit il mais je ne fis que faire un bruit risible en réponse.

"N'importe quoi, qui d'autres aurait engagé une fille sans papier, mineur et amnésique sans même une recommandation ? Je baragouinais à peine anglais en plus au début ! Il est bien plus probable que j'aurais finis prostituée voir morte dans le caniveau parce que je doute que j'aurais eu le courage de le faire." Je vidais mon sac, avouant pour la première fois à haute voix la peur qui me tenait le ventre depuis que j'avais réalisé l'ampleur de ma situation.

"Ne dit pas ça…" murmura-t-il avec un regard peiné. " Tu es lettré, je sais que c'est plus difficile pour les femmes mais tu aurais pu trouver un apprentissage ou quelque chose comme cela." dit il mais je sentais son propre doute. Ce n'étais pas "plus difficile" pour les femmes, c'était pratiquement impossible de sortir du caniveau sans papiers. Les garçons, encore, pouvaient servir d'ouvrier, mais les filles? Non, bien sûr que non, elle distrairaient les valeureux hommes au travail. Si encore j'avais eu des papiers, j'aurais pu tenter l'église qui embauche des traqueurs et gratte papiers n'importe où, mais sans? Non, c'était encore plus suspect que je sache écrire et lire à ce compte là… Seul restait alors les métiers de l'ombre ou les plans louches comme par exemple ce qui était arrivé à Link et aux anciens (futur?) Exorcistes de troisième génération.

Et même, tout cela, je l'avais appris au cours de mon année ici et peut être que oui, maintenant, je pourrais me débrouiller, mais à l'époque? Fraîchement débarqué du XXIeme siècle et à moitié paniqué? Impossible.

"J'en doute." Je murmurais finalement et Tyki ne dit rien pour me contredire cette fois. "J'ai eu beaucoup de chance, mais même privilégiée, je n'ai rien fait jusqu'à présent pour en aider d'autres. Ce n'est peut être que de la culpabilité mal placée, mais lui… je ne peux pas… si je peux, non, si tu peux l'aider, s'il te plait, Tyki, fais-le." Je murmurais les poings tremblants.

Il semblait indécis mais finalement, il soupira et laissa tomber sa main de mon épaule avec une rapide pression réconfortante. "Ecoute, je ne te promets rien, mais j'ai des amis mineurs, une des sœurs de l'un d'eux tient une boulangerie, peut-être…"

"Oh merci, merci!" Je m'exclamais avec un sourire tout à coup radieux en l'enlaçant tout naturellement. Ce ne fut qu'une seconde plus tard que mon cerveau rattrapa mes bras et que je faisais un rapide pas en arrière, terriblement désolé. "Je m'excuse, je n'ai pas fait exprès…"

"Ça va" dit-il rapidement en balayant le tout de la main, il semblait tout aussi perdu que moi.

On resta là une seconde dans un silence inconfortable avant de se souvenir de quoi nous parlions et de rejoindre à nouveau le garçon. L'histoire enlevée de mes mains, je laissais à Tyki le soin de proposer son affaire. Le garçon hocha la tête timidement et Tyki entreprit d'aller de suite organiser le tout. "Je te rejoins demain sur la place du marché, tu devais rentrer avec John, n'est ce pas ? Je vais en profiter également, en plus pour une fois, mon retour devrait passer inaperçu à côté du tiens. Tu n'aurais vraiment pas dû partir sans rien dire à Tricia."

"Ne dit pas ça…" je gémis presque. "J'ai oublié mais Sheryl le savait ! Oh, Tricia va être intenable…" je murmurais la dernière partie alors que Tyki laissait échapper un rire.

Le lendemain, le garçon vint me remercier. Tyki avait pu lui obtenir une période d'essai et il semblait décidé à faire ses preuves. J'espérais que tout se passerait bien. Il n'empêche, la bonne nouvelle me fit plaisir et après avoir bouclé mes affaires, embrassé la matronne au revoir et rejoint la place du marché, je ne put empêcher un grand sourire heureux de prendre place sur mes lèvres et de remercier Tyki à profusion. C'était marrant comme il avait l'air gêné. ça faisait plaisir d'inverser les rôles pour une fois.

Malheureusement, la bonne humeur ne dura pas longtemps et je commençais rapidement à être anxieuse plus nous approchions du manoir. Il faut dire, les mots de Tyki me tournaient en tête et j'appris bientôt qu'ils n'étaient pas aussi exagérés que je l'espérais. En effet, sitôt posé un pied dans le manoir, Tricia dévala l'escalier central comme un ange vengeur avant de me prendre dans ses bras avec une force dont je ne la soupçonnait pas.

"Mais qu'est-ce qui t'a pris de partir comme cela, sans un mot!?" Me demanda-t-elle en me tenant à bout de bras pour pouvoir me regarder dans les yeux avant de scruter mon corps comme pour vérifier que j'allais bien. Je trouvai la chose un peu exagérée, j'étais partie une semaine en vacance, ce n'est pas comme si on m'avait envoyé sur une île commando dans les caraïbes…

"J'ai laissé une lettre…?" Je commençais à dire avant de me taire lorsqu'un regard noir perça mes orbes bleu.

"Une lettre? Je n'appelle pas ça une lettre! J'avais des plans pour ce Noël, j'étais si triste de te savoir si loin de nous!" Dit elle avant de me retirer dans ses bras puis d'à nouveau de m'éloigner. "Tu t'es amusé au moins, n'est-ce pas? Où es-tu allé?" Demanda-t-elle avec un regard inquiet avant de me lâcher tout à coup pour enfoncer son doigt dans le dos de Tyki qui avait tenté une fuite pendant que je me faisais mâcher. "Oh non monsieur! Ne croit pas que je t'ai oublié !" Dit elle et Tyki se retourna d'un air penaud.

"Vivi ! Oncle Tyki !" Cria tout à coup une voix aiguë du haut de l'escalier et une petite fille bien connue descendit aussi vite que sa mère, sa robe flottant derrière elle dans un étrange sentiment de déjà vu. Ses cris devaient avoir rameuté du monde car bientôt, le hall se remplit des autres habitants du manoir et le tout devint un véritable capharnaüm. Il fallut l'arrivée de Sheryl pour que cela se calme un peu et, rapidement, nous migrions au salon où je pouvais observer à ma guise les restes du sapin de Noël. Il avait l'air d'avoir vécu l'enfer. Je ne voulais pas savoir ce qu'il s'était passé.

Le reste de l'après-midi se passa plus calmement après cela. Tricia était profondément déçue que je ne sois pas restée pour Noël, mais elle était trop gentille pour le retenir contre moi. Elle était contente que j'ai pris des vacances d'une certaine façon, même si elle semblait un peu scandalisée que je sois simplement restée à Londres. "La prochaine fois." avait-elle dit. "Nous visiterons un autre pays, pourquoi pas la Belgique? J'ai entendu de bonnes choses."

"Je veux aller en Allemagne!" S'était alors exclamé Road en rebondissant pratiquement sur son siège.

"Ou au Portugal?" Proposa Tyki mais les jumeaux gémirent en protestation.

"Peut-être l'été prochain si tout se passe bien pour Sheryl." Souris Tricia avant de se tourner à nouveau vers moi. "Mais il faudra faire à nouveau Noël ici, j'aimerais beaucoup voir les différences entre nos cultures."

"Oh oui! Comment fêtes-tu Noël, Eve?" Demanda Road et son sourire paraissait, tout du moins à mes yeux, clairement narquois. Elle savait que je n'étais pas croyante la petite peste.

"Oh, hé bien, des choses classiques…" Je marmonnais en me creusant le cerveau pour deviner quelles traditions pourraient paraître normales cent cinquante ans plus tôt. "On décore le sapin, on va à la messe, on attache des chaussettes à la cheminée…"

"Des chaussettes?" Cligna Tricia, surprise.

"De grosses chaussettes en laine décorative? Je ne sais pas trop d'où vient la tradition, mais elles sont nominatives et on met des bonbons ou des petits cadeaux dedans. Et les gros cadeaux sous le sapin puis on mange un bon repas préparé tous ensemble et on fait des jeux aussi…" Je dis en essayant de paraître un peu vague.

"Ça à l'air drôle, on devrait le fêter à ta façon l'année prochaine." Souris Road alors que je la regardais les yeux vide, imaginant une seconde les Noahs jouer aux mimes ou faire des gateaux sec.

Nop.

Nop, nop, nop.

"Oh oui, quelle merveilleuse idée ma chérie!" S'enthousiasma Tricia et je blanchis un peu plus. Je ne pouvais qu'espérer qu'ils auraient oublié cette idée désastreuse l'année prochaine…


L'ayant terminé il y a littéralement deux minutes et étant au bout de ma vie, je vous le poste sans même une relecture, mon lit m'appelle. Il devrait être betaed prochainement, cependant, si ça vous fait trop saigner des yeux.

J'espère que vous aurez tous une fabuleuse année 2019 :D Pleins de bonnes choses pour vous, amour, santé, accomplissement personnel et tout et tout :)

Pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !