Chapitre 4 – Le Tv Show en direct de la course dracauriffique

Ni Dracaufeu, ni Serena n'avaient décoché un mot de toute la matinée. Brice devinait qu'il s'était encore passé quelque chose entre ces deux-là.

- Qu'est ce vous diriez d'aller à Lavandia ? Il y a une exposition d'art en partenariat avec Kalos en ce moment ! proposa le gagnant de la ligue.

Serena cligna plusieurs fois des yeux, se demandant s'il était sérieux et finalement demanda :

- Pourquoi tu nous proposes ça ? Je te rappelle qu'on doit retrouver Amaryllis.

- On n'a toujours aucune idée de l'endroit où elle peut-être. Comme tu es originaire de Kalos j'ai pensé que ça te ferait plaisir.

La jeune fille le fixa un instant avant de céder. Sur le fond il avait raison et son attention était plutôt touchante. Brice était un ami prévenant, et elle ne voulait pas passer pour la méchante en détruisant ses bonnes intentions.

Le reptile était moins confiant. Il ne voulait pas douter de la bonne fois de leur ami mais il avait l'impression que Brice ne montrait qu'un sourire de façade et dissimulait ses véritables intentions. Cette fois ça ne se résumait pas en une de ses veines tentatives de draguer Serena.

Ils quittèrent le professeur Edivo sur le dos de leurs pokémons. Serena ne pouvait pas s'empêcher de penser à ce qu'il s'était passé durant la nuit. Elle savait que ce n'était pas un rêve ou le fruit de son imagination, mais comment Dracaufeu pourrait-il avoir de telles pensées ? On lui avait toujours dit que les pokémons étaient incapables de ressentir du désir pour les humains. Que c'était une perversion réservée aux humains. Donc si c'était impossible le problème devait venir d'elle.

- Serena attention ! cria Brice.

Elle sortit de ses pensées, une bourrasque de vent était en train de faire perdre l'équilibre à son pokémon. Elle repositionna rapidement son corps pour lui permettre de se stabiliser.

- Tu dors ou quoi ? Tu sais bien qu'en vol, si tu n'es pas en harmonie avec ton pokémon, c'est la mort assurée ! lui rappela le dresseur.

Brice sentait que Serena n'était pas à ce qu'elle faisait, ils allaient sans doute devoir s'arrêter le temps qu'elle reprenne ses esprits.

Il trouva leur salut dans un petit village en contrebas, il semblait très animé, parfait pour se changer les idées ! Les deux dresseurs descendirent, et très vite ils se rendirent compte que non seulement les rues avaient été transformées pour accueillir toutes sortes de stands mais aussi qu'une cinquantaine de dracaufeus étaient réunis. Les dresseurs leur faisaient faire différents exercices de vols, les nourrissait ou lustraient leurs écailles.

Les dresseurs commencèrent à se promener entre les stands. Les commerçants arrêtaient les passants pour mieux dévoiler leur marchandise colorée. Certains s'étaient fait prendre au piège dont un certain pokémon ailé qui se régalait de succulentes brochettes encore fumantes. Serena soupira en les voyant les engloutir sans même les déguster.

- Je me demande ce qu'il se passe dans ce village, dit la jeune fille.

Son pokémon lui tendit une de ses brochettes, elle la regarda quelques instants. L'accident de la nuit était toujours présent mais il daignait enfin la regarder dans les yeux. Elle se saisit du présent et croqua dedans sous le regard rassuré de son monstre.

- Hey ! Tu ne serais pas la nouvelle top coordinatrice par hasard ? la héla un homme derrière son comptoir.

La jeune fille tenta de faire comme si elle n'avait rien entendu mais le marchand tenace sortit de son fief. Il lui bloqua la route et inspecta la jeune fille et son Dracaufeu d'un œil expert.

- Oui ! Tu seras parfaite pour la course de cet aprem ! s'écria le marchand.

- La… course ?

- Oui la course de dracaufeus, cet évènement a lieu tous les ans dans notre village.

- Désolé mais je vais devoir refuser, s'excusa Serena.

- Non attends ! Ecoutes moi ! Si tu participes, ça pourrait remettre un peu de tension dans cette compétition.

- Comment ça ?

- Les dracaufeus de la vallée Dracaurifique remportent la compétition chaque année et de loin. Comme il n'y a plus de suspens, les gens sont de moins en moins intéressés et ne viennent plus au village. Donc… je perds de l'argent !

- Vous voulez juste vous faire du bénéfice sur mon dos !

Le marchand grogna mais il savait où frapper pour la faire plier :

- Alors c'est vrai ce que les rumeurs racontent ?

- Que… bien sûr que non s'emporta Serena.

- Et que se passerait-il s'il y avait un témoin ?

- C'est du chantage !?

