Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 Juin 2019, corrigé en Février 2023
Bêta : Elogane (2019) Personne (2023)
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir, surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki, Allen et même le Comte Millénaire. Sous forme humaine heureusement. Mais l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Elle rencontre la Baronne Lucie Belle, la sœur ainée des jumeaux ainsi que sa contrepartie féline, puis suit ses employeurs au Portugal lorsque Sheryl gagne les élections.
Trigger du chapitre : Aucun (dites-moi si vous pensez qu'il est nécessaire d'en rajouter un !)
Mes examens se sont très bien passé alors, je rentre chez moi demain ! J'ai tellement hâte : D Mais ça veut aussi dire que je dois nettoyer parfaitement ma chambre aujourd'hui, ça j'ai moins hâte…
Bonne lecture !
Nuancer le Noir chapitre 33 : Faire ami-ami avec le Comte Millénaire
Mardi 25 mai 1886
Il y a des fois, dans la vie, où il faut faire des choix.
Il y en a des importants, des moins importants, des importants qui paraissent à première vue pas très importants et des pas très importants qui se révèlent en fait très importants. C'est le truc, aussi, avec les choix. Les trois quarts du temps, on ne sait pas trop ce qu'on choisit et de toute façon le résultat est bien souvent différent de ce qui était espéré.
Par exemple : aujourd'hui. J'avais espéré une journée tranquille à buller dans ma chambre et profiter du calme. Rentré de Portugal quelques jours plus tôt et tous ceux qui pouvaient mettre un frein à mes projets vraisemblablement occupés, cela s'annonçait parfaitement faisable.
Mais c'était quand même sacrément ennuyant de ne rien faire alors au bout d'un moment, je continuai mon projet actuel : un nouveau jeu de cartes. C'était un Timeline cette fois, un jeu sympathique qui consistait à remettre les événement historiques dans l'ordre à tour de rôle mais qui devenait plus souvent qu'autrement un jeu de coopération temps ma famille et moi n'étions pas très au fait niveau histoire. Et avec ma mémoire pourrie, autant vous dire que c'était un amusement sans fin. Surtout que la seule date que je semblais réussir à retenir était la création du premier roman de Sherlock Holmes, une date qui ne s'était même pas encore passée dans ce monde. Bref, les jumeaux s'étant pleins de leurs cours d'histoires et du trop nombreux nombre de dates à retenir, cela paraissait être une bonne technique d'apprentissage, les précédents jeux ayant fait des miracles pour eux de ce côté-là. Malheureusement, comme je l'avais dit, les dates ce n'était pas mon fort et n'étant même pas sûr que les grands événements resteraient les mêmes ici, j'avais dû faire de sérieuses recherches.
Et donc, en toute logique, j'avais choisi de bachoter à la bibliothèque.
"Sur quoi travaillez-vous ?" Demanda une voix curieuse par-dessus mon épaule m'amenant à sursauter violemment et renverser l'encrier sur mes notes, ma robe, mais surtout : les livres de référence. Maudissant, je trébuchais debout tout en attrapant les bouquins, essayant de les éloigner du désastre avant de me rendre compte que, m'étant écarté, plus rien n'empêchait le liquide de tomber sur le tapis très coûteux de Sheryl. Sautant aussitôt en avant, je collai un bout de ma robe sur la table, empêchant l'encre de tomber plus loin.
"Je suis tellement désolé, je ne voulais pas… " s'exclama le Comte, parce que c'était bien lui, avant de sortir son mouchoir blanc et d'essayer d'éponger ma robe. Affaires peu fructueuse, cependant, vu qu'il réussit plutôt à étaler généreusement la tache à la place. Faisant une pause une seconde, nous regardions le désastre que nous avions fait avant que je ne laisse tomber ma robe, l'encre sur la table ne menaçant plus de tomber. Zut, j'étais sûr que mon short (les sous-vêtements de l'époque) étaient tâchés aussi et…
Oh Merlin.
"Road va me tuer, elle adore cette robe." Je marmonnais sans m'en rendre compte en fixant le tissu mutilé avec de grands yeux désespérés.
