Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 novembre 2019, corrigé en Juin 2023
Bêta : Elda (2019) Personne (2023)
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir, surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki, Allen et même le Comte Millénaire. Sous forme humaine heureusement. Mais, l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Elle rencontre la Baronne Lucie Belle (Lulubelle) et se réconcilie avec le Comte Millénaire aussi. Malheureusement, une grosse dispute éclate entre Eve et Tyki mais une fois réconciliés, ils en sortent plus proches que jamais. Tout va de nouveau bien et elle entame même une amitié avec Arthur Conan Doyle lorsqu'elle tombe terriblement malade.
Trigger du chapitre : /!\ un des trois chapitre pour lequel ce trigger est là ! Description d'une maladie grave et mortelle (vomissement, sueurs, pleurs, trouble alimentaires, hallucination, sang…) Tout le chapitre est concerné mais c'est progressif si vous voulez tenter un peu. Si cela vous met mal à l'aise de quelques façons que ce soit, prenez soins de vous et passez au chapitre suivant ! Un résumé sera comme d'habitude présent en début de chapitre :)
Elo et Elda ont adoré ce chapitre, elles ont dit que c'était un des meilleures de NLN mais en même temps, c'est la première fois qu'il se passe quelque chose depuis un sacré bout de temps et en plus, je soupçonne très fortement que ce sont des sadiques donc bon, vous allez bien voir !
Bonne lecture :D
Nuancer le Noir, chapitre 38 : Racines de Pissenlits
Lundi 18 octobre 1886
Au début, ça n'avait pas été si horrible.
Après cette première fois où je m'étais évanouie, il m'avait suffi de dormir un peu pour être d'attaque. Certes, je me sentais toujours un peu fatiguée, mais je me sentais toujours fatiguée, donc ça ne voulait pas dire grand-chose. Mais plus les jours avançaient, plus je sentais ce poids à la poitrine s'accentuer. Il en était même devenu difficile de respirer, à tel point que grimper les escaliers me prenait un temps fou. L'appétit n'était pas très bon non plus. Moi qui avais toujours été une grosse mangeuse, rien que finir ma soupe devenait difficile et c'était sans parler de l'entrée, du plat et du dessert qui allaient forcément avec.
Au bout d'un moment, il fallut me rendre à l'évidence : j'étais malade et contrairement à d'ordinaire, ça ne partirait pas tout seul.
Il faut dire, je n'avais pas l'habitude de consulter les médecins. Mes parents rentrant souvent tard le soir à cause du travail, j'avais toujours essayé de rester le plus possible à l'école, même si je ne me sentais pas bien. Je n'y allais que si j'avais vraiment un gros truc du style Rougeole ou Angine et je pouvais compter ces occasions sur les doigts d'une main. Heureusement. Même pour les règles, pourtant douloureuse, je prenais rarement quelque chose, ayant dans l'idée que le jour où j'en aurais réellement besoin, au moins, ce sera efficace. Peut-être. Ce n'était probablement pas une bonne logique, j'avoue.
Tout ça pour dire que j'avais l'habitude de voir comment évoluaient les choses lorsque je me sentais pas bien plutôt que de courir aussitôt chez un médecin. Et il faut l'avouer, cela me desservit beaucoup cette fois. En effet, ce ne fut que lors de mon deuxième évanouissement, quelque chose qui n'était arrivé que trois fois dans ma vie (et tout le temps avec les Noahs…) que Tricia prit les choses en main et appela son médecin personnel à l'ennui suprême de Sheryl.
Le diagnostic fut sans appel : Tuberculose.
Comme si le nommer avait rendu la chose plus réelle, je me retrouvais dès le soir même prostré au lit, la poitrine douloureuse et la gorge irritée par de petites toux sèches et désagréables.
Pour ajouter l'insulte à l'injure, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce que m'avait dit une fois une amie. Une amie qui aimait beaucoup trop torturer ses personnages, vous voyez? Hé bien, une de ses façons préférées était une bonne grosse maladie mortelle et la tuberculose, même si pas en tête de liste, décimait tout de même facilement deux tiers de ceux touchés dans ce bon vieux XIXème siècle.
