Chapitre 3 – Le TV Show ! Reconstitution de la vie d'une famille antique

La voix du professeur Edivo résonna au milieu de la pièce rocheuse, prêt à révéler les secrets des temps anciens.

« Cher Akouo,

Je viens d'emménager à Atellanes et tu ne peux imaginer ma surprise lorsque j'ai découvert qu'Amisos, notre ami d'enfance, s'y trouvait aussi. Il est resté tel qu'il était : humble et doux mais aussi passionné par le théâtre. Il s'est ainsi perfectionné dans la fabrication de masques et en a fait son métier. Si seulement tu pouvais les voir, ils sont si travaillés qu'on s'attendrait à ce que ces visages prennent soudain vie. Et en parlant de vie, sa femme attend un enfant. Il naitra probablement durant l'été et enrichira davantage encore la vie de ce brave Amisos.

Ton ami, Aggelos. »

L'archéologue rangea soigneusement la première lettre, se saisit de la seconde délicatement et recommença sa lecture.

« Cher Akouo,

Cela faisait longtemps que je ne t'avais pas écrit et je m'en excuse. Mais j'ai une bien triste nouvelle à t'annoncer : la femme d'Amisos est morte en donnant la vie. Notre vieil ami était si dévasté que j'ai eu peine à lui faire quitter le corps de sa femme pour s'occuper de sa fille nouveau née. Mais je suis certain qu'il parviendra à surmonter cette épreuve, et je serai là pour l'épauler.

Ton ami, Aggelos. »

« Cher Akouo,

J'ai encore une fois mis du temps à t'écrire. J'avais cependant cruellement besoin de me confier sur ce qui me tracasse ces derniers mois. L'autre jour, ce cher Amisos est venu avec une étrange pierre noire qui ressemblait à du charbon. Elle n'avait probablement aucune valeur mais quand je l'ai vu, j'ai ressenti des sueurs froides me parcourir. J'ai été encore plus étonné lorsqu'il m'a dit qu'il voulait en faire un masque. Je doute qu'il puisse en tirer quelque chose mais je n'ai pas osé le contredire, depuis la mort de sa femme il n'est plus vraiment le même.

Ce qui m'inquiète le plus est qu'il parle sans arrêt d'une étrange créature magique qui flotte dans les airs et vient lui rendre visite pour s'amuser avec sa fille. Il m'a soutenu que grâce à sa fille, ce pokémon qui pleurait tous les jours avait trouvé la motivation pour vivre. Cependant, les descriptions qu'il fait de ce pokémon ne correspondent en rien aux pokémons que nous connaissons. Pire même, lorsque je lui ai demandé si je pouvais le voir, il m'a montré un arcko à la fenêtre en me soutenant qu'il s'agissait du mystérieux pokémons.

J'ai hâte de savoir ce que tu en penses.

Ton ami, Aggelos »

« Cher Akouo,

Les choses n'ont fait qu'empirer depuis ma dernière lettre. Anastis, la fille d'Amisos est terriblement malade. Son père semblait cacher ce fait depuis un moment, seulement la peau laiteuse et les quintes de toux sanglantes ne sont plus dissimulables.

J'ai récemment réussi à le convaincre d'ausculter sa fille mais son cas dépasse mes compétences de médecin. Peut-être le savait-il et c'est pour cela qu'il ne m'a pas demandé plus tôt. La pauvre petite, finir sa vie si jeune, ce monde est vraiment cruel.

Ton ami, Aggelos »

« Cher Akouo,

Anastis a disparu, ou bien est-elle déjà morte. Je crains qu'Amisos refuse ce fait douloureux et qu'il se soit empressé de cacher le corps pour nier la réalité.

Il est venu me voir peu après la disparition, accompagné d'un Salamèche. Il me soutenait qu'il s'agissait de sa fille avec un grand sourire. J'ai bien entendu contesté ces élucubrations pour ne pas le conforter dans sa folie.