"Je ne pense pas qu'elle irait jusque-là." Rassura doucement le Comte, mais il ne paraissait pas très sûr lui-même. Et puis tout à coup, je le regardais, les yeux encore plus larges alors que ses mots s'intégraient dans mon esprit ; Est-ce que c'était du français ? Est-ce que j'avais parlé en français ?! Non pire, est-ce que…
"Vous parlez français ?" Je demandais, mon cerveau cherchant furieusement si j'avais dit quelque chose de problématique dans ma langue natale devant lui au cours de la dernière année. Maintenant que j'y pensais, il m'avait répondu en français lorsque je m'étais réveillé de ma sieste le jour où j'avais rencontré Lulubelle. Mais pour être honnête, j'avais été tellement dans le coaltar que je n'avais pas percuté jusqu'à présent.
"Hé bien oui, le français est communément appris dans la haute société." Répondit le Comte, semblant surpris.
"Oh, je ne savais pas, personne à part Tri… Lady Kamelott ne parle jamais français ici." Je le savais, car Tricia m'avait fait la conversation une ou deux fois lorsqu'elle parcourait une de ces revues de modes dans la langue de Molière. Mais je n'avais jamais entendu Sheryl ou Road balbutier le moindre mot et moins, on parlait des tentatives de Tyki à Paris, moins j'étais susceptible d'éclater de rire inopinément au souvenir.
"Si Tyki a bien un point commun avec son frère, c'est qu'aucun des deux n'a jamais été très bon pour les langues." Sourit le Comte avec un air conspirateur, comme s'il me confiait un grand secret. "Il leur a fallu des années pour apprendre l'anglais ! Pour être honnête, je serais déjà assez heureux s'ils pouvaient comprendre ce qu'on leur dit en français, ne parlons même pas de tenir une conversation" Rit le Duc tout en s'asseyant dans un fauteuil proche. Automatiquement, je me rassis aussi, la robe tâchée momentanément oubliée après cette petite discussion. C'était amusant d'imaginer Sheryl se débattre à apprendre une langue et je ne pu empêcher un petit sourire en l'imaginant frotter ses cheveux parfaitement peignés de frustration comme le faisait Tyki lorsqu'il était en proie au doute.
Mon sourire ne passa pas inaperçu cependant. Aussitôt, l'œil du comte pris une lueur joyeuse et son langage corporel changea tout à fait : j'avais devant moi l'adolescent joueur et plus de vieux Duc sage.
"Et donc, que faisiez-vous ?" Demanda-t-il, mais il n'attendit même pas ma réponse, attrapant le livre de référence que j'avais sauvé de l'encre pour jeter un coup d'œil au titre. "La vie d'Alexandre Le Grand ?" Dit-il surpris et j'acquiesçais. Je pouvais aussi bien lui dire ce que je faisais, non ? Ce n'est pas comme si c'était quelque chose de spécial, ça ne faisait pas de mal et de toute façon, il avait l'air d'être parti pour rester donc…
"Je fais un nouveau jeu de cartes, ça s'appelle le Timeline." Je répondis en lui montrant mes brouillons de cartes. J'eus tout à coup terriblement honte de mes dessins et je dus me retenir de lui arracher des mains lorsqu'il sortit ses lunettes de lecture pour mieux les voir. "Le but est de remettre des événements historiques dans l'ordre comme dans une frise." Je balbutiais, ne sachant pas trop pourquoi je me sentais aussi inquiète, mais l'étant tout de même.
"Je n'en ai jamais entendu parler… " Murmura le Comte avant de poser les brouillons à mon grand soulagement. "Maintenant que j'y pense, les jumeaux et Road m'ont fait jouer à plusieurs nouveaux jeux ces derniers mois, je comprends maintenant d'où ils viennent !" Sourit-il et je ne pus m'empêcher de soulever les coins de mes lèvres en retour. Non ! C'était tout le truc du piano qui recommençait ! Mais c'est pas possible d'avoir autant de charisme !? "Vous les avez tous inventés ? J'ai particulièrement aimé ce jeu avec les petites pierres, comment s'appelait-il encore ?"
"L'Awalé ?" Je demandais et le Comte rayonnai en réponse. "C'est un jeu Africain. Je n'ai inventé aucun des jeux que j'ai montrés aux enfants, je les ai simplement appris… ici et là." Je répondis maladroitement avant d'enchaîner aussi vite pour ne pas entrer à nouveau dans les problèmes compliqués qu'était l'histoire de ma vie. "Les jumeaux semblent avoir des difficultés à retenir les dates, je me suis dit que ça pouvait peut-être les aider."
"C'est une bonne idée ! Je dirais même que ça ne serait pas de trop non plus pour Road." Rit le Comte. "Et vous illustrez et écrivez un petit paragraphe informatif à chaque fois ? Cela doit demander beaucoup de travail."
"Hé bien, j'ai beaucoup de temps libre… " je répondis, sentant la conversation mourir. Mais au lieu de partir comme je le pensais, le Comte ne fit que s'installer plus confortablement et attrapa un des papiers à lettre que j'utilisais pour prendre des notes.
"Moi aussi !" Dit-il. "Je pourrais aussi bien vous aider et vous épargner quelques recherches. En effet, j'ai un petit talent en histoire, le saviez-vous ?"
Non, je ne savais pas, et je ne suis pas sûr que c'était une information que je devais forcément connaître sur le destructeur de l'humanité non plus… Encore une fois, pas qu'on demandais mon avis… Mais, il s'avéra que le Comte Millénaire était réellement très bon en histoire. Vraiment, vraiment très bon. Et je voulais dire par cela qu'il était capable de discuter d'un point clef de n'importe quel grand moment historique en appuyant ses arguments avec des informations précises, des dates et des anecdotes amusantes. L'écouter parler, c'était comme regarder une vidéo YouTube de vulgarisation en direct, mais en plus pouvoir poser des questions et aiguiller le sujet.
C'était si intéressant que je ne me rendis même pas compte que je notais tout ce qu'il disait, en tout cas jusqu'à ce que je manque de papier et doive prendre ceux que le Comte avait empruntés plus tôt et qu'il n'avait finalement pas utilisés. Et c'était… amusant aussi, je suppose. C'était facile de parler au Duc Campbell, il était toujours à l'écoute, compréhensif et avec un grand sens de l'humour. Si je n'avais pas su qu'il était le comte Millénaire, jamais, je ne l'aurais fui comme cela. En fait, je suis assez sûr que c'est moi qui l'aurais suivi partout, histoire d'avoir d'autres conversations intéressantes.
Alors que j'entamais ma septième feuille de notes sur la guerre de cent ans, me demandant vaguement si je serais même capable de me relire avec à quel point j'écrivais vite, je me dis qu'il était temps que j'arrête de le fuir. Ce n'est pas comme si ça servait à quelque chose, n'est-ce pas ? En fait, passer du temps avec lui serait même plus en accord avec mes principes vu qu'il aurait alors moins de temps pour fabriquer des akumas.
Et puis, je me sentirai moins seul aussi.
Et les inconvénients ? Torture psychologique auto-administré parce que je passais du temps avec le destructeur de l'humanité ? Eh bien, c'était une vieille amie maintenant, je la ressentais déjà quotidiennement avec les autres Noahs.
Alors oui, je ne devrais pas vraiment hésiter, n'est-ce pas ?
Alors, prenant une respiration profonde, je cimentais ma résolution et commençais à participer activement à la conversation. C'était comme se libérer d'un poids, plus la conversation s'étalait, plus je souriais et répondais facilement, mes épaules se détendaient et j'arrêtais de crisper mes doigts sur mon crayon. C'était chouette de pouvoir enfin parler avec lui sans que mille alarmes résonnent dans ma tête, hurlant pour que je fasse attention à la moindre de mes paroles, au moindre de mes gestes.
En fait, je me détendis tellement que je ris de bon cœur lorsque le Comte me raconta une anecdote improbable sur le Roi Clovis. C'était si vivant que je me demandais un instant si ce n'était pas quelque chose dont il se souvenait à cause de la mémoire Noah. C'était sûrement le cas. Évidemment, ce fût à ce moment-là que Road claqua la porte ouverte, toujours sans aucun respect pour la vie privée. Meh, je lui ferai comprendre un jour… j'ai de l'espoir.
Tournant la tête, mes épaules tremblant toujours de rire et un sourire joyeux sur les lèvres, je découvris Road et Tyki figés dans l'encadrement de porte, les yeux ronds et la bouche béante. Ce n'était pas surprenant, vous me direz, ça faisait plus d'un an maintenant que je fuyais le Comte comme la peste et ces deux-là avaient été mes gracieux complices d'évasions à de nombreuses occasions. Ça devait être très étrange, pour eux, de me voir rire avec le Comte comme si de rien n'était.
Je n'eus pas l'occasion d'entendre leurs sentiments à ce propos cependant, car ce fût à ce moment-là que Road enregistra le désastre qu'était devenue ma robe et elle ne perdit pas de temps pour hurler comme si elle se faisait assassiner à coup de couteau rouillé. Ou plutôt comme si je me faisais assassiner à coup de couteau rouillé. Je n'étais pas trop sûr que ça lui ferait grand chose après tout… Autant vous dire que le reste de l'après-midi était moins qu'agréable pour toutes les personnes concernées. J'en voulais encore à Tyki d'avoir fui sans me soutenir.
Traître.
Heureusement pour moi, il ne me fallut pas trop longtemps pour trouver une occasion de me venger : les Kamelott réorganisaient un bal.
Samedi 29 Mai 1886
Pour tout vous avouer, lorsque Tricia annonça la nouvelle un soir, alors que toute la famille était réunie dans le petit salon (jumeaux compris et même chat Lulu, mais sans le Comte. Eh bien sinon je ne serais pas là, Sheryl m'aurait jarté sitôt le Comte arrivé. Mais comme il n'était pas là, Tricia avait eu ce qu'elle voulait : c'est-à-dire ma présence.) J'eus une seconde peur de me faire embarquer dans cette galère. J'étais à deux doigts de jeter mes cartes sur Tyki en diversion et sauter par la fenêtre pour une retraite stratégique lorsque Sheryl apaisa mes craintes.
"Miss Campbell ne participera évidemment pas cette fois, Tyki ne peut pas se montrer deux fois avec la même partenaire ou les rumeurs iront bon train." déclara-t-il d'une voix implacable et je vis Tricia se flétrir quelque peu. Elle avait l'air triste, mais compréhensive, et rien que pour cette moue, j'aurais été capable de tenir tête à Sheryl… si le nœud de la discorde n'était pas ma participation au prochain bal.
Je n'avais vraiment, vraiment pas envie d'y aller… Une fois avait largement suffit, merci beaucoup !
Tyki, lui, devient aussitôt blanc qu'un linge. "Mais, mon frère…" Dit-il et je savais qu'il allait supplier Sheryl : il n'évoquait leurs liens de parenté que lorsqu'il voulait quelque chose. "Tu viens de devenir ministre, je vais être encore plus une cible politique qu'auparavant." Gémit-il presque et je vis Road ricaner à côté de moi.
"Tu aurais dû y penser l'année dernière si cela te dérange autant, mais, qui sait ? Cette attention supplémentaire te permettra peut-être de trouver une fille qui te plaît !" Répondit Sheryl ayant quasiment l'air excité. J'étais surprise que Tricia ne l'était pas plus, elle qui essayait de caser Tyki autant que son mari, ça aurait dû la réjouir. Pourtant, elle avait l'air plus pensive qu'enchantée.
Tyki était définitivement vert et son regard était dans le vague comme s'il imaginait quelque chose d'affreux. J'aurais eu tendance à me moquer et rouler les yeux en disant qu'il exagérait, mais j'avais vu ses fangirls foncer sur nous au bal l'année dernière et elles étaient réellement terrifiantes. Quoi qu'il en soit, Sheryl ne lui laissa pas le temps de répliquer, car, aussitôt, il se tourna vers les jumeaux qui, malgré n'avoir pipé mot depuis que Sheryl avait ouvert la bouche et s'être fait le plus petit possible, n'avait pas pu échapper aux yeux perçants du maître des lieux.
