Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 août 2020
Bêta : Elda
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après s'être réveillée au XIXème siècle, Ennaël prend le nom d'Eve, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott et prend la décision de faire son propre avis sur les personag ... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend peu à peu conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour l'avenir surtout quand débarquent petit à petit Road, les jumeaux, Allen, Tyki, Le comte, Lulubell et Skin Bolic.
En essayant de fuir le Comte, Eve rencontre Victor Hugo qui lui passe un tas d'informations sur la guerre sainte avant de mourir. Eve se découvre un étrange talent pour les instruments de musique et se demande avec horreur si elle ne serait pas le 14ème. Cela n'aide pas que le comte ait découvert ses talents et semble s'intéresser de plus en plus à elle.
Elle se dispute ensuite avec Tyki qui manque de la tuer avec ses pouvoirs Noah, commence une correspondance avec Conan Doyles et re-manque de mourir de la tuberculose. Suite à cette épreuve, Eve semble vraiment s'être intégré à la dynamique familiale… tellement que quelque mois plus tard, elle apprends le même jour qu'elle s'est fait adopté par le Duc Campbell (le Comte) et qu'elle va épouser Tyki. Eve a vraiment envie de s'immoler par magie. A oui parce qu'elle a découvert qu'elle pouvait faire de la magie entre temps. Meh.
Et au dernier chapitre : Eve et Tyki se marient. Ca se passe étonnamment bien.
Devinez qui on retrouve dans ce chapitre ? :3
Bonne lecture !
Lundi 2 Mai 1887
Chaud.
C'était la première pensée plus ou moins consciente qui me vint à l'esprit. Il faisait tellement chaud mais je n'avais pas envie de bouger… le matelas était confortable, mon coussin était parfaitement placé… mais il faisait si chaud…
Grommelant une insulte, je levais mon bras ankylosé pour rabattre la couverture hors de moi… et entendis un gémissement en réponse.
Un gémissement qui ne venait pas de moi.
"Eeeeve !" Gémit une voix étouffée à mes côtés. Sursautant de surprise, je me levais sur un coude, tournant la tête pour voir... Road repousser la couverture hors d'elle avec une moue boudeuse. "Tu m'as réveillé !"
"Road ?!" Je marmonnais surprise. Mais qu'est-ce que… Hu, le mariage, la nuit de noce… mais Road ? "Tu es là depuis quand ?"
"Hmmm, je ne sais pas ? Hier soir ? Je suis venue directement ici lorsque j'ai eu sommeil." Répondit la fillette en s'asseyant à son tour, s'étirant lentement.
"Pendant notre nuit de noce ?" Marmonna Tyki, sa voix à peine compréhensible et je levais le regard pour le voir de l'autre côté de Road, complètement caché par la couverture et la tête enfoncé dans son coussin. Seule une mèche de cheveux bouclés était visible, tout du moins jusqu'à ce qu'il tourne la tête pour nous jeter un regard fatigué.
"S'il te plaît Tyki, comme si vous alliez faire quoi que ce soit." Répondit la fillette avec une voix tellement condescendante que même si c'était complètement vrai, je me sentis tout de même un peu outrée.
"Comment est-ce que tu as réussi à te glisser là sans que je me réveille ? Je dors mal avec des gens d'ordinaire" Je marmonnais surprise en repoussant une mèche rebelle derrière mon oreille.
"Hé bien en tout cas tu t'es endormie rapidement hier, c'est moi qui ai eu du mal : tu ronfles." Grommela Tyki avant d'enfourner à nouveau sa tête dans l'oreiller.
"Tyki, ça ne se dit pas !" S'exclama Road avant de tirer la couverture hors de son oncle qui ne fit que se rouler en boule et serrer son oreiller plus fort contre lui. Clairement, il avait l'habitude de se faire réveiller par Road.
"Non, non, je ne ronfles pas, je ronronne." Je ris doucement à ma pauvre private joke devant l'air bizarre de Road avant de m'écrouler à nouveau sur mon côté du lit. "Je n'ai pas envie de me lever…"
"Tu n'as jamais envie de te lever." Se moqua Tyki avec un sourire taquin à peine visible par delà son oreiller et je lui lançais un regard incrédule. Il était bien pire que moi pour les grasses mat' !
