Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date : 5 septembre 2019, corrigé en Avril 2023

Bêta : Elda (2019) Personne (2023)

Fandom: D Gray Man

Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé : Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki, Allen et même le Comte Millénaire. Sous forme humaine heureusement. Mais l'exorciste part en Inde et les jumeaux sont envoyés en pension. Elle rencontre la Baronne Lucie Belle (Lulubelle) et se réconcilie avec le Comte Millénaire aussi. Malheureusement, une grosse dispute éclate entre Eve et Tyki mais une fois réconciliés, ils en sortent plus proches que jamais.

Trigger du chapitre : Description d'une séance de spiritisme et d'une peur du feu ?


Alala, septembre, les beaux temps qui partent, la pluie qui revient, la rentrée...

Ça va ? Toujours vivant ? Voilà de quoi vous remonter le moral autrement :)

On a même un peu "d'action" X) hip hip hip ?

...

Bonne lecture !


Nuancer le Noir chapitre 36 : Impossible ou Improbable ?

Mercredi 8 septembre 1886

Septembre, pour beaucoup de pauvres, ou plutôt chanceux si l'on considérait l'époque, enfants était synonyme de rentrée des classes.

Mais pas pour moi.

Malgré mes vingt ans (si l'on restait sur l'âge établi dans ce monde) et donc ma dite minorité toute XIXᵉ siècle, je n'avais plus d'autres devoirs que de tenir compagnie à Tricia. Pourtant, d'une certaine manière, ma vie était toujours rythmée par la grande rentrée de septembre. En effet, trois des habitants du manoir étaient scolarisés et ce fut un véritable branle-bas de combat que de les rendre présentables pour l'école.

Road nous fit son habituel crise de rentrée : criant, pleurant, chouinant, plaidoyant tout ce qu'elle pouvait pour ne pas être inscrite à un nouveau trimestre de "torture". Malheureusement pour elle, le Marquis et la Marquise Kamelott tinrent bon. Les jumeaux de leur côté, bien qu'ayant étrangement apprécié leur année à l'école, avaient pris un goût subit pour des vêtements que Tricia qualifiait de "non adéquat à de garçons de bonne famille" et que Sheryl ne prenait même pas la peine d'appeler autrement que "d'immondes torchons infâmes". Évidemment, cela posa bien plus de problèmes que ce n'aurait dû car les jumeaux ne voulaient sous aucun prétexte se séparer de leurs vêtements malgré le port de l'uniforme obligatoire. Bien sûr, cela créa débat et chacun y alla de sa petite opinion, enfonçant encore plus l'affaire dans un marasme incohérent pour ce qui semblait être le simple plaisir de se contredire.

De côté, à l'écart du drame, Tyki et moi regardions le tout avec une fascination classique de ceux qui ne se sentaient pas concernés. Totalement réconciliés, notre dispute avait en fait comme détruit un mur entre nous. Bien plus à l'aise, la conversation facile d'antan était presque devenue symbiotique, accompagnée maintenant de petites touches qui paraissaient toutes naturelles. Une main sur l'épaule, un bras s'enroulant autour de celui de l'autre, la remise en place d'une mèche sauvage… C'était devenu si normal, aussi constant qu'avec Road ou Tricia, qu'il fallut que John me le fasse remarquer timidement pour que je me rende compte que, non, ce n'était pas tout à fait courant entre deux personnes de sexe opposé, sans lien familial ou amoureux ici. Mais ça m'était égal, les silences étaient complices et nous arrivions à un tel nombre de blagues privés qu'il suffisait d'un seul mot et un regard partagé pour provoquer un fou rire inarrêtable. C'était tout simplement incroyable de retrouver ce style de relations que je pensais avoir perdu définitivement avec le XXIᵉ siècle.

Et, un peu terrifiant, il faut l'avouer… Sheryl était on ne peut plus malheureux avec notre amitié retrouvée. Lui qui s'était petit à petit adouci semblait regarder chaque geste d'affections avec des yeux soupçonneux. Il avait même recommencé à nous séparer, donnant un tas de tâches absurdes à Tyki l'après-midi et m'assignant au baby-sitting de Road en même temps. D'un autre côté, Tricia avait pris la décision, on ne peut plus passive agressive, de faire tout le contraire. Le tout ressemblait à un étrange jeu de tire à la corde humaine qui me plaisait moyennement. C'était loin d'être drôle que d'être la corde figurative entre les deux maîtres de maison. Bien sûr, la situation n'avait pas pu durer et cela avait éclaté en une nouvelle dispute, amenant Sheryl à littéralement… dormir sur le canapé de son bureau. Je vous jure, Road m'y avait tiré en pleine nuit lorsque je ne l'avais pas cru, les secondes les plus terrifiantes de ma courte vie… Il dormait vraiment sur le canapé, même pas dans la seconde chambre où il s'installait généralement lorsqu'ils devaient faire chambre à part. Il avait peut-être trop peur pour même monter dans l'aile des maîtres ?

Dans tous les cas, l'anniversaire de Tricia n'avait malheureusement pas arrangé les choses. Sheryl avait bien tenté un geste romantique, un petit voyage en amoureux soigneusement organisé, mais mal lui en prit. Ignorer le réel problème avec une distraction ne lui avait apporté que plus d'ires de la part de sa femme. Du coup, elle l'avait fêté tranquillement avec Road, Tyki et moi à déguster un gâteau dans le jardin. Ça, bien sûr, n'avait certainement pas aidé l'agacement de Sheryl pour moi et la guerre froide en était arrivé à un point où même Road, qui profitait généralement du chaos comme un petit diable, en avait eu assez. Elle avait donc cru bon de réunir un conseil de guerre. À deux heures du matin. Sur le lit de Tyki. Avec Pipou l'Éléphant en tant que secrétaire.

Ah bah j'étais clairement pas prête.

"Road…" je gémissais à mi-voix alors qu'elle me poussait dans la chambre de Tyki." Pourquoi ?!"

"Chut Vivi !" Dit-elle joyeusement alors qu'elle sautait sur le lit de Tyki m'amenant très soudainement à regarder fixement la fenêtre à l'opposé. L'Idiot avait glissé légèrement à travers le lit en se réveillant et même si j'étais à peu près persuadé que personne n'était dupe sur le fait que je savais que Tyki avait des pouvoirs, ça ne faisait pas de mal de maintenir le statu quo.

"Road…" grogna à son tour Tyki en voyant son lit envahie avant de soupirer et de se traîner sur la gauche pour que l'on puisse s'asseoir. "Qu'est-ce qu'il y a ?"

"Je pense que nous devrions prendre des vacances." Sourit la petite peste et nous la regardions tous les deux les yeux ronds.

"Je déteste le dire mais… La rentrée des classes était il y a moins de deux semaines." Je rappelais doucement, ayant peur de lancer une de ses crises sur l'école.

"Je sais ça !" Dit-elle en roulant des yeux. "Mais Mère et Papa sont insupportables, ils ne font même plus attention à moi." Gémit-elle en faisant la moue. " Si nous partons quelques jours, je suis sûr que ça leur changera les idées !"

Ouais, en les faisant paniquer et ouvrir une chasse aux sorcières. Donc non. Juste non.

Essayant de plaider mon cas, je priais la Noah d'abandonner ce nouveau plan foireux, mais rien n'y fit. Il fallait bien se rendre à l'évidence, c'était couru d'avance. Au moins, Tyki eut la gentillesse de m'envoyer un regard compatissant.

"Dans ce cas…" je murmurais alors que mon cerveau faisait des heures supplémentaires pour essayer de me tirer de cette future pile de problèmes. Si je ne pouvais pas arrêter le train en marche, au moins je pouvais essayer d'en sauter. "Il vaut mieux que vous partiez tous les deux et que je reste ici. Lord Kamelott sera beaucoup moins énervé s'il ne me trouve pas avec Tyki." Et je n'aurai surtout pas de problèmes… parce que vu comment c'était parti, si j'allais avec eux, ils se prendraient une claque sur le poignet au retour, mais moi, je risquais de prendre cher. Sheryl ne rigolait pas avec sa famille.

"Noooon." Gémit-elle en se laissant tomber sur mon bras, enfonçant ses pieds dans le torse de Tyki au passage. "Je veux voyager avec toi !"

"Alors c'est moi qui reste." Proposa trop rapidement Tyki en s'asseyant pour éviter les jambes de Road qui s'approchait dangereusement de sa tête. "Eve a raison, Sheryl sera impossible si nous partons tous les trois, je n'ai pas envie qu'il me refile plus de paperasse."