"Les jumeaux participeront également, ce sera votre premier bal et j'attends de vous d'être sur votre meilleur comportement. Comme vous venez d'avoir quatorze ans, ce n'est qu'adéquat."dit Sheryl sévèrement, Devit fronçant aussitôt les sourcils et se plaignant à pleine voix rapidement suivi par son frère. "Le Duc Campbell l'a décidé." Claqua Sheryl et, étonnement, les jumeaux se turent de suite, se rasseyant silencieusement sur le sol. Ça ne les empêchait pas de bouder par contre…
Uh. Il faudra que je garde la technique.
Oh. Mais si c'était à nouveau un bal pour l'anniversaire de Road, cela veut dire qu'il fallait que je lui trouve un cadeau… L'année dernière, j'avais pu participer au commun des employés, mais d'une part, je doute que je sois accueilli de bon cœur cette fois, d'autre part, je côtoyais Road quotidiennement depuis plus d'un an maintenant, un cadeau personnel serait sûrement plus apprécié. Mais quoi faire ? Oooh, je pouvais lui donner le Timeline ! Il me restait encore beaucoup de travail, mais ça devrait être fini avant son anniversaire. Road était aussi mauvaise en histoire que les jumeaux de toute façon et ça restait un jeu alors ça devrait aller.
Satisfaite de mon choix, je passais donc les prochaines semaines à travailler dessus avec les notes que j'avais prises lors de la conférence du comte. Heureusement, les dessins n'étaient pas bien compliqués, le plus difficile étant de s'appliquer avec l'écriture. Mon griffonnage du XXIème siècle passait mal à cette époque où les gens étaient plus habitués à de belles calligraphies bouclées. Mais Road ne pourra pas dire que je n'avais pas fait d'efforts ! J'avais même demandé de l'aide à Tyki qui, étrangement, avait une magnifique écriture. Cela s'expliquait peut-être par le fait qu'il pratiquait quotidiennement, je l'avais vu à plusieurs reprises avec un carnet dans les mains et j'étais à peu près sûr qu'il tenait un journal intime. C'était un peu drôle à imaginer, mais je n'avais pas osé aborder le sujet. Si c'était son jardin secret, je ne voudrais pas empiéter et le gâcher.
Dimanche 20 Juin 1886
Le jour de l'anniversaire de Road, je me levais tôt pour lui offrir mon cadeau. Enfin, il serait plus juste de dire qu'elle me leva tôt pour lui offrir son cadeau. Il n'était même pas cinq heures qu'elle sautait déjà dans mon lit, chuchotant à côté de mon oreille et m'empêchant de m'enfuir à nouveau sous les couvertures.
"Allllez, Eve ! Je m'ennuie toute seul dans ma chambre, tu es la seule réveillée !" Gémit-elle en se laissant tomber sur mon dos alors que je m'accrochai à mon oreiller de toutes mes forces, refusant de quitter le matelas même si elle m'avait déjà arraché la couverture.
"À qui la faute." Je grommelai. "Qu'est-ce qui t'a pris de me réveiller à cinq heures du matin ?!" je me plaignais en me tournant pour lui faire face.
"Tyki n'est pas au manoir, les jumeaux sont chez leur sœur et je ne peux décemment pas réveiller Papa. Mère est avec lui et elle a besoin de son sommeil." Énonça-t-elle logiquement en élevant gracieusement un sourcil, comme si elle me trouvait idiote de même poser la question.
"Et donc tu as préféré m'embêter moi ? C'est méchant, ça mérite… vengeance !" Je dis en lui sautant dessus avec un sourire sauvage alors que je la chatouillais impitoyablement. Aussitôt, elle hurla et tenta mollement de s'écarter en riant. Elle me laissait faire, évidemment, je n'aurais jamais pu la chatouiller si elle ne le voulait pas.