"Ça tombe bien, bande de paresseux, c'est la seul fois où Mère vous laissera tranquille pour la journée, profitez-en !" Sourit Road avant de ramper vers la table de nuit, s'appuyant sur le ventre de Tyki (qui lâcha un "Arf!" très clairement exagéré vu le non-poid de Road et sa force de Noah) pour attraper une pile de livres. "Et je vous ai même ramené de quoi vous occuper."
"Tu es ma personne préférée dans le monde entier." Je dis sérieusement en attrapant un des bouquins. Oooh, un nouveau roman d'aventure ! Pouvoir traîner au lit et lire pendant des heures sans que Tricia ne devienne hystérique en croyant que j'étais malade ? Un miracle.
D'ailleurs… "Pourquoi Tricia nous laisserait tranquille aujourd'hui ?" Je demandais curieuse en baissant le livre pour regarder Road qui était tranquillement en train de se réinstaller en sandwich entre Tyki et moi. On était censé partir en voyage de noce dans l'après-midi, je pensais au contraire qu'elle serait encore plus hystérique que d'habitude avec notre départ précipité.
"Elle vous laisse du temps pour vous remettre de... la nuit dernière." Expliqua Road avec un sourire en coin et il me fallut une seconde pour comprendre qu'elle parlait de se remettre du sexe qui, du coup, n'avait pas eu lieu.
"Profitons-en alors, cette excuse ne marchera pas deux fois." Je me moquais et Road me prit le livre des mains et commença à le lire à haute voix et c'était étonnement relaxant.
On tint le plus longtemps possible mais, finalement, il fallut bien nous lever vers midi. Nos corps habitués à manger à heure fixe supportait mal le buffet de la veille et le manque de petit-déjeuner ce matin et se réveillèrent avec vengeance, réclament de la nourriture au plus vite. Le déjeuner fut extrêmement étrange, les époux Kamelott étant particulièrement concentrés sur nous sans pour autant parler. Ça se voyait que Tricia voulait me demander comment ça s'était passé et Sheryl semblait à deux doigts de kidnapper son frère également. A contrario, les jumeaux étaient surexcités, discutant à la vitesse de la lumière avec le Comte à propos d'un tas de choses qu'ils semblaient avoir appris la veille. Lucie était aussi calme que d'ordinaire mais on échangea quelques mots et j'étais heureuse de voir que notre toute nouvelle relation continuait à tenir bon.
Après le déjeuner, la frénésie que je redoutais ce matin battit son plein et bientôt, nous étions dans l'entrée, beaucoup trop de malles remplies d'affaires inutiles (selon moi) et indispensables (selon Tricia) à nos côtés. Après des adieux déchirant où je dû me retenir de rouler les yeux lorsque Shery étrangla son frère dans un câlin meurtrier (parce que ça ne serait même pas pour un mois et qu'en plus Tyki pouvait revenir à tout instant grâce à Road) nous partions enfin.
"Alors ?" je demandais curieusement une fois que nous étions confortablement installés (ou aussi confortablement que possible vu l'époque) dans le fiacre. En effet, malgré l'avoir ennuyé toute la mâtinée pour savoir (vu que c'était la première fois que j'avais pu lui parler tranquillement depuis mon anniversaire) je n'avais toujours aucune idée d'où nous partions en lune de miel.
"Direction la France." Sourit Tyki. "On va visiter la maison qu'Adam t'as offerte, voir si on a besoin d'y faire des travaux pour la rendre habitable même si j'en doute, le connaissant. Ce sera un bon endroit si on a besoin de fuir ton beau-frère s'il devient trop ennuyant."
"C'est ton frère ! Tu ne peux pas me le refiler comme ça." Je ris en secouant la tête. Déjà que c'était étrange de l'appeler à voix haute Sheryl après aussi longtemps à le traiter comme Lord Kamelott, je n'étais pas prête à l'appeler 'Beau-frère'. "Mais je n'avais pas pensé à ça… On peut totalement utiliser l'excuse de voyages 'en amoureux' pour s'esquiver du manoir maintenant… En fait, on a même notre propre maison, on pourrait…" Je réalisais en clignant des yeux.
