Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 septembre 2020
Bêta : Hana et Elda
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après s'être réveillée au XIXème siècle, Ennaël prend le nom d'Eve et devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Elle prend conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour l'avenir surtout quand débarquent petit à petit Road, les jumeaux, Allen, Tyki, Le comte, Lulubell et Skin Bolic.
En essayant de fuir le Comte, Eve rencontre Victor Hugo qui lui passe un tas d'informations sur la guerre sainte avant de mourir. Eve se découvre un étrange talent pour les instruments de musique et se demande avec horreur si elle ne serait pas le 14ème. Cela n'aide pas que le comte ait découvert ses talents et semble s'intéresser de plus en plus à elle.
Elle se dispute ensuite avec Tyki qui manque de la tuer avec ses pouvoirs Noah, commence une correspondance avec Conan Doyles et re-manque de mourir de la tuberculose. Suite à cette épreuve, Eve semble vraiment s'être intégré à la dynamique familiale… tellement que quelque mois plus tard, elle apprends le même jour qu'elle s'est fait adopté par le Duc Campbell (le Comte) et qu'elle va épouser Tyki. Eve a vraiment envie de s'immoler par magie. Ah oui parce qu'elle a découvert qu'elle pouvait faire de la magie entre temps. Meh. Elle part s'entrainer à être une bonne épouse au manoir Campbell, passe du temps avec sa nouvelle "Soeur" et se mari avec Tyki.
Et au dernier chapitre : Eve et Tyki s'en vont en lune de miel et passent un peu de temps avec Allen. Eve lui révèle qu'elle n'est pas totalement ignorante sur la guerre sainte et que Tyki est dangereux.
Un peu de vie quotidienne au manoir avant que tout fout le camp :D
C'était sensé être l'avant dernier chapitre maaaaais je n'avais pas envie de les quitter si vite alors j'en ai rajouter un autre ^^' Je suis faible... Et je nique mon superbe planning ! Mais bon, au moins, ça devrait toujours se terminer dans l'année 2020 avec le reste, c'est déjà ça !
Bonne Lecture :D
19 Juin 1887
"Enfin !" Cria Road en se jetant dans mes bras. C'est uniquement parce que je m'y attendais que j'arrivais à la rattraper sans me faire plaquer au sol. "Vous êtes partis siiii longtemps ! J'aurais dû venir avec vous !"
"Road." la châtia gentiment Tricia du haut des marches, avant de descendre dignement et de nous embrasser en nous serrant fort. Il faut croire que partir près de deux mois après déjà plus d'un chez le Duc, c'était un peu beaucoup pour elle, j'avais dû lui manquer. Elle aussi, bien sûr, mais j'étais toujours un peu maladroite. Nous avions fait la paix la veille de mon départ mais nous n'avions pas encore eu le temps de reprendre notre vie 'normale' et… en plus, il fallait prendre en compte mon nouveau statut de belle-soeur.
"Pourquoi avez-vous autant de bagages, il y a des cadeaux pour moi ?" Demanda Road avec un air ravi en voyant les serviteurs porter les lourdes malles de voyage à l'intérieur.
"Bien sûr que nous avons des souvenirs pour vous." Je souris à Road une fois m'être péniblement dégagé de Tricia. "Il y a aussi mes affaires de chez le Duc." Et pas que des affaires, d'ailleurs. Jetant rapidement un regard en arrière, je retenais une grimace lorsque je vis Mahulda se tenir droite derrière moi, le visage impassible et les mains serrées devant elle.
C'était un miracle que nous avions pu partir en voyage de noces sans elle, mais ça n'avait malheureusement pas duré… Dès que nous avions mis les pieds au manoir Campbell pour saluer mon… père avant de rentrer dans la famille Kamelott, Mahulda était redevenue mon ombre. J'avais bien essayé de m'en débarrasser mais Adam était catégorique sur le fait que je doive emmener un serviteur pour me sentir 'comme chez moi' au manoir Kamelott.
