Chapitre 6 - Scandale
Je n'avais pas envie d'ouvrir les yeux. Je ne voulais pas retourner dans ce monde qui s'amusait à me faire souffrir.
- Si tu ne te réveilles pas, tes pokémons seront inquiets, entendis-je une voix dans l'obscurité.
Je cédais, et découvrais le plafond d'une chambre de centre pokémon. Je tournais la tête pour découvrir Jessie en train de lire tranquillement assise dans un fauteuil.
- Ce n'était pas une très bonne journée hier, me sourit-elle tristement.
Instinctivement, mes mains resserrèrent leur prise autour des couvertures. Je baissais les yeux sur mon corps, je ne me souvenais pas avoir enfilé mon pyjama.
- C'est moi qui t'ai changée avec Miaouss.
- Et Dracaufeu ?
- Je lui ai demandé de ne pas venir reluquer.
- Merci… enfin ça doit te paraitre bizarre que je te remercie pour ça, après tout c'est un pokémon.
Jessie sembla murmurer quelque chose le regard énervé mais je fus incapable d'entendre un seul mot.
- C'est toi qui as prévenu Dracaufeu, n'est-ce pas ? compris-je instinctivement.
- C'est toi qui m'as permis de m'échapper. Il était hors de question que j'ai une dette envers une morveuse.
Je souriais légèrement, mais une sensation de haut le cœur me prit. Je mettais ma main devant ma bouche en espérant que cela reste une sensation.
- Que sont-ils devenus ? réussis-je à articuler en reprenant mon souffle.
- Avec tout le remue-ménage qu'on a causé l'agent Jenny est rapidement arrivée, ils ne sont pas près de sortir de prison !
Je me sentais rassurée à cette annonce, et en même temps je craignais toujours qu'ils puissent apparaitre de derrière la porte et recommencer.
- Tu veux en parler ? demanda-t-elle soudain en refermant son livre.
- De quoi ? Feignais-je l'ignorance.
- Ne joue pas à ce petit jeu, même si tu en ignores les détails, tu te doutes de ce qu'ils ont tenté de faire. Tout garder pour toi ne t'aidera pas.
Je contemplais mes mains, j'avais juste envie de tout oublier mais en même temps je pouvais toujours sentir leurs mains glisser sur mon corps. Le sentiment d'être humiliée, offerte en offrande à un dieu sournois.
- Je me sens sale, murmurais-je.
Je pouvais sentir de la pitié dans le regard de Jessie, elle quitta son siège pour venir s'assoir sur mon lit.
- Tu n'as pas dû comprendre ce qu'il t'arrivait et je ne m'amuserai pas à te raconter ce qu'ils te réservaient ensuite. Mais tu ne dois pas te laisser abattre, ce serait faire leur jeu ! Tu m'as redonné du courage, tu m'as aidé, tu vaux largement mieux qu'eux et jamais ils ne pourront te salir. Ça me coute de l'admettre mais… tu es belle !
Je dévisageais un instant la femme en face de moi, elle était sincère. Je me dégageais des couvertures trop étriquées, saisissais mes vêtements soigneusement rangés sur une chaise à côté et m'enfermais dans la salle de bain. Je pris une douche rapide, peignais mes cheveux en bataille, et enfilais ma tenue habituelle. Je me regardais un instant dans le miroir et frappais mes joues pour me motiver. J'accrochais mon ruban à sa place de toujours et sortais de la petite salle.
- Je vais manger un peu, tu m'accompagnes ? proposais-je.
Elle me sourit et ne tarda pas à me suivre. Ses compagnons, Dracaufeu et mes autres pokémons nous attendaient dans le hall. Mon pokémon se dirigea vers moi, et sans que je puisse esquisser le moindre geste il me serra à nouveau contre son torse, me recouvrant de ses ailes. Je me dégageais violemment. Ça recommençait, je croyais encore voir Sacha à travers ses traits ! Je ne devais pas faire une telle confusion !
- Morveuse ? s'inquiéta Jessie.
Je n'arrivais pas à rester près de Dracaufeu, la meilleure solution qui se présenta à moi fut la fuite. Je courrais dans les rues de la ville et finis par m'arrêter quand je fus à bout de souffle. Je ne reconnaissais pas cette partie de la citée, un bâtiment semblait tout particulièrement animé. Dans l'espoir de me changer les idées je m'approchais et fus abordée par deux femmes bien vêtues. Elles me forcèrent à les suivre et je me retrouvais au guichet de la galerie d'art de Lavandia. Celle que Brice souhaitait que je visite, finalement il voulait juste m'attirer là où se trouvait la team Rocket. Au point où j'en étais autant prendre un peu de temps pour visiter.
L'exposition était impressionnante, je n'étais pas une experte mais chaque tableau dégageait une puissance et une énergie qui me traversait. Je regardais les tableaux de Kalos, l'un d'eux ressemblait à une magnifique fleur de cristal mais la description qui l'accompagnait me fit frissonner : « l'arme suprême ». C'était un pan bien connu de notre histoire, ce roi fou qui avait sacrifié son pays pour ramener à la vie son ami.
J'avais fait le tour de la première pièce et maintenant je devais choisir lequel des deux couloirs je devais emprunter. Chacun était gardé par une statue d'un pokémon, l'un d'un blanc pur, l'autre d'un noir profond. J'optais finalement pour le monstre qui répondait au nom de Reshiram. Rapidement, je tombais sur la première œuvre du couloir, Yveltal volait fièrement dans le ciel peint à l'aquarelle. Je me souvenais qu'il avait un lien avec l'incident d'Hoenn, on disait que son rôle était de voler la vie mais ça allait peut-être au-delà. Je continuais ma visite au milieu des représentations picturales de pokémons légendaires, de faits historiques, et mon attention fut finalement retenue par un tableau en particulier. Il représentait un Salamèche aux premiers abords des plus banals mais en m'y attardant un peu plus, je constatais avec horreur qu'il avait un regard humain. Dracaufeu n'est pas le seul, pensais-je au fond de moi. Je me reprenais rapidement, l'artiste avait simplement retranscrit ce qu'il imaginait, et mon Dracaufeu avait le regard d'un pokémon. Juste en dessous du tableau était entreposé sous un verre bien scellé de multiples masques. Curieuse, j'appuyais sur le guide audio qui accompagnait l'œuvre.
« Nous ne connaissons pas l'artiste qui a réalisé ce tableau, en revanche nous savons que le pokémon qu'il a pris en modèle appartenait à un créateur de masques. Le théâtre était un art très rependu à l'époque antique. Le point clé de ce tableau est le visage d'une petite fille en filagramme visible uniquement aux rayons X. »
Je n'arrivais plus à bouger, une personne qui prenait un pokémon pour un humain ? Comme Amaryllis, comme Liseron, comme… moi !? Je quittais le couloir en courant et me retrouvais dans la salle finale, un gigantesque tableau d'Arceus trônait sur le mur du fond, écrasant tout de son aura divine.
Malgré les protestations de Jessie, j'avais suivi Serena. J'étais resté un peu éloigné, la surveillant depuis les toits. Je franchissais finalement les portes de la galerie d'art et ignorais les protestations des responsables. Je ne mis pas longtemps à sentir l'odeur de mon amie au fond de la galerie. Je passais devant la statue de Zekrom, et les multiples tableaux. Un seul arrêta mon regard pendant quelques secondes : celui d'un pokémon aussi brillant que la lumière. Je ne m'attardais pas à lire le titre et retrouvais Serena devant le tableau d'Arceus. J'avais tellement eu peur de la perdre dans cette ruelle, j'aurai pu tuer ces monstres à ce moment. Je m'étais rendu compte que je ne pourrai jamais accepter que quelqu'un d'autre la touche, qu'elle était à moi, à moi seule. Mais je ne pouvais plus rien demander, je n'étais plus humain, je n'étais plus Sacha. Ma chance est passée. Je relevais la tête, humain ou pokémon peu importe !
Dracaufeu m'avait rejoint, mais quelque chose dans son regard me rappela soudain ce tableau. Je reculais au fur et à mesure qu'il avançait jusqu'à me retrouver coincée contre le mur, juste en dessous du tableau du dieu de l'univers. Je vis sa tête descendre lentement vers moi, se rapprocher petit à petit de mes lèvres. Je devais le repousser mais mes bras refusaient de bouger, je sentais tout mon corps vibrer d'une joie indécente. Finalement il y parvint, il joignit ses lèvres aux miennes. Elles avaient le gout du bois fumé, et leur contact bien que rugueux me donnait envie d'en connaitre un peu plus. Mes bras se décidèrent enfin à bouger, mais refusant de se soumettre à mon esprit ils enlacèrent le cou du monstre pour l'obliger à rester un peu plus longtemps. J'aimais cette sensation, je ne voulais pas que ça s'arrête, mon cœur battait, ma respiration s'accélérait, la sueur se formait sur ma peau. Je sentais les parties les plus intimes de mon corps s'échauffer. Et puis… les larmes coulèrent et il s'arrêta. Je regardais mes mains moites, les mêmes que ces hommes !