"Je t'arrête tout de suite, on va se retrouver enfermer dans nos chambres avec les fenêtres cloutées si on fait même mine de vouloir habiter ailleurs." Grimaça Tyki. "On a beau être des adultes mariés, Sheryl ne va pas me laisser hors de sa vue trop longtemps et je doutes que Tricia te laisse partir également."
"...cette famille a vraiment un problème." Je soupirais avant de me rendre compte que, hey, depuis la veille, j'en faisais officiellement partie ! Et pire encore… d'après les normes de l'époque, j'étais peut-être la plus étrange de tous.
Hu.
"Bienvenue dans la famille !" Se moqua Tyki, faisant écho à mes pensées, et je lui tirais la langue, essayant de cacher le petit sourire qui jouait sur mes lèvres. Bienvenue en effet…
Adam était un terrible, terrible menteur, je pensais, la bouche grand ouverte alors que je voyais la "petite maison" s'étaler devant moi. A mes côtés, Tyki laissa échapper un sifflement admiratif. "Hé bien, sacré cadeau, j'en serais presque jaloux."
"Je croyais que c'était un cadeau de mariage ?" Je demandais confuse en me tournant vers lui. Dans ce cas, n'était-ce pas à lui ?
"Oui, mais pour toi, c'est ta dote. Ça entre dans notre contrat de mariage, Adam a mit une clause comme quoi la dote t'appartenait et que tu pouvais en faire ce que tu voulais. Sheryl n'était pas content." Sourit Tyki l'air satisfait alors même que ça le pénalisait plus que son frère. "Tu n'as pas lu le contrat ?" Demanda-t-il l'air surpris et ce n'était pas étonnant: c'est moi qui n'avait pas arrêté de le gronder lorsqu'il signait sa paperasse en vitesse pour pouvoir faire autre chose, lui répétant tout le temps qu'il fallait lire scrupuleusement les contrats.
"Je n'ai pas tout compris." J'avouais les joues rouge. J'avais certes fais énormément de progrès en anglais avec les conversations et lectures quotidiennes mais les termes de contrats, en vieil anglais qui plus est, c'était une autre paire de manche. "Je voulais utiliser un dictionnaire mais le contrat devait être envoyé au plus vite pour qu'il soit validé alors Adam m'en a expliqué les points essentiels. Ou en tout cas je le pensais… je m'en serais souvenue s'il m'avait parlé de ça, je croyais qu'une femme mariée ne pouvait rien posséder."
"Sans l'accord du père ou du Mari, oui." Acquiesça Tyki.
Waw, c'était… incroyablement gentil. J'avais été touché lorsque Adam nous avait offert cette maison, un peu émue qu'il ait choisi une maison en France connaissant mes origines… Je l'étais encore plus maintenant que j'apprenais que c'était ma maison, qu'elle était seulement pour moi et que c'était uniquement grâce à lui que c'était possible. Si Sheryl avait fait comme il le voulait, je n'aurais rien eu le droit de posséder, Adam m'avait défendu, seulement pour mon propre bénéfice. Il n'y avait absolument rien pour lui ! J'avais déjà servi mon but de faire de Tyki l'héritier des Campbell, je ne pouvais rien leur apporter de plus, ils n'avaient même pas besoin d'héritier (j'avais bien vérifier, ça c'était sûr que ce n'était pas dans le contrat). En fait, ils auraient pu me faire tuer maintenant, ils n'avaient pas besoin de me garder en vie et encore moins d'assurer mon avenir comme cela.
...Comment est-ce que j'étais censée pouvoir détester le destructeur de l'humanité lorsqu'il faisait des choses comme ça pour moi ?!
Et c'était vraiment un sacré cadeau. Je n'avais pas assez de connaissances de la région pour dire lequel mais sachant que la Loire passait juste à côté de la "petite maison", je pouvais dire sans trop me tromper que je venais d'hériter d'un des châteaux de la Loire.
Je savais qu'avec tous les akumas à son service, mon "père" était salement riche, mais je ne pensais pas que c'était au point de pouvoir offrir un château avec ses champs et forêts en cadeau de mariage.