Hé bien, ça ne m'arrangeait pas, mais je suppose que c'était toujours mieux que de partir tous ensemble…

Malheureusement, Road faisait la tête et n'avait pas l'air de vouloir lâcher le voyage tous les trois. Sentant qu'elle commençait à piquer une crise risquant de réveiller la maisonnée, je m'empressai aussitôt de la calmer. Je n'avais vraiment pas envie d'expliquer à Sheryl ou, pire encore, Tricia, ce que je faisais dans la chambre de son frère au beau milieu de la nuit.

"Écoute, Road, ce serait chouette de faire un voyage que toutes les deux, n'est-ce pas ? Entre filles ?" J'essayais alors que Tyki jetais des regards nerveux à la porte après que Road ait fait connaître ses protestations un peu trop fort.

"Je suppose…" Dit-elle, jouant avec l'idée. "Mais alors, nous devrions faire quelque chose de mémorable ensemble !"

"Pas trop mémorable tout de même…" j'avalais, ayant soudain peur de ce qui pouvait passer par la tête de cette fillette meurtrière.

Elle me fit un sourire saccharin pour toute réponse.

J'étais foutu.


Vendredi 10 septembre 1886

"Road, où est-ce qu'on va ?" Je demandais la voix tremblotante alors que je suivais la jeune Noah dans la pénombre, ma main crispée sur ses doigts. Ce n'était pas la première fois de la soirée que je posais la question, loin de là, mais jusqu'à présent, la petite Noah n'avait pas daigné me répondre.

Elle avait débarqué dans ma chambre après le dîner, fouillant dans mon armoire avec une moue dédaigneuse avant de finalement en sortir une robe bleue beaucoup trop chère que j'avais hérité de Tricia. Elle l'avait regardé longuement avant de me jeter un regard, humer et la reposer dans l'armoire. Toujours en boule sur mon lit, une partition à la main, je l'avais regardé filer sans comprendre et était prête à retourner à mes affaires et l'ignorer lorsqu'elle débarqua de nouveau. Elle avait un grand sourire ainsi qu'une robe élégante et une cape tout aussi sombre. Celle-là n'était clairement pas à moi et vu la taille, pas à Road non plus. Ça ne pouvait pas être à Tricia, elle abhorrait les couleurs sombre et les vêtements étaient beaucoup trop riches pour appartenir à une employ-... Road avait volé les vêtements de Lulubelle, je compris avec horreur. Un gémissement de porc égorgé s'échappa aussitôt de ma bouche et je jetais presque la robe sur le lit par réflexe avant de me rappeler une nouvelle fois à qui ça appartenait et… nop nop nop. Road ne voulut rien entendre de mes suppliques et bientôt, j'étais élégamment habillé, un chignon sophistiqué soigneusement arrangé par Road avec mes cheveux. Je ne comprenais même pas pourquoi elle s'était donné cette peine d'ailleurs, car aussitôt, elle recouvrit la coiffure par la large capuche de la cape. Plus suspicieux, tu meurs. Elle s'était tout aussi apprêtée que moi, une charmante robe noire à lacet et un petit chapeau avec voile en prime. On devait faire un tableau étonnant, richement habillé même si en tenue de deuil et j'en eus la confirmation lorsque John nous regarda bouche bée. Après, c'était aussi peut-être parce qu'on avait débarqué dans la cour, alors que la nuit tombait, et que Road avait aussitôt ordonné qu'il nous emmène à Londres. John s'était empressé de me lancer un regard paniqué et je lui avais aussitôt rendu, n'ayant pas plus de réponse que lui. John ne pouvait pas dire non, mais il ne pouvait décemment pas emmener la jeune héritière Kamelott comme ça, sans autorisation ni protection. Heureusement, Eliott avait montré le bout de son nez et avait donné l'ordre à John. Voilà comment on s'était retrouvé, John, Road, Eliott et moi dans la nuit de Londres. C'était avec pitié que John m'avait regardé partir, traîné par Road, Eliott nous suivant comme une ombre. Quoi qu'il en soit, on devait être assez proche du but maintenant, ou alors mes questions constantes devaient l'ennuyer, parce que Road me dit enfin où nous allions une fois un peu éloigné du fiacre.