- Pourquoi tu as fait ça ? lui demandais-je les larmes toujours en train de dégringoler sur mes joues.
Je n'avais pas besoin de la réponse, je lui en voulais, je m'en voulais d'avoir réagi ainsi. Je me dégoute !
Je fuyais à nouveau, les tableaux n'étaient plus que des couleurs difformes et ininterprétables. J'étais à nouveau sous le toit de la galerie marchande, je me sentais toujours beaucoup trop à l'étroit. Les gens s'arrêtaient en me voyant, ils affichaient des visages dégoutés. Comme s'ils savaient ce qu'il s'était passé ! Mais la réponse était bien plus cruelle, je pouvais voir sur un des écrans géants de la ville le visage d'Atalante, elle parlait de moi. De la façon dont avec mon pokémon je l'avais attaqué, et que je ne méritais plus mon titre de top coordinatrice. Elle continua sur ma relation avec Dracaufeu et sur ce point je ne pouvais pas lui donner tort. Ils continuaient de me regarder, les bâtiments autour de moi se tordaient. J'avais l'impression d'étouffer.
Je sortais à toute allure de la galerie d'art mais Serena avait déjà disparu au milieu de la foule. Je remarquais le trio rocket et les autres pokémons de Serena.
« Tu l'as retrouvé ? » me demanda immédiatement Roussil.
« Elle s'est à nouveau enfuit ! Je ne comprends pas, elle avait l'air d'apprécier… »
« Apprécier quoi ? » me demanda suspicieuse la renarde.
« Euh rien ! Et puis ce ne sont pas tes affaires ! »
« Ne me dis pas que tu l'as embrassé sans lui dire qui tu étais ! » comprit soudain la renarde.
« C'est quoi le problème !? » m'énervais-je.
Je recevais un vent féérique en plein visage, Nymphali avait les larmes aux yeux et cria aux autres :
« On doit la retrouver ! »
Et ils partirent en me laissant derrière, sauf Roussil.
« Tu es un égoïste ! Si tu ne lui dis pas qui tu es vraiment, c'est comme si elle trahissait Sacha ! Et puis avec tout ce qu'il s'est passé elle n'avait vraiment pas besoin de ça ! »
« Tu insinues que je ne suis plus Sacha ? »
« Tu ne comprends rien, tu ne cherches pas à comprendre et tu n'as jamais fait cet effort ! »
Elle disparut à son tour au milieu de la foule, me laissant seul face à mon erreur. Je savais très bien à quel point Serena était perturbée et pourtant je n'en avais pas tenu compte, j'avais préféré l'ignorer. Je n'étais pas si différent de ces types de la ruelle !
Mew se tenait devant le tableau d'Arceus, il avait observé toute la scène. Il vola nonchalamment sous le nez du dieu, nullement affecté par son inspiration divine. Il repensait aux tableaux qu'il avait vus. Celui d'Anastis l'avait rendu particulièrement nostalgique. Il finit par quitter l'immense tableau pour retrouver l'image de l'arme suprême et se concentra sur une minuscule forme noire au sommet de la fleur.
Je ne sais pas combien de temps je pourrai encore maintenir ce monde en vie. Anastis m'a appris que ma vie était importante. Je me demande si tu m'en veux de t'avoir trompé il y a 3000 ans, mais au moins nous avons pu subsister encore quelques temps. J'ai de la chance aujourd'hui une nouvelle erreur a été créé et va me faire gagner du temps. Cependant, si la défaillance de notre monde devait être repérée, ma seule chance sera le projet AZOTH.
Serena se cachait du mieux qu'elle pouvait de ses amis, elle n'en pouvait plus. Posipi finit par la trouver, elle se dépêcha de reprendre sa course et remarqua l'ascenseur en plein milieu des bâtiments. Elle s'engouffra dedans et se retrouva sur le toit de la rue marchande. Le vent y soufflait, il s'engouffrait dans ses cheveux, les faisant voler d'une manière chaotique. Elle s'aventura près du rebord, en contrebas luisait l'herbe verte, les pokémons qui y jouaient étaient minuscules. Elle sentit son vertige la reprendre, sa tête la faisait souffrir. Les images passaient en boucle dans sa tête, imprimées sur chaque tableau de la galerie. Ses lèvres, son envie, sa honte, son dégout. Elle regarda à nouveau en bas,seule une barrière la séparait du vide. Elle entendit les cris au milieu du souffle du vent, ses pokémons l'avaient finalement retrouvé. Dracaufeu était à leur côté, elle regarda à nouveau les lèvres de son pokémon et elle sentit une irrépressible envie de le rejoindre. Elle se retint à la barrière de toutes ses forces, sa tête la faisait souffrir, son cœur la faisait souffrir. Le dragon tenta de s'approcher mais elle cria :
- N'approche pas !