Pire encore, le château était entièrement meublé et dans un état impeccable. Il sentait tellement le propre que je fus surprise de voir uniquement cinq serviteurs nous accueillir. Mais en même temps, si c'était des akumas…
On restait quelques jours au château, juste assez pour explorer les passages secrets et les greniers. On devait sûrement avoir l'air de deux gamins en pleine aventure, mais c'était bien trop intéressant de fouiller les vieilles malles remplies d'objets centenaires ou d'escalader les chevrons des tours pour que j'en ai quelque chose à faire. Mieux encore, profitant qu'on soit seul, Tyki m'avait fait essayer ses pouvoirs, m'emmenant d'un toit à l'autre en marchant dans les airs. C'était infiniment plus terrifiant que dans la chambre, le sol à des dizaines de mètres sous moi n'étant pas vraiment attrayant mais on ne pouvait pas nier que c'était exaltant. Et puis... je lui faisais confiance pour ne pas me lâcher.
On partit rapidement cependant. Trop tôt à mon goût, vraiment, ces quelques jours au château avait été incroyables mais Tyki sut rapidement me convaincre.
"En Inde ?" Je clignais des yeux surprise avant qu'un large sourire d'espoir étire mes lèvres. "Tu veux dire qu'on va voir…"
"Allen, oui." Sourit-il. "J'ai tout organisé avec lui, il a dit que son Maître allait le laisser chez un ami prêt de Silvassa, c'est là où notre bateau accoste, il pourra donc nous rejoindre là-bas." Expliqua Tyki. "En attendant, j'ai pris des billets pour le bateau le plus rapide qu'ils ont, nous aurons juste à profiter du voyage."
Et quel voyage ! Un bâteau première classe de ceux qu'on voyait dans les films. C'était impressionnant de par les activités, les vêtements, les plats… Mais en même temps, ce n'était pas très agréable, les gens étant terriblement guindés et prompts à juger. Nous étions en première classe donc toujours avec les autres nobles ou bien nantis et c'était un peu étrange d'être tout à coup entourée comme cela. C'était comme un bal sans fin, se répétant d'un jour sur l'autre et même si nous n'avions pas la pression de Sheryl regardant par dessus notre épaule, c'était tout de même ennuyant. Pire, il était impossible d'aller en seconde classe par des voies traditionnelles, les deux étant complètement séparés. Tyki avait dû utiliser ses pouvoirs pour qu'on puisse y aller discrètement, lui jouant aux cartes au bar pendant que je tapais la discute avec d'autres femmes. Ayant eut très peu de conversations non-accompagnées d'un Noah ces deux dernières années c'était rafraîchissant. Les femmes ne parlaient que de leurs familles, mariage ou de leurs travails de bonne ou lavandière ou a une très rare occasion, marchande, mais c'était si nouveau pour moi que j'adorais les écouter parler de leurs vies. C'était comme un documentaire vivant ! Et d'une certaine façon, ça me rappelait les histoires de ma grand-mère même si, dans sa jeunesse, cette dernière appartenait plus à la première classe qu'à la seconde.
Mais finalement, on arriva en Inde et c'est un peu anxieuse que je descendis du bateau. "Comment allons-nous le trouver ?" Je demandais inquiète.
"Dans la lettre avec sa réponse, il m'a dit de rester à l'hôtel le Majestic et qu'il nous demandera là-bas dès qu'il arriverait." Assura Tyki.
Le Majestic, contrairement à ce qu'on aurait pu croire avec son nom, était un Hôtel de classe moyenne. Pas pour les gens avec trop d'argents à dépenser (comme nous, en fait) mais pas pour les roturiers non plus. Les lits étaient propres et la nourriture mangeable et c'est tout ce que j'en espérais alors l'hôtel m'allait très bien. Mieux encore parce que contrairement au bateau, je n'avais pas besoin de me préparer en robe de soirée et coiffure à la mode juste pour aller dîner. C'est fou comme les problèmes évoluaient selon la perspective… Je me sentais vraiment mal que mon plus gros soucis étaient de bien m'habiller pour aller manger alors qu'en marchant dans les rues de Silvassa, on ne cessait de voir des mendiants et des enfants aux pieds nus. C'était toujours difficile de se confronter à la misère humaine surtout lorsque uniquement la chance me sauvait de ce sort-là. Mais je ne savais pas quoi faire pour aider alors… je détournais le regard, coupable.