"Chez des amis d'Adam, des gens très drôles, tu vas voir." Dit-elle distraitement alors que nous tournions au coin de la rue.

"Des amis du Duc ? Tu es sûr que je peux vraiment venir ?" Je demandais, encore plus inquiète qu'auparavant. Qu'arriverait-il si je créais le moindre problème pour Tricia, ou pire, Sheryl ?

"Mais oui, ne t'inquiètes pas !" Dit-elle, rejetant totalement mes inquiétudes tout en s'arrêtant devant une porte quelconque. Le quartier était assez aisé et la maison était grande et bien entretenu, mais ce n'était pas un manoir. Un peu surprise, je fixais la masure des yeux, ne faisant pas tellement attention lorsque Road toqua. Moins de dix secondes après, un homme longiligne, d'au moins deux têtes de plus que moi, entrouvrit la porte. Il n'eut besoin que de jeter un coup d'œil à une Road souriante avant d'ouvrir plus grand et de faire un pas sur le côté pour nous laisser passer.

"Merci bien." Je murmurais confuse lorsque Road passa devant lui sans un mot. Suivant l'exemple de Road, je laissais Eliott nous délester de nos manteaux, incroyablement mal à l'aise.

"Viens Eve ! Le petit salon est par là." S'exclama la jeune Noah en tirant sur ma main pour me guider dans un petit couloir ombragé.

La suivant sans un mot, on déboula bien vite dans une grande pièce lambrissée. De lourds rideaux obscurcissaient les fenêtres et une grande table éclairée à la bougie en prenait le centre. Autour d'elle, debout en petits groupes, une douzaine d'hommes et femmes de tout âge discutaient à demi-mots. Laissant passer son regard sur la foule, Road sembla repérer quelque chose qu'elle aimait car moins d'une seconde plus tard, elle m'entraîna vers le groupe le plus à l'écart, deux hommes discutant dans un des coins de la pièce.

"Monsieur Jonathan !" sourit-elle en lâchant enfin ma main lorsque nous arrivions prêt du groupe.

"Miss Rhodiola, quel bonheur de vous voir !" Sourit le concerné, coupant court à sa conversation. Aussitôt, je lançais un regard à Road mais la jeune fille n'avait même pas tiqué au nom. Hu. "Votre grand-père n'est pas là ?", ajouta-t-il, curieux.

"Non, je suis là avec ma tante aujourd'hui." Gazouilla Road en attrapant à nouveau mon bras histoire de bien montrer qu'elle parlait de moi. Essayant de ne pas laisser voir ma frustration et mon incompréhension, (tante, pourquoi tante ?!) Je souris à mon tour avant de faire une révérence légère. N'ayant aucune idée d'où je me trouvais et pourquoi, j'étais aussi sûr de mes pas qu'un faon nouveau-né mais vu les vêtements bien trop chers et classieux dans lequel m'avait fourré Road, je me doutais que l'on n'était pas avec la plèbe. Il faut croire que mon instinct ne s'était pas trompé, car je fus aussitôt imitée par Jonathan et un peu plus maladroitement par le second jeune homme à mon grand soulagement.

"Hooo, une amatrice ?" Demanda mystérieusement Jonathan.

"Pas encore, mais j'espère bien qu'elle trouvera la soirée intéressante et m'accompagnera plus régulièrement à l'avenir." Expliqua Road avec un tel sourire joyeux que, oui, c'est bon, j'étais totalement sûr que j'allais hurler avant la fin de la soirée. Sortez-moi de là.

Jonathan laissa échapper un petit rire de société et s'enquit de la santé de la famille pour relancer la conversation, Road s'insérant avec grâce et portant la discussion. De notre côté, le second homme et moi restions bras ballant en marge, semblant aussi perdu socialement l'un que l'autre. Je me demandais bien ce qu'il faisait là, peut-être avait-il été forcé de venir aussi ? Quoi qu'il en soit, avant que je ne puisse décider si je devais entamer la conversation ou non, le même grand homme longiligne entra dans la pièce et agita une petite clochette, attirant efficacement l'attention de la dizaine d'invités.

"Mesdames et Messieurs, merci de bien vouloir prendre place et nous pourrons commencer." dit-il et une ferveur toute joyeuse s'empara des invités qui s'empressèrent de tirer les grandes chaises de la table ronde.

"Venez ma tante, asseyez-vous à côté d'Arthur, il sera un parfait hôte, j'en suis sûre." Gazouilla Road me rendant particulièrement méfiante. Malheureusement, elle s'était déjà assise et il ne restait plus que deux places pour ledit Arthur et moi. Sentant le coup foireux, je viens tout de même m'asseoir entre le jeune homme silencieux d'auparavant et Road.

"Arthur, je présume ?" Je murmurais à mon voisin lorsque je pris place. Autour de nous, les chuchotements n'avaient pas diminué et l'homme longiligne allumait d'autres bougies qu'il plaçait devant chacun des invités.

"En effet" Murmura-t-il en retour. "Et vous-même ?"

J'hésitais une seconde. J'avais bien remarqué que personne n'avait donné son nom de famille. Cela aurait pu paraître normal à mon époque, mais ici, c'était particulièrement étrange d'appeler les gens par leurs prénoms en dehors de la famille ou des amis très proches. Comme Road ne faisait pas le moins du monde attention à moi, alors, par sûreté...

"Eve" je souris gentiment. "Enchantée."

"Également." Dit-il et la conversation mourut. C'était gênant tout de même… mais j'avais beau me creuser la tête, je n'avais aucune idée de quoi dire. Je ne pouvais pas vraiment parler de la soirée parce que je n'avais absolument aucune idée d'en quoi elle consistait et je ne pouvais pas non plus m'enquérir sur sa vie privée vu que l'on ne se présentait même pas par notre nom.

"C'est la première fois que je viens ici." Dit-il tout à coup. "Je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre… Vous non plus, il me semble, pensez-vous qu'ils vont vraiment venir ?"

Est-ce que j'étais la seule à ne pas savoir pourquoi j'étais là ? Non, plus important, qu'est-ce que je devais dire ? "Je ne sais pas, nous verrons bien, je suppose…" et puis, comme il s'était ouvert à moi : "C'est Jonathan qui vous a invité ?"

"Oui, c'était mon professeur en école de médecine et je n'ai jamais perdu le contact avec lui." Dit-il avec un sourire fier.

"Oh, vous êtes médecin ?" S'il était assez gentil pour lancer le sujet lui-même, je n'allais pas me priver…

"Oui, j'ai obtenu mon doctorat l'année dernière." Dit-il avec une certaine fierté et je le félicitais. "J'ai un petit cabinet à Londres maintenant." Ajouta-t-il avant de jeter un coup d'œil à la table, d'hésiter puis de demander : "Vous êtes gouvernante ?"

Un peu surprise, je clignai des yeux avant de lui répondre. "Non, mais je passe beaucoup de temps avec…"

"Moi !" S'exclama tout à coup Road, sortant de nulle part et s'accrochant à mes épaules pour regarder Arthur par-dessus ma tête. "Ne le dites pas à ma Tante Lucie, mais Tante Eve est la meilleure, elle est toujours partante pour jouer avec nous." Dit Road en resserrant ses bras, contractant légèrement ma gorge dans ce qui ne pouvait être rien d'autre qu'une menace pour que je me taise.

"Vous êtes une Lady ?" Demanda Arthur, éberlué. Cette fois, c'était lui qui était surpris et il ne cessait de jeter des regards à ma robe ou mes mains avec doute et… frustrations ? Pourquoi serait-il énervé ?

Aucun de nous n'eut le temps répondre cependant, car aussitôt l'homme longiligne fit à nouveau sonner la cloche et éteignit la lumière électrique. Quoiqu'elle ne soit pas bien forte auparavant, maintenant, la différence était flagrante. Avec les minuscules bougies devant chacun des invités, il était difficile de voir autre chose que des faces blafardes et des ombres mouvantes. Mal à l'aise, je me collais un peu plus à mon dossier, préférant m'éloigner de la petite bougie devant moi. Déjà, je n'étais pas fan d'habitude, mais en plus le cauchemar d'il y a quelques semaines me hantait horriblement. Alors même que je ne m'en souvenais plus vraiment, cette sensation de brûlure ne voulait pas partir à tel point qu'il était devenu difficile de m'asseoir tout proche de la cheminée dans la bibliothèque. Tout à coup, Road me prit la main, me sortant de mes pensées. Clignant des yeux, je vis du coin de l'œil Arthur me tendre la sienne aussi. Croisant ses doigts avec les miens, je regardais le milieu de la table alors qu'une lente réalisation s'opérait.

Oh Merlin.

Road m'avait traîné à une séance de spiritisme.

Comme pour répondre à mon soudain flash de compréhension, une vieille femme à quatre places de moi sur la gauche entonnant avec une voix rauque : "Esprit, es-tu là ?"

Il faut avouer, avec la pénombre, les bougies, les mains liées et l'ambiance attentive, je crus presque un instant que Casper allait traverser la table pour nous faire un petit coucou. Mais non, il n'en fut rien, et nul ne répondit à l'appel, si ce n'est un petit toussotement sur ma droite. Pourtant, loin de se décourager, les chuchotements redoublèrent et, un homme cette fois, entonna à nouveau un : "Esprit, venez à nous !" Digne des plus grands films fantastiques. Pourtant, malgré le ton convaincant, rien n'arriva à nouveau et je laissais échapper un soupir soulagé. Franchement, avec Road, je me serais presque attendu à…

Attendez.

Pourquoi est-ce que je ne sentais plus le sol sous mes pieds ?

Baissant les yeux, m'attendant à ne rien voir, je laissais échapper un rire nerveux qui, je l'avoue, aurait pu être apparenté à un gémissement, lorsque je remarquais que la lumière de la bougie éclaboussait maintenant mes genoux. Chose impossible auparavant vu que mes jambes étaient en dessous de la table et la lampe sur la table. Comme déclenché par mon cri de hamster écrasé, des hurlements de surprises commencèrent à se faire entendre tout autour de moi : les douze sièges flottaient au-dessus du sol et continuaient de monter doucement. Pourtant, nul ne lâcha les mains des autres, c'était même plutôt comme si les poignées de mains s'étaient renforcées. Arthur serrait la mienne si fort que j'étais sûr qu'elle serait douloureuse le lendemain. Enfin… Si l'on arrivait au lendemain.

"Esprit répond à nos prières !" S'égosilla un vieux monsieur en face de moi alors qu'une jeune fille s'écria "Qui êtes-vous ?!" Avec un ravissement mêlé d'horreur.

Personne ne parla, à la place les bougies s'embrassèrent et dans un magnifique spectacle pyrotechnique s'empressèrent de se changer en tornade diabolique qui tourna au milieu de la table. Cette fois, ce fut moi qui serrai aussi fort que je le pouvais les mains de mes voisins, la table disparaissant une seconde pour laisser voir une forêt sombre. Mais la vision était partie aussi rapidement qu'elle était venue, me laissant tremblante et les yeux écarquillés.

"C'est l'esprit ! L'esprit !" Hurla la première vieille femme et non, juste non : c'était Road. Ce que j'avais pris pour des tremblements de peur de ma part était en fait ceux de la petite chipie vibrant de rire à côté de moi. Comment personne ne l'avait remarqué ? Merlin, elle laissait même échapper quelques grognements de rire à chaque fois qu'un des pauvres gars criait. C'était tout de même incroyable ce que pouvait imaginer Road lorsqu'elle s'y mettait…

Soudainement, la tornade commença à gonfler, gonfler et gonfler jusqu'à ce que je sente le feu sur mon nez. Les flammes couraient vers nous et je ne pu retenir un cri. "Road !" Je hurlais de peur et comme si elle répondait à mon appel, le feu redevint aussitôt de la taille d'une flamme de bougies et nos chaises heurtèrent le sol avec un bruit sourd. Tremblante et haletante, je lâchai la main d'Arthur, mais agrippait deux fois plus fort celle de la petite Noah alors que tout autour de nous, des gémissements de peur ou des cris d'excitation résonnaient encore.

"Je ne pensais pas que tu aurais aussi peur." Murmura tout à coup Road et je n'étais pas sûr que j'étais destiné à l'entendre. Tournant la tête vers elle, détachant mes yeux des innocentes bougies, je la vis me regarder avec un air vide, curieux, même.

"Le feu." Je soufflais entre deux respirations rapides. "J'ai… j'ai peur du… du feu et… je…"

"Oh, Eve…" me coupa-t-elle tout à coup, ses yeux s'illuminant comme si elle venait subitement de comprendre pourquoi je réagissais aussi mal. Franchement, qu'elle me le dise parce que je ne le savais pas moi-même. Certes, le feu m'avit toujours mt mal à l'aise depuis aussi longtemps que je me souvienne, mais je n'en avais jamais eu aussi peur, au point même d'en faire des cauchemars ou d'en être toute chamboulée maintenant… Mais elle n'en fit rien, levant plutôt la main pour passer son pouce sur le coin de mes yeux humides. Je ne pleurais pas, j'étais beaucoup trop choqué pour ça. Pas tout à fait, tout du moins. Maintenant que la tension retombait cependant, je sentais mes yeux brûlés et ma poitrine se serrer et je n'étais pas sûr que j'arriverais à me retenir longtemps. Surtout si la créatrice de mes futurs cauchemars continuait à me regarder comme cela sans ciller. "L'esprit a été méchant, il ne fera plus ça, je vais m'en assurer." Dit-elle comme si nous ne savions pas toutes les deux qui était "l'esprit".

"Promis ?" Je demandais d'une voix fragile et oui, je devais être un peu crédule de m'accrocher ainsi à la parole de Road mais mieux vallait une promesse que rien du tout, non ?

"Promis." Confirma-t-elle après avoir hésité une seconde. Notre petite bulle ne pouvait pas durer, cependant, et presque aussitôt que le mot eut passé ses lèvres, Jonathan lui toucha l'épaule pour attirer son attention et elle se retourna pour lui parler. Mais elle tenait toujours ma main et je ressentis une légère pression de ses doigts, comme pour me rassurer qu'elle était toujours là. Et pour être honnête, même si j'étais à 99% sûr qu'elle était la source de mon tout dernier cauchemar, c'était réellement rassurant. C'était comme se balader dans les quartiers mal famés avec Tyki : d'une façon ou d'une autre, j'avais la chose la plus terrifiante des environs ou bout de mes doigts. Laissant la tension retomber, je fixais l'environnement chaotique qui se déroulait autour de la table avant que mes yeux ne se posent sur mon autre voisin.

"Arthur ?" Je demandais lorsque je le vis fixer le bois de la table sans bouger. Ne réagissant pas, j'agitai la main devant ses yeux avant de lui toucher l'épaule. Sursautant violemment, il plongea ses yeux dans les miens avec un air choqué, presque sauvage.

"C'est impossible. " Dit-il tout a coup comme s'il statuait d'un fait immuable. "Tout à fait impossible, le feu ne peut pas former une tornade comme ça, les chaises ne peuvent pas voler, c'est contre toutes les lois de la physique ! Il doit y avoir un truc…" marmonnait-il et il semblait beaucoup moins composé que lors de notre rencontre quelques minutes plus tôt.

"Oh, vous savez, 'Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité' n'est-ce pas ?" Je souris avant de me figer et de penser une seconde à ce que je venais de dire. Pourquoi est-ce que j'avais pensé à ça ?

Attendez.

Arthur, médecin, doctorat en 1886, à deviner des choses sur moi, une séance de spiritisme… Oh Merlin, ne me dites pas que je venais de cracher ses propres futurs mots à…

"Est-ce que vous ne vous appelleriez pas Doyle, par hasard ?" Je demandais avec une voix un peu plus aiguë que la normale.

Arthur, qui palpait la table comme s'il cherchait une cache secrète, leva les yeux vers moi avec surprise avant de répondre par l'affirmative.

Ahah.

Ce n'était pas mes mains ou la table qu'il regardait, mais mes manches. C'est en appliquant les règles de Sherlock Holmes qu'il avait déduit que j'étais gouvernante et c'est à cause des mensonges de Road qu'il avait été contrarié : ses techniques n'avaient pas fonctionné.

En fait… Je venais de faire une séance de spiritisme avec Sir Arthur Conan Doyle, futur écrivain de mon personnage préféré et révolutionnaire des techniques policières.

Impossible mon cul.


Quelqu'un avait deviné pour Doyle ? Et, oui, je mets totalement mes auteurs préférés de l'époque dans cette fic, faites pas attention... Un petit chapitre tranquilou avant le gros bond d'intrigue du prochain chapitre ou celui d'après (m'en souviens plus, j'avoue, faut que je regarde le plan) mais j'espère qu'il vous aura tranquillement détendu :)

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