Dacaufeu s'immobilisa, son amie était comme dans un état second. Elle tremblait et son corps se contorsionnait, essayant de lutter pour ne pas être emporté.
- Dracaufeu, depuis combien de temps ? demanda alors la jeune fille.
Sacha ne pouvait lui-même le dire précisément. Quand il avait failli la perdre au volcan ? Quand elle lui avait sauvé la vie alors qu'il n'était qu'un Salamèche ? Lorsqu'elle lui avait fait ses adieux à l'aéroport ? Lorsqu'il l'avait trouvé en train de pleurer au milieu de cette forêt le genou éraflé… Serena se rendait bien compte à quel point son pokémon était perdu, mais elle avait la réponse. Il était toujours proche d'elle, il faisait toujours des gestes qu'aucun autre pokémon ne faisait. Elle savait qu'il ne la voyait plus comme une simple amie depuis longtemps.
- J'aurais dû m'en rendre compte plus tôt ou bien je ne voulais pas l'admettre. En tant que dresseuse, c'était de mon devoir d'arrêter avant qu'il ne soit trop tard.
Elle regarda une dernière fois ses chers amis, les larmes embuaient ses yeux de la même couleur que le ciel. Sa tête et son cœur étaient toujours aussi douloureux, elle voulait juste que ça s'arrête, peu importe comment. Elle enjamba la barrière et laissa le vide l'emporter.
Sacha hurla de terreur et fonça pour la rattraper, elle avait déjà commencé sa descente vertigineuse, elle observait le ciel et son dragon qui tentait de la secourir.
- Ne me suis pas, murmura-t-elle.
Mais le reptile en avait décidé autrement, elle ne fuirait pas aussi facilement ! Même si la suite allait être dure, même si elle devait ne plus jamais lui parler, il ne voulait pas la perdre. Une lumière bleutée entoura le dragon et se propagea telle une onde de choc. Les éclats de verres volaient maintenant dans le ciel, réfléchissaient la lumière et la difractaient en un arc-en-ciel artificiel. Serena ne put s'empêcher de le penser à nouveau : tu es magnifique.
Ils arrivèrent finalement au sol, la jeune fille dans les bras du monstre. Elle se réfugia contre son torse pour à nouveau verser des larmes.
Serena rouvrit les yeux, c'était le même plafond que ce matin.
- Tu passes beaucoup de temps à dormir ces derniers temps. Même les abras ne font pas aussi bien que toi, se moqua Jessie.
La jeune fille continuait de fixer le plafond, un maigre espoir l'avait étreint :
- Est-ce que c'était un rêve ?
- Que tu as tenté de sauter d'un immeuble pour mourir, non c'était on ne peut plus réel, répondit la femme le regard dur.
- Alors ce qu'a fait Dracaufeu à la galerie aussi était réel, comprit la coordinatrice.
Son corps trembla d'excitation à se souvenir, elle se recroquevilla sur elle-même, et tenta d'arrêter les palpitations de son cœur.
- Cet imbécile, je lui ai passé un sacré savon dès qu'il a tout avoué ! Il n'a pas de chance que Miaouss sache traduire.
- Jessie, j'y ai répondu. Peut-être que si je l'avais repoussé dès le début il se serait arrêté mais mon corps était incontrôlable. Même maintenant si je ne retenais pas mon corps, je sais qu'il s'empresserait de le rejoindre pour se blottir contre lui. Pourquoi il agit comme ça ?
- Je suppose que ton corps a conscience de choses que ton esprit ignore. Il va m'en vouloir mais la vérité est que…
Jessie s'arrêta, une femme d'un certain âge venait d'entrer dans la chambre. Serena ne tarda pas à reconnaitre Palermo, et remarqua aussi son Dracaufeu juste derrière elle.
- Vous n'êtes pas gênée ! s'énerva Jessie.
- J'ai à parler à cette jeune fille, veuillez nous laisser seule, ordonna-t-elle intransigeante.
Jessie bouillonnait de rage mais ses amis arrivèrent rapidement pour la forcer à quitter les lieux.
- Qu'est-ce que vous voulez ? demanda Serena inquiète.
Elle imaginait déjà tous les pires scénarios possibles, elle allait sans doute lui demander de renoncer à son titre de top coordinatrice, d'abandonner les salons.
- Je ne suis pas ici pour l'actualité ou pour te réprimander ou même te remonter le moral. Le Miaouss qui parle et son ami m'ont expliqué ce qui t'était arrivé. Ce qui m'intéresse est qu'au moment où tu tombais ton Dracaufeu a dégagé une vague d'aura que j'ai pu ressentir en dehors de la ville. Je m'en doutais quand je l'ai vu la première fois mais maintenant c'est certain, il a le potentiel pour devenir un aura gardien. Je veux que vous m'accompagniez pour un entrainement.
Serena se tourna vers son pokémon, il se grattait nerveusement la tête mais ne protestait pas.
- Attendez ! Quoi ? Aura gardien ? De quoi vous parlez ?
Palermo soupira et fit apparaitre un Lucario. Le loup humanoïde luisait d'un éclat bleuté. Ses yeux rouges transpercèrent la jeune fille, la laissant deviner qu'il ne fallait pas le sous-estimer.
- Tu connais ce pokémon ? Il est réputé pour contrôler l'aura, mais son espèce n'est pas la seule à en être capable. D'autres pokémons et même certains humains le peuvent s'ils ont le don.
Palermo retira ses lunettes et ses yeux commencèrent à luire d'un bleu indigo, le même que celui qu'émettait son pokémon. Serena ouvrit grand la bouche de stupeur, elle ne s'attendait pas à une telle chose de la manageuse.
- Cette faculté m'aide souvent à cerner le potentiel des gens, c'est ce qui permet de repérer les personnes prometteuses. Tu connais mon principal travail qui est de former les actrices, mais j'en ai un autre plus secret : former de nouveaux aura-gardiens. C'est un nom que tu peux trouver pompeux mais c'est ainsi qu'on nomme ceux qui maitrisent parfaitement l'aura. Même les lucarios qui ont pourtant un talent inné doivent suivre une formation pour prétendre à ce titre et finalement peu d'entre eux réussissent.
- Si je comprends bien, vous voulez emmener Dracaufeu pour le former.
- Tu ne m'as pas bien écouté ! Mon invitation s'adresse aussi à toi.
- Quoi ? Je pourrais l'utiliser aussi ?
- Non tu n'as aucun don là-dedans, corrigea rapidement la dame.
- Alors pourquoi devrais-je venir ?
- Tu es sa dresseuse, non ? C'est ton devoir de l'entrainer avec moi pour qu'il atteigne son plein potentiel.
Serena jeta un regard à son pokémon, tout était si déjà si compliqué, alors partir en entrainement !
- Et puis je pense que ça te fera le plus grand bien, continua Palermo.
Le lendemain, Serena montait dans la voiture de Palermo pour rejoindre le port où l'attendait Mr Marco. Il était un vieil ami de la manageuse et il avait répondu présent dès qu'elle lui avait demandé son aide. Ils s'éloignèrent de la côte, le marin inspectait minutieusement la mer. Il sourit lorsqu'il remarqua un épais brouillard sur la surface cristalline et n'hésita pas à s'y engager. L'embarcation finie par amarrer sur une île sauvage.
- Hoenn est une région très particulière. Des îles apparaissent et disparaissent sans arrêt, on les nomme île mirage, expliqua le marin.
- Un endroit désert, parfait pour s'entrainer, se contenta de dire l'aura gardienne.
Elle salua le marin qui repartit dans la brume environnante. Une fois qu'il eut complètement disparu elle proposa un combat à la jeune fille. D'abord réticente, Serena finit par accepter.
Palermo laissa la première attaque à son adversaire. Le pokémon feu utilisa immédiatement sa fétiche attaque lance-flamme, Lucario l'esquiva sans sourciller, comme toutes les attaques qui suivirent. Serena pensa d'abord que le pokémon utilisait détection, mais elle n'avait entendu aucun ordre de la part de son adversaire. Elle n'eut pas le temps de plus réfléchir, Lucario avait propulsé Dracaufeu à terre. Serena profita de la faible distance entre les pokémons pour lancer rafale feu, impossible pour l'adversaire de l'éviter ! Mais nullement surpris, le pokémon combat utilisa charge os pour se propulser dans les airs. La fumée qui suivit l'attaque dissimula Dracaufeu, Serena pensait que c'était sa chance mais avant de pouvoir ordonner une attaque, Lucario lança une aurasphère qui toucha directement le pokémon feu.
- Comment il a fait ? s'étonna Serena.
- C'est grâce à l'aura, tu ne peux pas dissimuler l'âme de ton pokémon.
- Vous utilisez aussi l'aura pour anticiper les attaques de Dracaufeu ! comprit la jeune fille.