Allen arriva le lendemain à l'hôtel. Nous venions à peine de descendre dans l'entrée pour aller manger lorsque j'aperçu une tête de cheveux blanc passer les portes de l'hôtel. La cicatrice aussi rouge que la première fois que je l'avais vu attira mon regard et je m'arrêtais net. Retirant ma main du bras de Tyki, je marchais rapidement vers la porte, me retenant à grande peine de sauter sur le garçon pour l'écraser dans un câlin.
"Allen !" J'appelais, un grand sourire s'étirant sur mes lèvres. Comme il m'avait manqué ! Certes, je ne l'avais vu qu'une semaine avant qu'il parte mais cela faisait plus de deux ans que nous échangions des lettres aussi souvent que possible et j'avais l'impression de le connaître aussi bien que si nous avions passer notre vie ensemble.
Hé bien… c'était un peu le cas. Même si je voulais éviter d'y penser… je ne doutais pas que ma connaissance du manga contribuait certainement à la chose et l'ayant lu et relu depuis mes sept ans, c'était tout comme. C'était impossible de connaître quelqu'un entièrement et c'est pour cela que donner sa confiance était une chose si incroyable car c'était toujours un peu hasardeux… Mais avec le manga, j'avais pu voir l'intérieur d'Allen, ses pensées et ses rêves les plus secrets sans qu'aucun filtre mensonger ne puisse le cacher à moi. Et même s'il s'était sûrement déjà beaucoup éloigné de cette version de lui-même avec nos discussions constantes entre lui, Tyki et moi, je ne pouvais m'empêcher d'être totalement objective. "Comme tu as grandi ! Et tu as toujours le ruban que je t'ai offert !" Je souris en arrivant à sa hauteur, ravie de le voir qui plus est avec mon cadeau d'adieu autour de son cou.
"Eve ! Tu n'as pas changé... je suis content de te voir. Et bien sur que je l'ai ! Je ne voudrais pas le… Tyki !"
"Waw, gamin, tu as poussé comme une mauvaise herbe depuis la dernière fois qu'on s'est vu !" S'exclama Tyki et je jetais un coup d'oeil par dessus mon épaule pour voir, qu'en effet, il nous avait déjà rejoint.
"Tu ne vas plus pouvoir m'appeler 'Gamin' maintenant." Sourit Allen et en effet, c'était difficile de le traiter comme un enfant à présent. Oh, il avait toujours un peu les joues rondes de l'enfance, mais comme les jumeaux, il avait sacrément grandi, au point même que je pouvais le regarder dans les yeux sans baisser la tête. Il était encore un peu plus petit que moi mais assurément, ce n'était plus pour longtemps.
"Ne compte pas là dessus !" Se moqua Tyki en lui frottant la tête, faisant de ses cheveux précédemment bien peignés, un véritable nid d'oiseau. Allen rit en repoussant la main de Tyki et j'étais impressionnée à quel point il avait l'air heureux, il n'avait même pas tressaillit lorsque Tyki l'avait touché alors même qu'il avait toujours l'air mal à l'aise avant. Souriant, je mettais timidement ma main sur son bras en lui disant que j'étais heureuse de le voir.
"Les lettres c'est bien, mais vous voir en vrai… j'ai tellement de choses à vous raconter et… oh, est-ce que c'est la bague de…? C'est vrai, toutes mes félicitations !" S'exclama-t-il en regardant la bague en or entrelacée à mon doigt alors même que Tyki levait la sienne, identique.
"Ouaip, 'Robin' est marié, tu as un beau-frère maintenant." Taquina Tyki et je lui donnais un coup de coude en roulant des yeux.
"Vraiment, tu aurais pu faire mieux que ça, Eve." Soupira Allen d'un air faussement déçu alors même que Tyki échangions un regard surpris. Waw, c'était carrément un 180 ! Heureux et un peu plus ouvert que d'habitude, d'accord, mais là Allen nous sortait carrément du sarcasme ? C'était étonnant.
