L'heure de se détendre
En fin de compte, Emma ne quitta pas l'appartement de Ruby de la journée. Elle s'y sentait comme en sa compagnie même si elle n'était pas vraiment là.
– Je ferais quoi sans toi ? lui lança-t-elle lorsqu'elle lui apporta sa nourriture préférée sur le temps du déjeuner.
C'était toujours son amie qui lui donnait la force d'agir sagement et calmement… et de guérir.
Au soir, Ruby fut rassurée de la voir dormir, et elle avait plus de couleurs qu'à son arrivée ce matin. Elle ne parlait pas davantage, mais elle ne pouvait pas lui en demander plus pour l'instant.
Après la nuit suivante, Emma était de bonne humeur. Son amie étant passée chez elle pour lui récupérer des affaires — un geste bien trop gentil selon elle — elle put partir directement pour Storybrooke au petit matin. Elle ne l'avait pas avoué à Ruby, mais elle était terrifiée à l'idée de revoir Hood maintenant qu'elle était de retour en cours. Elle aura surement besoin de temps pour que tout revienne à la normale mais elle savait que son amie était là pour l'aider et cela lui donnait la force nécessaire…
L'après-midi, lorsque Regina aperçût Mademoiselle Swan entrer dans la salle, elle la sonda du regard pour vérifier qu'elle allait bien. Elle se moquait bien de paraître indiscrète, elle avait besoin de savoir comment elle se sentait. Quand elle croisa son regard, elle ne put cependant s'empêcher de détourner le sien.
Elle avait beaucoup pensé à elle durant le weekend, d'une manière dont elle ne l'avait jamais encore fait. Elle avait culpabilisé, un sentiment qu'elle connaissait si peu… Mais bien sûr, tout cela ne changeait rien à la colère qu'elle éprouvait à son encontre.
Près de l'étudiante, elle aperçut son amie qui la fixait. Elle espérait qu'elle avait tenu parole. À voir la jeune blonde grimacer en circulant le plus loin d'elle, elle dirait que oui… Regina se vida la tête en un instant et retrouva vite son rôle de professeure.
Quatre jours plus tard, Ruby entra dans un salon de thé pour rejoindre Belle. Dire qu'elle était surprise n'était pas assez fort pour décrire sa réaction à l'invitation de son amie la veille. Elles se fuyaient plus ou moins depuis un moment déjà, et à présent, elles allaient devoir échanger plus que quelques phrases, c'était une première depuis bien longtemps. Elle la repéra dans un petit coin végétal et alla s'asseoir en face d'elle. Ce n'est qu'une fois installée qu'elle croisa son regard qui la troubla instantanément.
– Je suis contente que tu sois là.
– Moi aussi.
– Tu me manques. J'aime beaucoup nos conversations et j'en ai marre de t'éviter.
– Moi aussi.
Ruby n'avait jamais eu autant de mal à trouver ses mots, elle se sentait si ridicule. Mais Belle ne sembla pas s'en formaliser. À la place, elle la surprit en abordant avec légèreté un potin dont elle l'avait entendu parler avec Killian. Elle se retrouva immédiatement à l'aise mais au bout d'une trentaine de minutes, son amie l'étonna soudainement à nouveau.
– Sinon tu peux venir chez moi à New York et on ira voir la pièce !
Depuis dix minutes, elles discutaient de cette pièce de théâtre que Ruby avait ratée le weekend dernier alors que la troupe était de passage à Boston. Belle avait entendu qu'elle passerait dans quelques semaines à New York. Elle lança sa réplique à la légère, mais elle le reçut d'une autre manière.
– Tu veux que je vienne dans la maison de tes parents ?
– Ouais… si ça te dit. Moi ça me plairait beaucoup, avoua-t-elle après une réflexion sérieuse. On pourrait y aller le temps d'un weekend, voir la pièce de théâtre, ou celle que tu veux, et je pourrais te faire visiter la ville… J'y vais dans trois semaines pour voir mes parents, ça te laisse un peu de temps pour réfléchir. Qu'est-ce que t'en penses ?
– Je sais pas, j'ai un peu peur de tes parents… Tu sais que je viens pas du tout du même milieu que toi…
– Je comprends. Je t'oblige pas à venir, c'est ton choix.
Ruby ne sut quoi dire, une nouvelle fois.
– Je… j'y réfléchirai…
Belle la dévisagea un instant, cela lui suffisait amplement, mais elle ne voulait pas lui faire peur.
– Pour une prochaine fois si tu en as envie, ça me ferait très plaisir d'aller au restaurant de ta grand-mère.
– Ça me ferait très plaisir. Je sais déjà qu'elle t'adorerait.
Son sourire valut toutes les réponses, Ruby fut immédiatement apaisée.
Encore une bonne vingtaine de minutes plus tard, lorsque Ruby quitta le salon de thé, elle se dirigea vers l'appartement d'Emma. Cette dernière, se montrant un peu trop curieuse, l'avait obligée à passer chez elle pour lui résumer la rencontre. Mais pour l'occasion, elle lui offrait le dîner.
– Tu as l'air excitée ce soir, remarqua immédiatement la blonde.
– Belle m'a proposé de passer un weekend à New York avec elle, s'empressa-t-elle de lui dire.
Emma ne put alors s'empêcher de prendre cette nouvelle avec un grand sourire.
– T'as accepté ?
– Pas encore. Elle y va pour voir ses parents qui habitent là-bas. Donc je sais pas… ce serait gênant si je les rencontre, tu penses pas ?
– Non ! T'es que son amie. Pour l'instant…
Ruby haussa les épaules d'un air angoissé…
– J'ai une idée. Tu passes du temps à New York avec elle, mais tu ne rencontres pas ses parents. Tu prends une petite chambre dans un hôtel pour une nuit.
– Bonne idée… Viens avec moi.
– Quoi ? Non !
– T'as besoin d'air frais. Et j'ai besoin de garder un œil sur toi. Je veux pas te laisser seule. Pas en ce moment. Et comme ça on peut prendre une chambre et on partagera le prix.
Emma ne semblait toujours pas enjouée à l'idée et la brune douta qu'elle finisse par accepter.
– Réfléchis-y. Belle veut avoir ma réponse le weekend prochain au plus tard pour partir dans trois semaines. Et je ne veux pas partir sans toi.
– Je vais porter les chandelles Ruby. C'est la dernière chose dont j'ai envie !
– Hors de question ! Je t'emmène là-bas pour te changer les idées alors n'imagine pas que je vais te lâcher et te laisser tomber.
Ruby perçut une légère hésitation dans son regard, c'était un début.
– Allez viens ! Ça va te détendre ! Ou au moins, fais ça pour passer du temps avec moi !
– Et Belle ?
– Elle m'a dit qu'elle avait plusieurs choses à faire avec ses parents et qu'on pourrait pas beaucoup sortir ensemble. Alors je compte bien passer ce temps-là avec toi !
– Très bien, je vais y réfléchir…
Ruby sembla ravie, comme si elle venait d'accepter. Emma était d'accord qu'elle n'avait pas envie de rester seule ces derniers temps, mais elle ne pensait pas que ce soit une bonne idée…
Durant le cours de cette semaine, Emma se résolut à partir avec elle à New York. Son amie parut surexcitée quand elle lui apprit la nouvelle et s'empressa d'avertir Belle.
De son côté, Regina traversait de profondes réflexions.
Bien qu'elle se rendait compte que Mademoiselle Swan ne semblait pas différente de ce qu'elle avait l'habitude, elle n'arrêtait pas de culpabiliser. Elle pensait moins à elle, mais chaque fois qu'elle l'apercevait lui rappelait ce qu'elle lui avait fait indirectement subir. L'envie de ne plus jamais la voir n'avait jamais été aussi puissante.
À présent que déjà deux semaines étaient passées sans incident, la professeure espérait que cette histoire était enfin derrière elle. Elle avait reçu la facture déposée par l'amie de Mademoiselle Swan trois jours après l'agression, et elle avait été payée le lendemain. Elle n'avait alors plus entendu parler d'elle.
Le soulagement et l'apaisement qu'elle avait pu ressentir quelques mois avec Mademoiselle Swan ne semblaient plus qu'être des souvenirs lointains dont elle ne se rappelait plus le gout. Regina n'était pas certaine que cela soit une bonne chose. L'objectif n'était pas d'oublier le gout du plaisir mais plutôt le gout de son étudiante…
Son anniversaire suivit peu de temps après. Ce n'est qu'en se réveillant ce matin même qu'elle réalisa qu'elle parvenait aux trente ans. C'était énorme. Tant de malheurs, de joies, de changements si importants s'étaient déroulés ces dix dernières années. Non seulement elle n'était plus du tout la même, mais elle reconnaissait à peine son ancienne version. À vrai dire, elle s'était souvent dite pressée d'atteindre la trentaine, prétextant toujours qu'on la prendrait enfin au sérieux une fois la vingtaine finie… Et peut-être qu'en fin de compte elle avait été plus occupée à l'attendre qu'à vivre sa vingtaine. Elle ne regrettait pas ses dix années, elle en était particulièrement fière. Mais en y réfléchissant, qu'est-ce qui allait différencier sa trentaine de sa vingtaine ?
Ce n'est que le soir de son anniversaire qu'elle décida de se détendre. Elle était habituée depuis longtemps à ne pas fêter ce jour, mais cette fois-ci était spéciale. Elle méritait bien un verre du meilleur breuvage qu'elle avait en stock…
Penser autant ne l'amènerait nulle part… elle en avait déjà fait l'expérience. Alors autant agir, parce qu'elle avait de toute évidence besoin de s'amuser un peu.
Ainsi un samedi, elle décida de saisir l'occasion lorsque Mary-Margaret lui confia chercher quelqu'un pour l'accompagner à un spectacle de danse contemporaine qui était précédé d'une réception. Elle avait été étonnée qu'elle accepte, mais quand elles arrivèrent sur les lieux, elle fut encore plus surprise de son enthousiasme. Elle l'incita même à se resservir du délicieux champagne mis à disposition.
Pendant qu'elle s'installait dans une rangée de sièges quelques minutes avant le début du spectacle, elle tiqua en remarquant un homme qu'elle avait aperçu bien trop souvent durant cette soirée. Il s'approchait clairement d'elle et il s'assit dans celui à sa gauche avant qu'elle croise son regard brièvement. Elle l'observa une fois qu'il eut tourné la tête jusqu'à ce que le rideau se lève.
– Ça a l'air de beaucoup vous plaire, lui lança-t-il après quelques quarts d'heure durant lesquels elle l'avait totalement oublié.
Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il lui adresse la parole mais ne fut pas déçue.
– Oui, pas vous ?
– Dois-je répondre honnêtement ?
– Que voulez-vous dire ?
– C'est la deuxième fois que j'y assiste. Et la deuxième fois est un peu plus longue que la première…
À son air interrogateur, il s'expliqua.
– Mon frère est le chorégraphe, il a créé le spectacle de A à Z. Il est si fier qu'il oblige moi et notre famille à y assister tous les mois.
– Vraiment ?
– Oui… On est fiers de lui, alors on accepte.
Regina en rit un instant, légèrement attendrie.
– Alors, comment dois-je lui dire que vous trouvez son spectacle ?
– C'est magnifique.
Son interlocuteur prit un air pensif avec un petit sourire qui intrigua Regina.
– Je suis d'accord. Mais je suis tout de même heureux d'avoir un spectacle encore plus magnifique dans le siège d'à côté.
En temps normal, Regina aurait particulièrement apprécié ce genre de compliments. Mais ce soir-ci, pour une raison inconnue, elle commença à se sentir mal à l'aise.
– Je parle de ma sœur qui s'est endormie, ajouta-t-il en faisant signe vers le siège à sa gauche.
Regina rit et elle oublia toute gêne, se mettant même à regarder plus attentivement son voisin. Il était charmant, très bien habillé, avec une barbe de trois jours, un peu plus âgé qu'elle…
– Vous avez fait le même discours à une autre femme la dernière fois que vous êtes venu ? osa lui demander Regina au bout de quelques minutes.
Elle se félicita de le surprendre avec sa phrase qui sembla néanmoins lui plaire.
– Non. Si jamais j'annonce à mon frère que j'ai aimé la soirée, ce sera uniquement grâce à vous.
– Je plains votre frère de vous avoir.
Regina leva les yeux au ciel et reprit sa concentration sur le spectacle. Elle sentit durant le reste de celui-ci que son voisin l'épiait de temps en temps mais il ne dit plus rien. À peine cela fut fini, Regina se pencha vers lui avec curiosité.
– Vous pourrez féliciter votre frère pour son travail. Depuis combien de temps a-t-il commencé sa carrière ?
– Ça fait bientôt dix ans. Mon frère vous intéresse plus que moi à ce que je vois.
– Ne boudez pas. Il a peut-être hérité du talent, mais vous, vous avez hérité du charisme.
Il fut surpris, mais un fin sourire apparut.
– Vous accepterez un rendez-vous un de ces jours ?
– Je ne pense pas.
– Dommage… Je vous souhaite une bonne fin de soirée.
Regina le regarda s'éloigner avec une soudaine pointe de regret. Il avait l'air très amusant, très… rafraichissant. Mais Regina n'était plus sûre d'avoir envie de faire de nouvelles rencontres après les dernières…
– Je peux savoir pourquoi t'as refusé ? Il est canon !
L'expression indignée de son amie convainquit cependant Regina. Elle rattrapa l'homme et lui demanda son numéro au cas où.
Lorsqu'elle rentra chez elle, elle ne se sentait pas vraiment mieux. Elle n'irait pas jusqu'à dire que sa sortie s'avérait fade, mais elle n'était pas extraordinaire. Quand elle vit le lendemain le nouveau numéro enregistré dans son téléphone, elle réfléchit longuement.
Le weekend prévu à New York arriva vite pour Emma. Elle n'était pas tout à fait remise de ses blessures physiques, mais elles se trouvaient sur le bon chemin, au même titre que ses blessures émotionnelles.
Elles partirent le samedi matin assez tôt, et à peine dix minutes passées dans la voiture, Ruby au volant, Emma regretta son choix. Seulement quelques mots avaient été prononcés mais aucun n'avait été échangé entre Belle et Ruby. La blonde pouvait presque toucher la tension du doigt tant elle se ressentait dans tout l'habitacle.
– Tu fais encore des cauchemars ?
Ces derniers avaient continué pendant les deux semaines qui avaient suivi… son agression.
– Ça fait trois nuits que j'en ai pas fait…
– C'est bon signe. Si c'est pas déjà fini, ils commencent au moins à s'espacer…
– Tu as arrêté les antidouleurs ? lui demanda Belle.
La question ne gêna pas Emma mais elle eut peur qu'elle cherche à en savoir plus. Tout ce qu'elle avait accepté de lui avouer était qu'elle s'était fait agresser, sans en dire davantage sur la situation.
– Ouais, il y a une semaine déjà. Ça a été un peu dur au début mais j'ai quasiment plus mal maintenant.
Sur le plan moral, c'était légèrement différent. Un gouffre d'angoisse s'était formé. Elle ne comprenait plus grand-chose et n'arrivait plus vraiment à faire confiance. Ruby était la seule personne les derniers temps qui parvenait à lui faire penser à autre chose, alors même qu'elle aussi n'était pas dans son état normal.
Sur une grande partie de la matinée, elles écoutèrent ensemble la musique sans parler. Quand Ruby se mettait à chanter, Belle enchaînait, puis elles éclataient de rire lorsqu'elles se rendaient compte qu'elles connaissaient par cœur les mêmes chansons.
Chaque fois, la conductrice récoltait un regard d'Emma qui se sentait de plus en plus frustrée. Au bout de la énième musique, elle baissa le son.
– J'en peux plus. Est-ce que vous allez vous parler sérieusement à un moment ? J'ai l'impression d'être avec deux collégiennes !
Aucune des deux femmes ne lui répondit, et lorsque Emma remonta le volume de la musique, étonnamment elles ne chantèrent pas.
Elles arrivèrent à destination peu après onze heures, Ruby déposa Belle devant chez elle pour qu'elle range ses affaires et voie ses parents avant de se rejoindre pour le déjeuner. Quand elle démarra, une fois toutes les deux, elle ne perdit pas une seconde pour s'exprimer.
– Je te remercie pas.
Emma leva les yeux au ciel. Elle savait que son amie ne lui en voulait pas, elle boudait juste par plaisir. Elle commença tout de même à se dire qu'elle aurait mieux fait de rester chez elle ce weekend.
– Dès qu'on la retrouve et si tu préfères être seule avec elle pour lui en parler, on trouvera un moment, et tu lui parleras.
Quand Ruby ne présenta aucune réaction, Emma se décala pour fixer son visage.
– Est-ce que ça va ?
– Je sais pas. J'ai l'impression que peu importe ce qu'on fait, on fait du surplace… On a passé beaucoup de temps ensemble depuis sa proposition… et j'ai beaucoup aimé mais… dès que j'essaye quelque chose pour la faire avancer à un autre stade, elle trouve toujours un moyen pour m'arrêter. On s'est embrassé une fois pour la nouvelle année mais elle ne veut pas en parler, comme si elle s'en souvient même plus… Finalement j'ai l'impression qu'elle ne veut même plus quelque chose avec moi.
– Pourquoi tu m'en as pas parlé plus tôt ?
– Emma, tu sors d'une grosse épreuve, tu as bien plus de soucis que moi, mes doutes ne sont pas grand-chose à côté…
– C'est débile, tes problèmes sont aussi importants que les miens pour moi, tu devrais le savoir.
Elle était sincèrement vexée, tout semblait aller de travers ces derniers temps…
– Alors tu mérites de ne pas avoir de soucis au moins un moment. Mills t'a assez fait souffrir pour au moins le reste de l'année.
– Mais c'est pas comme ça que ça marche…
– Tu sais, j'ai toujours du mal à comprendre pourquoi et comment tu es arrivée… jusqu'ici avec cette femme.
La frustration de Ruby accumulée des derniers jours prenait le dessus.
Emma croisa son regard et devina assez facilement ce qu'elle voulait dire.
– Moi non plus. J'ai vraiment eu une envie qui sortait de nulle part donc j'ai pas réfléchi… Je crois que je comprendrais jamais ce qu'il s'est passé…
Son amie soulevait un problème qui avait peut-être son importance en fin de compte. Si elle ne comprenait pas comment elles en étaient parvenues jusqu'ici, alors elle s'avérait probablement capable de la fréquenter à nouveau.
– Est-ce que tu regrettes ce qu'il s'est passé ? Si on oublie que ça t'a mené à ton interaction avec Hood…
– Je… je crois que… je sais pas…
Découvrir Emma aussi perdue troubla Ruby qui décida de ne pas en rajouter. Elles arrivèrent à l'hôtel et s'y installèrent sans plus de discussion. Les deux amies ressortirent rapidement pour rejoindre Belle au restaurant.
– Je devrais vous laisser seules toutes les deux… soupira Emma lorsqu'elles montèrent dans la voiture.
Ruby lui jeta un œil furtif et elle vit qu'elle s'inquiétait un peu mais elle ne dit rien. Quand elles retrouvèrent Belle, elle fut soulagée de remarquer que la gêne entre elles avait disparu. Autour d'un bon repas, elles discutèrent gentiment de leur pièce à laquelle elles assistaient le soir même.
– Pourquoi tu changes de sujet depuis trois semaines dès que je parle de ce que tu as fait au Nouvel An ? Et de ce que j'ai fait quelques jours après ? lança Ruby d'une traite alors qu'elles attendaient la carte des desserts.
Cela sortait de nulle part, alors juste que Belle venait de finir sa phrase.
– Booon, moi j'ai besoin d'aller aux toilettes… lança Emma en s'éclipsant en une seconde.
Elle priait intérieurement que cela allait bien se passer…
– Tu as changé d'avis ? Est-ce que tu penses que c'était une erreur ? Est-ce que tu m'en veux ? Mais alors pourquoi tu m'as amené ici ?
– C'est… rien de tout ça. J'ai juste peur. J'ai réservé pour nous deux à mon restaurant favori pour ce soir, est-ce qu'on peut en parler à ce moment-là ?