Palermo ne lui offrit qu'un sourire en guise de réponse. Le dragon se releva péniblement, il ne s'attendait pas à une telle puissance. Le pokémon combat enchaina avec vitesse extrême ne laissant aucune chance de riposte au pokémon qui tomba K.O.
La coordinatrice n'en revenait pas, elle avait été dominée durant l'ensemble du combat. Elle aurait été une débutante, le combat n'aurait pas été pire. Son pokémon était toujours inconscient, elle voulut le rejoindre pour vérifier qu'il allait bien mais elle s'arrêta. L'idée de toucher sa peau écailleuse et chaude la faisait frissonner.
- Qu'est-ce que tu attends pour le soigner ? s'énerva Palermo.
La jeune fille sursauta et se dépêcha de sortir de son sac la trousse de soin, elle s'approcha du pokémon mais avait toujours de l'appréhension.
- Tu es sa dresseuse, peu importe ce qu'il se passe c'est ton rôle de t'occuper de lui.
La coordinatrice se décida enfin à sortir sa potion et à inspecter le corps du pokémon à la recherche de mauvaises blessures. La manageuse s'assit sur un rocher un peu à côté et observa la jeune fille. Serena était sans aucun doute devenue une incroyable dresseuse, elle n'avait pas démérité sa victoire au grand festival. Cependant elle savait aussi qu'elle avait vécu des moments difficiles ces derniers temps.
- Est-ce à cause des médias que tu es si hésitante ? finit-elle par demander.
- C'est parce qu'ils n'ont pas tort que j'hésite. Je suis sans doute aussi monstrueuse que ce qu'ils racontent.
- Tu aimes Dracaufeu ?
- On me pose souvent cette question et je suis maintenant incapable de donner une réponse. Je commence à me dire qu'il a développé ces sentiments pour répondre aux miens. Il est gentil, il savait que Sacha me manquait alors il a décidé d'endosser ce rôle. Mais si ma théorie est exacte alors ça signifie que je suis répugnante.
Serena s'arrêta et enleva rapidement ses mains des écailles du monstre, comme si elle venait de se bruler.
- Moi, je ne trouve pas ça répugnant, finit par dire Palermo.
Serena ne s'y attendait pas, elle chercha la moquerie sur le visage et dans le ton de la vieille dame mais elle était sérieuse.
- Tu veux savoir pourquoi j'en suis persuadé ? L'aura de Dracaufeu s'est manifestée lorsque tu étais en danger. J'ai pu sentir toute sa volonté de te protéger, tu es la raison qui le pousse à devenir fort et à se surpasser. Et je peux te dire que ce qu'il éprouve pour toi n'appartient qu'à lui. Maintenant l'important est de savoir ce que TOI tu ressens pour lui.
Dracaufeu ouvrit un œil, le ciel était parsemé de petits points lumineux. Sa dresseuse était assise à côté de lui et admirait le ciel. Elle se rendit compte qu'il la fixait et se mit à rougir.
- On a perdu rapidement, ils étaient très forts et je n'étais pas assez focalisée sur le combat pour nous permettre de l'emporter, s'excusa la dresseuse.
Ce n'était pourtant pas ce qui intéressait le pokémon, il s'agenouilla et s'inclina en signe d'excuse. C'était certes un peu tard mais il n'avait pas eu l'occasion de le faire jusque-là. Il avait agi de manière égoïste et il s'en voulait.
- Ne t'excuses pas, c'est peut-être mieux qu'on éclaircisse notre relation. Je veux que tu saches que je suis toujours amoureuse de Sacha et même si je sais que tu es important pour moi, j'ignore encore à quel point. Mais j'ai besoin de savoir si ce que tu ressens est ton propre sentiment.
Le pokémon l'observa un instant avant d'acquiescer. Il devait au moins être honnête sur ce sujet.
- Tu es sure ? J'ai très bien pu t'influencer et te pousser à agir comme ça.
Le pokémon réfuta rapidement cette version, il était maitre de ses sentiments et était maintenant capable de l'exprimer. Maintenant c'était à elle de décider ce qu'elle voulait.
Serena se perdit un instant dans ses yeux, elle sentait à nouveau son corps bouillonner. Etait-il bien conscient de ce qu'il faisait ? Les pokémons étaient souvent assimilés à des enfants, donc ce ne serait pas étonnant s'il se trompait sur la véritable nature de ses sentiments. Elle retourna à la contemplation des étoiles et murmura :
- Pour l'instant, je ferai de mon mieux pour t'aider dans ton entrainement.
Le pokémon sentit son cœur s'alléger, elle ne l'avait pas repoussé ! Il sourit avec un petit grognement de joie. La jeune fille rougit à nouveau et s'empressa de lui crier :
- Arrête de faire ce sourire !