"Chuuuut !" Je sifflais en la bâillonnant, tendant l'oreille pour voir si ses cris avaient réveillé les maîtres de maison. N'entendant rien, je la lâchais, essuyant la bave qu'elle avait prise soin de badigeonner sur ma main dans le drap. A peu près sec, je me couchais à côté d'elle, rabattant la couverture au-dessus de nous. "Tu n'en as peut-être pas besoin, mais si tu veux que je sois assez en forme pour jouer avec toi toute la journée, il va falloir me laisser avoir quelques heures de sommeils de plus !" Je lui murmurais et lorsque je la vis faire la moue, je m'empressai d'enchaîner. "Pourquoi est-ce que tu ne me raconterais pas une histoire pour m'endormir ? Échangeons les rôles pour une fois."
"Hmmm." Chantonna-t-elle, faisant mine de réfléchir. "Si tu me donnes mon cadeau maintenant, je te laisse dormir et je te raconte même une histoire !" Proposa-t-elle et je lui pichenetta le nez en réponse.
"Tu avais tout prévu ! Petit démon sournois." Je riais avant de m'appuyer sur mon coude pour attraper son cadeau dans le tiroir de la table de nuit.
"Temps que je suis la plus mignonne des démons…" Dit elle d'une voix traînante avant de prendre directement la petite pochette en tissu de mes doigts. "Un jeu de cartes ?" Devina-t-elle curieuse avant de détacher le cordon pour jeter un œil à l'intérieur.
"Tu as deviné trop vite, il faudra que je me renouvelle pour l'année prochaine." Je souriais un peu nerveusement. J'étais à peu près sûr qu'elle ne me ferait rien même si elle n'aimait pas son cadeau mais je n'en étais pas absolument persuadé à 100% et je commençais à avoir une petite panique interne me demandant si je n'aurais pas dû recommencer quelque chose de zéro, après tout.
"Non ! J'aime bien tes jeux, tu as toujours de bonnes idées et le Jungle Speed était vraiment drôle, je suis certaine que celui-là sera bien aussi." Me rassura-t-elle gentiment alors qu'elle regardait curieusement les cartes, riant à quelques illustrations amusantes.
"Je ne les invente pas, je les refaits juste." Je rappelais mais elle ne prit même pas la peine de me gracier d'un hochement de tête avant de me poser sa prochaine question.
"Je ne comprends pas en quoi consiste les règles… c'est des événements historiques, avec des dates… Il faut deviner l'événement ?" Demanda-t-elle et pour la quatrième fois en autant de personne je lui fis mon petit discours sur le jeu, finissant par lui demander qu'on en parle plus tard dans la mâtiné lorsque les jumeaux arriveraient. Elle acquiesça de mauvaise grâce et proposa de me raconter une histoire mais malgré ma demande, j'étais beaucoup trop fatigué pour l'entendre et je lui demandais de me la raconter une prochaine fois.
Sitôt mes yeux fermés, je m'endormis de suite et je ne me réveillais pas avant bien trois heures plus tard. Huit heures, ça peut encore paraître tôt, mais comme on venait me lever tous les jours à 7h pétante, j'étais très surprise de ne pas m'être réveillée avant. Surtout que j'aurais sûrement dormi plus longtemps si les jumeaux n'avaient pas déboulé dans ma chambre avec la discrétion d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Et je pèse mes mots.
Ils avaient pratiquement détruit ma petite table ronde où je jouais généralement aux cartes avec Tyki en déboulant dans la pièce comme des sauvages, se battant l'un l'autre. Heureusement, elle n'avait rien si ce n'est quelques égratignures. Le vase sans doute chère que Tricia avait mise dessus quelque deux semaines auparavant n'avait pas eu cette chance cependant et était allé s'écraser sur le tapis. Malgré moi, je n'arrivais pas à être en colère cependant : Ce vase était hideux et si ce n'avait pas rendu Tricia triste, je l'aurais assurément défenestré la seconde où je l'avais découvert dans ma chambre. Comme les choses étaient, j'avais une excuse et des boucs émissaires commodes et je ne gémis que parce qu'on avait encore dérangé mon sommeil.
"Désolé, Eve." S'excusa promptement Jasdero avec sa tête de chien battue, celle qui me donnait juste envie de lui faire un câlin et de l'absoudre de tous péchés. J'étais à peu près sûr à ce stade qu'il le faisait exprès… Son jumeaux grommela une excuse semblable mais avec une tête plus mutine et je ne fis que soupirer en retour avant de m'asseoir dans mon lit.