Lui rappeler que j'y avais habité plus de deux ans à contrario du pauvre mois au manoir Campbell était tombé dans l'oreille d'un sourd.
J'avais ensuite essayé de prendre un autre serviteur, n'importe qui étant mieux que ce robot terrifiant (...sauf Eliot) mais sur ma vie je n'avais pas été capable de nommer un seul autre serviteur du manoir. Uh. En effet, ils avaient passés mon mois au manoir Campbell en temps qu'ombres silencieuse et ce n'est que maintenant que je remarquais que je n'avais pas vraiment fais leur connaissances. Tous des Akuma, je vous dis…
Et voilà comment j'en étais arrivée à enfoncer mes ongles dans l'avant-bras de Tyki, un sourire placide figé sur mes lèvres tandis que je frissonnais de peur chaque fois que la "femme" bougeait.
"Vous êtes allés le voir ?" Demanda Tricia me faisant sursauter le temps que je me rappelle que j'étais, en effet, précédemment en pleine conversation. Elle paraissait mi-fière que nous soyons allés le voir, et mi-ennuyée que nous ayons pris tant de temps à rentrer.
"Il fallait le remercier pour la maison." Répondit Tyki alors qu'il se faisait à son tour attaquer par Road. Il crut bon d'ajouter, le plus sérieusement du monde : "Et lui raconter notre voyage." Sachant que la seule raison pour laquelle nous avions passé les derniers jours chez le Duc, c'est parce qu'aucun de nous n'avait envie d'affronter Sheryl. Si Adam ne nous avait pas jeté hors de chez lui, nous ne serions pas rentrés avant un looong moment...
"Oh oui, il faut que tu voies la maison, Tricia, elle est incroyable." Je souris tandis que je la suivais dans son boudoir, Tyki à ma suite, traînant Road agrippée à sa jambe. Et Mahulda, silencieuse comme un assassin, derrière nous.
"Elle est en France, n'est-ce pas ? Peut-être pourrions-nous y aller cet été ?" Dit-elle d'un air excité.
"Peut-être plus vers septembre ou octobre. Il commençait déjà à faire chaud lorsque nous y sommes allés, ce doit être intenable maintenant.", lui répondis-je. Je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils tandis que nous ouvrions la porte. Il n'y avait personne. Normalement, la première chose que nous aurions dû faire en arrivant, c'était d'aller saluer Sheryl en sa qualité de maître de maison. C'est lui-même qui avait enraciné les bonnes manières dans mon crâne, difficile de l'oublier. "Monsieur le Marquis n'est pas là ?"
"Papa est en voyage d'affaire, il devrait revenir ce soir." Répondit Road. "Et en attendant, tu devrais apprendre à l'appeler 'Sheryl'"
"C'est vrai, Eve, Sheryl est ton beau-frère maintenant." Rit doucement Tricia. Il me fallut tout ce que j'avais pour ne pas grimacer. Je ne pouvais pas m'imaginer l'appeler Sheryl… pas en sa présence en tout cas.
"Et moi, ta nièce !" Cria Road en lâchant Tyki pour venir rebondir sur mes genoux. Mais, ouf! Elle n'était plus aussi légère qu'à huit ans. "Pour de vrai cette fois." Ajouta-t-elle dans un chuchotement. Ça me rappelait tout à coup la séance de spiritisme et donc…
"Est-ce que vous avez reçu du courrier pour moi en notre absence ?" Je demandais tout à coup et Tricia hocha la tête curieusement avant d'agiter la main vers la commode. J'étais à deux doigts de me lever pour aller la fouiller mais Mahulda était déjà sur la tâche, récupérant le colis et me le donnant avec une efficacité redoutable.
Déchirant le papier craft, je l'ouvrais pour voir dans une surprise teintée de bonheur ce que j'attendais : le premier livre relié de Sherlock Holmes, rédigé par Arthur Conan Doyle. Et je n'avais aucune idée de comment il avait trouvé un éditeur pour son premier roman alors que j'étais à peu près sûre qu'il était d'abord paru dans un journal dans mon monde…
Laissant ce mystère de côté, j'ouvrais le livre pour voir qu'une dédicace à mon encontre était sur la première page (signée pour Lady Evelyne Campbell, mais je ne pouvais pas me plaindre…). Mieux encore, un des dessins que j'avais faits de Sherlock Holmes et du Dr Watson, tous deux assis dans leur fauteuil avec la non-encore-célèbre pipe était là, juste en dessous du titre. Mon dessin était dans la première édition d'Une Étude en Rouge de ce monde. Mon coeur de fangirl était comblé. M'empêchant de crier de joie, je dus également me retenir de me rouler en boule sur le canapé, ici et maintenant et de le lire pour voir ce qui avait changé depuis le dernier manuscrit.
"C'est le livre de ton ami médecin ?" me demanda Tricia. Je hochais affirmativement de la tête, excitée.
"Ça va être un best-seller. Sherlock Holmes est un personnage extraordinaire, il va inspirer des générations de créateurs à travers le temps, et les théories d'Arthur sur la criminologie vont révolutionner la police." Gazouillais-je en feuilletant les pages...me rendant compte seulement de ce que j'avais dit lorsque Road laissa échapper un rire dédaigneux.
"Tu exagères." me répondit-elle en roulant les yeux.
Je lui fis un petit sourir nerveux en réponse, me mordant la langue pour ne pas relancer le sujet. Heureusement, Tricia, avec un clignement surpris dans ma direction, me demanda si elle pourrait le lire, intéressée par ma joie communicative. Je lui répondis par l'affirmative.
On sortit bientôt nos souvenirs de vacances, offrant quelques objets exotiques à Tricia et des jouets singuliers à Road. Étrangement, alors même que Road s'illumina lorsqu'elle reçu le souvenir, elle recommença presque aussitôt à nous regarder comme si elle attendait autre chose. Un peu perdue, j'échangeais un regard avec Tyki mais il haussa légèrement les épaules. Laissant cette interrogation de côté, on continua à papoter une bonne heure avant que Sheryl ne rentre. Il avait l'air fatigué mais tout son visage s'illumina lorsqu'il aperçut Tyki; il s'empressa de l'écraser dans un câlin.
Les observant de cette manière, ainsi que Tricia et Road, je ne pouvais m'empêcher de repenser à la première fois que j'avais vu Tyki en famille. La plus grande différence, c'était que j'étais à l'intérieur avec eux maintenant et non en observatrice à l'extérieur de la pièce. Une autre c'est que, cette fois, Sheryl n'essaya même pas de reprendre contenance lorsqu'il m'aperçut, me saluant simplement avant de continuer à étouffer son frère sous le terriblepoids de son amour.
C'était étonnant comme les choses changeaient… et pourtant pas tellement.
Cette pensée persistait dans ma tête tout au long du dîner et puis à nouveau lorsque je déballais mes valises après manger, Tyki feuilletant le premier tome de Sherlock Holmes, assis à ma petite table ronde. "Je comprends pourquoi tu avais toujours l'air un peu nerveux lorsque tu revenais de tes errances", lui dis-je. "C'est étrange de revenir à la maison avec tout le monde. Après si longtemps loin d'eux. C'est comme… comme si rien ne changeait ici, même si tant de choses sont arrivées loin du manoir."
"Hmm, je vois ce que tu veux dire." Fredonna Tyki en baissant son livre. "Mais parfois ça a du bon aussi. Le manoir est une valeur sûre. On sait ce qu'on va trouver ici, c'est un bon endroit pour prendre une pause lorsque tout va mal en deh… Qu'est-ce que tu as dans les mains ?"
"Ça ?" Je lui demandais, confuse, en levant un peu plus haut la bouteille que je venais d'extirper délicatement du sac. "Road me l'a offerte pour mon anniversaire."
Le Noah du plaisir me lança un regard incrédule avant de plisser les yeux. "Tu… sais ce que c'est ?" Dit-il précautionneusement, comme s'il marchait sur des clous aiguisés.
Jetant à nouveau un coup d'oeil à la bouteille, je lui jetais un regard incertain. "De l'huile parfumée ?"
Vu son regard, ça ne devait pas être ça.
Ou pas exactement ça. M'expliquant soigneusement à quoi cela servait réellement, je me mettais aussitôt à trembler de rire. "Oh Merlin, je comprends enfin pourquoi Adam a fait cette tête." Je respirais difficilement et Tyki cligna des yeux avant de se joindre à moi dans mon fou rire.
"Tiens, tu en auras plus l'utilité que moi." Je tendais la bouteille à Tyki une fois que j'arrivais à nouveau à enchaîner deux mots sans hoqueter.
Tyki prit la bouteille, sifflant d'un air impressionné en voyant la marque. "En tout cas, Road fait bien les choses, même pour les blagues : C'est de la qualité !"
Secouant la tête, amusée, je continuais de déballer mon sac, soulagée lorsqu'il fut enfin vide. Le rangeant dans le placard entre un des pistolets de Jasdevi et une des poupées sans tête de Road (Qu'est-ce que…?), je rejoignis Tyki à la petite table, lâchant un soupir fatigué. Les yeux tombant sur mes mains, je jouais quelque instants avec les deux bagues enserrant mes doigts. "C'est dommage qu'elles soient si différentes, je les adore mais il est difficile de les mettre toutes les deux sans que Tricia ne me fasse une remarque." Et comme il m'était interdit d'enlever la bague scellant notre mariage… d'un énième soupir, je retirais la bague de fiançailles de ma main, l'examinant de plus près.
"Attends !" S'exclama soudainement Tyki. D'un même geste, il se leva et se dirigea vers la petite boîte à bijoux sur le bureau. Fouillant une seconde, il revint rapidement avec une simple chaîne en argent que je ne me souvenais même pas posséder. À tous les coups, c'était encore un coup de Road.
"Tu devrais la garder en collier." Dit-il avec un air beaucoup trop sérieux pour le moment.
Clignant des yeux de surprise, je le laissais passer l'alliance dans la chaîne et l'accrocher autour de mon cou. "Si tu y tiens tant…". Je le taquinais mais m'arrêtais bien vite lorsqu'il eut l'air réellement mal à l'aise. Hu. Bizarre. "C'est bien, elle est assez longue pour que je puisse la cacher sous la plupart de mes robes si ça ne va pas avec. Je pense que je vais la garder comme ça, tu as raison, c'était une bonne idée". Je le rassurais et il me rendit aussitôt un sourire, l'air apaisé.
Apaisement qui ne dura pas longtemps, cependant, car ce fut ce moment que choisit Road pour hurler un "TYKI !" qui résonna dans tout le manoir, faisant trembler les fenêtres.
"Qu'est-ce que tu as fait ?" Je demandais avec une curiosité morbide mais le Noah s'était déjà levé, le visage blanc.
"Aucune idée et je ne veux pas le savoir." Marmonna-t-il. D'une vague rapide de la main, il disparut à travers le plancher tout juste au moment où Road achevait de défoncer la porte de ma chambre.
"Tyki est là ?!" Grogna-t-elle. Mais sans me laisser le temps de répondre, sa tête claqua vers le bas, comme si elle pouvait le sentir. Elle était déjà à nouveau dans le couloir, ses pas s'effaçant tandis qu'elle courait vers le hall.
Roulant des yeux face à tout ce dramatisme qui m'avait, il faut l'avouer, tout de même un peu manqué, je profitais du calme retrouvé pour aller fouiller la malle flambant neuve au pied de mon lit. À l'intérieur, des tas de lourds volumes se pressaient les uns contre les autres et je me demandais comment les serviteurs avaient réussi à porter tout cela jusqu'ici. Ne daignant même pas considérer la première rangée, je fouillais aussitôt à l'intérieur jusqu'à ce que mes doigts frôlent un vieux livre manuscrit : le livre de magie.