Le pokémon ne comprit pas sa réaction, est-ce qu'il l'effrayait ? Il se demanda s'il avait quelque chose de collé sur le visage et le tâtât de ses mains sans rien trouver. La jeune fille soupira, les prochains jours allaient être difficiles.
Dès que les premiers rayons du soleil apparurent, Palermo s'empressa de réveiller le duo. Encore dans les vapes, leur attention fut rapidement captée par un fait nouveau dans le paysage. Des rondins de bois étaient suspendus par des cordages aux arbres, et pendaient librement à un mètre du sol. Le dragon et sa dresseuse ne comprenaient pas vraiment le but de cette installation. L'aura gardienne décida qu'une démonstration valait mieux qu'un long discours.
D'un signe de tête entendu, son Lucario utilisa sa force pour propulser les troncs d'arbres. Ils se balançaient à la manière d'un pendulier, chacun avec son propre rythme, créant une barrière infranchissable. Palermo ferma les yeux et commença à avancer au milieu de ces massues mouvantes. Les rondins tentèrent de l'assommer mais elle les évita avec habileté et arriva rapidement de l'autre côté de la dangereuse frontière. Serena et Sacha avaient les yeux grands ouverts devant ce prodige, et la manageuse souriait satisfaite de son petit effet. Elle tendit un bandeau à Dracaufeu et lui proposa de faire de même. Le résultat ne fut pas très concluant, à peine avait-il fait un pas qu'une des masses lui frappa violemment la tête le faisant voler sur quelques mètres. La dresseuse l'aida à se relever, elle voulait qu'il attende un peu avant d'y retourner mais il ne l'écouta pas. Il essaya une dizaine de fois et il échoua lamentablement.
Sa dresseuse l'observait complètement désespérée, il s'enflammait trop vite sans prendre le temps de se concentrer. Alors qu'il se relevait après un énième coup, les naseaux et la gueule fumante d'exaspération, la jeune fille lui attrapa le bras.
- Arrête Dracaufeu ! Tu es déjà en piteux état, tu ne peux pas continuer ! tenta de l'arrêter sa dresseuse.
- C'est un entrainement d'aura gardien, s'il n'est pas capable de réussir quelque chose d'aussi simple et élémentaire, il n'a pas sa place ici.
Le regard sévère de l'entraineuse terrifia quelque peu Sacha qui se réfugia instinctivement derrière son amie.
Serena souffla, elle avait fait une promesse à son pokémon hier. Elle se dirigea devant les rondins et ferma les yeux.
- Je n'ai pas l'intention de juste regarder, expliqua la jeune fille.
- C'est inutile, la maitrise de l'aura est un talent inné on ne peut pas l'acquérir par l'entrainement. On né avec ou sans.
- Peu importe, je ne pourrai pas l'aider si je n'essaye pas moi-même.
Palermo comprit la détermination de Serena, malgré ses doutes elle était prête à aider son pokémon. Elle fit un signe de tête à Lucario pour lui dire de commencer. Les troncs se balancèrent devant Serena. Elle pouvait les entendre siffler, mais ils étaient trop nombreux et leurs bruits finissaient par se mélanger rendant impossible toute possibilité d'esquive en se fiant uniquement à son ouïe. Dracaufeu ne voulait pas que sa dresseuse soit blessée, il commença à enlever son bandeau mais Palermo l'arrêta :
- Si tu l'enlèves, je demande à Lucario de frapper Serena. Et je t'interdits aussi de l'arrêter.
Sacha grogna, cette femme était une sorcière ! Il ne savait pas quand Serena allait faire le premier pas, il devait rapidement trouver la solution. Il se concentra, il ne savait pas quelle forme avait une aura mais peu importe, il connaissait bien sa dresseuse. La chaleur qu'il ressentait lorsqu'elle l'encourageait, quand elle était proche de lui. Il finit enfin par la discerner, une lumière bleutée au milieu de la nuit, il était fasciné par cette petite flamme qui dansait. Il remarqua qu'elle commençait à bouger, rapidement sa perception s'étendit et il repéra le danger qui menaçait la précieuse flamme. A chaque pas de sa dresseuse, il arrêtait le tronc qui la menaçait et lui permettait de continuer. Il enleva son bandeau une fois tout danger écarté, rassuré de la savoir saine et sauve. La jeune fille ouvrit les yeux, elle ne pensait pas que ce serait si simple. Elle remarqua finalement son dragon en sueur, et comprit immédiatement. Elle n'eut pas le temps de le féliciter, le dragon avait oublié d'arrêter un tronc et il reçut un violent choc derrière la tête lui faisant perdre connaissance. Serena paniqua et tenta de le réveiller sous le regard amusé de leur mentor.