Je pense que ce dernier coup du destin a été fatal pour lui. Il n'arrêtait pas de parler de ce masque fait avec cette pierre noir. Il m'assurait qu'il avait la propriété de briller comme le soleil et possédait de fabuleux pouvoirs. Il m'a dit que la petite créature magique que jamais personne d'autre n'avait vu avait accepté son souhait.

Je dois tout faire pour lui permettre d'accepter la réalité, au nom de notre amitié.

Ton ami, Aggelos »

« Cher Akouo,

Je ne sais plus quoi faire ! J'ai besoin de tes conseils. Malgré toutes mes tentatives, il continue à affirmer que Salamèche est sa fille. L'esprit humain est terrifiant lorsqu'il perd ceux qui lui sont chers.

Amisos collecte d'autres pierres noires pour créer des masques. Il m'assure que grâce à cela, de nombreuses autres vies pourront être sauvées.

Ce qui m'inquiète le plus est que moi-même il m'arrive parfois de douter sur ce Salamèche. Quand ce petit être me fixe, j'ai l'impression de revoir les yeux pétillants et candides d'Anastis.

Toi qui lis ces lignes, penses-tu que je suis la folie me gagne ?

Ton ami, Aggelos. »

« Cher Akouo,

Lorsque j'écris cette lettre, j'ai encore du mal à y croire.

Le fils d'un de nos voisins avait été grièvement blessé après une malheureuse chute. La plupart de ces os avaient été brisé et il était en train d'agoniser sous le regard impuissant de ses parents et de moi-même. C'est ce moment que choisit Amisos pour faire irruption, un de ses masques à la main. Je voulais le faire partir pour ne pas empirer la situation déjà douloureuse, mais il m'a repoussé avec force avant de poser le masque sur le visage du garçon. Une lumière nous a tous éblouit, et l'instant d'après à la place de l'enfant se tenait une créature magique. Je compris immédiatement tout comme les parents ce qu'il s'était passé.

Il s'est changé en créature magique. Tu y crois toi, mon cher ami ? Mes voisins ont immédiatement accepté cet état. Je me dis que peu importe la forme, il restait leur fils et l'essentiel était qu'il soit en vie et en bonne santé.

Cette histoire s'est vite rependue dans la ville. Amisos a réitéré ce miracle plusieurs fois.

Nous l'acceptons petit à petit : les humains peuvent être sauvés sous la forme d'une créature magique.

Ton ami, Aggelos. »

« A l'aide Akouo,

La situation dans la citée est devenue incontrôlable.

Amisos a été arrêté et trainé devant les consuls. Tous les habitants étaient réunis pour assister à ce spectacle hors norme. Notre vieil ami, enchainé, traité comme un criminel lui qui avait pourtant sauvé tant de vies.

J'ai été horrifié par les magistrats, ces hommes que nous avions pourtant élus pour leur vertu. Cette bande de comédiens, sous prétexte de protéger la ville, je suis certain qu'ils souhaitent créer une armée et contrôler notre pays. Ils ont demandé à ce que tous les masques soient remis, y compris ceux qui étaient déjà utilisé.

La raison de l'arrestation d'Amisos était évidente, ils souhaitaient qu'il leur révèle le moyen de retirer les masques du visage des métamorphosés. Notre ami a refusé, et ils ont commencé à le torturer sous le regard outré de la foule, mais nous ne pouvions agir. Des soldats d'une ville voisine étaient aussi présents pour nous contenir, la moindre étincelle risquait de provoquer un bain de sang.

Amisos s'est muré dans son silence jusqu'à ce qu'ils amènent Anastis. Elle avait toujours sa forme de Salamèche mais il était facile de comprendre à quel point elle était terrifiée. Ils ont menacé de l'exécuter s'il ne répondait pas. Amisos a alors pleuré, les a supplié pour finalement céder à leur chantage et avouer la vérité qui, il le savait, ne sauverait pas sa fille.

Nous avons ainsi appris comment retransformer une créature magique en humain : la personne devait être baignée dans le soleil le plus pur, loin de tout air terrestre et devait se refléter sur un objet capable d'inverser le processus : les étoiles filantes. Inutile de te dire que c'était impossible.

Non satisfait les consuls ont exécuté Anastis. Le visage d'Amisos se marqua si profondément… maintenant je me dis qu'il savait ce que cet acte allait impliquer. Le Salamèche disparut, et je revis le visage d'Anastis. Elle était redevenue humaine et le masque roula sur le sol. La solution qu'Amisos voulait cacher était le meurtre. Les consuls ont souri de manière si atroce.

Tout le monde a couru, les gens qui avaient des proches transformés en créatures magiques se sont rués chez eux et ont pris toutes les armes qui leur tombaient sous la main.

Je suis resté tétanisé quelques instants et au milieu de la cohue, cette créature magique qu'Amisos m'avait si souvent décrit. Il lévitait près du corps de la petite fille, ses yeux étaient emplis de peines.

Je ne sais pas si cette lettre te parviendra. Je ne sais pas ce que va devenir Atellanes. Le masque qu'un jour Amisos m'a confié, je suis trop lâche pour le garder. Surtout garde secret le fait que tu le possèdes où les tragédies recommenceront. J'espère qu'il te permettra un jour de sauver un être qui t'es cher.

Adieu. »

- Il n'y a pas d'autres lettres ? demanda Brice.

- Celle-ci était tachée de larmes et de sang, je suppose que s'était la dernière constata l'archéologue. Je savais que la citée avait été victime d'une guerre civile qui l'avait anéantit. J'étais loin de me douter que ces masques en étaient la cause.

- Mais maintenant on sait comment retransformer Sacha, les conditions que cet Amisos a mentionnées doivent être possible maintenant, remarqua Brice.

- Non, répondit Edivo.

Sacha ne comprenait pas pourquoi il était aussi catégorique, la lumière parfaite du soleil ne devait pas être difficile à reproduire, il fallait juste trouver une météorite capable de le retransformer. Edivo comprit les interrogations du pokémon et s'expliqua :

- J'espérais sincèrement trouver une autre solution que ce que j'avais supposé mais… Sacha, le problème n'est pas de trouver la météorite mais bien la lumière pure du soleil. Le spectre solaire qui nous arrive, et même celui qui diffuse dans l'espace est différent de la lumière originelle. J'ai discuté avec de nombreux physiciens sur la longueur d'onde du masque que j'avais analysé, la météorite sert juste à inverser la longueur d'onde, à la manière d'un miroir. Le spectre qui doit être inversé correspond à ce qu'on pense être le cœur du soleil. Sacha, il n'y a aucun moyen de se rendre au cœur d'une étoile ou de reproduire cette énergie sans te tuer. Tu… ne pourras jamais redevenir humain.

Les jambes de Sacha tremblaient, il se laissa tomber sur le sol, les yeux vitreux. Il n'arrivait pas à encaisser le choc de la nouvelle.

Pikachu aussi était tétanisé, cette simple erreur qu'il avait faite causait la fin de son voyage.

- Je sais que ce n'est pas facile, mais maintenant qu'on sait qu'il n'y a rien à faire, pourquoi ne pas tout expliquer à Serena ? proposa Brice.

A la surprise de ses amis, Sacha refusa. Il ne voulait pas ruiner la vie de Serena. Il savait parfaitement que même si elle l'acceptait, les autres gens seraient septiques. Elle serait traitée de folle tout comme Amaryllis, tout comme cet Amisos. Le métamorphosé s'en voulait, non seulement il serait condamné à lui mentir mais elle risquait de continuer à le chercher sans jamais le trouver. Peut-être finirait-elle par le haïr, se pensant trahie et abandonnée. Les larmes commencèrent à couler sur le visage du dragon, lui qui disait toujours qu'il ne fallait pas abandonner… Le vrai Sacha est en train de disparaitre.


La petite équipe quitta le site fatidique et retourna au campement. Serena dormait toujours paisiblement, ne se doutant pas de ce qu'il venait d'arriver. A la lueur de la flamme qui brulait au bout de sa queue, Sacha détailla le visage de sa partenaire. L'ombre et la lumière dansaient sur son visage, ses paupières légères, son nez délicat, ses cheveux légèrement en bataille et ses lèvres…

Pikachu se tenait à côté de l'ancien humain, témoin de l'admiration qu'il vouait pour la jeune fille.

« Est-ce que tu me reconnais toujours comme ton dresseur ? » demanda Sacha à son vieil ami.

La souris aurait sincèrement voulu lui répondre qu'il était toujours le même, mais il voyait bien le regard du Dracaufeu. Eux qui étaient inséparables, il n'avait pas hésité à le quitter pour suivre la kalosienne. Pikachu le savait, son ami ne rêvait plus de voyager aux côtés des pokémons pour devenir maître.

« Je suis désolé, je suppose que c'est ma punition, » répondit Pikachu les larmes aux yeux.

Il quitta la tente, empli de chagrin et de jalousie. Dracaufeu ne chercha pas à le rattraper.

Le dragon était toujours fixé sur les lèvres entrouvertes de la jeune fille. Il s'était toujours demandé pourquoi les adultes exprimaient leur amour en joignant leurs lèvres, qu'est-ce que ça leur apportait ? Il avait eu un début de réponse à Kalos lorsqu'elle lui avait fait ses adieux. Il ne pouvait pas dire qu'il n'avait rien ressentit, mais son cœur encore refermé avait refusé qu'il puisse en vouloir davantage. L'ironie voulait qu'en cet instant où il n'avait plus d'issues, il souhaitait revivre cette sensation.

Il se rapprocha lentement, il pouvait sentir le souffle de sa dresseuse contre ses écailles, il n'était plus qu'à quelques centimètres. La dernière chance qu'il avait de gouter ce qui lui était interdit. Et intérieurement il pleurait. Il pleurait car c'était à nouveau un signe d'adieu. Il s'arrêta alors que sous la lueur de sa flamme luisait deux saphirs. Elle avait ouvert les yeux et murmura encore emprisonnée dans la brume du sommeil :

- Sacha ?

Elle se recula soudain et repoussa le dragon au-dessus d'elle. Les questions se bousculaient dans sa tête, elle avait cru sentir la présence de Sacha mais c'était son pokémon qui… Elle lui demanda tremblante :

- Qu'est-ce que tu allais faire ?

Leurs ombres se projetaient sur la toile, le pokémon restait immobile en face de sa dresseuse. Il restait silencieux et baissait les yeux sans oser admettre l'inavouable.

- Réponds Dracaufeu ! s'énerva-t-elle.

Il ne la regardait toujours pas. Elle se rendit alors compte qu'elle lui demandait de lui expliquer comme s'il était humain, comme s'il pouvait émettre des mots.

- Est-ce que… je perds la raison ? Souffla-t-elle.


Brice était allongé dans son lit de fortune, trop occupé à réfléchir pour que le sommeil l'emporte. Mew était bien lié aux masques. Mew était responsable de la disparition de la cité antique. L'inspecteur souffla, il aurait voulu tenter de retirer le masque pour voir si cela faisait apparaitre Mew mais c'était impossible. C'est bien dommage, il avait vraiment espéré pouvoir épargner des douleurs inutiles à Sacha. Il allait laisser un peu de répit à son ami, et puis il tenait à voir une exposition à Lavandia alors autant patienter jusque-là. Il saisit son holokit et tapa rapidement ses ordres à ses complices.