"Tu as l'air… bien." Dit Tyki avec une voix étrange, faisant écho à mes pensées.
Allen cligna des yeux, l'air confus avant qu'un sourire timide se développe sur ses lèvres. Il ressemblait plus à l'Allen qu'on avait connu comme ça mais je ne savais pas si c'était une bonne nouvelle ou non. "Je suppose… Mon maître me fait travailler dur mais… j'ai appris pleins de choses. Oh, et puis il y a Narein ! Je vous en ai déjà parlé, n'est-ce pas ? Venez, je veux vous le présenter." Ajouta-t-il, sa main faisant un léger mouvement pour prendre la mienne et me tirer à sa suite, comme il le faisait étant petit, avant de se raviser. Ça ne m'étonnait pas, difficile de savoir ce qu'on pouvait faire ou pas quand on ne s'était pas vu depuis deux ans et malgré tous nos efforts, une certaine tension mal à l'aise était clairement présente entre nous trois.
Mais vu qu'il l'avait initié… j'attrapais la main d'Allen et lui fis un sourire rassurant lorsqu'il se tourna vers moi avec hésitation. Il baissa les yeux sur nos mains, puis lança un regard à Tyki et revint vers moi en haussant un sourcil.
Qu'est-ce que…
"Ne t'inquiètes pas, je ne suis pas jaloux." Répondit Tyki en haussant les épaules.
"Oh, d'accord. Je sais que dans vos dernières lettres vous avez dit que vous aviez été obligés de vous marier par ta famille, Tyki, mais je m'étais dit que… peut-être…" Marmonna Allen, les joues rouges.
Awww, il était tout gêné, c'était trop mignon ! "Pfff, non, ne t'en fais pas, c'est déjà trop de travail de l'avoir comme meilleur ami, alors plus… Hey !" Je ris, essayant de repousser son bras, lorsque Tyki me frotta les cheveux, faisant sûrement un désastre de mon chignon précédemment parfaitement épinglé.
"Tu vois ce que je dois supporter ?" Soupira dramatiquement Tyki en me tenant à bout de bras, m'empêchant de lui faire une de mes pichenettes dont j'avais le secret. A la place, je lui tirais la langue et trainais Allen vers l'entrée de l'hôtel, laissant Tyki nous suivre paresseusement.
"Ah, non, Timcampy ! Reste dans ma poche." Murmura soudainement Allen et je tournais la tête juste à temps pour voir un truc doré disparaître dans son manteau. Levant un sourcil, Allen fit une grimace et je laissais tomber. Je savais exactement ce que c'était après tout alors autant ne pas l'embêter, à la place, je m'empressais de changer de sujet.
Il n'y en avait pas vraiment besoin, cependant, car attendant juste à l'entrée était un garçon aux cheveux en batailles qui semblait aussi différent des locaux que nous. Pourtant, Allen se dirigea aussitôt vers lui et le garçon leva les yeux de son livre pour nous accueillir avec un sourire.
"Tyki, Eve, je vous présente Narein, l'ami qui étudie la médecine dont je vous ai parlé." Sourit Allen avant de se tourner vers son ami. "Et Narein, c'est Eve et… hé bien je suppose son mari, Tyki. C'est mes amis anglais avec qui je corresponds." Et c'était idiot, mais je ressentis un immense plaisir qu'il présente Tyki comme mon Mari au lieu de me présenter comme sa femme. Sur le bateau ça avait toujours été 'Monsieur et Madame Thibert Campbell' ce qui avait le don de m'énerver au plus haut point (et de me faire rire parce que vraiment, Thibert…)
"Je suis ravie de vous rencontrer, Allen nous a beaucoup parlé de vous." Je souris chaudement. Ou en tout cas jusqu'à ce qu'il me regarde étrangement et lance un regard à Tyki, comme s'il attendait quelque chose. Tyki dit ses salutations également et enfin Narein nous salua tous les deux, Tyki d'abord puis moi, comme s'il n'avait pas entendu ma première salutation. Urgh. Entourée de serviteurs, Tyki et Allen, j'avais presque oublié le petit problème des relations homme femme du XIXème siècle. Presque.