- J'ai bien fait de t'emmener, il va rapidement progresser grâce à toi, expliqua l'aura gardienne.
Le pokémon se réveilla en se massant douloureusement la tête, intransigeante la vieille sorcière l'obligea à reprendre l'entrainement. Il devait retrouver la sensation qu'il avait eu au précédent essai, il y eu plusieurs ratés mais à chaque essai on pouvait observer une nette amélioration.
La journée se termina et le pokémon avait réussi avec succès à éviter tous les rondins. Serena sauta à son cou pour le féliciter. Le pokémon y répondit en enserrant la taille de son amie. Elle se rendit alors compte de sa position et se détacha du monstre, légèrement gênée d'avoir encore une fois perdue le contrôle de son corps.
Il était l'heure du repas, une marmite était en train de chauffer sur un feu de bois. La manageuse goutta sa préparation et satisfaite tendit un bol à son pokémon et à ses disciples. Serena observa le potage un instant, la manageuse l'avait sans doute réalisé avec les produits de la forêt, elle espérait qu'il n'y est rien de vénéneux. Le reptile était moins inquiet et demandait déjà un deuxième service. Serena gouta à son tour et fut surprise du goût, prononcé mais bon.
- J'ai voyagé moi aussi, lui rappela Palermo.
La jeune fille continua à déguster son repas mais quelque chose manquait à ce tableau.
- Ça fait bizarre de ne pas manger avec Roussil et les autres, soupira Serena.
Elle se souvenait encore de leur regard déçu quand elle leur avait expliqué qu'ils ne pouvaient pas venir et qu'elle devait les confier au professeur Platane.
- Ce sont des entrainements où on essaye d'avoir le moins de témoins possibles. D'autres aura-gardiens jugeraient même que tu serais de trop. Mais j'ai l'habitude d'emmener le dresseur, qu'il ait des qualités de maitriser l'aura ou non.
- L'aura… je ne pensais pas qu'il y avait autant de possibilités. Cornélia avec son Lucario ne l'ont jamais utilisé ainsi.
- Tu parles de la championne d'arène de Yantreizh ?
- Oui, je l'ai rencontré au cours de mon voyage, elle peut faire méga-évoluer son pokémon et ils sont très forts !
Palermo rit légèrement avant de prendre une cuillérée de sa soupe et d'expliquer :
- Même avec la méga-évolution elle se ferait écrasée par un aura gardien. Utiliser la méga-évolution sans apprendre les bases est une erreur de débutant.
- Je suis sûre que vous ne diriez pas ça si vous l'affrontiez !
- Serena, quand tu construits une maison, tu veilles à avoir des fondations solides sinon tout s'écroule. Là c'est pareil, au premier abord tu vois un immense gratte-ciel indestructible mais si tu donnes un coup de pied aux fondations il s'écroule comme un château de carte. Je suis persuadée que son pokémon est devenu incontrôlable quand il a méga-évolué.
- Mais ils se sont entrainés et ont réussi à maitriser ce pouvoir.
- En apparence, mais elle ne deviendra jamais une grande dresseuse. Je l'ai déjà rencontré et je peux t'assurer qu'en l'état actuel tu la vaincrais sans difficulté.
Serena avala une cuillère de soupe, Palermo venait de lui faire un compliment indirect. Si elle était en mesure de battre Cornélia, est-ce qu'elle arriverait aussi à combattre d'égal à égal contre Sacha ? Elle repensa à la puissance de Sachanobie, si Dracaufeu méga-évoluait il aurait des chances de l'emporter. Mais en même temps ce serait lié à la propre puissance de son pokémon, elle n'était finalement qu'un petit déterminant dans la victoire, il pourrait même très bien l'emporter sans elle.
Serena était allée se coucher, Sacha préférait veiller encore un peu avec Palermo au coin du feu. Il n'avait pas sommeil et en plus sa dresseuse ne voulait pas qu'ils dorment collés l'un à l'autre. Il fouetta le sol de sa queue en signe de frustration.
- Dracaufeu, tu es bien humain, demanda nonchalamment Palermo.
Sacha sursauta, comment le savait-elle ? Et plus important, est-ce que Serena l'avait entendu ?
- Je te rappelle que je maitrise l'aura, soupira-t-elle. Et ne t'inquiètes pas pour Serena, elle dort profondément, si tu appliquais ce que je t'ai appris, tu l'aurais tout de suite su. Enfin, vos histoires ne regardent que vous, je ne révèlerai rien à ta dresseuse.