Mais, j'essayais de me rassurer alors que je crachais mes poumons au fond de mon lit, ce n'était pas vraiment le XIXeme siècle, n'est-ce pas? Avec la guerre sainte en cours depuis un siècle, les innovations technologiques avaient explosés et certaines se trouvaient aisément mi-XXᵉ, voire après le XXIᵉ si je prenais en compte le soi-disant ascenseur volant de l'Ordre Noir. Et s'ils avaient été capables de construire des trains des décennies plus tôt, quelque chose d'aussi fondamental que des médicaments auraient aussi dû être découverts, n'est-ce pas ?
Et pourtant… je doute que Tricia m'aurait laissée dans cette ignorance anxieuse s'ils avaient existés. Ainsi, comme je n'avais jamais vu de petites pilules blanches après le passage du médecin, il fallait me rendre à l'évidence : ça s'annonçait périlleux.
En parlant de Tricia, je ne l'avais plus vue depuis le diagnostic du médecin. Se dépêchant d'entrer dans la pièce lorsque le docteur avait terminé, elle avait plaqué ses mains délicates sur ses lèvres, les yeux grand ouverts d'horreur et les larmes embuant ses yeux. Pour elle: j'étais déjà morte. Elle avait essayé de s'approcher de moi, les mains en avant comme pour prendre les miennes, mais Sheryl l'avait attrapé par la taille dans la seconde et l'avait tirée hors de la pièce. Ses yeux, qui avaient croisé les miens, alors qu'il enserrait sa femme en pleurs, avaient été on ne peut plus conflictuels. Lui qui n'avait jamais rien eu d'autre pour moi qu'un amusement simple ou un dédain ennuyé avait alors abordé un mélange de colère et de pitié si intense qu'elles m'avaient fait sursauter dans mon lit. Mais une seconde plus tard, il était parti, le médecin à sa suite et je restais seule à contempler le plafond, me demandant pourquoi il m'avait regardé comme ça.
Étonnement, ou peut-être pas, j'avais du mal à comprendre l'ampleur de la situation et ma sans doute future mort ne provoquait rien d'autre qu'une apathie étrange.
Tricia me manquait.
Toussant toutes les quelques minutes et mon corps tremblotant de froid, je ne pouvais littéralement rien faire d'autre que de penser. Et, penser, je le fis, pendant bien une semaine entière. Ce n'était pas grand-chose d'intéressant cependant. Pas de grande rétrospective sur ma vie, de percée philosophique ou même une énième déprime sur mon précédent monde. Non, c'était des choses simples, idiotes, mais qui ne semblaient pas vouloir quitter mon esprit fatigué. Parfois, des questions sur les fissures au plafond m'amenant à les compter puis recompter, car je n'étais jamais trop sûre de ce que voyaient mes yeux flous. D'autres, c'était simplement une pensée fugace sur Allen, Arthur ou Eeze qui me traversait l'esprit. Ou encore, quelques pensées ennuyées sur les millions de projets laissés inachevés avec ma mort… Adieu les recueils de contes écrits avec Road, illustrés avec Jasdero et composés avec Tyki… Au revoir mes croquis pour Allen, le roman avec Arthur et les jeux de cartes pour Devit... Enfer, je ne pourrais même pas finir de traduire les notes de Victor en un Français compréhensible ! C'était déprimant... Heureusement, cette torture d'ennui et de douleur était occasionnellement interrompue par une visite furtive des Noahs de la maison.
Mon premier réflexe, lorsque j'avais vu Road se faufiler au milieu de la nuit de mon diagnostic alors que je me tournais et retournais, n'arrivant pas à dormir, avait été de la prier de partir, de peur qu'elle n'attrape ma maladie. Cependant, les mots avaient à peine passé mes lèvres que mon cerveau se souvint qu'elle était une Noah et donc que j'avais vraiment peu de soucis à me faire de ce côté-là. Ainsi, je n'avais pas plus rechigné lorsqu'elle avait tiré une chaise à mon chevet, on ne peut plus heureuse d'avoir quelqu'un pour me tirer de mes idées noires.