- A la guerre comme à la guerre ! Et puis les journaux me dédommageront de mes mauvaises ventes.

Serena serra les poings, cet homme se moquait d'elle.

- Brice dit quelque chose, le supplia-t-elle.

- Faire une course te changera les idées et tu n'as rien à perdre, s'amusa son ami.

- Tu sais très bien comment est la situation si je me montre les gens vont…

- Profites en pour leur prouver qu'ils ont tort, se contenta de répondre Brice.


- Bien ! Est-ce que tout le monde est prêt pour la course ? hurla la présentatrice.

Serena fit la moue, nichée sur le dos de son pokémon près de la ligne de départ. Les gens étaient déjà en train de murmurer en la pointant du doigt.

Sacha lui était plutôt amusé. Il n'avait rien dit pour ne pas contrarier sa dresseuse mais il mourrait d'envie d'affronter les autres pokémons. L'un d'eux en particulier attira son attention : des ailes robustes, des muscles puissants, un regard déterminé. Peu importait le temps qui passait, il serait toujours capable de reconnaitre SON Dracaufeu. En revanche ce dernier ne semblait pas l'avoir remarqué.

Le décompte commença, pour l'instant il devait se concentrer sur la course. Tout alla très vite quand le signal fut lancé. De la cohue générale, Serena parvint à s'extraire mais un autre Dracaufeu était déjà devant elle.

Il est rapide, pensa Serena en se protégeant du vent produit par les ailes du pokémon juste devant elle.

Sacha sourit c'était bien son Dracaufeu, mais il n'avait pas l'intention de le laisser gagner ! Il accéléra à son tour pour revenir au niveau du premier. La dresseuse qui avait pris la tête était surprise de constater que pour une fois, quelqu'un était en mesure de lui tenir tête. Son adversaire malgré son jeune âge n'était pas à prendre à la légère.

Les dracaufeus étaient au coude à coude, ils esquivaient arbres et rochers qui leurs barraient la route. La ligne d'arrivée était enfin visible. Serena sentait son cœur battre la chamade alors que son pokémon faisait bruler l'air autour d'eux.

La foule se leva ébahie lorsque la ligne fut enfin franchie, c'était une victoire incontestable de la top coordinatrice.

- Je suis impressionnée, vaincre un pokémon de la vallée Dracaurifique n'est pas donné à tout le monde. Tu as parfaitement dressé ton pokémon, la félicita la dresseuse adverse tout en lui tendant la main.

Serena souffla, c'était agréable quelqu'un qui n'avait pas entendu toutes les affreuses histoires à son sujet.

- Je suis Lise, j'ai l'impression que nos dracaufeus ont des choses à se dire. Ça te dit de venir boire un coup avec moi ? J'aurai quelques questions à te poser !

Serena remarqua qu'effectivement son pokémon se dirigeait vers son ancien adversaire, elle allait le laisser se reposer un peu.

- Dracaufeu, je vais discuter avec Lise, reposes toi en attendant ! lui cria-t-elle avant de se tourner vers son ainée. Par contre je vous préviens je suis mineure !

- Pas de problèmes, on trouvera bien un milkshake parmi tous ces stands !

- Pourquoi un milkshake… soupira la jeune fille.

Sacha la regarda s'éloigner, il espérait juste qu'il ne lui arrive bien. Faut que j'arrête de flipper sans raison, je me demande si aimer quelqu'un ça signifie aussi tout le temps s'inquiéter pour l'autre. Il s'approcha de son Dracaufeu mais il fut vite dépassé par un autre de ses congénères qui avait pour particularité de porter un nœud rose. Le perdant sembla s'excuser auprès d'elle, légèrement gêné. Mais elle se contenta de lui offrir une bouteille d'eau en souriant. Son ancien pokémon sembla enfin le remarquer, Sacha fut surpris qu'il accepte aussi bien la défaite.

« J'ignorais qu'il existait des dracaufeus plus puissants que ceux de la vallée… Tu étais parfaitement synchrone avec ta dresseuse et c'est ce qui a fait la différence. Je suis un peu jaloux, je n'ai jamais réussi à faire aussi bien avec mon dresseur. Je devrais peut-être essayer de le retrouver et retourner en voyage. »

« Ça risque de ne pas être possible, » se crispa Sacha.

Le Dracaufeu ne comprit pas tout de suite, mais il se sentait familier avec ce pokémon, comme s'il le connaissait depuis toujours.

« Tu as vraiment progressé depuis la dernière fois, je suis fier de toi ! » finit par dire Sacha.

« On se connait ? »

« C'est vrai que j'ai un peu changé, mais imagine moi avec un Pikachu sur l'épaule et une casquette. »

« Sa… SACHA !? » hurla le pokémon.