Avec Adam, Skin Bolic et Lulu au manoir Campbell, Road et Tyki en plein cache-cache, les jumeaux à l'internat et Tricia et Sheryl dans le boudoir, il n'y avait vraiment personne pour me surveiller pour l'instant. C'était donc le moment parfait pour continuer à pratiquer la magie ! Et, oui, j'avais dit que je n'emporterais pas le livre avec moi mais… Pour ma défense, au lieu de sa place à la petite table poussiéreuse du second étage de la bibliothèque, je l'avais trouvé sur mon bureau. Dans ma chambre.
Je ne l'avais pas mis là.
Adam n'avait fait aucune remarque. Si ce n'est que je pouvais emprunter autant de livres que je le voulais. Et, oh! 'N'hésitez pas à regarder les carnets de recherches de la famille, j'en ai des particulièrement intéressants sur des sujets peu communs à l'étage !'.
Ahah.
Yup, on allait faire comme si tout allait très bien. Ah, le déni… Quoi qu'il en soit, avec cette si gentille invitation, il n'y avait aucune raison que je ne le prenne pas. Et on n'allait pas penser à la crise de panique qui en avait résulté, absolument pas.
Tout ça pour dire qu'avec tout le monde occupé, je me laissais tomber sur mon lit et ouvrais le livre. C'est avec bonheur que j'arrivais au prochain chapitre, quelque chose que j'avais voulu essayer depuis que je l'avais vu dans le sommaire, quelque chose de très utile : une barrière. Mais, n'ayant que quelques livres pour apprendre l'art, j'avais religieusement suivi tout les conseils, de peur de faire pire que de mettre le feu à la forêt derrière le manoir….Kof… Ce qui avait péniblement retardé l'apprentissage de quelques-uns des sorts plus complexes qui me faisaient baver d'envie. Mais enfin… enfin ! J'arrivais au premier d'entre eux et c'est avec un plaisir exquis que je relisais trois fois les instructions, déchiffrant péniblement mais non sans courage, l'écriture bouclée.
Hochant la tête lorsque je pensais comprendre pleinement ce que je pouvais attendre du sort, je glissais le livre sous mon oreiller en cas d'interruption impromptue (Cat-Lulu était passée maître dans l'art de m'avoir par surprise. Je ne comptais plus les fois où elle s'était faufilée derrière moi alors que je faisais quelque chose que je ne voulais PAS qu'ils sachent.) et je me levais, craquant mon cou au passage alors que je plaçais correctement mes bras devant moi. "Praetendere Saepem On !" J'énonçais distinctement mais faiblement, histoire que mon beau-frère et ma belle-soeur ne m'entendent pas à travers notre porte contiguë.
Eeeet… rien ne se passa.
J'en avais l'habitude, maintenant, les sorts ne fonctionnaient jamais du premier coup. Ou en tout cas, je préférais qu'il ne marchent pas du premier coup parce que l'autre option, qui n'était jamais la réussite, était une explosion de destruction massive qui avait tendance à rendre toute excuse incroyablement non-crédible. Pas que mon père adoptif avait fait autre chose que de lever un sourcil les deux fois où il m'avait pris en flagrant délit d'explosion du jardin ou de noyer la bibliothèque, mais d'une certaine manière, je doutais que la réaction soit aussi superficielle ici.
"Praetendere Saepem On !" Je réitérais la formule, faisant de mon mieux pour articuler aussi bien que possible. N'ayant aucune idée de si cela se prononçait comme cela ou non, ça ne devait pas beaucoup aider, mais que pouvais-je y faire ? Essayant plusieurs variantes sonores jusqu'à ce qu'une étincelle soit tout à coup visible devant mes doigts. Je souriais un peu trop largement alors que je répétais les mots en boucle. Mais mon travail payait ! Déjà, je voyais un mince patch d'air onduler devant mes yeux quelques secondes...avant de disparaître.
"Praetendere Saepem On !" je répétais à nouveau et plusieurs choses arrivèrent en même temps. Tout d'abord, Tyki passa à travers le mur en courant, deuxièmement, juste une seconde après, Road éclata la porte ouverte d'un coup de pied et enfin, Tyki fonça directement dans la mince barrière que j'avais réussi à invoquer.
Chose étrange, Tyki ne passa pas à travers.
Il ne s'y attendait pas.
Moi non plus.
Road également.
Rebondissant sur la barrière, il trébucha en arrière, directement sur Road, l'écrasant de tout son poids. De mon côté, désarçonnée par l'éclatement de la barrière, je me faisais projeter au sol à mon tour. Toute l'affaire avait littéralement duré moins de deux secondes, mais c'était assez pour qu'on se retrouve tous les trois au sol, complètement perdus.
"Qu'est-ce que…" je marmonnais en me rasseyant.
"Tykiiiiii" Siffla Road et sa voix avait l'air positivement meurtrière. Sagement, le Noah du plaisir sauta aussitôt loin d'elle. Sans prendre plus d'un instant, la jeune Noah se jeta de nouveau sur lui, ses mains venant s'agripper dans les boucles sombres du garçon. Sentant le drame, j'intervenais aussitôt, demandant doucement a Road quel était le problème.
"Il a oublié mon anniversaire !" Gémit-elle alors que de grosses larmes de crocodiles filaient sur ses joues.
…
Ah !
"Eveee" Susurra tout à coup Road, lâchant son oncle pour se tourner complètement vers moi. "Tu n'as pas oublié non plus… n'est-ce pas ?"
"Evidemment que non !" Je répondis avec l'air le plus blessé que je pus faire alors que je calculais frénétiquement la date du jour. Road était née le… 20 juin ? Oh, je comprenais maintenant pourquoi Adam nous avait jetés hors de son manoir si tôt ce matin… mais il aurait pu nous le rappeler ! Zut, quelle était la date du jour... "Comment aurais-je pu ?"
"Ah, tu vois ?" S'exclama aussitôt Road vers Tyki en se levant, nous toisant tout les deux de haut alors que nous restions sagement au sol. Road regardant Tyki avec une grimace terrifiante, je pris cette occasion pour jeter un coup d'oeil par dessus son épaule pour voir quel date nous étions sur le calendrier que j'avais fabriqué. Plissant les yeux, je discernais à peine les chiffres. Etions-nous un dimanche ou un lundi aujourd'hui…? J'étais à peu près sûre que nous étions dimanche, Road nous avait accueillis ce matin au lieu d'être à l'école… Mais si nous étions dimanche 19, pourquoi faisait-elle déjà une crise à propos de son anniversaire?
Avant que je ne puisse penser à une théorie, Road se tournait déjà vers moi. "J'ai attendu et j'ai attendu mais aucun de vous ne m'a offert de bijoux !"
...Quoi ?
Regardant le plus discrètement possible Tyki avec un air perplexe, je fus heureuse de voir la compréhension s'étaler sur son visage. Parce que moi, j'étais totalement perdue.
"Tu es trop impatiente, Road, nous voulions faire bien les choses et attendre minuit pour te l'offrir." Sourit Tyki et Road se détendit tout à coup.
"C'est vrai ?" S'exclama-t-elle heureuse. "Ho, Mère ne veut pas que je me couche si tard, ne pouvons-nous pas le faire maintenant ?", l'implora-t-elle.
Mais Tyki secoua la tête, lui disant quelque chose à propos d'Adam et de tradition et Road hocha la tête gravement avant de nous dire qu'elle allait se coucher en insistant bien sur le mot. Comme si nous n'avions pas compris qu'elle nous attendrait de pied ferme dans sa chambre à minuit tapante.