"J'ai pris un livre." Me dit-elle en sortant un grand livre d'image de son petit sac. " Et la boîte à musique que tu aimes bien. Et puis Monsieur Fluffy pour te tenir compagnie." Ajouta-t-elle, les sortant un à un de sa sacoche comme Mary Poppins. Me sentant d'humeur enfantine, j'attrapais , le lapin en peluche presque aussi grand que mon torse, aussitôt qu'elle le mettait sur le lit et le serrait si fort dans mes bras qu'il serait mort… s'il avait été vivant. Je n'avais pas eu de peluche depuis mon arrivée dans ce monde et ça me manquait. J'avais pensé plusieurs fois à m'en acheter, surtout après en avoir câliné lors des soirées contes dans la chambre de Road, mais je ne l'avais curieusement jamais fait. C'était assez incroyable pour moi de penser que Road avait remarqué que c'était toujours que je choisissais lorsque je le pouvais et encore plus impressionnant qu'elle avait pensé à me l'amener juste pour me réconforter. Pareil pour la boîte à musique, en l'absence d'internet et de ses milliards de sons disponible, il avait fallu faire avec les moyens du bord m'amenant à découvrir les boîtes à musique. Bien sûr, il y en avait à mon époque, mais je n'en avais jamais eu. Dans un monde sans technologie hyper-avancé, c'était une invention sacrément fabuleuse qui me détendait facilement.
Road n'avait rien dit d'autre, pas sur la maladie ou ses cadeaux bien pensés, elle avait juste prit le livre de contes et avait proposé de me faire la lecture comme elle me l'avait promis il y a de cela des semaines… des mois ? Autant dire que j'en profitais du mieux possible et mine de rien, Road avait une voix assez réconfortante lorsqu'elle le voulait. Bercée par ses mots, dans les bras et les doux bruits de la boîte à musique dans le fond, j'arrivais enfin à m'endormir. Peut-être comprenant que cela me faisait du bien, Road commença à venir toutes les nuits après cela et chaque fois, nous jouions à un jeu puis elle me lisait une histoire. C'était… agréable, surtout lorsqu'on considérait que Road ne gagnait rien à venir me voir. Dans mon état de faiblesse, je n'étais pas le meilleur des divertissements et cela me réchauffait le coeur de me dire qu'elle le faisait pour moi. Je l'aimais, cette petite psychopathe et lorsqu'elle me lisait une histoire comme cela, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle m'aimait peut-être un peu aussi.
Tyki non plus, heureusement pour moi, ne semblait pas vouloir me laisser seule. Beaucoup moins régulières, ses visites n'étaient pourtant pas moins présentes. Il pouvait passer trois fois dans la journée ou alors une fois et cela durait juste le temps de faire un coucou ou parfois des heures. Il était facile de voir qu'il venait quand il le pouvait et contre l'avis de Sheryl, car lorsqu'une femme de chambre venait frapper à ma porte, les fois où Tyki s'était trop attardé, le Noah du Plaisir s'empressait de sortir de mon champ de vision et disparaissait aussitôt la porte ouverte. Parfois, je me demandais si les Noahs me croyaient vraiment si crédule ou s'ils n'en avaient simplement plus rien à faire que je connaisse leurs pouvoirs… Après tout, il n'y avait aucun moyen de sortir de ma chambre autrement que par la fenêtre ou les portes et toutes les trois grinçaient affreusement lorsqu'on les ouvrait. Si Tyki n'abusait pas audacieusement de ses pouvoirs pour partir, je mangeais mon chapeau figuratif.
"Tu es le pire agent secret que je n'ai jamais vu." Je riais avant de tousser un peu juste après qu'une femme de chambre était venue demander si Lord Mikk était venu me voir. Tyki n'avait même pas eu le temps de sortir de la chambre cette fois, ou tout du moins de faire semblant. À la place, il avait juste pu rouler sous le lit avant que la porte ne s'ouvre et c'est couvert de poussière et les cheveux en bataille qu'il en était ressorti.
"Tu exagères, elle ne m'a pas vu, n'est-ce pas ?" Dit-il avec un sourire gagnant et je trouvais juste assez d'énergie pour laisser échapper un autre petit rire. En même temps, elle n'avait pas fait beaucoup d'effort, restant sur le pas de la porte et n'excédant pas les dix secondes de visite.