Ou essayer en tout cas, parce qu'il s'avéra que Road avait, en fait, dormi avec moi. Et, hé bien, elle ne semblait pas avoir envie de se lever vu comme elle s'accrochait à ma taille comme une bernacle à son rocher.
"Qu'est-ce que… David, Jasper ?! Que faites-vous dans la chambre d'Eve, sortez d'ici de ce pas ! Mon dieu, n'avez vous pas de pudeur ?" Cria tout à coup la voix de Tricia et je levais les yeux pour la voir dans l'encadrement de porte l'air horrifié, Tyki et le Comte non loin derrière regardant curieusement toute la situation. N'ayant pratiquement jamais entendu Tricia hausser la voix, je ne pouvais que la regarder figée, perplexe, et les garçons paraissaient être dans le même état, car il leur fallut bien trente secondes avant d'esquisser un pas en direction de la porte. Malheureusement pour eux, entre-temps Tricia remarqua la table renversée puis les restes de feu, le vase affreux et s'empressa d'entrer dans la pièce leur bouchant la sortie. S'ensuivit alors une situation bien étrange où Tricia se lamentait sur le vase tombé alors que les jumeaux ressemblaient à des chatons abattus, Road et moi étions toujours en chemise de nuit au lit et le Comte et Tyki se tenaient dans l'encadrement de la porte, ne sachant pas trop quoi faire. Dans tous les cas, j'étais infiniment heureuse d'avoir rangé ma chambre la veille, vous pouvez en être sûr.
"Millénie !" S'écria tout à coup Road en levant les bras dans le geste universel pour demander à se faire porter, coupant efficacement l'atmosphère étrange.
"Road, non !" S'exclama Tricia les mains sur les hanches. "Tu es encore en chemise de nuit, tu ne peux pas…" Commença-t-elle mais le Comte s'était déjà obligé et portait la petite Road sans efforts.
"Ne t'inquiète pas Tricia, en plus le sol est couvert de verres, Il vaut mieux la porter dans sa chambre." Dit-il en ajustant Road pour qu'elle repose sur sa hanche. Tricia semblait être sur le point de répliquer, mais elle changea aussitôt de cible lorsqu'elle remarqua enfin que je m'apprêtais à poser le pied au sol. Son œil prenant une lueur toute particulière que j'avais apprise à assimiler à ses délires de romances, je ne fus pas surprise le moins du monde lorsqu'elle commença à me dire que je ne devrais pas me lever avec les bouts de vase partout. Notons que mon manque de tenue acceptable semblait d'un coup beaucoup moins important en comparaison à une occasion de me caser…
Sentant les problèmes venir, je ne tardais pas à demander à Tyki de me passer mes chaussures. Ce qu'il fit avec une vitesse extrême, ajoutant même mon peignoir en plus de cela et détournant les yeux lorsque j'enfilais le tout. Toujours le gentleman… Tricia fit presque la moue et d'un coup je vis avec une fluidité flagrante la ressemblance entre mère et fille-adoptive. Il faut croire qu'elles avaient tout de même réussi à s'influencer l'une l'autre, mine de rien.
Après avoir désamorcé cette énième situation de délire romantique à la Tricia, je fus laissé seul le temps de m'habiller avant de rejoindre Road et les jumeaux pour jouer au fameux jeu de cartes. Ils n'étaient pas très chaud au départ, il faut croire que les dates n'étaient vraiment pas leur truc, mais finalement l'effet coopération fonctionna plutôt bien et tout le monde entra dans le jeu. Tyki fit même une apparition, juste une seconde entre une requête de Tricia et une réunion avec Sheryl pour poser quelques cartes avec un air suffisant (Tyki était assez bon en histoire. Étrangement bon en fait, je me demandais toujours s'il avait trouvé un moyen de tricher…) avant de repartir fissa par la fenêtre lorsqu'on entendit Sheryl grommeler dans le couloir.
Après cela, tout s'enchaina assez vite, Tricia criant presque de voir encore les enfants en train de jouer alors qu'il était déjà l'heure du déjeuner. Ils passèrent à nouveau toute l'après midi à se préparer alors que je les regardaient s'agiter une bonne tasse de thé entre les doigts. J'étais infiniment contente de ne pas avoir à refaire partie de ce cirque surtout lorsque Road piqua une crise au milieu de sa troisième coiffure : je n'aurais jamais tenu aussi longtemps.
J'en étais là de ma suffisance joyeuse lorsque le karma revient me mordre et que le comte se joint à moi pour le thé. J'avais beau avoir accepté mon sort quelques jours auparavant, un an d'habitude à le fuir ne disparaissait pas comme ça et je me pris à chercher activement une sortie. Alors, décidant de faire un pas dans ce que (j'espérais être) la bonne direction, j'entamai la conversation. Temps qu'on évitait toute les discutions liées de près ou de loin à la musique, c'était plutôt sympa. Ça correspondait à l'humeur de quelques jours plus tôt et même lorsqu'il avait l'allure du vieux sage (et non l'excitation adolescente) c'était chouette.
On en était à une charmante discussion sur le nombre approprié de sucres à mettre dans le thé en fonction des circonstances (il visait toujours beaucoup trop haut pour moi) pendant que Tyki galérait à remettre les lacets de ses chaussures que Road avait enlevée et que Tricia essayait de nouer les cravates des jumeaux en catastrophe lorsqu'un mignon petit chat sauta sur les épaules du Comte.
"Tiens tu es là toi ?" Sourit le Comte en grattouillant sa tête recevant un ronronnement heureux pour ses efforts. Le chat se frotta contre sa main avant de sauter sur la table (au grand désarroi de Tricia qui tient tout de même sa langue et partie rapidement de la pièce pour répondre à une question des femmes de chambre) et de s'approcher de mes doigts tendus pour les renifler.
"Bonjour Lulu." Je souris en la caressant, mais elle se figea à mes mots et je relevais la tête pour voir que le Comte avait fait de même. Me rendant compte de mon erreur (personne n'avait nommé le chat avant ! C'était une chance que je ne l'avais pas appelé Lulubelle au moins…) je suis soulagé de voir que les autres Noahs dans la pièce ne nous prêtait pas attention. Mais ça faisait tout de même la principale concerné et le comte à l'écoute et terriblement curieux…
"Lulu ?" Demanda le Comte. Sa voix était si légère que ça en devenait suspect.
Avec un visage neutre que je ne me pensais pas capable, je répondis aussi calmement "Ah, désolé, je ne connais pas son nom, mais elle me faisait penser à la sœur des jumeaux alors…" Je laissais planer avant de me demander si c'était une si bonne idée de sous-entendre que j'avais vu un parallèle entre le chat et Lulubelle… Non, pas vraiment mais c'était trop tard et de toute façon le Comte décollait déjà les lèvres pour répondre.
"C'est vrai que ça lui va bien." Dit-il en me lâchant enfin du regard pour le fixer sur le chat à la place. "Qu'en penses-tu ? C'est mignon Lulu, n'est-ce pas ?"
Le chat n'avait pas trop l'air du même avis, mais elle miaula d'une telle manière que ça ressemblait tout de même à un accord, aussi de mauvaise grâce soit-il. Elle me jeta tout de même un regard noir avant de se dandiner vers le Comte, la queue haute et tout son mépris bien palpable.
Welp.
Et une nouvelle connerie à ajouter à la liste, une...
C'est peut-être pas ce que mes autres chapitres étaient infiniment plus lents, mais il m'a l'air vachement rapide celui-là…
(edit 2023: les examens n'avaient pas dû me faire du bien parce que c'est le chapitre le plus truffé de fautes que j'ai eu le malheur de corriger jusqu'à maintenant ! Des phrases qui ne veulent rien dire, des mots qui ne sont pas les bons, des fautes de frappe, de la ponctuation qui s'était fait la malle… je ne jure pas que c'est parfait, mais ça devrait quand même être plus lisible maintenant !)
Enfin, passez une bonne journée, pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !
