Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date : 5 Juillet 2019, corrigé en février 2023.

Bêta : Elda (2019) Personne (2023)

Fandom: D Gray Man

Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki, Allen et même le Comte Millénaire. Sous forme humaine heureusement. Mais l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Elle rencontre la Baronne Lucie Belle, la sœur ainé des jumeaux ainsi que sa contrepartie féline puis suit ses employeurs au Portugal lorsque Sheryl gagne les élections. Eve se réconcilie avec le Comte Millénaire aussi.

Trigger du chapitre: Attention ! Un des trois chapitres pour lequel a été créée ce trigger, spoiler alerte, on parles de jambe cassé (dans un accident de vélo) d'une tentative de meurtre accidentel, d'étouffement et de perte de contrôle de sois. Si une de ces choses peut atteindre votre santé mentale, vous pouvez tranquillement lire jusqu'à "je ferais bien de ralentir." et les trois étoiles *** et puis passer au chapitre suivant ! Un résumé des événements importants sera disponible en début de chapitre.


Alors, ce chapitre, c'est comme une fonction exponentiel : Ça commence doucement mais ça merde rapidement. Tellement rapidement que je l'ai pas vu venir en fait, c'était pas censé partir aussi loin...

hum

Bref

Bonne lecture!


Nuancer le Noir chapitre 34 : Le Vélo

Samedi 17 Juillet 1886

Une chose qui était particulièrement difficile à mesurer pour moi, c'était bien le temps.

Avant, dès que j'étais en vacances plus de quelques jours, je perdais aussitôt toute notion des jours, confondant mardi et mercredi sans même m'en rendre compte. Sitôt l'école arrêtée, sans emploi du temps fixe, je ne me souvenais plus quand j'étais et pour tout dire, ça ne m'importait pas trop.

Maintenant, cependant, après des mois de souvenirs flous, voire absents, puis plus d'une année sans emploi du temps bien défini autrement que par un rituel quotidien qui déviait rarement, il était bien difficile de se repérer. J'en arrivais souvent, lorsque j'apprenais la date avec un coup d'œil au journal, par exemple, à me retrouver étonnée du temps passé.

C'était encore arrivé ce samedi-là lorsque je m'étais réveillée, après une longue nuit à raconter misérablement ce que je me souvenais de "Toby Lolness" aux jumeaux, pour découvrir qu'on était déjà mi-juillet. J'avais l'impression que c'était seulement la veille que j'avais échappée au piège infâme du Comte et Lulubell pour aller se moquer avec Tyki des vêtements scandaleux de certaines dames. La soirée avait été bien plus amusante que la dernière fois, c'est sûr, car j'avais pu tranquillement la passer cachée en haut, sur le balcon réservé à la famille et observer les masses sans toutefois me faire repérer. On avait même inventé des dialogues drôles, cachés avec Road, imaginant de quoi pouvaient bien parler les nobles en dessous de nous. J'avais même fait un peu de contrôle des dégâts pour Sheryl, occupant les jumeaux en leur donnant des défis stupide comme parier que Devit ne serait pas capable d'inviter une jeune fille à danser ou Jasdero d'apprendre le passe-temps de quelqu'un en entamant la conversation. Autant dire que j'avais perdu pas mal de bonbons, mais j'avais gagné de sacrés points bonus, bien nécessaires à ma survie, avec Sheryl. Même lui était impressionné que les Jumeaux soient allés interagir avec les invités et que ça ne se soit pas terminé en catastrophe. Et le clou de la soirée, j'avais même pu partir plus tôt pour lire tranquille dans ma chambre alors que Tyki continuait à souffrir sur la piste de danse. C'était glorieux.

Ah, douce vengeance !

Les trois semaines suivantes avaient été terriblement calmes. Sheryl était repartie en voyage d'affaire et Road recevait moult précepteurs au manoir durant la pause estivale à son grand désespoir. Les jumeaux, de leurs côtés, continuaient leur cours et Tricia tomba sous un mauvais froid qui la garda alitée l'essentiel de deux semaines.

Tyki, quant à lui, profitait joyeusement du manque de Sheryl pour crapahuter dans les villages voisins, voir à Londres et ne rentrait même pas toutes les nuits. Nul doute qu'il les passait en agréable compagnie, revenant seulement au petit matin par la fenêtre sous le regard amusé de Road et moi. Je l'avais cependant accompagné deux ou trois fois en journée pour explorer un peu, bien plus à l'aise de le faire avec lui plutôt que seule. C'était rassurant de se dire qu'on était accompagné par la chose la plus dangereuse des environs. Ou terrifiant. Ça dépendait de l'humeur, vraiment.

Je vis Lulu le chat à quelques occasions également. Elle se baladait souvent dans le manoir, mais ne vient me voir que deux fois. Une, pour que je l'emmène boire un peu de lait en cuisine (aucune idée de pourquoi elle ne pouvait pas y aller en forme humaine, mais bon…) et une autre lorsque je me réveillais d'une sieste impromptue à la bibliothèque pour la trouver sur mes genoux. Sa forme humaine, cependant, je ne la vis qu'une fois lors de ces trois semaines et ce fut lorsqu'elle vint prendre le thé avec Tricia en compagnie du Comte. Plus glaciale, tu meurs, je me demandais bien pourquoi elle prenait la peine de m'embêter en chat alors qu'elle ne semblait pas me supporter en humaine… Le Comte, par contre, je l'avais pratiquement vu deux fois par semaine et nous avions continué ces cours de solfège que nous avions commencés lorsque j'avais rencontré Lulubelle. C'était étonnement plus sympathique que je le redoutais et il était infiniment plus gentil et pédagogue que l'ancien (peut-être) akuma qu'il avait envoyé nous donner des cours auparavant.

Ce fut à l'aube du dix-neuvième jour de son absence que Sheryl rentra au manoir. Sans doute avait-il essayé d'entrer calmement, malheureusement, ce n'était pas l'ambiance de la maison et il n'avait pas fait deux pas dans l'entrée que les serviteurs débarquaient en pleine frénésie, accueillant leur maître et préparant la chambre, l'eau chaude et la nourriture. Attirés par ce remue-ménage inhabituel, les chiens aboyèrent confusément, entraînant toute la bassecour à leur suite et finissant de réveiller les habitants du manoir quelque deux heures trop tôt. J'avais bien essayé de m'étouffer avec mon oreiller pour voir si je pouvais m'assommer, me rendormir n'étant pas en option, malheureusement Tricia était bien trop excitée après trois longues semaines pour me laisser faire. Pour sa défense, Sheryl n'était jamais parti aussi longtemps depuis que j'étais ici. Même s'il revenait seulement quelques jours, voire quelques heures, il revenait toujours en moins de deux semaines.

Lui aussi avait dû s'en rendre compte, car il n'était pas revenu les mains vides. Bien sûr, il avait déjà fait des cadeaux impromptus à plusieurs reprises, souvent des bibelots pour Tyki, des bijoux pour Tricia et des jouets pour Road mais cette fois, il ramena quelque chose qui attira mon attention : un vélo.

Maintenant que j'y pensais, je ne me souvenais pas en avoir vu beaucoup dans les rues. Enfin, si, mais pas des comme celui que présentait fièrement le maître de maison. Je ne savais pas trop quand il avait été inventé, mais connaissant Sheryl et ses manies des cadeaux coûteux, je doutais que ce soit quelque chose d'accessible facilement. Cela me fut rapidement confirmé lorsque Sheryl se venta fièrement que c'était le tout dernier modèle, même pas encore mis en vente.

Alors, étant loin d'être la seule intriguée, on descendit tous au jardin pour voir Tyki essayer son nouveau vélo.

C'était une chose étrange qui ressemblait aux vieilles bicyclettes dans les films reprenant les guerres mondiales donc, encore une fois, elles me semblaient un peu trop récentes pour 1886. Je me demandais si c'était encore une invention découverte plus tôt à cause de la guerre en cours? Enfin, je dis ça, mais ce n'était pas comme si j'étais une pro de l'histoire du vélo et pour tout ce que j'en savais, c'était exactement le même que dans mon monde.

Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que le vélo s'apprenait à la maternelle dans mon monde, mais je ne pensa pas une seule seconde que Tyki ne savait pas en faire. Ainsi, lorsqu'il balança maladroitement un pied par-dessus la selle et s'installa timidement dessus, je le regardais à peine, étant plutôt concentrée sur comment j'allais pouvoir essayer le vélo moi-même. Je doutais que cela importerait à Tyki, l'obstacle était plutôt Tricia et Sheryl. Tricia, parce qu'elle serait inquiète pour ma sécurité et que sûrement "une femme ne fait pas de bicyclettes voyons !" Et Sheryl plus à cause de mon rang et du temps que je passais avec Tyki. Alors, j'en étais là de mes pensées, me demandant si je pouvais profiter des retrouvailles des maîtres pour enfiler mon pantalon sous ma jupe et le tester près de l'étable lorsque Tyki se rétama violemment après un seul coup de pédale.

J'étais si peu concentrée sur toute la chose qu'avant que mon cerveau puisse sortir un peu de décorum, j'avais déjà éclaté de rire aux côtés de Road avant d'essayer de me réfréner, une main sur la bouche et les épaules tremblantes de gloussements réprimés.

"Road ! Eve !" S'écria Tricia outré, déjà au chevet de Tyki qui se relevait péniblement. "Il aurait pu se faire mal !"

Malgré son ton réprobateur, je ne pouvais m'empêcher de continuer à rire parce que, vraiment, Tyki Mikk ? Surhomme Noah extraordinaire ? Tomber de vélo ? Pffff.

Essayant tout de même de me calmer, je reculais un peu pour me tenir à l'écart de la famille et me faire plus discrète. Heureusement pour moi, Tricia aidait Tyki à se lever et Sheryl se concentrait plus sur Road. Il y eut bien Eliott qui avait emmené le vélo qui me jeta un regard désapprobateur, mais j'étais passé maître à faire comme s'il n'existait pas. Décidant qu'il y avait déjà eu trop d'émotions pour la journée, Tricia mena tout le petit monde au salon pour un bon thé (au grand damne de Tyki qui semblait prêt pour une revanche avec le vélo) et on parla tranquillement des voyages de Sheryl jusqu'au dîner lorsque le Comte nous rejoignit. Tricia, bien trop joyeuse, proposa de manger sur la terrasse au lieu de la salle à manger. Sheryl paraissait un peu réticent, n'aimant pas s'écarter du protocole, mais le Comte était enchanté par l'idée et le maître de maison baissa vite les bras. J'étais prête à me retirer en cuisine comme je le faisais quand Sheryl mangeait avec la famille lorsque Tricia glissa son bras autour du mien. Me tirant à sa suite, elle me mena comme si de rien n'était à l'extérieur où une belle table entourée de lampes élégamment suspendues prenait les derniers rayons de soleil de la soirée.

"C'est une charmante idée que vous avez eue là, Tricia." Sourit le Comte en s'asseyant en bout de table au milieu des beaux jardins en pleine floraison.

" Cela fait déjà la troisième fois que je me laisse tenter et je trouve cela particulièrement agréable." Acquiesça-t-elle en me tirant toujours à ses côtés, de telle façon que je sois assise dans le siège attenant, en face de Tyki et à côté du Comte. Road était à la gauche de Sheryl en bout de table, comme d'ordinaire et Tricia à sa droite, le Comte présidant au lieu d'elle.

De mon côté, je n'avais pas la moindre idée de ce que je faisais là et, particulièrement anxieuse de la présence de Sheryl, je me remémorai à toute allure l'étiquette que Tricia m'avait foré dans le crâne après de si nombreux déjeuné ensemble. Évidemment, le fait que personne ne s'était changé dans leurs beaux habits pour le repas ou qu'on mangeait à l'extérieur et que la plus belle vaisselle n'était pas de sortie était un très grand indice que ce n'était pas un dîner aussi important que d'ordinaire (d'où ma présence tolérée, je supposais) mais si je pouvais éviter le moindre faux pas me permettant de ne pas plus descendre dans l'estime de Sheryl, ce serait parfait, merci beaucoup.

Heureusement, le dîner se passa sans incident. Je restais le regard fixe sur mon assiette et je ne pipais mot si je n'étais pas adressée. Sheryl sembla se détendre et Tricia était si heureuse du dénouement que je ne pouvais m'empêcher de penser que les occasions de dîner informel avec Sheryl se multiplieraient à l'avenir.

C'était… sympa finalement. Si on n'y pensait pas trop.


Dimanche 18 juillet 1886

Le lendemain, après avoir lu un peu de poésie à Tricia pour sa sieste de l'après-midi, je cherchais Tyki voir s'il était disponible. Heureusement, je le trouvais dans la bibliothèque et non avec Sheryl donc il fut facile de lui demander si je pouvais essayer le vélo.

"Je veux bien, mais c'est déjà difficile pour moi, tu vas juste te faire mal." Dit-il nonchalamment, m'amenant à le fixer avec incrédulité. Mais je suppose que, de son point de vue, c'était tout à fait vrai. N'empêche, je ne pouvais m'empêcher d'être vexée…

"Oh, ne t'inquiètes pas, je suis sûre que je peux me débrouiller." Je l'assurais, un sourire avec peut-être un peu trop de dents aux lèvres.

" Je n'en doute pas." Dit-il d'un air amusé qui puait l'ironie. Me retenant de lui tirer la langue, je suivais Tyki qui alla chercher le vélo avant de s'enfoncer dans la forêt. C'était une bonne idée, comme ça on serait caché à la vue, mais toujours sur des chemins plus ou moins agréables, étant battus régulièrement par les sabots des chevaux.

"Le carrosse de Madame est avancé." Dit Tyki en tenant le guidon d'une main et en faisant la révérence la plus ridicule que je n'avais jamais vu de l'autre.

Tout en essayant de m'empêcher de pouffer de rire, j'enlevais ma jupe, infiniment heureuse d'avoir pensé à mettre mon pantalon en dessous au cas où et enjambais le vélo.

Déterminée à lui rabattre son caquet (être meilleure que Tyki Mikk à une activité physique ? N'était-ce pas absolument glorieux ?) Je prenais le temps de m'installer correctement et de voir mon équilibre avant de donner un coup de pédale timide, puis un autre et encore un autre jusqu'à ce que je roule tranquillement sur le chemin de terre. Étonnement, le début était difficile et si j'avais démarré aussi vite que d'ordinaire, je suis sûre que je me serais rétamée en moins de deux. Ici, j'oscillais seulement un peu, bougeant le guidon beaucoup trop et manquait de glisser quelques fois, mais finalement tout alla bien. Je me demandais bien pourquoi c'était si difficile, par contre, ne disait-on pas qu'on n'oubliait jamais comment faire du vélo ? J'en étais là de mes pensées lorsque je tournais soigneusement autour d'un bosquet pour faire demi-tour et voyais Tyki les yeux ronds et bouche-bée.

"Comment as-tu fait !? " Demanda-t-il alors que je creusais mes pieds dans le sol pour ralentir et s'arrêter à son niveau.

"Le talent " je répondis avec un sourire stupide l'amenant à rouler des yeux si violemment que j'avais peur qu'il se fasse mal. "Allez, voyons si je peux t'apprendre." Je souris avant de descendre pour le lui passer. Je n'avais jamais appris à quelqu'un d'autre à faire du vélo mais ça ne devait pas être si compliqué, non? Eh bien oui, pour une fois c'était vrai. Les gènes Noah devaient certainement faciliter l'affaire, car j'eus à peine à lui exprimer mon ressenti, lui expliquer comment fonctionnait le vélo et à le faire s'entraîner un peu qu'en deux essaie il comprenait assez la chose pour parcourir une ligne droite sans tomber. Je n'avais strictement aucune idée de si c'était bien ou pas pour la première fois d'un adulte, mais j'étais tout de même un peu jalouse : je n'apprenais jamais les choses aussi vite… C'est peut-être à cause de cette frustration que je le taquinais pour faire la course ensuite.

"Même en bicyclette, tu n'iras pas plus vite que moi en courant." Se moqua-t-il. Prenant le vélo, j'attendais à peine qu'il se mette en position avant de crier un départ hâtif et de pédaler le plus vite possible sur le chemin de terre déterminée à gagner, pour une fois. Et en fait, je réussis vraiment à gagner ! Bon, évidemment il n'était pas allé à la vitesse Noah, mais tout de même ! Malgré les sons de courses qui se rapprochaient de plus en plus, j'arrivais à la souche d'arbre avant Tyki. J'étais si heureuse, qu'il me fallut quelques secondes avant de me dire que je ferais bien de ralentir.***

Et c'est à ce moment-là que je remarquais enfin qu'il n'y avait pas de freins.

J'avais beau étrangler mon guidon, impossible de trouver les poignets habituels et le tournant s'approchait dangereusement. Bien sûr, on était également en descente et j'allais si vite que j'avais peur de planter les pieds dans le sol au risque de me casser la cheville.

"Saute !" Cria Tyki derrière moi. À deux doigts de me prendre un arbre, je passais la jambe par-dessus le vélo et me laissais tomber sur le sol en me protégeant la tête, pile comme une main venait m'attraper la veste et me tirer en arrière. J'atterris dans l'herbe avec un bruit sourd, à moitié affalée sur Tyki qui avait amorti ma chute. Je sentais déjà la brûlure typique d'un genou méchamment éraflé et ma cheville droite palpitait de douleur.

" Mais qu'est-ce qui t'as pris d'aller aussi vite." grommela Tyki avec agacement alors qu'il se rasseyait sur le sol, le vélo à quelques mètres de nous en piteux état prêt d'un arbre. Ouvrant la bouche pour répondre, je laissais échapper un cri de douleur lorsque je bougeais pour m'asseoir, me forçant à regarder ma cheville qui doublait déjà de volume. Se mettant à genoux devant moi, Tyki frôla ma cheville des doigts pour vérifier son état alors que, prenant conscience de la douleur, je frappais sa main avec un sanglot.

"Ne la touche pas !" Je criais la douleur s'étendant à toute ma jambe.

"J'essaye de t'aider !" Me réprimanda-t-il en réponse, son visage se plissant alors que la colère montait. "Tu es complètement inconsciente !" Cracha-t-il et si je n'étais pas en train de me battre pour retenir mes larmes, je me serais sûrement fait la réflexion que, à part la fois où Tricia avait été si malade l'année dernière, c'était la première fois que je le voyais si inquiet. "Tu ne réfléchis jamais, toujours à agir imprudemment comme si ça n'avait pas de conséquences !"

"Quoi ?" Je balbutiais en reniflant, pas trop sûr de ce dont il parlait maintenant.

" La course en vélo, Allen et cet autre gamin, cette fois où tu es tombée dans la rivière en essayant d'attraper le chapeau de Road ? Tu aurais pu te noyer ! Ou lorsque tu as glissé en grimpant à l'arbre… Même moi ! Qui suit un inconnu dans un bar comme cela ?! " Grogna-t-il, laissant clairement échapper un paquet de choses qu'il voulait dire depuis longtemps.

"Oh, tu te moques de moi ? Tu fais exactement la même chose ! C'est toi qui es venu nous parler en premier, je te signale ! On en parle de lorsque tu as failli brûler la forêt en essayant de faire cuire des carpes ? Et cette fois-ci avec le chien du gardien ? Qui a escaladé la grille et s'est fait mordre la jambe ?" Je sifflais, commençant à sentir l'énervement monter.

"Peut-être, mais j'ai les compétences pour m'en sortir. Sans moi, tu te serais écrasé dans un arbre à l'heure qu'il est ! Non, en fait, cela ferait longtemps que tu serais morte dans une ruelle de l'East End. " Gronda-t-il.

"Heureusement que tu es là-bas pour me sauver la vie dans ce cas !" Je répondais, ma cheville totalement oubliée, avant de prendre un ton faussement contemplatif. "Oh, attends, où serais-tu d'autre vu que tu fuis le manoir comme la peste ? Quelques troubles familiaux, hmm ? On pourrait se..." mais avant que je ne puisse élaborer davantage, il m'avait déjà coupé.

" Ne t'avise pas de-…!" Commença-t-il en m'attrapant les épaules comme pour m'empêcher physiquement de parler avant de secouer légèrement sa tête et de reprendre. "C'est toi qui te moques de moi, je t'ai aidé, je ne sais pas combien de fois à fuir Adam alors qu'il ne t'a rien fais ! Si quelqu'un a un problème, c'est bien toi. Et ne parlons même pas de ta mémoire défaillante ! Rien de ce que tu dis n'as de sens, Eve, tu es totalement folle !"

"Moi !?" Je hurlais parce que, vraiment ? Tyki Mikk, Noah du plaisir, mettait en doute ma santé mentale !? "Oh, c'est sûr des problèmes, ça j'en ai, mais ce n'est rien par rapport à ta bipolarité, monsieur je peux câliner-ou-tuer-un-chiot-en-une-seconde ! Ou ta dépendance par rapport au Duc, parlons-en ! C'est totalement malsain, Tyki, tu fais tout ce qu'il veut, quand il le veut, même si tu déteste ça ! Des fois, on dirait même qu'il te prend pour quelqu'un d'autre et tu fais comme si de rien ét-… aah!" Je criais, il m'avait repoussé en arrière, les yeux lourds de colère et de peut-être un peu de peur.

Mais c'était moi qui étais absolument terrifiée, maintenant. Je n'avais jamais osé lui faire part de mes pensées sur le Comte et lui, car il se fermait dès qu'on abordait le sujet. Et maintenant, maintenant… il était effrayant et je revoyais avec stupeur ce que j'avais entraperçu à Paris.

Rampant en arrière dans un mouvement instinctif, je réagis à peine lorsque je m'appuyais sur ma cheville, trop occupée à fixer Tyki toujours à genoux devant moi.

"Je ne suis pas lui !" Cria-t-il et tout à coup : je ne pouvais plus respirer.

Posant une main sur ma gorge, l'autre soutenant toujours mon poids, je haletais avec incompréhension à la recherche d'air sans en trouver aucun. Je sentais le souffle du vent passé à travers ma gorge et pourtant mes poumons me brûlaient de plus en plus comme si j'étais en train de me noyer. La vision sombre, le cœur en panique, je voyais comme une bulle sombre se former autour de nous et, bientôt, plus rien n'était visible à part lui et… Tyki ! C'était Tyki, il fallait qu'il reprenne ses esprits, je devais le réveiller, il...

"Ty...ki…" Je hoquetai, ma main abandonnant mon cou pour lui toucher le bras et essayer d'attirer son attention.

Mais rien à faire, il ne réagissait pas, n'esquissant même pas un geste, ses yeux maintenant nettement dorés me fixant sans me voir. Ma main tomba au sol en voyant sa peau devenir sombre et les stigmates bien connus et pourtant jamais réellement vus se développer sur son front. Tremblante, je me traînais vers lui, le pauvre mètre nous séparant semblant durer des kilomètres. Alors que je le rejoignais, je perdis bientôt pieds et je ne savais pas si c'était moi qui délirais ou si nous étions concrètement en train de flotter. Mais de toute façon, même si je l'avais su, il était trop tard. Je n'avais plus de souffle pour parler et mes paupières ne cessaient d'essayer de se fermer malgré mes meilleurs efforts. Je n'avais jamais été très forte pour m'empêcher de dormir. Même si un cours était intéressant, si mon corps réclamait le sommeil, il y avait très peu que je pouvais faire, pichenette et déambulation comprise, pour m'empêcher de succomber. Et, il faut dire, mon meilleur n'était pas très efficace contre un Noah en perte de contrôle.

Au moins, une dernière pensée fugace prenant forme dans mon esprit, j'avais on ne peut plus prouver mon point : Il était certainement plus fou que moi, même s'il n'avait pas tort lorsqu'il disait que je ne faisais pas trop attention aux conséq-…


Je n'avais pas prévu un meurtre. Et j'étais vraiment trèèèès tenté de juste terminer NLN là, mais ça serait dommage de jeter un chap d'NLB à la poubelle et tout le plan qui va avec donc vous aurez une suite ^^ même s' il faut encore que je trouve laquelle...

Bonne vacances, pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !