Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 Août 2019, corrigé en mars 2023
Bêta : Elda (2019) Personne (2023)
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki, Allen et même le Comte Millénaire. Sous forme humaine heureusement. Mais l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Elle rencontre la Baronne Lucie Belle (Lulubelle) et se réconcilie avec le Comte Millénaire aussi. Malheureusement, alors qu'Eve apprenait à Tyki à faire du vélo, un accident arrive et une dispute éclate. Eve appuie où ça fait mal et Tyki laisse échapper ses pouvoirs Noah lui coupant l'air jusqu'à ce qu'elle ne soit plus consciente de rien.
Alala... c'était pas facile, mais ils l'ont fait :p
Chuuuut, je ne dis rien :3
Bonne lecture !
Nuancer le Noir chapitre 35 : Réconciliés
Samedi 17 juillet 1886
...air !
Les poumons toujours remplis d'un air sans oxygène, il leur fallut un peu de temps pour comprendre qu'ils pouvaient à nouveau faire leur travail mais dès que ce fut le cas, tout se mit en branle si rapidement que je ne pouvais plus rien comprendre. Haletante, il me fallut une infinité, sûrement quelques secondes, pour enregistrer la terre sous mon dos et les petites mains sur mes épaules. Les oreilles sonnantes, je laissais mes yeux troubles se concentrer sur leur environnement et vis…
"Ro...ad" Je toussais à la petite silhouette juste au-dessus de moi. Qu'est-ce que je… Tyki ! Me rappelant tout à coup ce qu'il s'était passé, j'essayais de me lever mais les mains de Road me clouèrent au sol.
"Eve." Dit-elle d'une voix calme, presque froide, ses yeux fixés sur les miens si intensément que je me laissais retomber au sol pour lui donner toute mon attention. "Que s'est-il passé ?" Demanda-t-elle toujours du même ton étrange qui me glaçait le sang.
'Rien !' j'eus envie de crier, mais par grâce divine ou je ne savais pas trop quoi, mes lèvres restèrent closes et mes yeux perdirent leur focus alors que je tentais de réfléchir. C'était compliqué. Je me demandais si j'avais une commotion…
"Je suis… tombée de vélo." Je murmurai finalement et Road fredonna en réponse. " Je crois que… Tyki m'a attrapé ? Est-ce qu'il va bien ?" Je demandais ensuite, laissant ma peur et mon inquiétude s'insinuer dans ma voix. Ce n'était pas compliqué, pour être honnête, j'étais terrifié.
Road tourna la tête, regardant ce que je ne pouvais voir et je fus soudain consciente de sanglots étouffés non loin de nous. "Il s'est fait mal aussi, c'était une mauvaise chute..." Dit-elle. "Mais il ira bien." Et puis elle se tourna à nouveau vers moi, ses yeux clignotant d'or et je savais que ce n'était pas un jeu de lumière. Mes tremblements s'accentuant sans ma permission, je sentis de nouvelles larmes se former au coin de mes yeux. Retenant un gémissement alors qu'elle se penchait vers moi, je ne vis bientôt plus grand chose, mes larmes brouillant ma vision.
"Chhhh…" Souffla-t-elle presque gentiment alors que ses mains se posaient sur mes yeux et… je ne sus plus rien.
Le prochain réveil fut bien plus lent.
Empêtrée dans des draps si bien bordés que je ne pouvais même pas me retourner, il me fallut un temps très long avant que je ne revienne à mes sens. Ce n'était même pas le style de réveil agréable, ce genre où on s'étirait au soleil, un sourire aux lèvres et l'intention de rester une bonne heure de plus à paresser sous la couette. Non, c'était plutôt du genre qui fracassent un rêve, nous laissant dans un dépaysement des plus total et une perte de repère si intense que le crâne sonnait et que toutes les options, dormir, sommeiller ou se réveiller, semblaient plus douloureuse les unes que les autres. Mais de toute façon, ce n'est pas comme si j'avais ce choix et c'est la bouche pâteuse et les yeux plissés que je m'éveillais à la main de Tricia qui ratissait mes cheveux.
"Eve !" Dit-elle avec un soulagement sans fond en voyant mes yeux papilloner. "Tu nous as fait peur tu sais, mais quelle idée d'aller faire de la bicyclette avec Tyki ! C'est dangereux ces choses-là."
"Tyki va bien ?" Je balbutiai difficilement, coupant court à sa prochaine phrase qui s'annonçait gravement misogyne.
"Il s'est cogné la tête mais le médecin a dit que ce n'était rien de très grave, il va juste être un peu confus et irascible ces prochains jours." Dit-elle mais même si je savais qu'elle ne me mentait pas, je ne la croyais pas non plus. Je doutais fortement qu'un problème de Noah était réglé par un médecin humain et je supposais plutôt qu'elle répétait simplement ce qu'on lui avait dit. D'autre part, ça devait tout de même avoir une part de vérité car c'était difficile de le faire marcher autour du manoir pour que Tricia le voit s'il n'était pas en état. Avec un peu de chance, ça ne devait pas être très grave.
Où en tout cas c'est ce que je pensais jusqu'à ce que Tricia m'annonça qu'il était allé se reposer chez le Comte à la campagne quelques jours. Ce qui était complètement con car, malgré le fait qu'on était à seulement une heure de Londres, le hameau du coin ne pouvait certainement pas se qualifier de ville et donc, on était déjà à la campagne.
Recommençant à m'inquiéter sérieusement, je fus coupée dans mon élan par un nouveau sermon de Tricia sur notre idiotie et la démonerie qu'était le vélo pendant une bonne demi-heure. Elle en était presque à dire que ma cheville foulée était totalement méritée (mais pas tout à fait car elle ne cessait d'être aux petits soins en même temps.) Lorsque le Comte toqua et passa sa tête dans l'encadrement de porte à notre réponse.
"Oh, bien, vous êtes réveillée !" S'exclama-t-il et il allait ouvrir grand pour entrer dans ma chambre lorsque Tricia se leva d'un seul coup, nous faisant sursauter.
"Non, non, non ! Vous ne pouvez pas entrer, elle n'est pas en état de recevoir !" S'exclama-t-elle en se plaçant devant mon lit comme pour me cacher de la vue m'amenant à froncer les sourcils de confusion, ce n'était pas une cheville foulée qui m'empêcherait de parler, avant de rouler mes yeux par réflexe lorsque je compris. J'étais certes en sous-vêtements mais non seulement ceux-ci enserrait tout mon corps mais en plus la couette au dessus cachait efficacement la moindre courbe, ne laissant qu'une forme vaguement cylindrique. Bon après, outre les considérations pudiques de l'époque, je n'avais pas tellement envie de parler au Comte Millénaire bordé dans mon lit. Ca faisait un peu trop comme s'il prenait mes dernières volontés à mon chevet et… ouais, non.
Jetant un coup d'œil à l'horloge, je demandais: "Je peux vous rejoindre au salon pour le thé si cela va bien." Nul besoin de repousser la chose, ça ne la rendrait que plus angoissante. Et il n'avait pas particulièrement l'air en colère alors peut-être n'était-ce pas ce dont je redoutais ? Ahah, depuis quand j'étais optimiste, moi ? J'allais me faire égorger.
Dans tous les cas, c'était dit et je ne pouvais pas le reprendre. Il acquiesça et quelques minutes plus tard, je le trouvais dans le petit salon. Pour une fois, je louais les robes, ça aurait été très douloureux d'essayer d'enfiler un pantalon par-dessus la cheville même avec l'aide de Tricia. En parlant de pantalon, le mien avait mystérieusement disparu et je doutais de le voir à nouveau un jour vu l'air désapprobateur de la maîtresse de maison. Il avait été un peu périlleux de marcher jusqu'au petit salon mais Clarisse était venue nous aider et avec leur aide j'avais réussi à plus au moins claudiquer correctement. Cela aidait sûrement que, seulement foulée, j'étais encore capable de m'appuyer au moins un tout petit peu dessus sans m'écrouler de douleur.
S'installant à la table pour le thé, nous buvions bientôt tous les trois dans un silence assourdissant lorsque le Comte se mit à faire de petites conversations avec Tricia. Après trois affirmations de "Beau temps aujourd'hui, n'est-ce pas ?" quelques "La baronne truc-muche organise un bal." et de "Le prune est à la mode cette saison." entrecoupés de scones et de gorgés de thé, Clarisse revint annoncer à Tricia, avec force hurlements en arrière-plan, que Road et les jumeaux se disputaient. Sans même un regard dans notre direction, Tricia se précipita hors de la pièce et je restais bientôt seule avec le Comte.
Ça paraissait un poil trop bien tombé pour être autre chose que calculé.
Sirotant ma tasse nerveusement, le Comte reposa la sienne sur sa soucoupe avec un cliquetis ressemblant au glas et posa le tout sur la table. Les mains jointes et un sourire avenant aux lèvres, il se pencha en avant. "Alors…" commença-t-il d'une voix légère qui ne me mettait pas du tout en confiance. "Je suis surpris que vous soyez allés faire de la bicyclette tous les deux, Tyki n'avait pas semblé beaucoup apprécier ce matin." Continua-t-il et je ne savais pas quoi répondre. Il n'y avait pas de questions en soit alors…
"Je ne sais moi-même plus comment nous en sommes arrivés là." Je répondis et je ne mentais même pas. Était-ce moi qui avait demandé ? Ou lui qui avait proposé ? Quoi qu'il en soit, je ne disais rien d'autre, préférant prendre une gorgée de thé. Je n'avais strictement aucune idée de ce que je devais dire… ou ne pas dire d'ailleurs.
Il ne parla pas non plus quelques instants de plus et j'étais assez persuadée que c'était une technique pour me faire cracher mes tripes, mais comme je ne pipais aucun mot, il ouvrit à nouveau les lèvres : " Road a dit que vous étiez tombés ?"
"Oui, j'ai perdu le contrôle du vélo mais Tyki m'a rattrapé. " Je répondis succinctement, me demandant une seconde si je devais en rajouter plus, ayant peur de dire un mensonge devant le Comte. Il n'était pas censé avoir le pouvoir de lire à travers les pensées mais je n'étais pas une bonne menteuse et j'avais déjà assez l'impression que ses yeux perçaient mon âme comme cela.
"C'est là que vous vous êtes fait mal à la cheville ? Et... évanouie ?" Insista-t-il. Il était totalement ne trian de me demander si j'avais vu les pouvoirs de Tyki, c'était sûr. J'étais assez persuadé que Road savait que je savais qu'ils avaient des pouvoirs mais… Peut-être qu'elle ne l'avait pas dit au Comte ? Ou peut-être qu'ils voulaient voir si je pouvais garder ma langue ? SI c'était ça, aucun souci : j'étais championne du monde en dénis !
"Je ne supporte pas bien la douleur." Je répondis honnêtement. A côté de la plaque, certes, mais honnêtement tout de même. C'en serait presque drôle si je n'avais pas l'impression que mon existence continue était en jeu.
"Je vois…" Dit-il et ses yeux se plissèrent légèrement. "Et c'est après cela que Tyki s'est cogné la tête ?"
"Malheureusement, je ne me souviens de rien après m'être évanouie jusqu'à ce que Road arrive…" Et techniquement, encore une fois, c'était vrai. Seulement, j'avais bien vu des choses avant que je ne m'évanouisse. Et puis, je clignais des yeux parce que… "Road était là, n'est-ce pas, dans la forêt ?" Je demandais, inquiète, me demandant une seconde si j'avais halluciné.
"Oui, nous étions allés nous promener tous les deux, quelle chance de vous avoir entendu ! Vous n'auriez pas pu revenir avec une cheville comme cela et je doute que Tyki aurait été en état de rentrer lui-même." Dit-il avec un sourire soulagé. Pour ma part, j'étais assez persuadée qu'ils avaient, en fait, sauvé ma vie en arrivant si tôt. Parce que, j'avais beau l'espérer, rien de ce que je n'avais fait avait réussi à réveiller Tyki de sa transe et si ce n'était pas moi, alors…
Ouaip, ma survie était sûrement dû à une balade en forêt.
…
Est-ce que ça voulait dire que j'étais contractuellement obligée de les aimer maintenant ?
"Oui, quelle chance…" je murmurais en prenant une nouvelle gorgée, pensive.
Et puis tout à coup, le Comte changea de conversation du tout au tout et j'eus l'impression d'avoir passé un test haut la main.
…ouf ?
Mercredi 4 aout 1886
Les prochains jours furent terriblement ennuyeux. Déjà d'ordinaire, il fallait user d'un trésor d'ingéniosité pour faire passer le temps agréablement mais maintenant… j'avais grandement sous-estimé la petite, mais essentielle, liberté qu'apportait deux jambes solides. Rien qu'avec une foulure, ce qui n'était pas bien grave, cela limitait grandement mon quotidien et la moindre action, que ce soit s'habiller ou attraper un livre dans la bibliothèque devenait douloureuse et fastidieuse. Je plaignais grandement les invalides qui devaient vivre dans ce XIXème siècle pas du tout adaptés et je louais ma chance que c'était seulement une foulure qui ne durerait pas plus de deux semaines. Mais quelles longues deux semaines… Tricia me suivait comme mon ombre, surveillant chacun de mes mouvements avec un œil de lynx. J'en étais pratiquement confinée dans ma chambre ou la sienne vu qu'elle refusait de me laisser faire plus de deux pas. Je sais que ce n'était pas comme ça qu'elle le voyait, mais ça avait un goût de punition pour moi…
En plus, j'avais eu plusieurs affreux cauchemar, quelque chose à noter vu que je ne me souvenais habituellement ni des bon, ni des mauvais rêves. Un en particulier m'avait réveillé en sursaut au milieu de la nuit, le cœur battant à toute allure, la gorgé serré autour d'un cris retenu et mes draps trempés de sueur. Les rémanences du rêve s'effacèrent vite, comme si chassé par mon réveil mais je m'en souvenais assez pour frissonner. Il y avait eut du feu tout autour de moi, éclairant tout le rêve en rouge et une créature noir aux yeux jaunes perché sur ma poitrine, m'empêchant de bouger. Je devais être inconsciemment bien plus terrifié par l'accident dans la forêt que je m'en rendais compte… Je supposais que la créature aux yeux jaunes était la manière qu'avait mon subconscient de représenter Tyki mais je n'étais pas trop sûr d'où venait les flammes. Surement mon aversion d'une autre vie pour le feu se joignant à la fête… Les autres cauchemars furent moins prenants, mais je me réveillais souvent cette semaine-là avec une sensation d'angoisse intense agrippant mes poumons. Heureusement, mes siestes impromptues dans la bibliothèque, Road jouant calmement à mes côtés, n'étaient elles jamais interrompues par les rêves. De cette façon, j'arrivais tout de même à me reposer mais je me demandais si c'était la simple présence de quelqu'un qui me rassurait ou si Road avait utilisé ses pouvoirs pour m'aider. Que ce soit l'un ou l'autre, je ne le saurais sûrement jamais mais je remerciais vivement ce sommeil réparateur.
Huit jours de ce calvaire, la cheville pratiquement guérie avec ce repos forcé, Tyki revint au manoir. Silencieux et à l'air fatigué, il ne dégaina même pas son sourire habituel lorsque Tricia le salua ou son gémissement usuel lorsque Road lui sauta dessus. Non, il resta calme et composé, son visage ne laissant pas trahir une pensée. Le comte avait une main sur ses épaules et aussitôt la famille saluée, il le dirigea vers sa chambre avec une excuse. Ce fut à ce moment-là que je dû me hâter dans le couloir, trébuchant dans la bibliothèque et entre les étagères pour qu'ils ne me voient pas. Je n'avais pas eu le courage de descendre le saluer et vu son air hagard maintenant… ma culpabilité remontait en flèche et je ne savais plus quoi faire.
Heureusement, ou non, difficile à dire, Tyki tient sa chambre les prochains jours, ne sortant que pour les dîners où je n'étais pas. Je n'eus donc même pas à le croiser. Il aurait pu me trouver facilement cependant. Le manoir n'était pas si grand que ça et je m'en tenais de toute façon à Tricia, la bibliothèque et la salle de musique. Je supposais donc qu'il ne voulait pas me voir non plus et non, je n'étais pas déçue. C'était juste… étrange de l'éviter comme la peste alors que ça avait été la personne que je cherchais lorsque je voulais de la compagnie.
En plus de cela, à peine le lendemain du retour de Tyki, le Comte demanda à Sheryl et Tricia s'il pouvait emmener Road en voyage. C'était une demande un peu étrange pour une famille normale de la haute mais n'oublions pas qu'ils étaient Noah et Tricia fronça à peine les sourcils avant d'accepter derrière son mari. Ainsi, avec les jumeaux partis avec leur sœur, Road avec le Comte, Sheryl en plein travail, Tyki dans sa chambre à faire Merlin sait quoi et ma cheville encore un peu douloureuse, j'en vins à fréquenter la salle de musique de plus en plus. Tous les après-midi, je me retrouvais des heures entre ses quatre murs à mettre en pratique les cours de piano et de solfège du Comte, retranscrivant à l'oreille quelques musiques de mon monde. Les musiques de John Powell pour Dragon y passèrent pratiquement toutes et elles furent rapidement suivies de Zelda et Final fantasy avant qu'un florilège aléatoire de vieux rock anglais, d'animé et de classique ne rejoigne le tas toujours croissant.
Ce fût ainsi qu'un jour, juste après avoir déjeuné avec Clarisse et Louise, j'entrais dans la salle de musique, un tas de feuilles volantes à la main et deux lourds volumes de théories musicales sous le bras. Tout ça pour les laisser violemment tomber au sol lorsque je vis Tyki Mikk pencher sur la petite table ronde derrière le piano où un tas de feuilles oubliés gisaient. Mon tas de feuilles oubliés, pourrais-je ajouter.
Il ne se retourna même pas lorsque je fis tomber mes livres et je me dépêchais de les ramasser avant de me demander quoi faire. Est-ce que je faisais demi-tour et je courais dans l'autre sens ? Tentant, mais il serait peut être mieux d'engager la conversation maintenant qu'il était là devant moi… J'aurais dû le faire bien plus tôt et… et je ne pus même pas finir ma pensée qu'il se redressait et fixait son regard illisible sur moi ne semblant pas le moins du monde surpris de me trouver là malgré ne pas avoir réagi auparavant. Croisant son regard, je restais plongé dedans, ne sachant vraiment pas quoi dire. Malgré sa peau certainement pas grise et son manque marquant de stigmates, ses yeux étaient indéniablement dorés et je ne savais tout simplement pas comment réagir. Lui non plus, à priori, car il lâcha mon regard et s'assit devant le piano, le regardant si intensément que ça en devenait étrange.
Prenant mon courage à deux mains, je posais mes volumes sur la chaise la plus proche et je m'approchais doucement du piano, les doigts crispés. À la dernière seconde, je décidais de m'asseoir dans le fauteuil proche, celui où se mettait toujours le Comte lorsqu'il ne me montrait pas un enchaînement de touches, et de me taire, les yeux fixés sur Tyki. Extérieurement impassible, mon cerveau était en pleine panique intérieure et je ne savais pas si je devais parler et si oui, quoi dire. Alors je restais silencieuse et, tout à coup, Tyki croisa mon regard.
"Tu avais raison." Souffla-t-il et mes yeux s'ouvrirent grand de surprise. Tyki n'était pas d'une fierté excessive, il admettait volontiers s'il s'était trompé mais notre dispute avait été si violente (dans tous les sens du terme) que je m'attendais à une revanche plutôt qu'à une main tendue.
"Sur quoi ?" Je murmurais pour le relancer lorsqu'il s'arrêta là.
"Le piano…" Dit-il amèrement avant qu'un petit rire sans joie ne s'échappe de ses lèvres. "Tu avais raison, parfois, Adam me prend pour quelqu'un d'autre et… je le laisse faire." Dit-il avant de lâcher l'instrument des yeux pour les fixer dans les miens, tout à coup désespérés. "Je ne peux pas le décevoir, tu comprends, il m'a tant aidé… Si je peux faire quelque chose pour lui, n'importe quoi, je dois le faire, ce n'est rien, je peux le faire, je pe…" marmonnait-il alors que ses mains glissaient sans équivoque à travers le banc et que je sentais à nouveau mes poumons se contracter d'un d'oxygène raréfié.
"Tyki !" Je le coupais en lui prenant le visage en coupe, le choquant tout autant que moi par mon geste abrupte. "Respire avec moi."
Heureusement, cela fonctionnait et bientôt nous étions à nouveau silencieux, mais respirant, l'un en face de l'autre. Lâchant son visage, je laissais mes mains glisser sur mes genoux mais il attrapa ma main gauche dans la descente et je la lui laissai. Il glissa doucement son pouce dans le creux de mon poignet et je regardai nos mains sans rien dire. Est-ce qu'il… cherchait mon poul ? Si c'était ça, il n'aurait pas de mal à le trouver. Il n'était pas particulièrement rapide, étonnement, d'ailleur, considérant la situation, mais il était fort et même moi je le sentais sans soucis. On ne s'était pas vu depuis qu'il… peut-être que c'était une façon de vérifier qu'il ne m'avait pas tué dans la forêt.
"Tu avais raison aussi." Je dis lorsque le silence devient trop pesant pour moi. "Je suis imprudente, voire inconsciente, parfois, et tu m'as sûrement sauvé la vie quelques fois et…" Je dis avant de me mordre les lèvres, mon cœur criant de le dire alors que mon cerveau hurlait de me taire. "...et ma mémoire est une catastrophe. Je ne me souviens pas de choses pourtant essentielles et... j'en sais d'autres que je ne devrais pas connaître." Je dis finalement, faisant un compromis en espérant qu'il ne me demanderait pas trop de spécifications.
Mais je ne devais pas m'inquiéter. Me jetant un regard cryptique, il acquiesça sans rien dire, me rendant la pareil pour mon manque de questionnement sur son propre aveu. "On est une belle paire d'enfants à problèmes…" Rit-il en serrant ma main et je le rejoins bientôt avec un ricanement à la limite du sanglot. Oui, je pensais, monde alternatif et mémoire altérée ainsi que pouvoirs et destin diabolique, pas des plus calmes, c'est sûr.
Et puis soudain, c'était trop.
J'avais failli mourir, plus proche que je ne l'avais jamais été et nom d'un chien j'étais encore dans D Gray Man même plus d'un an et demi après et je n'avais toujours aucune idée de comment j'étais arrivée là et toute ma dernière année avant d'arriver là était si pleines de trous et…
"J'ai besoin d'un câlin." Je lâchais tout à coup et je le regardais nerveusement. Toute ma spontanéité dans les contacts physiques effacé depuis mon arrivée ici mais leur besoin loin d'avoir disparu.
"Ouais, moi aussi." Dit-il finalement avant de tendre doucement les bras comme s'il ne savait pas trop comment s'y prendre. Ayant la permission, je me levais et passais mes bras au-dessus de ses épaules dans un même mouvement avant de le serrer le plus fort que je le pouvais, rassurée de savoir que cela ne lui ferait pas grand mal. A peine deux secondes plus tard, ses bras s'enroulèrent autour de ma taille et je le sentit enfouir sa tête dans mon épaule alors que ses boucles chatouillaient mon nez.
C'était calme, c'était bien, et pendant les bonnes cinq minutes qui suivirent, c'était exactement ce dont j'avais besoin et lui aussi sauf que…
"Tu es trop maigre !" Je gémis en me dégageant de lui. "Moins horrible que mon frère mais ce n'est toujours pas très agréable." Je forçais un ton mi-joyeux, mi-réprobateur essayant d'apaiser un peu l'ambiance lourde qui s'était installée avec notre auto-chirurgie à cœur ouvert.
"Hé, désolé d'être inconfortable !" Rétorqua-t-il et son ton était presque revenu à la normale.
"Excuse acceptée." Je répondis et je me pris une méchante pichenette en retour. Mais ce n'était pas grave, tout allait déjà mieux et je suis sûre que ça n'irait qu'en s'améliorant.
Je tiens à le préciser, ce sont juste deux personnes paumées qui ont besoin d'un ami, il n'y a rien de sexuel ou romantique là dedans... ou tout du moins, c'est comme ça que je l'ai écrit mais bon, libre à vous de le ressentir comme vous le voulez.
Autrement, je passe mon permis demain matin... Autant vous dire que je n'ai pas la tête à UAPV, j'espère que j'arriverais tout de même à le finir à temps. Souhaitez-moi bonne chance ! Et bonne fin de vacances aussi :3 Ben oui, la prochaine fois ce sera le 5 septembre, beaucoup auront repris !
Pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !
