Chapitre 2 - Le Tv Show ! Salon littéraire : remettre en question Descartes

Le vent marin fouettait mon visage et mes pieds s'enfonçaient légèrement dans le sable. La plage était paisible en ce début de soirée, quelques personnes s'amusaient encore dans l'étendue salée quand d'autres commençaient à ranger leurs serviettes. Mon ventre gargouilla, avec toute cette histoire je n'avais pas mangé depuis ce matin. Dracaufeu devait-être en train de profiter d'un bon repas au centre. Je m'en voulais d'être partie sans lui, seulement j'avais vraiment besoin de réfléchir au calme et voir son visage n'aurait fait que me déstabiliser.

Son visage… il apparaissait toujours aussi nettement dans mon esprit. Quand il était en colère, gêné, inquiet ou qu'il souriait je pouvais dessiner facilement chacun des traits qui se creusaient sur sa peau reptilienne.

Les cris des goélises me firent lever la tête, ils volaient majestueusement dans le ciel pastel de cette fin de soirée. Je repensais à ce que m'avait dit la voleuse. Est-ce que je projetais l'image de Sacha sur mon pokémon ? Dès le début, quand il n'était qu'un Salamèche, j'avais ressenti de l'attachement pour lui et l'envie de le protéger. Sans que mon esprit ne sache pourquoi, mon corps était terrifié à l'idée qu'il lui arrive malheur. Durant notre voyage, il n'arrêtait pas de foncer tête baissée avec courage et détermination, ce comportement n'était pas sans me rappeler Sacha. Il lui ressemblait beaucoup trop…

Parmi les cris des pokémons, je discernais une voix humaine. Une jeune fille me faisait de grands signes et courrait vers moi. Je ne mis pas longtemps à reconnaitre Atalante. Peut-être remarqua-t-elle mon visage empli de doute, puisqu'elle me proposa de nous assoir pour profiter du paysage.

- J'aime bien me balader ici, j'ai commencé quand j'étais top coordinatrice. J'avais besoin de calme avec tous ces journalistes autour de moi qui m'harcelaient de questions. Comme nous sommes sur une île avec peu d'habitants et de touristes les plages sont toujours paisibles.

Assise dans le sable, je me concentrais sur ce qu'Atalante racontait. Elle parlait d'un peu de tout pour me mettre en confiance et me pousser à parler sur ce qui m'ennuyait.

- Dracaufeu n'est pas avec toi ? finit-elle par aborder, se doutant qu'il était le fond du problème.

- Non, il est resté au centre.

- Vous vous êtes disputé ?

Je ne répondais pas tout de suite. Un petit Krabby se mouvait sur le sable, il avançait avec précaution chacune de ses pattes sur les grains chauds, les pinces bien en l'air prêtes à punir quiconque s'approcherait trop près.

- J'avais juste besoin de réfléchir, rien de grave. Tu sais, avec tout ce qu'ils disent aux informations, je ne sais pas très bien comment me comporter avec lui.

- J'ai vu ça, ces vostournos cherchent toujours de quoi alimenter leur papier et faire le buzz. Aujourd'hui l'information va tellement vite, la moindre rumeur prend des proportions hallucinantes. Mais tu apprendras à t'y faire et à démentir leurs racontars tout comme moi.

- Mais il n'y a pas que ça… Dracaufeu me rappelle Sacha, un dresseur que j'ai connu. Il m'a toujours un peu fait penser à lui mais ces derniers temps ça ne fait qu'empirer. J'ai même fait la confusion juste avant de venir à la plage !

- Qui était ce Sacha pour toi ?

- Un ami que j'ai rencontré à Kalos, il m'a motivé à voyager et inspiré pour trouver un rêve.

- Tu es amoureuse de lui ?

Je rougissais violemment, comment les gens faisaient-ils pour me percer si vite à jour ?

- Et Dracaufeu ?

Ma respiration se coupa, je sentais mon cœur battre violemment alors que je lui répondais :

- C'est un ami.

Un bruit de métal qui s'entrechoque reporta mon attention sur le Krabby, il était en train de se battre avec un de ses congénères. Ils se protégeaient et attaquaient de leurs puissantes pinces, aucun des deux ne voulait reculer. Peu intéressée par ce combat, je me tournais vers mon amie et me rendais compte que son regard avait changé. Atalante détaillait chaque parcelle de mon visage, comme si elle cherchait la moindre trace de mensonges. Son regard acéré, ses lèvres grimaçantes, j'avais la sensation d'être jugée ! Elle finit enfin par se lever sans perdre un instant le contact visuel.

- C'est très bien. Les pokémons sont des amis, juste des amis. Ils ne seront jamais les remplaçants des humains que nous avons perdus.

Ces mots étaient glacial, ils m'étreignaient, s'enroulaient autour de ma gorge pour m'étouffer. Je tremblais, j'étais terrifiée face à cette chose qui se tenait près de moi.

- Serena, ne t'avises pas de penser autrement sinon…

Un grognement l'empêcha de continuer, je tournais la tête pour me détacher de son emprise. Je devinais la forme de Dracaufeu au loin, je me levais et me dépêchais de le rejoindre. J'avais l'impression de pouvoir à nouveau respirer.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Je t'avais demandé de rester au centre !

Il gémit, tout penaud, et son estomac en fit de même.

- Tu m'attendais pour manger ?

Il acquiesça, lui qui était si gourmand il avait dû faire beaucoup d'efforts pour se retenir. Je le caressais et collais mon front contre le sien. C'était une habitude que nous avions pris pour nous réconforter mutuellement. Finalement, rester seul n'était peut-être pas la bonne solution. J'esquissais un geste d'au revoir envers Atalante, mais elle continuait de me fixer sans bouger. Mal à l'aise je suivais mon pokémon et m'éloignais d'elle.

« Je t'aurai prévenu ! »

Le vent avait porté ces derniers mots, je me retournais vers la coordinatrice mais elle était déjà en train de partir. Il ne restait plus sur la plage qu'un Krabby qui claquait ses pinces pour célébrer sa victoire.


Je me dépêchais de satisfaire mon estomac, Dracaufeu en faisait de même et s'amusait à voler dans mon assiette les meilleurs morceaux. J'essayais de l'intimider avec ma fourchette, mais loin d'être impressionné, il préféra voler un nouveau beignet. Il était plus goinfre que Sacha ! Je finissais par regarder la tv du centre accrochée au mur d'en face, les reportages à mon sujet n'arrêtaient pas de tourner sur la chaine d'info, et ce n'était pas pour me féliciter de ma victoire. Fatiguée, je me dépêchais de me rendre dans une des chambres d'accueil du centre. Je devais m'occuper d'Amaryllis pour l'instant surtout que moi aussi je me retrouvais sans gemme. J'aurais dû lui demander ses motivations, ça m'aurait peut-être donné un indice pour la retrouver. Si ça se trouve c'est pour l'argent… mais ça n'a pas l'air d'être le genre de cette fille.

- Ça m'énerve ! criais-je en me tenant la tête.

Dracaufeu sursauta, il s'était déjà allongé dans le lit et ne semblait pas s'inquiéter. Je soupirais, je devrais peut-être l'imiter au lieu de ruminer. Mon regard se posa sur une petite porte en bois, une douche me fera du bien !

Je profitais de l'eau tiède, elle ruisselait sur ma peau. Ma cicatrice marquait toujours mon épaule. J'avais appris à m'y habituer, elle ne me faisait plus autant de peine qu'avant. Détendue je sortais de la douche accompagnée d'un panache de fumée, cependant je me rendis compte de ma grossière erreur : j'avais oublié mon pyjama dans la chambre. Je m'enroulais dans une serviette et sortais de la salle de bain, il n'y avait que Dracaufeu après tout. Je prenais mon pyjama et me préparais à me changer mais quelque chose clochait. Il me dévisageait de manière beaucoup trop insistante et pourquoi tous ses muscles étaient aussi tendus ? C'était comme si… Mes joues s'échauffèrent alors que je rentrais à toute vitesse dans la salle de bain. Je claquais la porte et m'effondrais sur le sol. J'haletais et me recroquevillais, le pyjama encore dans ma main. Bon sang Dracaufeu, c'était quoi ce regard ? J'essayais de reprendre le contrôle et réussissais à me calmer. C'était un pokémon et un pokémon n'a pas ce genre de pensées !


Une simple pression sur le boitier noir et la voix s'élevait à nouveau. Cette voix fatiguée au milieu du froid de la montagne et du vent.

James échangea un regard avec Miaouss, cela faisait plusieurs jours que leur camarade écoutait cet enregistrement en boucle. Le bandit au grand cœur tenta une approche, il avait à peine ouvert la bouche qu'elle le coupa :

- C'est la faute de Mew si ma mère est morte.

- Qu'est-ce que tu comptes faire, demanda James.

- Je vais suivre le conseil de cet inspecteur et le retrouver !

- Alors tu comptes t'en prendre au morveux comme il te l'a ordonné ?

- Ça ne change pas de d'habitude, répondit sombrement Jessie.

- D'habitude on essaye de voler Pikachu ! s'écria Miaouss.

- Il a raison ! Je suis peut-être un voleur prêt à tous les mauvais coups mais je ne suis pas d'accord avec ce que cet inspecteur veut nous obliger à faire ! On n'est pas ses caninos !

- James, je ne te force pas à me suivre.

James resta sous le choc pendant quelques secondes. Ils avaient l'habitude de tout partager et elle lui sortait ça !

- On est une équipe je te rappelle !

- Alors la question est réglée, trancha-t-elle le regard dans le vague.

James serra son poing, il maudissait son impuissance face à la situation. Il était incapable d'apporter du réconfort à son ami.


Le voyage n'avait pas pris trop de temps pour arriver jusqu'à Mérouville. L'immense bâtiment de la Devon Sarl trônait au milieu de la ville, c'était de loin le plus haut de tous les bâtiments. Serena fut accueillie par Pierre qui s'empressa de la conduire jusqu'au président de l'entreprise. L'ascenseur était rapide mais il fallut un certain temps pour arriver jusqu'au sommet de la tour. La vue était vertigineuse à travers les vitres quadrillées, la jeune fille sentait que son vertige refaisait des siennes, elle recula et percuta le champion. Elle se dépêcha de s'excuser, Pierre s'amusa de cette situation :

- Tu n'as pas peur quand tu es sur le dos de Dracaufeu mais bien protégée derrière des vitres tu perds tes moyens ?

La jeune fille se gratta nerveusement la joue, voler avec son pokémon lui procurait un sentiment de sécurité qui surpassait la peur de tomber. Mais Pierre aurait du mal à comprendre. Après un temps à se diriger au milieu du labyrinthe des bureaux ils arrivèrent à une grande salle. Un seul bureau occupait l'immense espace et assis derrière un homme aux cheveux blancs en pic discutaient avec ceux qui semblaient être ses assistants. Dès qu'il remarqua son fils, il congédia les employés d'un geste de main. Il ne faisait pas vraiment sévère, son sourire était même très chaleureux. Mais son léger embonpoint, sa tenue impeccable et son regard aguerri imposait le respect et laissait deviner un long passé d'homme d'affaire.

- Ravi de vous rencontrer mademoiselle ! Je suis Devon Rochard. Mon fils ne tarit pas d'éloges à votre sujet, sourit le président. Et voici donc votre fameux Dracaufeu, selon Pierre il est capable d'évoluer en une forme inédite.

- C'est vrai mais… tenta la dresseuse.

- Magnifique ! J'étudie l'énergie infinie, et la méga évolution est une des clefs pour mieux comprendre son fonctionnement. Accepteriez-vous de me laisser étudier la méga évolution de votre pokémon ?

Devant la gêne de la jeune fille, Pierre s'empressa d'ajouter :

- Tu peux refuser ! C'est juste une requête.

- Le problème ne vient pas de là, la vérité c'est que je n'ai plus ma gemme sésame !

Devant les regards étonnés de ses interlocuteurs, elle s'empressa de tout expliquer.

- Effectivement c'est un problème de taille, surtout si ton adversaire est capable d'utiliser la méga-évolution, constata Pierre. Les récupérer sera difficile, mais tu peux compter sur moi pour t'aider !


Serena souffla une fois à l'air libre, avec l'aide du champion elle avait une chance de faire avancer son affaire. Le ventre de son monstre gargouilla, signe qu'il était l'heure d'aller manger. Elle ne remarqua que trop tard le petit objet cubique qui tomba du ciel, une fumée noire en émana. Lorsqu'elle put enfin voir nettement, son pokémon n'était plus à côté d'elle et un ballon en forme de Miaouss était déjà loin dans le ciel.

- Ça faisait longtemps ! pesta-t-elle.

La team rocket s'était suffisamment éloignée, elle sortit le dragon de sa cage et entrava ses ailes, bras et jambes à l'aide d'anneaux. Le pokémon commença à se débattre et à cracher des flammes en direction des bandits. Ils allaient regretter de ne pas avoir bloqué sa gueule ! Nullement effrayée, Jessie évita les flammes et lui décocha un violent coup de pied sous la mâchoire. Le métamorphosé était sonné, satisfaite sa tortionnaire s'abaissa à son niveau.

- On va commencer par le début Sacha, dis-moi tout ce tu sais sur Mew et Miaouss se chargera de la traduction.

Sacha frissonna, il n'avait jamais vu Jessie aussi sérieuse. La forêt était devenue silencieuse comme si elle avait senti le danger. Le pokémon contorsionna son corps pour retrouver sa position assise.

« Je n'ai pas l'intention de vous aider ! » s'énerva le reptile.

- Réponds.

Le ton de Jessie était glacial, vu la situation, il sentait qu'il avait intérêt à obéir. Est-ce que ça allait de céder à leur chantage ? Pour le moment il devait gagner du temps, il savait que Serena devait tout mettre en œuvre pour le retrouver ! Il commença à raconter sa rencontre avec Mew.

- Où est-il maintenant ? demanda Jessie.

« Je n'en ai aucune idée et de toute façon vous seriez incapable de le capturer » traduisit Miaouss mal à l'aise.

Un nouveau coup de pied fit taire le dragon, il s'étala sur le sol et elle continua à exercer la pression de son pied sur sa tête pour éviter qu'il ne se relève. Son talon mettait de plus en plus à mal les écailles du pokémon.

- Jessie, calme-toi, il ne ment pas ! tenta James.

Elle lui décocha un regard si noir qu'il recula d'un pas.

- Si tu ne sais pas où il est, je vais devoir passer à la méthode qu'on m'a conseillé. Mew semble avoir besoin de toi, alors une fois que je t'aurai coupé un bras ou une aile, il finira bien par apparaitre pour éviter que tu ne sois totalement impotent. Il vaudrait mieux pour toi qu'il rapplique avant que ta tête ne se détache de ton corps.

Sacha savait qu'elle était on ne peut plus sérieuse. Il la vit retourner vers la montgolfière et en sortir un objet métallique, il émit un bruit strident. Alors qu'elle se rapprochait il pouvait voir la lame colorée vibrer, les quelques feuilles volantes qui osaient croiser sa route étaient automatiquement déchiquetées.

L'ancien dresseur se débattit, totalement terrifié, il tenta de lancer à nouveau ses flammes mais elle les traversa sans même esquisser une grimace de douleur. Elle se tenait maintenant juste devant lui, son instrument de torture juste au-dessus de sa tête.

« Serena, à l'aide ! » cria Sacha désespéré.

Une vague d'attaque obligea Jessie à s'écarter. Des larmes de joies coulèrent des yeux du dragon alors qu'il reconnaissait sa sauveuse.

- La morveuse, pesta Jessie.

- Libérez-le immédiatement, cria Serena.

Le reste de l'équipe l'entourait, prête à faire payer les bandits.

- Ça ne te regarde pas ! hurla Jessie complètement hors de contrôle.

Les pokémons de Serena relancèrent leurs attaques mais Qulbutoké s'interposa et repoussa les attaques contre leurs lanceurs. Banshitrouye se saisit de l'occasion pour utiliser balle ombre et infliger de sérieux dommages à la dresseuse. Jessie s'était déjà rapprochée de la jeune fille au sol, son arme à la main prête à frapper :

- Je n'ai pas besoin de toi ! hurla la voleuse.

Serena va se faire tuer ! Sacha sentit la peur étreindre tout son corps, comme cette fois-là au volcan. Le masque lui murmura : quel est ton rêve ? Quel est le lien que tu souhaites protéger ?

James regardait son ancienne amie perdre complètement la raison, il était incapable de bouger malgré les cris de Miaouss qui la suppliait d'arrêter. Un bruit derrière lui attira son attention, Sacha venait de briser ses liens. Il arriva en quelques instants auprès de sa dresseuse, et bloqua la scie à l'aide de son dracaugriffe. L'arme parvint tout de même à entamer sa chair, mais malgré la douleur il refusait de bouger, continuant de protéger sa dresseuse. James ne l'avait jamais vu avec un regard aussi déterminé, uniquement focalisé sur la personne qu'il devait protéger. Depuis quand ce morveux avait-il autant grandi ? Ou bien était-ce lui qui n'avait jamais évolué depuis tout ce temps ? James ferma les yeux, se mordant la lèvre jusqu'au sang, c'était vraiment ce qu'il voulait ? Que Jessie devienne une meurtrière !

La femme au regard fou repris de l'élan pour préparer sa seconde attaque, le dragon encore blessé au bras serra contre lui sa dresseuse, prêt à souffrir à nouveau.

- Arrête !

Malgré le cri de James, la tueuse abattit son arme qui vrombit en fendant l'air. Elle déchira la chair et un peu de sang éclaboussa le visage de sa manieuse. Jessie affichait un sourire satisfait en sentant qu'elle avait touché sa cible mais il se changea vite en une moue de terreur. Ce n'était pas le pokémon qui se trouvait sous sa lame avide, mais bien son ami de toujours ! Il affichait un visage de douleur alors que le sang coulait de sa plaie. Tout le monde autour était tétanisé. James finit par saisir la main de Jessie et la repousser.

- Je vais t'aider ! Je vais t'aider à trouver Mew ! Alors je t'en supplie, reste la Jessie de la team Rocket, haleta James.

Elle finit par se reculer et son arme s'échoua sur le sol. Le bandit s'approcha d'elle et lui sourit, son teint était livide et il tentait vainement d'arrêter l'hémorragie à l'aide de sa main. Elle se laissa faire alors qu'il la tirait pour s'éloigner, le pas légèrement chancelant. Il se tourna une dernière fois vers Sacha pour lui dire :

- Tu as bien grandi, il est peut-être temps que je fasse de même.


La team Rocket avait disparu, Sacha ne s'était jamais senti aussi soulagé qu'à ce moment. Serena prit son sac et en sortit quelques bandages et de quoi désinfecter la plaie.

- Tu t'es encore blessé pour me protéger, le réprimanda-t-elle.

Elle saisit sa patte et commença les premiers soins, elle s'appliquait tellement sur sa tâche que le dragon en profita pour la détailler. Il aimait son visage quand elle était concentrée. Il se détourna vite lorsqu'elle eut fini, il ne devait pas laisser apparaitre ses émotions pour le moment.

- Il a dit que tu avais grandi… il t'a connu quand tu étais un Salamèche ?

Le dragon acquiesça, ce n'était pas faux en soit, c'était même grâce à eux qu'il avait atterri auprès de Serena.

- Je les connais bien, mais c'est la première fois qu'ils agissent comme ça. J'étais tétanisée… si tu n'étais pas intervenue elle m'aurait tranchée sans hésiter. Je me demande ce qui a pu arriver.

Les autres pokémons s'approchèrent et se frottèrent contre leur dresseuse, elle commença à les caresser mais elle ne pouvait pas s'arrêter de penser à ce qu'il se passait ces derniers temps.

- Quand j'y repense mon voyage à Kalos était paisible. J'ai l'impression qu'ici les gens deviennent complètement fous.


Ils étaient de retour à Mérouville, Serena préférait confier son pokémon aux soins experts de l'infirmière Joëlle mais à peine avait elle fait quelques pas dans la ville qu'une nuée de journalistes fondit sur elle. Les flashs l'aveuglaient et ils criaient créant un brouhaha incompréhensible. Dracaufeu s'empressa de s'envoler avec sa dresseuse et ils réussirent à s'enfuir en se cachant sur les toits.

- Je ne sais pas comment Atalante faisait pour supporter tout ça, souffla Serena.

Ils étaient enfin parvenus au centre. Alors qu'elle déposait ses pokémons, elle sentit que quelque chose n'allait pas. Joëlle semblait gênée et mal à l'aise.

- Il y a un problème ? demanda Serena.

L'infirmière s'empressa de démentir et un Leveinard s'occupa d'emmener les pokémons. La soigneuse resta concentré un long moment sur la jeune fille en face d'elle jusqu'au moment où elle se décida à dire ce qu'elle avait sur le cœur :

- Je ne sais pas jusqu'où la presse a raison mais souvenez-vous que les pokémons sont des êtres purs. J'espère que vous ne ferez pas souffrir votre Dracaufeu.

Serena en resta bouche bée, elle sentit soudain les regards qui pesaient sur elle et se dépêcha d'aller s'assoir. Elle pouvait entendre les gens murmurer en la dévisageant. Elle ne pensait pas que les médias pouvaient influencer aussi vite l'esprit des gens.

N'ont-ils pas raison finalement ? Tu sais parfaitement que tu ne ressens pas que de l'amitié pour Dracaufeu, murmura une voix dans sa tête. Elle se boucha les oreilles en se répétant que tout cela était faux. Elle attendit dans cette position encore un moment jusqu'à ce qu'enfin ses pokémons viennent la retrouver.

Serena n'était pas en grande forme et sans informations, il était inutile de se remettre à la recherche d'Amaryllis. Elle préféra rester quelques temps au centre pour que son pokémon se rétablisse complètement.


L'actualité ne semblait pas vouloir diminuer son effervescence à son sujet, tous les soirs elle regardait la télévision et finissait par l'éteindre en vitesse. Sauf une fois, où elle tomba sur une émission un peu spéciale. L'invité sur le plateau n'était autre qu'Atalante, toujours aussi à l'aise avec les médias. Elle ne perdait pas en répartie et défendait du mieux qu'elle pouvait celle qui lui avait succédé.

- Un de vos amis, Liseron si je ne me m'abuse, avait aussi été victime d'une affaire similaire, avait abordé un des journalistes.

- Je m'en souviens bien, ce n'était que purs mensonges.

- Pourtant, on parlait du fait qu'il voyait en son Machopeur une de ses amies.

- Il est quelque peu excentrique et a toujours tendance à exagérer, les rumeurs ont dû partir de là.

Quelque chose sonnait faux dans la voix d'Atalante, elle répondait beaucoup plus sèchement aux questions qui concernaient son vieux rival. Serena n'avait jamais entendu parler de cette histoire, et Liseron n'en avait jamais rien laissé paraitre. Elle avait un peu espoir que tout comme lui, le public se lasse et finisse par la laisser tranquille.

- Mais tout de même, n'essayeriez-vous de couvrir la nouvelle championne du grand festival, continua le journaliste.

- Je vais être clair sur ma position, les pokémons utilisés comme remplaçant d'humains souffrent énormément. En tant qu'ancienne top coordinatrice, je veillerai à ce qu'aucun pokémon n'ait à subir une telle épreuve ! Et bien sûr, si Serena était de cette espèce, je veillerai personnellement à ce qu'elle en assume les conséquences.

Serena éteignit la télévision et se laissa tomber sur son lit, elle se demandait combien de temps encore elle devrait endurer ces rumeurs.


Le seul moment où l'actualité se calma au sujet de la top coordinatrice fut pour la ligue d'Hoenn. Serena suivit toute la compétition et sourit lorsque Brice fut finalement déclaré vainqueur. Elle avait un peu du mal à y croire, c'était sa première ligue et il la remportait aussi facilement. Si Sacha avait vu ça, il aurait sans doute été jaloux. Un peu comme Dracaufeu en ce moment qui regardait le poste d'un mauvais œil et grognait…

- Evites de le défier dès qu'on le reverra…


Plusieurs jours s'étaient encore écoulés. Serena lisait tranquillement une revue de mode confortablement installée dans son lit. Roussil lui arracha soudain l'article des mains. Elle n'aimait pas rester ainsi sans rien faire.

- Pour l'instant il vaut mieux faire profil bas et attendre d'avoir plus de nouvelles sur Amaryllis.

La renarde la dévisagea, ils n'auraient pas plus d'indices en restant ici.

« Tu ne dis rien Sacha ? » gronda-t-elle.

Le pokémon feu jouait avec les frères électriques qui se servaient de son dos comme d'un toboggan. Tous s'arrêtèrent devant le regard énervé de l'ancienne.

« Serena n'a pas tort… » tenta-t-il.

« Mais ça fait plus d'une semaine qu'on est coincé ici ! » se plaignit à son tour le panda.

Nymphali tenta de le calmer mais il la repoussa. Il sauta sur le lit et bien campé s'écria :

« C'est de ta faute Sacha si on en est là ! »

« Ma faute !? »

« Si tu avais suivi Serena à Hoenn dès le début tout aurait été beaucoup plus simple ! »

« Tu parles, vous n'auriez jamais gagné le grand festival sans moi dans l'équipe ! » s'énerva le dragon.

« Qu'est-ce que tu entends par là ? Qu'on n'est pas assez bon pour aider Serena ? » s'énerva le pokémon ténèbre.

« C'est pas moi qui le dit, mais je vois que t'es assez intelligent pour t'en rendre compte toi-même. »

« Sacha tu n'es pas sérieux ! » paniqua l'évolition.

Il dévisagea la petite troupe en face de lui, il s'était emporté et ses mots avaient dépassé sa pensée. Mais avant qu'il ne puisse s'excuser le panda lui cria dessus :

« Si t'es si bon alors restes un pokémon. De toute façon tu ne retrouveras jamais ton apparence ! »

« Pandespiègle tu vas trop loin ! » lui rappela Roussil.

Mais le mal était déjà fait, Sacha avait toujours en mémoire les mots d'Amaryllis, que le processus était irréversible.

« Tu mens ! » Cria Sacha en même temps qu'il préparait une attaque lance flamme sans écouter sa dresseuse qui le suppliait de se calmer.

Il allait réduire en cendre la chambre et Serena ne pouvait pas le laisser faire. Elle saisit son manteau et parvint à l'enrouler autour de la gueule fumante du monstre. Surpris il recula et buta contre le lit lui faisant définitivement perdre l'équilibre.

De l'autre côté de la porte l'infirmière Joëlle était témoin des bruits étranges qui se produisaient dans la petite chambre. Elle avait un message pour la jeune fille, et si au début elle avait voulu préserver l'intimité de la coordinatrice, sa curiosité l'emporta et elle ouvrit la porte.

Joëlle n'en revenait pas de cet étrange spectacle. La dresseuse était totalement étalée sur son Dracaufeu, elle respirait bruyamment et son visage était rouge pendant qu'elle maintenait fermement la gueule de son pokémon. Elle releva lentement la tête, prenant appui sur le torse du monstre. D'abord surprise de voir Joëlle complètement tétanisée sur le pas de la porte, elle se rendit compte de la situation dans laquelle elle se trouvait. En partie…

- Ce n'est pas ce que vous croyez ! s'écria la coordinatrice pendant qu'elle essayait de se relever.

L'infirmière sembla quelque peu reprendre ses esprits.

- Quelqu'un veut vous parler de toute urgence au visiophone ! dit-elle rapidement avant de s'enfuir en claquant la porte.

- Elle a dû croire que je voulais t'embrasser… mais je n'étais pas si près de ton visage pourtant ! C'est un vrai cauchemar ! se lamenta Serena, trop innocente pour saisir ce que l'infirmière avait imaginé.

Sacha se dégagea du manteau, alors qu'elle lui lançait un regard plein de reproche. Il préféra se cacher derrière ses ailes le temps que la tempête se calme.

Serena descendit en toute discrétion jusqu'au visiophone. Brice l'attendait tout sourire, bien qu'il devine en voyant la tête gênée de la jeune fille qu'il s'était passé quelque chose. Il eut beau tenter d'avoir plus de détails, elle ne céda pas et se contenta de se renseigner sur le motif de son appel. Brice repris son sérieux, un membre de la famille d'Amaryllis se trouvait au site météore. C'était leur meilleure chance de trouver une piste concernant leur voleuse. Serena lui proposa de le rejoindre sur le site, elle n'avait pas envie de rester une minute de plus au centre pokémon.

La caverne du site météore était toujours aussi alambiquée et il fallut un moment à Brice et Serena pour trouver celle qu'ils cherchaient. La dame d'un âge respectable les attendait patiemment au milieu d'un pont suspendu et observait l'eau cristalline en contrebas.

- Je suis désolé que ma fille vous ait causé des ennuis, s'excusa-t-elle. Mais je ne vais pas pouvoir beaucoup vous aider, même à moi elle ne m'a pas parlé de l'endroit où elle se rendait.

- Et vous n'auriez pas une idée de son objectif ? demanda Serena.

- Elle a tendance à garder les choses pour elle, mais je veux croire qu'elle agit pour de bonnes raisons. Ce n'est pas une vulgaire voleuse !

- L'amour d'une mère pour son enfant est sans égal, il peut même mener à faire des folies, remarqua Brice.

Le regard de la vieille femme s'assombrit, elle leur demanda de partir prétextant qu'elle était fatiguée.

- Encore une question madame, je vous en prie ! s'écria Serena.

- Très bien, mais dépêche-toi.

- Pourquoi Amaryllis croit que Chuchmur est sa fille ?

La vieille déglutit mais cacher la vérité ne servait à rien.

- Sa véritable fille est morte au cours d'un éboulement. Je tremble encore à ce souvenir, les pierres avaient réduit une partie de son corps en charpie, elle était au seuil de la mort. Amaryllis était anéantie, sa fille respirait encore quand elle l'a amené au temple du site météore. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé là-bas, mais lorsqu'elle est revenue, elle était accompagnée de ce Chuchmur et rayonnait de bonheur comme si la mort de sa fille n'avait jamais eu lieu. Concernant le corps de ma petite fille… on ne l'a jamais retrouvé.

Sacha et Brice s'échangèrent un regard, leurs doutes se confirmaient. Si tout cela était vrai, il y avait donc plusieurs masques capables de transformer un humain en pokémon !


Le professeur Edivo avait offert l'hospitalité aux voyageurs. Brice et Sacha attendirent impatiemment que la dresseuse soit endormie pour sortir hors des tentes. Edivo les attendait à l'extérieur, un énorme sac sur le dos, il bailla tout en se plaignant :

- Crapahuter la nuit ce n'est plus de mon âge.

- Pi ! le rabroua la souris électrique.

Le pokemon jaune n'avait qu'une hâte : avancer dans la recherche d'un moyen de faire revenir son dresseur à la normale et pouvoir à nouveau voyager.

« Tu n'as pas l'air de bonne humeur… » remarqua Sacha.

« Tu aurais pu venir me voir dès que tu es arrivé ! » se plaignit Pikachu.

« Désolé, je devais veiller à ce que Serena ne nous remarque pas. »

« Serena, tu n'as que ce mot à la bouche ! Pourquoi tu ne lui as toujours rien dit ? Pourquoi tu n'es toujours pas revenu avec moi pour rapidement trouver une solution ? Tu préfères rester dans cet état et continuer de voyager avec elle ?» gronda la souris.

« Qu'est ce qui te prends ? Pourquoi tu t'énerves ? »

« Je pensais que l'on voyagerait toujours ensemble mais maintenant… Dis-moi Sacha, est-ce que tout redeviendra comme avant une fois que tu auras retrouvé ton corps ? »

L'ancien dresseur ne savait pas quoi lui répondre, malgré son envie de rassurer son ami de toujours il ne pouvait pas non plus lui mentir. Il ne voulait plus quitter Serena, et ce sentiment ne changerait pas une fois redevenu humain. C'était donc impossible pour lui de reprendre totalement sa vie d'avant, sans attache et sans se préoccuper de ceux qu'il laissait derrière lui.

- Allez les troupes ! On se motive ! Une fois que Sacha sera redevenu humain il pourra enfin faire sa déclaration à Serena, chuchota Brice sur un ton enjoué pour tenter d'apaiser tout le monde.

Le dragon rougit légèrement à cette idée sous le regard mauvais de Pikachu. Se rendant compte de son erreur, Sacha s'empressa de partir en direction de la grotte météore.

Edivo était un bien meilleur guide que Brice et ils ne tardèrent pas à arriver au temple. Enfin, si on pouvait l'appeler ainsi, il n'était composé que d'un simple hôtel éclairé de quelques bougies que les gens du coin avaient dû déposer. Sacha pesta, il n'y avait absolument aucun indice ! Il frappa dans un mur pour se défouler faisant réagir immédiatement Brice.

- On dirait que ça sonne creux, il y a peut-être une pièce cachée derrière.

- Attendez les mômes ! cria Edivo. Vous ne comptez tout de même pas endommager ce trésor historique ! Ce serait un blasphème pour un archéologue.

- Alors fermez les yeux, soupira Brice.

- Certainement pas ! Les anciens n'étaient pas des idiots.

Pour illustrer ses dires, il tata les pierres jusqu'à trouver ce qu'il cherchait.

- Sacha, viens m'aider à pousser ce rocher.

Le pokémon s'exécuta et à sa grande surprise, le rocher bougea pour laisser libre le passage. Il y avait bien une autre pièce creusée dans la roche. Edivo de son œil expert remarqua immédiatement un renfoncement dans un des murs.

- Un objet précieux devait y être posé, si nos hypothèses sont exactes ce devait être le masque. Ce serait tout à fait possible vu que la ville d'Atellanes et le peuple météore étaient à l'époque deux villes proches qui réalisaient souvent des échanges. Cependant, il n'y a aucune fresque ou inscription ici pour nous éclairer. C'est bien étrange si cette pièce contenait bien un objet sacré…

Sacha cracha une petite gerbe de flamme de dépit, celle-ci traversa la pièce et se refléta sur un petit coffre caché dans un coin de la pièce. Edivo fit des yeux ronds devant cette incroyable découverte. Brice s'élança vers le coffre pour voir ce qu'il contenait mais une main ferme le retint.

- Ne le touches pas comme ça, tu pourrais l'endommager !

Edivo prit des gants et saisit avec précaution le coffre de bois, il fut surpris de se rendre compte qu'il était protégé par rune protect. Cela arrangeait bien ses affaires, les objets archéologiques protégés par ce genre de capacités étaient toujours en parfait état, protégés de toutes décompositions.

L'archéologue aurait voulu ramener sa précieuse découverte au labo mais devant les regards insistants de ses compagnons et les gerbes électriques que le pokémon souris émettait, mieux valait ne pas perdre de temps. Il ouvrit la boite avec lenteur et découvrit son contenu avec émerveillement. Tout un ensemble de lettre y étaient entreposées.

- C'est décevant, souffla Brice.

- Incultes ! Les lettres sont un véritable trésor ! Elles décrivent les modes de vies et surtout elles permettent de se représenter la personnalité et les liens qu'entretenaient les correspondants ! C'est comme assister à une conversation des temps anciens !

Edivo se saisit d'une des lettres et cria de joie, il reconnaissait la langue utilisée, c'était la même que ce qu'ils avaient retrouvé dans les ruines.

- Ces lettres sont donc d'à peu près la même époque que le masque, la ville d'Atellanes aurait très bien pu leur offrir un masque pour renforcer ses relations !

- Vous pouvez traduire ces lettres une fois au labo? demanda Brice comprenant soudain leur importance.

- Ne me sous-estime pas ! Je suis parfaitement capable de te les lire ici si tu me laisses quelques minutes.