"Je suppose que non, mais tu vas devoir changer de tenue si tu veux que cela reste ainsi et nul doute que Sheryl va te poser des questions à ce sujet." Je fis remarquer avant de racler ma gorge sèche et d'attraper avec gratitude le verre que me tendit Tyki.
"Je n'avais pas pensé à ça…" Gémit Tyki en se passant une main dans les cheveux, me faisant éternuer avec la poussière soulevée. "D'ailleurs, n'avais-tu pas dit qu'une bonne hygiène est très importante pour guérir d'une maladie ? Tu nous le répètes chaque fois que Tricia est malade."
"Oui mais… La tuberculose est très contagieuse, je comprends que les serviteurs ne veulent pas entrer ici, je ne leur en veux pas. En fait, j'en suis plutôt soulagé, je ne voudrais pas donner ça à John ou Clarisse et je n'ai pas assez de force pour le faire moi-même." Je répondis mal à l'aise, chaque mot entrecoupé d'une toux grasse, en espérant qu'il ne ferait rien contre le personnel de la maison. Il ne s'occupait généralement pas de ces choses-là, mais il l'avait fait, une fois, pour l'incident de la lettre. Mais en même temps, ça l'avait concerné aussi, pas uniquement moi.
Il était resté une seconde, pensif, avant de changer de sujet, mais dès le soir, Eliott vint épousseter et aérer avec son air vide habituel. C'était contre les mœurs qu'un majordome vienne, mais je n'étais pas du genre à m'en occuper et j'étais infiniment heureuse que ce soit un presque-à-cent-pour-cent-akuma qu'un pauvre habitant du manoir. Je ne souhaitais ma maladie à personne, même pas à cette peau de vache d'ancienne femme de ménage en chef.
Avec tout ça, j'étais tout de même contente que Tyki me rende visite. Peut-être ne le faisait-il que par culpabilité, s'étant déjà excusé trois fois de nous avoir emmenés dans les ruelles basses, mais dans mon état je m'en fichais un peu et était juste contente qu'il vienne me distraire de ma douleur. Malheureusement, ce n'était pas son fort, il avait toujours l'air peiné lorsqu'il venait me voir et si Road essayait de m'endormir, lui faisait son possible pour me tenir éveillée, racontant mille et une anecdotes stupides sur la haute société, proposait d'écrire mes lettres pour moi, imaginait ce que pouvait faire Allen, parlait d'un nouveau livre qu'il avait lu…
Mais plus les jours avançaient et moins, je me sentais capable de répondre. Apathique, il était difficile de trouver de l'énergie pour participer à la conversation et je devenais de plus en plus souvent auditrice que participante active.
Cet état avait été particulièrement difficile à supporter lorsque Jasdero avait valsé dans ma chambre un soir, Devit à quelques pas derrière lui. J'avais été contente de les voir surtout parce que j'avais réalisé morbidement la veille que je ne les reverrais peut-être plus. Eux par contre n'étaient pas très heureux et ils restèrent à mon chevet sans rien dire. C'était le moment le plus gênant du monde, mais même en y concentrant toute ma cervelle restante, j'avais eu du mal à combler moi-même le silence. Alors je l'avais enduré, entrecoupé de questions répondues en un mot et de toux grasses, immensément soulagée lorsque Road avait glissé sa tête dans l'entrebâillement pour son, maintenant habituelle, histoire du soir.
Il y avait des jours qui étaient mieux et d'autres pires, mais dans l'ensemble, ça allait tout de même de plus en plus mal.
Si je me sentais douloureuse et fatiguée la première semaine, ce n'était rien comparé à la seconde. J'alternais les heures à demi-endormie et à demi-réveillée. Lorsque, enfin ! Je pensais m'endormir pour de bon, un hoquet me remontait la gorge et venait couvrir mes lèvres de glaire et sang. Ce demi-sommeil n'en était que plus épuisant et au bout de quelques jours à peine, je n'étais plus capable de penser correctement.