Figeant mon sourire en quelque chose de poli, je me préparais mentalement à une longue journée de frustration. Et c'était encore pire que ça ! Parce que Narein était réellement intéressant. Calme et composé, il savait un tas de truc sur un tas de choses. Que ce soit de la ville aux coutumes locales en passant par les meilleurs thés médicinaux ou des bricolages utiles, il rebondissait sur chaque sujets de conversations avec connaissances et intérêt. Tant que Tyki faisait la conversation, en tout cas. Dès que je parlais, il se taisait aussitôt et lançait un regard à Tyki, comme s'il attendait qu'il fasse quelque chose, c'était exaspérant.
Le pire, c'est que c'était gênant pour tout le monde, Allen ne cessait de nous envoyer des petits regards inquiets et même Tyki avec son flegme habituel ne parvenait pas à détendre l'atmosphère. On se sépara bien vite le soir avec une promesse de se retrouver le lendemain et j'échangeais un regard douteux avec Tyki.
Heureusement, soit Allen avait reconsidéré la chose soit Narein avait bien senti qu'il était de trop car le lendemain, Allen vint seul. C'était comme si notre semaine de vagabondage d'il y a deux ans recommençait à nouveau, même si en nettement plus chaud. C'était merveilleux de réenfiler un pantalon et une casquette et de courir partout avec eux dans la ville, se faufilant dans chaque recoin, visitant des lieux interdits et essayant chaque petit stand de nourriture aux alentours. Malheureusement, notre semaine allouée passa vite et bientôt, nous comme Allen devions bientôt repartir.
La veille du départ cependant, alors que seul Allen et moi restions dans le salon de l'hôtel,Tyki étant remonté dans sa chambre avec une des femmes qui lui avait fait de l'oeil toute la semaine, on en arriva à un sujet intéressant : Le vrai apprentissage d'Allen. Si on n'en avait jamais réellement parlé dans nos lettres à mon grand soulagement (je ne savais jamais qui pouvait les lires…) j'avais plusieurs fois, que ce soit avant son départ où dans les lettres que je postais moi même, sous-entendu que je savais certaines… choses à propos de ce qu'il faisait. Les akumas, le Comte millénaire, les exorcistes… Allen n'avait jamais pris l'appât mais… hé bien d'une façon ou d'une autre, le canon de rapprochait de plus en plus, Allen avait déjà quinze ans, ce serait cette année qu'il irait à l'Ordre Noir.
Et je refusais de perdre contact avec lui et laisser le canon se passer comme prévu.
Et donc, un moyen d'empêcher ça, c'était qu'il ne se sente pas obligé de me protéger. Lui montrer à quel point j'étais devenue mortelle avec des couteaux avaient aidé (m'étant encore plus améliorée pendant tout le mois de préparation au mariage. La frustration de poignarder des choses avait été grande, très grande…) mais lui montrer que j'étais au courant serait encore mieux. Je voulais être quelqu'un sur qui il pouvait compter et si je devais révéler une partie des secrets que j'avais si jalousement gardé… ainsi soit-il.
Alors, aussitôt que Tyki était parti, je m'étais assurée que nous étions à l'abris des oreilles indiscrètes avant de parler. Ça avait été difficile au début, je n'avais aucune idée de comment commencer sans sortir une sorte de mensonge comme quoi j'avais déjà vu des exorcistes en action ou je ne sais quoi. La seule fois où j'en avais parlé, c'était à Victor Hugo et cette fois-là, c'est moi qui avait prit l'appât. Finalement, en parlant du village décimé par des akumas où j'avais été retrouvé deux ans et demi plus tôt, plus ou moins amnésique, et liant ça au symbole que j'avais vu sur le manteau du général Cross et des traqueurs que j'avais croisé de temps en temps en ville, j'avais réussi à sortir une histoire à peu près vraisemblable avec un taux de mensonges au minimum. J'étais un peu fière. Allen était aussi confus et inquiet que je pouvais m'y attendre mais lorsque je l'assurais que ce n'était pas un coup de bluff et que j'étais réellement au courant de ce qui se passait et prête à m'investir pour lui, il commença a parler également. Et puis, il m'apprit quelque chose d'important :
"Je penses que nous allons bientôt aller au quartier général de l'Ordre. Maître ne m'a rien dit, mais il a demandé a Narein s'il voulait m'accompagner à l'Ordre où préférait s'inscrire dans une école de médecine. Narein a dit qu'il voulait aller en apprentissage à l'Ordre pour… pour pouvoir m'aider si je me blesse." Expliqua Allen en rougissant un peu, semblant gêné d'être une si grande part dans le rêve de son ami. Heureusement qu'il ne savait pas que ma vie tournait en grande partie autour de la sienne…"Et Maître lui a dit de régler ses affaires en Inde dans ce cas, car nous partirions bientôt."
"Tu vas revenir en Angleterre alors ?" Je demandais, ma voix sonnant un peu bizarrement. J'étais heureuse d'avoir peut-être la possibilité de le voir plus souvent mais… je savais ce qu'annonçait son retour en Europe.
"Peut-être… je ne sais pas exactement où est l'Ordre. Mais je voyagerais beaucoup pour les missions ! Je suis sûr que je trouverais le moyen de venir vous voir, Tyki et toi." Sourit-il, essayant d'être optimiste.
A ses mots, je me mordis la lèvre parce que, Allen, venir nous voir au manoir ? Ca n'annonçait que des soucis mais je ne pouvais pas lui dire pourquoi ce serait un danger pour lui… ou alors si ? Avant que je puisse changer d'avis, je m'empressais d'ouvrir les lèvres, prenant ses mains et plongeant mes yeux dans les siens pour bien montrer à quel point j'étais sérieuse. "Allen, écoute… Tyki… Tyki n'est pas vraiment une bonne personne." Je balbutiais et Allen leva un sourcil comme pour me dire, vraiment ? Et je ne pouvais pas le blâmer, lui comme moi savions que Tyki était un tricheur, un menteur, un voleur et un adepte des plaisirs de la chair, ce n'était pas nouveau. "Non, écoute, outre les vices habituel, Tyki n'est pas…" Je continuais avant de m'arrêter net, frustrée. "Bon, je ne peux pas te dire pourquoi mais il faut que tu me fasses confiance là dessus, d'accord ? Tyki t'aime comme un frère mais il travaille pour quelqu'un de pas très recommandable et il est très loyal. Si jamais cette personne lui demandait de te tuer… je ne suis même pas sûr que Tyki hésiterait."
"Eve…" Murmura Allen avec des grands yeux un peu perdu.
"C'est juste pour te prévenir, d'accord ? Je ne veux pas briser votre relation ou quoi que ce soit, vous êtes tous les deux importants pour moi et c'est justement pour ça que je te préviens. Si jamais un jour tu as l'impression que Tyki n'est pas… normal, je veux que tu cours, tu comprends ?"
"Eve, tu sais ce dont je suis capable, même si Tyki pouvait vraiment… je pourrais me défendre. En plus, pourquoi est-ce que son employeur en aurait après moi ? Attends, mon maître les a énervé aussi ? Ho non, encore des…"
"Allen !" J'appelais, le sortant de son marasme et le forçant à me regarder à nouveau. "S'il te plait, juste, promet-le moi. Si jamais tu as le moindre doute, même juste une impression…" Je soupirais, sachant que c'était trop dur pour lui de me promettre la fuite face à une menace. "Fais simplement attention. Promet-le moi."
"...promis. Je ferais attention. Mais Eve, si Tyki est vraiment si dangereux que tu le dis, même pour moi alors qu'on est ami et que je peux me défendre, est-ce que tu es en sécurité avec lui ?" Demanda-t-il frénétiquement. Mais je restais silencieuse. Parce que honnêtement…
Je ne pouvais pas le jurer.
La fin est proche...
Qui veux en savoir plus sur le passé mysterieux d'Eve et son arrivée dans ce monde ? :D
Au fait, on a atteins les 200 reviews avec les dernier chapitre ! Attendez vous donc à un chapitre bonus... dans l'année. Laissez moi d'abord exterminés ces monstres et on en reparles X)
Pensez aux reviews et à la revoyure !