– Pourquoi pas maintenant ?
– Parce que je sais pas encore exactement comment te dire ce que j'ai à dire et j'aurais besoin d'avoir du temps devant moi pour ça…
Ruby fut perplexe, mais lorsque pour la première fois de la journée, leurs regards se croisèrent pour plus de cinq secondes, elle comprit qu'elle se montrait la plus honnête possible.
– Je vais essayer de ne pas te décevoir, l'avertit Belle en cherchant à la rassurer sans se déstabiliser.
Quand Emma fut de retour à table, un bien long moment plus tard selon Ruby, elle la sonda des yeux pour tenter de deviner ce qu'elles s'étaient dit. La brune se cacha derrière la carte des desserts qui avait été reçue entre temps. Tout le monde se détendit petit à petit, et devant les pâtisseries succulentes, elles goutèrent chacune le plat des autres. Belle confessa alors à ses amies qu'elle déjeunait souvent dans ce restaurant avec sa famille. Au moment de partir, bien que Ruby ait refusé de venir dans la maison de ses parents, Belle se sentait obligée de payer le repas. Elle quitta ensuite les deux amies qui se dirigèrent dans le quartier d'Harlem.
Ruby fut étonnée que son amie attende qu'elles se trouvent dans la voiture pour lui demander ce qu'il s'était passé.
– Je crois que tout va se jouer ce soir, conclut-elle.
– C'est presque « ça passe ou ça casse » ?
– Pas vraiment. Rien ne changera entre nous si ça se passe mal. Mais je veux tellement que tout se passe bien…
– Ça ira. Elle a dit qu'elle ne veut pas te décevoir et je pense qu'elle sait assez bien ce que tu veux si elle dit ça. Je sais qu'il y a vraiment quelque chose entre vous.
Ses mots rassurèrent son amie qui la remercia à l'aide d'un simple sourire. Ruby n'aurait pas été capable de discuter avec Belle si elle n'avait pas Emma dans le coin pour écouter ses conseils.
Changeant de sujet, les deux femmes se concentrèrent alors sur leur visite de la ville. Cette dernière était vide pour ce mois de février et le vent les surprenait par sa puissance et sa fraicheur. Ce fut la première fois que Emma se sentit complètement bien depuis un mois entier. Elle se sentait bien loin de tout, loin de Storybrooke, loin de Mills, loin de Hood…
– S'il te plait, j'aimerais que tu sortes ce soir, lui lança Ruby.
– Pour quoi faire ?
– T'as besoin de t'amuser, j'avais prévu d'être avec toi, j'avais pas pensé que je serais avec Belle toute la soirée… Tu penses que tu pourras faire ça ?
– C'est pas vraiment l'envie qui manque mais… je crois qu'on verra bien ouais.
Elle sentait que son corps le voulait mais elle ne savait pas si son esprit la laisserait libre pour s'évader.
– Tu me tiendras au courant, l'avertit Ruby. D'où tu es et de quand tu rentres.
– Et toi de la tienne !
D'un silencieux accord, elles décidèrent d'arrêter de parler de ce qui les attendait. Elles profitèrent de leur balade une heure de plus avant de retourner à l'hôtel. Ruby n'y resta qu'une heure, le temps de se reposer un peu, puis elle rejoignit Belle en bas de la rue.
– Alors, où est-ce qu'on va ? demanda Ruby en s'installant dans la voiture.
– Je vais te faire découvrir tous les petits coins que les touristes ratent quand ils viennent à New York… sourit-elle.
Son entrain se refléta sur le visage de Ruby dont le stress descendit légèrement.
– J'ai bien réfléchi, après ce midi. Et je crois que je peux pas te laisser comme ça plus longtemps.
Elle était soulagée que Belle prenne les devants parce qu'elle n'aurait pas su comment faire. Elle ne savait pas quoi lui dire alors elle choisit de l'écouter.
– Au Nouvel An… Je sais pas pourquoi je t'ai embrassé… marmonna Belle qui faisait tout pour ne pas trop rougir. J'en ai eu très envie d'un coup et j'ai pas réfléchi… J'avais jamais fait ça avec une fille. Et avant de te rencontrer, j'avais pas réalisé que j'aime les filles. Et ça me fait un peu peur.
– Merci de me l'avoir dit. Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ce soir alors ?
– J'aimerais m'excuser d'avoir été si distante, et que tu saches… que tu me plais… beaucoup.
Ruby sentit des papillons dans son ventre pendant qu'elle croisait le regard de Belle. Quand elle lui sourit en sortant de la voiture une fois à destination, elle lui rendit son sourire et quelques instants après, elle devina une main se glisser dans la sienne.
Les deux heures suivantes furent probablement les préférés de Ruby de tout le weekend. Elle se balada avec Belle tranquillement et elles discutèrent ensemble des dernières semaines et de leur soirée à venir.
Pendant ce temps, Emma trouva la force de quitter la chambre après avoir prévenu Ruby. Étant donné que l'hôtel se situait en périphérie de ville, elle emprunta la voiture de son amie pour rejoindre un des bars les plus réputés de la région. Lorsqu'elle arriva, il commençait seulement à attirer du monde. Elle ne s'installa pas très loin de l'entrée où elle pourrait voir qui pénétrait l'établissement.
Après un bon quart d'heure à siroter un cocktail, elle commanda un hamburger sans arrêter de guetter les nouveaux venus.
Au gout des deux femmes, l'heure du dîner approcha bien vite. Ruby fut impressionnée quand elle fut guidée devant un sublime bâtiment aux allures antiques. L'intérieur du restaurant s'avérait tout aussi incroyable. Alors qu'elle zieutait tout autour d'elle une fois assise, Belle la regardait et souriait.
– J'adore cette journée.
Elle fut étonnée. Elle flirtait de temps en temps depuis leur rencontre, mais Belle ne semblait pas vraiment réceptive… Elle pensait qu'il restait un souci entre elles, mais cette phrase la fit s'interroger.
– J'ai très envie de coucher avec toi. Mais je l'ai jamais fait avec quelqu'un. Et je veux prendre mon temps.
Prise au dépourvu, elle se redressa et s'avança au-dessus de la table.
– Je comprends. C'est pas pressé, lui sourit-elle en tendant sa main vers elle. On a le temps, pas d'inquiétude. N'aie pas peur de moi parce que tu crois que je ne veux que coucher avec toi. Si tu veux bien de moi, je peux attendre pour que tu prennes le temps qu'il te faut. C'est que la cerise sur le gâteau.
– Évidemment que je veux bien de toi, lui répondit Belle en glissant enfin sa main dans la sienne. Mais la cerise sur le gâteau est toujours la touche qui rend le gâteau parfait Ruby…
– Oublie ma métaphore, elle était nulle apparemment… C'est déjà parfait. Et puis franchement c'est pas incroyable les cerises…
Le sourire de Belle valut toutes les autres réactions, elle sut qu'elle ne serait plus capable de lâcher sa main du repas, ce qui s'avérait légèrement embêtant en fin de compte.
Après le dîner, Ruby et Belle furent pile à l'heure pour le début de la pièce. Elles se glissèrent plus ou moins discrètement dans leur rangée de sièges et s'installèrent avec excitation. Ruby se sentait plus qu'heureuse de découvrir cette pièce de théâtre avec elle.
Dites donc, c'est qu'on arrive quasiment à la moitié de ce premier tome ! C'est passé vite…
Je suis contente, j'ai remarqué que le chapitre précédent vous a plu, ça me rassure ! Je suis pas vraiment satisfaite de ce chapitre mais il commençait à vraiment trainer… Vous inquiétez pas, j'ai bientôt fini de juger tous mes chapitres, on arrive bientôt à mes préférés ! D'ailleurs, au programme du prochain épisode : introduction d'un nouveau personnage et conversations intenses…
J'aimerais à nouveau m'excuser pour la longue attente entre chaque chapitre. Je vous promets que j'essaye que ce soit pas trop long et je suis déjà assez surprise de réussir à maintenir un nouveau chapitre par mois vu mon temps et mon état… J'espère bientôt pouvoir accélérer le rythme.