Les visites passaient dans un flou et je n'étais même plus sûre du jour. Était-ce le matin ? Le soir ? J'étais assez persuadée que j'avais vomi du sang sur les chaussures de Tyki à un moment donné et je crois même me souvenir que Road avait dû me tenir les cheveux alors que je vidais mon estomac dans la bassine.
Mes rares éclairs de lucidité étaient tout de même bien irréalistes… j'étais assez sûre que je m'étais réveillée une nuit pour trouver un chat noir lové contre mon bras. Je l'avais caressé une bonne partie de la nuit et j'avais même un certain nombre de poils noirs dans mon lit pour le prouver le lendemain, mais sachant que le seul chat de la maison était Lulubell… Ouais, tout ça paraissait peu probable.
Tricia… Tricia n'allait pas bien. Comme lorsque les jumeaux étaient arrivés au manoir la première fois et avaient refusé de manger, elle était tombée malade. Terriblement inquiète, elle dormait aussi mal que moi et mon seul espoir était qu'elle n'avait pas attrapé la tuberculose. Je ne l'aurais jamais su, cependant, si l'on ne m'avait pas changé de chambre à cause de cela. Malgré la femme de chambre lui étant assigné, nos chambres étaient accolées et il semblerait qu'elle avait profité de sa sieste, son seul moment seul, pour essayer de me voir. Heureusement (ou malheureusement de son point de vue) Tyki l'avait vue dans le couloir et l'en avait empêché, mais cela avait été trop proche pour Sheryl.
Alors, aux environs de la moitié de la seconde semaine, j'avais été transférée dans un ancien petit salon près du bureau de Sheryl. C'était assez étrange, mais en même temps, je comprenais la logique. C'était l'endroit le plus éloigné des quartiers d'habitations de tout le monde tout en étant malgré tout chauffé due à la proximité du bureau de Sheryl. Qui plus est, quiconque essaierait de venir me voir passerait automatiquement devant le Marquis et vu comme les visites de Tyki avaient radicalement baissé après cela, il devait être un bon gardien.
De mon côté, le transfert ne m'avait pas fait du bien. C'était difficile de se sentir à l'aise dans un salon vite fait transformé en chambre. Ou en mouroir si l'on voulait être exact. Honnêtement, je ne devrais pas me plaindre, j'avais beaucoup de chance de si bien m'entendre avec la maîtresse de maison ou cela ferait longtemps que l'on m'aurait jetée dans un hospice ou pire, directement les rues. Les maîtres de maisons n'avaient aucun intérêt à s'occuper d'une employée orpheline et à moitié morte après tout, surtout lorsque j'étais un si grand risque de contamination (même si les Noahs n'étaient pas vraiment concernés). Qui plus est, je manquais ma petite chambre bien agencée. Je ne m'en étais pas rendu compte, mais j'en avais accumulé des choses en presque deux ans et c'était définitivement devenu mon endroit à moi, ma maison loin de la maison. Heureusement, Road avait pris soin de me ramener quelques objets importants pour moi comme mon carnet de croquis et la transcription des contes les plus joyeux que je leur avais racontés. Il était amusant de se rendre compte qu'elle avait totalement évités les plus tristes ou ma copie dédicacée des Misérables.
Quelqu'un avait également déposé ma photo sur ma table de nuit pendant que je dormais. Celle que nous avions prise avec Allen et Tyki, il y a ce qui semble être une éternité, mais vu l'air étrange de Tyki quand il l'avait vu, ce n'était pas lui.
Et puis, un jour somme toute ordinaire, dans cette litanie de toux sanglantes et d'épuisement constant : Tout empira.
Réveillé en sursaut dans mon lit, je ne tardais pas à trembler comme une feuille. La sueur coulait sur mon front et j'avais si froid… si froid… Ma poitrine était… douloureuse et je… je… attrape ma chemise et… Fièvres… sueur… douleur… tremblement… Poitrine douloureuse… serre… pars pas…
Froid froid froid CHAUD froid froid froidfroidchaudfroidfroidchaudchaudchaudfroid FROID
Halètement, respiration… Inspirer, expirer… Inspirer, expi- toux, sang, avaler. Eau ! Inspirer, expirer, inspirer, expirer...
Soupe ?
"Eve… -rais manger" Couverture… cuillère. Tyki ? Chaud.
"Non…" Sanglot. Reniflement. Sous la couette. Protection. Main. Doux ? ? Enserrer...
Douleur…
Peur…
mal…
…
…
…
Halètement ! Respirer, grande goulée d'air. Cœur rapide. Mains. Mains ? Paupières collées… Un reniflement. Une odeur familière. Une main dans mes cheveux sales. Le sang et la sueur embaument la pièce. J'ouvre mes yeux, je les concentre pour la première fois depuis… trop longtemps.
"Road ?" Ma voix craquait. La main ne s'arrêta pas, mais elle fredonna une réponse. Ses doigts glissèrent, s'attardant sur mon front avant de glisser sur mes yeux, fermant mes paupières sans force.
"Dors. Tu vas faire de beaux rêves." Un murmure. Une promesse agréable. Je ferme les yeux. Doigts sur ma joue. Douces caresses… sombre… Perte… temps…
…
...
...Murmures ?
Voix. Tendre l'oreille. Mots… conversations ? Comprendre… J'essaie de comprendre. Paupières trop lourdes pour les soulever, mais j'entends… Road. Tyki… Sheryl ? Je ne suis pas sûre… Une voix d'homme, vieilli...Guillaume ? Eliott ? Le Comte ? John ? Peut-être.
"...Tricia !" Un cri. Sheryl. Sursaut, adrénaline, mes yeux ne s'ouvrent toujours pas.
"... qu'en empirant… s'en sortir…" Road. Factuel ? Curieuse ? Voix faibles… loin ?
"... souffrir… autant de chance… Akuma…d'en guérir… Maitora… tenté l'expérience." En dehors de la pièce… devant la porte… mais, quoi ? Akuma ?
D'autres murmures. Trop faible.
"...plus elle. Pas vraiment." Tyki ! Je force mes yeux à s'ouvrir, je tousse, plus de sons.
Et puis… "Je vais y réfléchir." Mes yeux se ferment. Respiration rugueuse. Noir.
…
…
Porte. Des pas. Proche. De plus en plus proche. Un grincement. Quelqu'un était… assis… à mes côtés ? Une toux, plissement des paupières. Gémissement. Bouche pâteuse. Trop de lumière, tourne la tête. Perte d'équilibre. Où ? Malade ? École ? Tant pis, veux juste dormir. Fatiguée… Main sur front… Chaud.
"Papa ?" Marmonne. Essaie d'ouvrir les yeux.. Noooon, trop de lumières…
Main s'enlève. "Je…M-... -elle ?" Non… Non… S'agite, tire, pousse, cherche… là ! Des doigts, saisis, tiens, ne laisse plus partir. Grand, chaud, usés : "Papa ?"
"Je… Je n-..." froncement de sourcil. Quoi ? Serre ? …Serre ! "Oui, je suis là… E-...-e"
Lit s'affaisse. "E..e…? Je sais que ce n'e-... mais-... tu boives, d'accord ?" Eau ? Gorge sèche, décolle mes lèvres. Tousse, sang, coule dans ma gorge, urgh. Gémissement. Tourner tête. Tousser. "Non…faut que… avales, s'il-te-plait." Froncer sourcils…. Papa… confiance... hésiter… bouche ouverte… déglutir… avaler…
…
…
Chaleur.
Trop chaud. Pousser la couverture. Trop chaud. Tourner. Trop chaud. Pousser assise mais...non... mains sur mes épaules. Chaud… chaud… TrOp ChaUd !
...ûle, gratter, tourner, retenir, gémissement, tousser, brûle, non ! sang, arracher, frotter, tombe, tenir, brûle, cracher, sanglot, brûle, E...ve, halètement, frapper, éviter, mal, terreur, brûle, gratter, sang, cris, tourner, retenir, gémissement, tousser, brûle, veux pas... sang, arracher, frotter, tenir, main, poignets, brûle, cracher, sanglot, brûle, halètement, frapper, éviter, brûle, mal, terreur, brûle, sang, brûle, dents, brûle, mordre, brûle, br…
Brûle…
Brû…
Br…
…
…
"Eve ?"
…
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