"Des bijoux ?" Je demandais totalement perdue et le Noah du plaisir me regarda une seconde avec un air perplexe avant de se taper le front avec un grognement.
"Bien sûr, j'aurais dû y penser… J'oublie parfois que tu ne te… souviens pas de ces choses là." Secouant la tête, il releva la tête pour croiser mon regard. "Dans certaines familles, on offre une parure aux jeunes filles quittant l'enfance le jour précédent leur onzième anniversaire. C'est une façon de montrer qu'elles sont assez âgées désormais pour ne pas perdre ou abîmer des bijoux coûteux. C'est ma faute, j'avais… complètement oublié que Road allait avoir… eumh… onze ans." Et il avait presque l'air d'avoir avaler un citron en disant le nombre 'onze'. Ouais, je le comprenais sur ce coup là, Road n'avait pas réellement onze ans.
"Qu'est-ce qu'on va faire ? Nous n'avons rien acheté pour cela et impossible de trouver quelque chose en… une heure et demi." Je marmonnais en regardant l'horloge sur mon bureau. "Pourquoi est-ce que tu as dit ça ? C'est encore pire maintenant, elle va nous brûler vifs!"
"Oh, elle ferait encore pire que ça." Répondit Tyki sans une once d'humour dans sa voix. "Mais heureusement pour nous, j'y ai… euh… effectivement pensé pendant notre voyage et je l'ai dans ma malle, je vais aller le chercher mais… je ne me souviens plus exactement où je l'ai mis donc ça pourrait prendre un peu de temps mais je reviens vite, ne t'inquiète pas !" Marmonna-t-il et il était parti sans me laisser le temps de dire à quel point il était un mauvais menteur. C'est moi qui avait dû refaire toute sa valise parce qu'il avait acheté trop de choses et qu'il ne parvenait pas à la fermer. J'avais refait tout le Tetris deux fois et je pouvais jurer qu'il n'y avait pas une once de bijoux (autre que ceux déjà offerts à Tricia) là-dedans.
Pourtant, dix minutes avant l'heure fatidique, il se présenta devant ma chambre avec les cheveux en bataille et du sable sur ses vêtements. Dans sa main, une magnifique boîte bien emballée n'attendait que d'être ouverte et nous nous dirigions vers la chambre de Road sans traîner davantage. Si Tyki ne venait pas d'utiliser l'Arche en express pour se rendre dans un pays avec des bijouteries ouvertes, j'en mangeais mon chapeau. Mais enfin, je ne pouvais pas me plaindre alors qu'il venait de m'éviter une Road furieuse, ayant offert le cadeau en nos deux noms. Même si bon, pour ma défense, je n'étais pas au courant de cette tradition ! Mais bon, ça n'excusait pas mon (presque) oubli de son anniversaire.
Heureusement, elle était contente du résultat. Et du coup, moi aussi.
Un peu moins lorsque je me réveillais le lendemain matin avec un Sheryl nous annonçant que nous étions rentrés juste à temps car le bal d'anniversaire de Road serait juste le week end prochain et, oh ! Cela laissait juste une semaine pour réviser mes maudites leçons de bonnes manières. Parfait, non ?
Non, pas parfait! Ce fut avec de forts grognements que je remplis mes jours de leçons d'étiquettes et de danses en couple sachant que le bal serait encore pire que les deux derniers. Parce que oui, cette fois j'étais officiellement mariée et l'héritière légitime et officielle du Duc Campbell. C'était pratiquement la royauté et pire encore , avec ce maudit mariage très publique, tout le monde savait qui j'étais. Et donc on attendait de moi que je participe activement aux conversations cette fois. Pas le droit de danser trois fois et puis de se cacher derrière le buffet.