« Je vais vous laisser, » s'amusa la Dracaufeu au ruban.

Les deux pokémons s'étaient assis dans l'herbe, et discutaient allègrement de leurs aventures. Surtout Sacha qui devait expliquer la raison de son état.

« Donc l'ancien dresseur qui rêvait de devenir maître pokémon est maintenant le pokémon d'une top coordinatrice. »

« C'est assez bien résumé, » corrobora Sacha en se grattant la joue quelque peu gêné.

« En tous cas tu es bien meilleur en pokémon qu'en humain, » se moqua Dracaufeu.

« Hey ! C'est comme ça que tu traites ton dresseur ? »

« Je vois pas ce qu'il y a de mal là-dedans, tu devrais être fier de ta forme ! »

« Ça n'a pas que des avantages ! A cause de ça, je ne peux pas… Serena… » Sacha commençait à perdre ses mots.

Dracaufeu eut un sourire moqueur, il avait bien envie de taquiner son ami :

« J'ai du mal à croire que le gamin que t'étais se soit trouvé une petite amie, tu remontes dans mon estime ! »

Il s'attendait à ce que l'ancien dresseur ne le comprenne pas et le regarde comme à son habitude avec des grands yeux perdus. Mais au lieu de ça, il se mit à rougir sans démentir les propos du monstre.

« Attends… le dresseur qui ne pensait qu'aux pokémons et à rien d'autre serait… amoureux !? »

« En quoi ce serait extraordinaire ? »

Dracaufeu éclata de rire, faisant redoubler la gêne de son ancien maître.

« Ce n'est pas drôle ! Avec cette forme, impossible de lui dire. »

« Sois patients, il doit bien y avoir un moyen pour que tu retrouves ta forme normale. »

Le regard de Sacha s'obscurcit et sa mâchoire se crispa, inutile pour l'ancien dresseur de s'expliquer, son pokémon avait parfaitement compris.

« Je suis désolé Sacha je ne pensais pas que… »

« Tu ne pouvais pas deviner. J'ai juste encore du mal à m'y faire. »

« Dis-lui sous ta forme de pokémon si c'est la seule chose qui te gêne ! »

« Hors de question ! Elle a déjà suffisamment de problèmes ! »

« Mais de ce que tu m'as expliqué elle est à ta recherche, sous ta forme humaine je veux dire. Tu ne peux pas la laisser faire éternellement. »

« Je sais. Je pensais me faire passer pour mort, comme ça elle arrêterait de me chercher. Elle pourrait faire sa vie avec quelqu'un d'autre et moi je continuerai de veiller sur elle. »

« Cette solution te conviens vraiment ? Si t'as pris le caractère des dracaufeus en plus de l'apparence, le moindre gars qui s'approchera trop près d'elle sera réduit en poussière. Je sais de quoi je parle avec Charla !»

« Charla ? »

« C'est ma copine… tu devrais être en mesure de le comprendre maintenant ! »

« Je te rappelle que c'est nouveau pour moi ! Jusque-là j'avais peur de ce genre de sentiments, je préférais les ignorer. Et j'ai pris du retard… beaucoup de retard. Je ne m'étais même pas rendu compte des sentiments de Serena à Kalos. »

« Tu l'aimes vraiment, » sourit Dracaufeu.

« Oui, et tu es le premier auquel j'en parle aussi librement. »

« Alors écoute ton vieil ami : la solution que tu veux choisir te fera juste souffrir. »

Sacha médita quelques instants ces paroles, bien sûr qu'il n'avait pas envie de laisser Serena à quelqu'un d'autre. Son instinct lui hurlait qu'elle lui appartenait. C'était peut-être égoïste de sa part mais c'était comme ça. Le métamorphosé n'en revenait pas de pouvoir exprimer aussi librement ce qu'il ressentait. C'était comme s'il pouvait tout dire à son ami Dracaufeu ! Il en profita ainsi pour lui poser une question, un peu bête certes, qui ne lui apporterait rien, mais il voulait savoir :

« Dis, qu'est-ce que ça change… Le fait d'avoir une copine ? » demanda Sacha.

Dracaufeu était un peu surpris par cette question mais il accepta de lui répondre :

« C'est beaucoup d'ennuis ! Charla me traine toujours pour essayer de nouveaux rubans ou m'obliger à la combattre alors qu'elle sait très bien que je ne veux pas la blesser. J'ai honte de l'avouer mais je me retrouve souvent le nez dans la boue ! Et puis elle n'est pas parfaite, des fois je suis obligé de la gronder lorsqu'elle commet des erreurs sinon elle ne l'avouerait jamais ! Elle est entêtée, s'énerve facilement, gourmande ! »

« Tu es sûr que c'est ta copine ? » questionna Sacha désabusé.

« Mais si elle devait arrêter de sourire, si elle devait se détourner de moi, je perdrai sans doute la raison. » finit Dracaufeu les yeux dans le vague.

Sacha avait ressenti toute la volonté de Dracaufeu de protéger Charla, il en frissonna. Avait-il la même volonté ?

« Je ne sais pas comment c'est chez les humains. Mais former un couple, c'est pouvoir profiter de toutes les choses que vous aimez ou détestez ensemble. Et puis, tu peux être aussi proche que tu veux et c'est un privilège qui t'est réservé ! Et tu peux cramer les autres males qui s'approchent trop près !»

« Proche ? »

« Aussi bien physiquement que mentalement ! »

« On est déjà proche, on dort ensemble ! »

Dracaufeu le regarda surpris, pensant qu'il avait déjà franchi le cap. Mais le regard innocent de son dresseur lui fit rapidement comprendre sa méprise le faisant légèrement rigoler. Sacha voulut s'énerver mais Dracaufeu avait encore envie d'avouer quelque chose qu'il n'avait pu dire à personne d'autre.

« Je pense fonder un jour une famille avec Charla. »

« Une famille !? » cria Sacha abasourdi.

« Oui, au bout d'un moment peu importe la force qu'on a obtenu ou à quel point on aime les combats… on finit par vouloir vivre paisiblement avec les gens qu'on aime. En fait la force peut se révéler comme une malédiction. »

« Mais on ne peut pas protéger sans force ! »

« Si le monde s'en prenait à Charla alors je détruirai le monde. Je n'en ai pas le pouvoir, mais si quelqu'un d'autre l'avait… chaque fois que j'y pense ça me terrifie. Aimer quelqu'un, c'est le moment où tu te rends comptes que toutes les vies n'ont pas le même poids. Tu finis par faire un choix tout en oubliant que d'autres personnes ne pèsent pas les vies de la même manière que toi. »

« J'ai du mal à croire que tu sois devenu aussi sage, » se moqua le dresseur.

« T'es pas sympa alors que je m'ouvre à toi ! »


Serena sirotait sa boisson en compagnie de Lise. Son ainée se moqua lorsque la jeune fille releva la tête, un peu de mousse au-dessus des lèvres. Serena détaillait la femme en face d'elle, des cheveux verts rebelles, d'immenses boucles d'oreilles, des vêtements qui ne cachaient pas le ventre et de longues bottes qui lui remontaient juste au-dessus des genoux laissant à découvert ses cuisses. Elle dégustait tranquillement son verre à la main, de ce que Serena devinait être de l'alcool. La jeune fille se sentait mal à l'aise devant cette femme qui lui rappelait sans cesse qu'elle était encore loin d'être une adulte. En plus elle l'avait amené dans un bar, elle avait vu le sourire moqueur du barman lorsque Lise lui avait commandé un milkshake.

- Dis-moi Serena, quels sont tes secrets d'élevages ?

- Je ne comprends pas vraiment, je n'ai pas de secrets.

- Pas de ça avec moi ! Je te l'ai dit, les dracaufeus de ma vallée surpassent largement tous les dracaufeus qu'un dresseur peut entrainer. Ils se mesurent sans cesse l'un à l'autre et s'entrainent chaque jour. Donc difficile pour moi de croire que ton pokémon ne suit aucun entrainement spécial.

- C'est pourtant la vérité, c'est juste que Dracaufeu se donne toujours à fond.

- Tu es sérieuse ?

Serena acquiesça, Lise se recula dans sa chaise l'air pensif avant de demander :

- Tu participes à quel genre de compétitions ?

- Je suis coordinatrice.

Lise recracha son verre sur la malheureuse jeune fille.

- Coordinatrice ? Ces gens qui font toujours 'regardez mon pokémon est trop trop beau' ou encore 'Je lui donne des pokéblocks pour le rendre mignon'.

- Ce sont des préjugés…

- Mais vous restez moins forts que les combattants d'arènes ! C'est sûr maintenant tu as un secret pour entrainer ton pokémon !

- Puisque je vous dis que non, pleura Serena.

- Tu serais pas… entendirent les deux filles.

Un homme venait de frapper son poing sur la table mettant un terme à leur discussion, son teint était légèrement rouge et il hoquetait de temps en temps.

- Il est bourré, soupira la maitresse de la vallée.

- Mais oui, t'es la nouvelle top coordinatrice, s'écria l'inconnu un peu trop proche du visage de Serena. J'ai entendu les rumeurs comme quoi tu t'amuserais bien avec ton pokémon la nuit !

- De quoi parlez-vous ? demanda Lise surprise.

- T'es pas au courant ? Ça fait pourtant les choux gras des journaux et toute la région ne parle que de ça. Hip ! Cette gamine censée être un modèle pour les autres serait du genre à abuser de son pokémon.

- C'est faux ! cria Serena en se levant de sa table.

- C'est ridicule, cette gamine ne doit même pas savoir de quoi vous l'accusez, soupira Lise.

- Que… si ! rougit Serena qui n'aimait pas qu'on la prenne pour une enfant.

- Alors qu'est-ce que c'est pour toi ?

Serena rougit encore plus, mais son honneur était en jeu. Elle bégaya :

- Embrasser quelqu'un sans sa permission.

Elle se dit alors que c'était ce qu'elle avait fait à Sacha, mais c'était plus un petit bécot sur les lèvres qu'un vrai baiser, alors ça ne comptait pas !

- Qu'est-ce que je disais, soupira l'ainée en haussant les épaules de dépit. Mais c'est vrai que les adolescents de cette génération sont particulièrement candides.

- Mais que ce soit un baiser ou plus, le problème de fond est le même, fit remarquer l'homme soul. Les gosses comme elle, faut les interner !

Il saisit Serena par le bras, serrant sa prise si fort qu'elle émit un cri de douleur.

- Au lieu de le faire avec des pokémons, fait le plutôt avec moi ! Tu verras c'est bien plus marrant et surtout plus moral ! lui dit-il dans un relent acre.

Serena tenta de se dégager mais la prise était trop forte, elle ne savait pas de quoi il parlait exactement mais tout son être lui hurlait de fuir cet homme. Il finit enfin par la lâcher et vola jusqu'à l'autre bout de la pièce. Lise se tenait devant elle, une canne à la main pointée en direction du rustre. L'homme se massa douloureusement le visage, les traits cuisants infligés par la canne ne risquait pas de disparaitre avant un moment.

- J'ignorais que les gens de cette région préféraient accuser des enfants plutôt que de s'occuper de ses éléments récalcitrants.

L'homme se releva en titubant, la fureur marquée sur son visage alcoolique.

- Ah et arrête l'alcool, c'est une boisson pour les gens raffinés qui savent se tenir.

- Garce, pesta l'homme en cassant une bouteille contre une table.

Il fonça sur la femme à toute allure sous le regard terrifié de Serena. C'était de sa faute si elle se retrouvait dans cette situation ! Elle appela Nymphali qui immédiatement enroula ses rubans autour des pieds de l'homme pour le faire tomber.

- Bien joué Serena ! sourit Lise.

L'homme était maintenant à ses pieds et elle le repoussa à nouveau violemment avec sa canne. Le nez en sang, l'homme finit par s'enfuir.

L'ensemble des gens du bar, qui n'avaient pas bougés de toute la bagarre se remirent à leur activité et à discuter entre eux.

- Personne n'agit pour sauver deux jeunes demoiselles en détresse. Les gens d'ici sont tous des crétins.

Lise était loin de ressembler à une demoiselle en détresse mais Serena préféra ne pas l'énerver.

- Est-ce que vous croyez ce qu'il a dit ? demanda gravement Serena.

- Je me fie à ce que je vois ! Tu tiens à ton pokémon c'est certain, ensuite je ne vous ai pas vu suffisamment pour savoir si ça va plus loin mais ce que je peux dire c'est que tu es une bonne dresseuse pour Dracaufeu.

Serena se sentit rassurée, elle pouvait faire confiance à cette femme mais elle se souvint d'un détail :

- J'ai oublié de dire à Brice où j'allais !

- C'est ton petit copain ?

- Non.

Lise sentit une goutte de sueur contre sa tempe, elle avait le mérite d'être clair. Mais pour être aussi sure d'elle, ça signifiait qu'elle avait déjà quelqu'un d'autre dans son cœur.

- Mon instinct de femme ne me trompe jamais, se félicita Lise.

Serena se préparait à quitter le bar pour retrouver son pokémon mais un garçon tout en sueur l'empêcha d'aller plus loin. Celui-ci lui en voulait de l'avoir abandonné sans un mot.

- Tu penses à prévenir Dracaufeu mais moi je reste sur la touche, se plaignit le garçon.

Elle voulait rejoindre son pokémon le plus vite possible, mais Lise lui fit remarquer que dès qu'ils auraient fini, les dracaufeus les rejoindraient grâce à leur flair. Serena finit par céder et fut trainée par son ainée pour aller visiter les stands.

Alors qu'elle vaquait au milieu des marchandises, Serena remarqua sa prédécesseuse.

- Qu'est-ce que tu fais ici Atalante ?

- J'accompagne Liseron, c'est son village natal. Aujourd'hui est un jour particulier et je préfère éviter qu'il ne fasse des bêtises.

- Tu connais cette fille ? demanda Lise.

Serena se dépêcha de la présenter. Atalante était une jeune fille charmante qui savait rapidement attirer la sympathie des autres. Elle ne tarda pas à discuter avec Brice et Lise comme s'ils étaient de vieux amis.

- Serena, tu n'as toujours pas arrangé la situation avec la presse… Il serait bon que tu mettes tout ça au clair, une top coordinatrice ne doit pas avoir sa réputation ainsi entachée ! lui rappela Atalante.

- Mais je ne sais pas comment faire !

- Commence par garder Dracaufeu dans sa pokéball, ça devrait améliorer la situation.

- Mais il déteste être enfermé, il n'acceptera jamais !

- C'est lui ou toi.

- Mais…

- Une dresseuse ne peut pas confondre humain et pokémon ! lui hurla-t-elle dessus.

- C'est ton amie, tu devrais prendre un peu plus en compte ce qu'elle ressent, s'interposa Lise.

Atalante soutenue le regard de l'adulte, nullement impressionnée.

- Je n'ai pas le choix. Serena suit moi, j'aimerais te parler. En privé ! accentua-t-elle ses derniers mots tout en lançant un regard mauvais aux deux accompagnateurs.

Atalante emmena son amie dans une forêt à l'écart du village. Elle ne s'arrêta que lorsqu'elle arriva à une vielle cabane abandonnée. Elle s'assit au beau milieu de la grande pièce avec aise comme si elle revenait chez elle.

- Ça faisait longtemps que je n'étais pas revenu dans notre base secrète ! finit par s'exclamer l'ex top coordinatrice avec un sourire amer.

- Cet endroit ? s'étonna la jeune fille en constatant les ruines.

- Quand j'étais petite mon oncle m'emmenait souvent dans ce village. C'est ici que j'ai fait la connaissance de Liseron et Crocus. On jouait souvent ensemble et cet endroit était comme notre seconde maison.

- Qui est cette Crocus ?

- Probablement le premier et seul amour de Liseron. Peut-être le dernier aussi.

- Je croyais que c'était toi que Liseron…

- Aimait ? Non, malheureusement ce n'est pas le cas. Quoi qu'il en soit, tu dois me promettre de ne raconter à personne ce que je m'apprête à te dire.

Serena promit, légèrement inquiète de ce qu'Atalante allait lui révéler.

- Tout a commencé alors que nous étions partis dans une nouvelle mission d'exploration. Il faisait chaud et les pokémons insectes pullulaient au milieu des bois. C'était un beau jour d'été. Mais nous avons soudain entendu des cris troubler la paix de notre terrain de jeux. Nous n'avons pas tardé à en trouver l'origine : un groupe d'homme qui s'amusait à faire des paris sur les combats pokémon. Machopette était un des pokémons utilisés et elle avait été grièvement blessé. On a tous pris la décision de l'aider et on a réussi à la faire s'échapper. On était fier de nous ! Mais j'ai commis une erreur peu de temps après cet épisode… Liseron et Crocus étaient partis jouer sans moi avec Machopette, j'ai demandé à mon Tylton de m'aider à les retrouver. Cependant le propriétaire avait remarqué mon pokémon lorsque nous avions délivré Machopette. Dès qu'il l'a vu, il l'a suivi et a réussi à coincer Liseron, Crocus et Machopette. Je ne le savais pas encore, et je me suis dépêchée de rejoindre le lieu que Tylton m'indiquait.

Atalante s'arrêta un instant, elle respira un grand coup pour essayer de se calmer. Elle pouvait voir à travers les trous du toit les nirondelles voler gaiement, inconscients de sa douleur. Elle finit enfin par baisser la tête et reprit son histoire :

- Et c'est là que l'ai vu, dégringolent le cours d'eau, le corps de Crocus. Je me suis dépêchée de rejoindre Liseron, j'étais rassurée de le voir toujours en vie et en même temps horrifiée. Le corps du meurtrier de Crocus gisait à ses pieds et Liseron affichait un sourire béat. J'ai pris la décision de cacher la vérité, et à partir de là tout a empiré. Il perdait peu à peu la raison, prenait les humains pour des monstres, même moi il me craignait. Les seuls qui pouvaient l'approcher étaient les pokémons. Ils étaient les seuls 'humains' qu'il pouvait côtoyer. Quant à Machopette, il était persuadé qu'il s'agissait de son amie morte. Inutile de te dire qu'il tient en horreur les combats pokémons, ces spectacles qui transforment les pokémons en monstre. J'ai longtemps cherché une solution et finalement grâce à mon oncle, je me suis rendue compte que les concours l'apaisaient. Grâce à eux il a pu retrouver la raison même si elle demeure fragile.

Atalante repris son souffle, elle essayait de chasser ses affreux souvenirs.

- Maintenant tu comprends ? Ceux qui confondent humains et pokémons sont condamnés à la folie.

- Tu n'as pas à t'en faire pour ça, ce sont les journalistes qui mentent !

- C'est ce que je croyais aussi mais quand je t'ai vu à la plage, j'ai compris… Tu es tombée amoureuse d'un garçon et après t'être séparée de lui tu as projeté son image sur Dracaufeu. Tu es d'autant plus cruel que tu n'aimes même pas ton pokémon pour ce qu'il est !

La kalosienne recula d'un pas, elle voulait la contredire mais :

- Il a des ennuis, murmura Serena en ramenant sa main contre sa poitrine.

Elle l'avait sentie dans tout son corps, il n'y avait aucun fondement à son soudain malaise mais elle en était certaine, elle devait rapidement retrouver son pokémon.


Sacha courait partout dans la forêt, Brice l'avait prévenu que sa dresseuse était partie avec Atalante. Il avait peut-être un bon odorat mais la forêt avait beaucoup trop de flagrances pour qu'il puisse retrouver facilement son amie.

La rivière juste à côté luisait à la lumière du soleil. Il s'arrêta un instant pour boire un peu. Il la remarqua alors, une petite fleur blanche flottait sur l'ondée, puis d'autres la suivirent. Cela ne ressemblait pas un phénomène naturel et Sacha s'empressa de remonter le cours d'eau. Il fut surpris lorsque finalement il découvrit Liseron debout devant une croix de bois.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda le garçon sans se retourner.

Sacha tenta de s'en aller, mais le garçon l'arrêta d'une voix forte :

- Tu es une vile créature qui trouve son bonheur dans la violence des combats. Mais il n'y a pas que ça… Tout le monde croit que Serena est coupable, qu'elle se joue de toi, c'est normal, le vice vient toujours des humains. Mais tu ne me tromperas pas, c'est toi en vérité qui cherche à devenir plus qu'un pokémon, tu veux être l'égal d'un humain ! Je l'ai su dès que je t'ai vu en Salamèche que tu risquais de tourner ainsi, c'est pour cela que je n'ai pas arrêté de lui conseiller de se séparer de toi.

Il plongea son regard dans celui du reptile inspectant son âme.

- Tu me rappelles ce type, il nous avait piégés avec Crocus. J'ai compris que ce n'était pas un humain mais un monstre hideux. Crocus a soudain disparu de ma vue et j'ai eu l'impression d'être tombé dans un torrent, le courant était si fort, il m'emportait et je ne pouvais pas lutter.

Il se rapprochait petit à petit du pokémon le pas trainant.

- Heureusement, peu de temps après, j'ai retrouvé Crocus, elle était en pleine forme ! Par contre tous les gens du village avaient disparu. Ils s'étaient tous transformé en monstre.

Son regard s'était assombri, il regardait dans le vague comme s'il était parti dans un lieu inaccessible.

- Alors je me suis défendu, j'ai pris le couteau de papa dans la cuisine et je me suis défendu. Mais les monstres étaient trop nombreux. Je me suis enfui dans la forêt avec Crocus et là je les ai retrouvés. Les humains, ils courraient gaiement dans les bois ! Peu de temps après les monstres m'ont ramené au village, et m'ont obligé à vivre parmi eux. J'étais effrayé, mais ils me surveillaient pour m'empêcher de fuir.

Des larmes commencèrent à couler sur les joues du garçon alors qu'il continuait son histoire :

- Et puis un jour je me suis rendu compte en me regardant dans le miroir que mon visage tombait en morceau et que moi aussi je devenais un monstre. J'ai voulu porter des beaux vêtements, être toujours propre afin de ne pas ressembler à cet hideux monstre, pour rester humain. Mais ça n'a pas suffi.

Liseron se tenait maintenant immobile juste devant Sacha.

- Toi, tu veux blesser Crocus ? Monstre à l'apparence humaine !

Il hurla ses derniers mots et Sacha sentit une décharge au niveau de la mâchoire, il tomba au sol les muscles tétanisés. Il put juste lever les yeux pour découvrir un étrange boitier qui émettait des décharges électriques.

- Crocus, jette le dans le torrent, demanda-t-il à son pokémon qu'il venait de sortir de sa pokéball.

Le pokémon refusa immédiatement. Liseron lui sourit et s'excusa :

- Ce n'est rien, tu as raison en soit : ce n'est pas un travail pour une lady, tu risquerais de te salir.

Sacha leva les yeux, Liseron le fixait de ses yeux glacials, un petit objet noir à la main. Il émit quelques crépitements avant de toucher le corps du pokémon, lui envoyant une nouvelle décharge.

Brice bien caché dans un arbre observait toute la scène avec un sourire, je n'aurai pas besoin des autres imbéciles finalement. Il entendit un léger bruit près de lui, on aurait pu croire à la brise du vent mais il n'était pas dupe. Le pokémon rosé se tenait maintenant juste à côté de lui, le regard concentré sur le pokémon feu. Tu me nargues ! grogna l'inspecteur. Mais il n'avait pas l'intention de le laisser s'en tirer cette fois, tout doucement il approcha sa main du petit sac qu'il avait emporté, s'il pouvait l'atteindre alors…

- Ne fais pas de mal à Dracaufeu ! cria Serena qui arrivait à toute allure.

Mew disparut en un instant, Brice pesta mais au moins maintenant il savait que sa méthode était la bonne.

- Oh ! D'autre monstres sont arrivés, remarqua Liseron. Tu ferais mieux de me laisser, je te rends service en le faisant disparaitre. Celui qui est à mes pieds est un cannibale, il serait bien capable de te dévorer.

- Liseron s'il te plait laisse le partir ! cria Serena.

- Tu comprends maintenant ce qui arrive quand on franchit la limite, intervint Atalante.

- Tu ne peux rien faire ? murmura Serena désespérée.

- Quand il est dans cet état, c'est quasiment impossible de le raisonner. Il faut attendre que la crise passe, répondit Atalante.

Liseron sourit et continua d'infliger sa sentence au pokémon sans défense dont le corps tressautait au rythme des décharges. Sa main fut soudain arrêtée, Serena la lui tenait fermement.

- Je ne te laisserai pas faire, lui hurla-t-elle.

Plein de fureur il lui saisit les cheveux et l'obligea à le lâcher avant de lui infliger un coup de taser dans le flanc. Serena était au sol, la douleur lui brulait la peau. Elle se dépêcha de saisir une pokéball pour que Roussil puisse l'aider mais une attaque dracochoc repoussa rapidement le nouvel arrivant. Elle tourna le regard vers celle qu'elle considérait comme son amie, elle détournait le regard, son Altaria près d'elle.

- Je ne peux pas te laisser blesser Liseron, murmura la traitre. Et Machopette, si tu tentes quoi que ce soit je n'hésiterai pas à te blesser toi aussi !

Liseron finit par reporter son intérêt sur sa première cible abandonnant la jeune fille. Serena tenta de se relever mais Altaria la frappa d'une nouvelle attaque la faisant s'écraser contre les arbres. Elle voyait trouble alors que Liseron s'acharnait à blesser son pokémon.

- S'il te plait Atalante, sauve Dracaufeu ! pria Serena.

- Il vaut mieux te séparer maintenant de Dracaufeu, je ne veux pas voir quelqu'un d'autre finir dans le même état que mon ami. Ce sera dur au début mais je suis sûr que tu t'en remettras !

Atalante lui souriait. Elle lui souriait tout en disant une telle atrocité. Serena ne pouvait plus bouger et Dracaufeu avait perdu conscience.

- Utilises poing éclair ! lui hurla-t-elle.

Mais il ne bougeait pas.

- Je t'en supplie, tu dois t'en sortir, utilises poing éclair ! hurla-t-elle à s'en déchirer les cordes vocales.

- C'est inutile, soupira Atalante.

Le taser vola soudain dans les airs et Liseron s'effondra. La dresseuse d'Altaria ne s'attendait pas à ce que le dragon se réveille si vite. Cependant, lorsqu'elle vit ses yeux, elle comprit qu'il était toujours inconscient. Des gerbes électriques parcouraient son corps alors qu'il s'approchait machinalement de sa dresseuse.

- Ne me dites pas… Alty, utilise pouvoir lunaire !

Le pokémon encaissa l'attaque mais la riposte fut immédiate. Il le mit hors combat en un seul coup.

- Il a écouté sa dresseuse en étant inconscient !? Non, ça ne s'arrête pas là, il a fait parcourir l'électricité dans tout son corps ainsi il bouge uniquement par réflexe d'où sa rapidité de réponse lors de l'attaque d'Alty, compris Atalante.

Les décharges électriques cessèrent et il retomba sur le sol. Serena réussit à se lever et à le rejoindre.

- Serena, je fais tout ça pour ton bien, laisse-moi…

- Tais-toi ! lui cracha-t-elle.

Son regard était plein de rages, elle fixait d'un regard meurtrier celle qui voulait blesser son pokémon.

- Je ne peux pas rester sans rien faire, pour l'honneur des coordinatrices, pour Liseron !

- Si jamais tu tentes encore de t'en prendre à lui, je te jure que je te poursuivrai et te le ferai regretter !

Serena serra son pokémon un peu plus contre elle et rappela Roussil dans sa pokéball, pour les protéger de l'horrible personne en face d'elle. Le pokémon finit par se réveiller, elle l'aida à se relever et à marcher pour sortir de la forêt.

- Atalante, je ne veux plus jamais te revoir !