Non pas que ça m'empêchait de tenter le jour même mais la famille me connaissait trop bien maintenant. Alors même que Tyki était tout à fait partant pour utiliser ses pouvoirs et nous faire discrètement partir par le balcon, il était impossible de le faire lorsque Lucie nous suivait à la trace, les jumeaux collés à ses talons. Ils n'étaient pas les meilleurs gardiens cependant. Certes, Lucie nous empêchait de nous enfuir (les jumeaux aussi, ils n'étaient pas là de leurs plein gré...) Mais ce n'était pas la meilleure personne pour nous obliger à socialiser. Pour autant, dans l'ensemble, avec Tyki faisant principalement la conversation et moi souriant bêtement à côté, je crois que nous ne nous en n'étions pas trop mal sortis.
Tout ça pour dire que lorsque, enfin ! Ma vie retourna à la normal, je n'étais pas bien prête. Cela faisait des mois que ma routine s'était cassée la gueule avec tous ces problèmes de mariages. Quoi que, même avant cela maintenant que j'y pensais, la magie, ma presque mort puis mon officialisation dans la famille avait déjà drastiquement changé les choses. De toute façon, la nouvelle routine, même si assez semblable à l'ancienne, était quelque peu différente. D'une part, Mahulda me suivait à longueur de journée à tel point que j'en étais devenue paranoïaque, me demandant même lorsque j'étais seule, si elle était là, à m'épier dans l'ombre. D'autre part, mon temps libre avait drastiquement diminué. Je passais toujours la matinée avec Tricia et la soirée avec les Noahs mais mon après-midi s'était transformé en leçons sur mes devoirs d'héritière du duché. Si Adam ne pouvait pas me faire cours lui-même (ce qui était triste : il savait toujours rendre les leçons, même les plus sec sur les lois, amusantes) alors c'était un précepteur. Mais le pire, c'est que le Duc avait commencé à me déléguer des tâches. Tout à coup, je me retrouvais à administrer un manoir, prévoir le budget, répondres aux lettres de tel ou tel noble… Si Lucie n'avait pas été là pour me tenir par la main en le faisant, je ne m'en serais pas sortie. Heureusement, elle devait faire exactement la même chose pour la succession Belle (qu'elle administrait en tant que régente en attendant que les petits "frères" de Feu son mari, aka les jumeaux, soient en âge de le faire.) et même si elle n'était pas des plus pédagogues elle me faisait des exemples types si vraiment je ne comprenais rien.
Soigneusement, je ne faisais pas remarquer qu'il fallait techniquement des heures pour qu'Adam et Lucie puissent venir du manoir Campbell jusqu'à celui des Kaamelott et qu'ils ne devraient donc pas être capable de venir aussi régulièrement.
Heureusement, la fin de soirée et les week-end étaient les miens et même si une grande partie était dépensée avec Road, Tyki, le personnel du manoir ou encore les jumeaux lorsqu'ils venaient, je trouvais toujours un peu de temps pour pratiquer la Magie. Et je n'avais déraciné que trois arbres en essayant de m'entourer entièrement de la barrière. Franchement, par rapport à la forêt à moitié calcinée du Manoir Campbell, c'était une amélioration… non ?
Tout ça pour dire que je m'étais habituée à une routine même si ce n'était pas tout à fait celle des deux dernières années. Je fus donc un peu déstabilisée lorsque Tricia la détruisit en me proposant d'aller faire du cheval rien que toutes les deux ce week-end-là. Sachant qu'elle avait passé les dernières semaines depuis mon retour à essayer de créer autant de temps seule avec Tyki que possible avec un air plein d'espoir : c'était étonnant.
Surtout lorsque la première chose qu'elle dit à part 'Il fait beau aujourd'hui, n'est-il pas ?' était "Je me demandais, Eve… est-ce que tu es enceinte ?" ce qui, de sa part, était aussi choquant que si elle m'avait craché "Alors, Tyki t'a mise en cloque ?" avec un accent Toulousain.
Et c'est comme ça que je tombais de cheval et me cassais la jambe.
Prochain chapitre : On retrouve un peu d'Allen ! Et Eve fait deux crises existencielle, rien que ça...
Pensez au review et à la revoyuuuure
