Chapitre 8 – Hoenn actualité : le spectacle d'astronomie

La lune surplombait désormais l'île, Sacha s'était entrainé jusqu'au beau milieu de la nuit et n'avait toujours pas réussi à créer une barrière assez solide. Palermo avait eu pitié et l'avait laissé manger et aller se coucher.

- Tu n'arrives pas à dormir ? remarqua Serena.

Sacha acquiesça et se releva, son manque de sommeil n'était pas uniquement dû aux ronflements du trio, il était frustré de n'avoir rien réussi aujourd'hui.

- Tu cherches peut-être trop à défendre, réfléchit la dresseuse.

Le pokémon cligna des yeux, il ne comprenait pas où elle voulait en venir.

- De ce que j'en ai compris, l'aura c'est une projection de ton âme. Et ton âme à toi je pense qu'elle est du genre à dire : « la meilleure défense c'est l'attaque ! »

L'ancien dresseur médita ces paroles, c'était plutôt bien pensé ! Il s'écarta de la jeune fille et lui fit signe de l'attaquer. Elle aurait préféré se reposer un peu, mais avec le regard insistant de son pokémon difficile de refuser. Elle saisit quelques cailloux qui trainaient et commença à les lancer sur son monstre. Les premières touchèrent leur cible sans difficulté, cependant une barrière bleutée commençait à apparaitre et pas seulement, elle désintégrait les cailloux à chaque contact. Sacha était ravi, il voulait toutefois essayer avec un projectile un peu plus dangereux. Il utilisa ses draco-griffes pour trancher un arbre et, comme avec les cailloux, il le désintégra d'un geste.

Le dragon cria de joie et saisit sa dresseuse par la taille pour la porter dans les airs.

- Vous en faites du bruit, se plaignit Brice en boitant.

Serena le dévisagea, elle n'avait toujours pas oublié sa trahison. Et son pokémon feu ne se montrait pas non plus amical envers le jeune homme, découvrant ses crocs dans une mise en garde silencieuse.

- Je t'en prie, ne te prives pas pour m'achever, cracha Brice au dragon.

Sacha serra son poing et s'approcha du garçon en grondant de plus en plus fort. Effectivement, il ne pouvait pas pardonner la trahison de l'inspecteur. La pokéball à la ceinture de Brice brilla et Jungko en sortit. Bien que le pokémon plante portait encore les stigmates des brulures que lui avait infligé le métamorphosé, il siffla contre le dragon faisant vibrer sa queue dans un air de défi. Les deux monstres s'observaient, l'un emplissait sa gueule de flammes pendant que l'autre matérialisait des lames vertes au niveau de ses coudes.

- Dracaufeu ! cria Serena.

- Jungko ! ordonna Brice.

A l'entente presque simultanée de leurs noms. Les deux pokémons se détournèrent l'un de l'autre pour rejoindre leur dresseur. La jeune fille souffla, rassurée d'avoir pu éviter un nouveau combat.

- S'il te plait ne t'énerve pas, murmura la jeune fille tout en caressant son dragon.

- Oui, évitez de vous transformez en monstre.

- Brice ! ça ne sert à rien de le chercher ! s'énerva la dresseuse.

L'inspecteur s'assit sur une souche d'arbre et étendit sa jambe douloureuse. Le pokémon plante mordilla gentiment le bonnet de son maître. Le garçon lui demanda d'arrêter sans pour autant se priver de lui gratter le cou. Serena le regardait faire, ne s'attendant pas à ce que le garçon puisse être si doux avec son pokémon même après avoir révélé son vrai visage.

- Pourquoi tu t'en es pris à nous ? demanda-t-elle enfin.

Le visage de Brice se ferma, Jungko le remarqua et cria sur la dresseuse. Mais sa voix fut étouffée par le grondement de Dracaufeu.

- Je pensais que Mew apparaitrait si Dracaufeu était en danger, avoua-t-il.

- Pourquoi tu cherches ce pokémon ?

Brice se leva et boitilla en direction de la jeune fille avant de la dépasser sans lui accorder un seul regard. Toutefois, le dragon de feu lui saisit le bras pour l'empêcher d'aller plus moi.

- Lâche-moi, ordonna-t-il. Sinon…

Jungko hérissait sa queue, prêt à répondre dès que son dresseur lui en donnerait l'ordre.

- Je veux juste essayer de comprendre, essaya Serena.

Le garçon se dégagea de la prise du pokémon d'un geste vif et demanda :

- Tu serais prête à me pardonner c'est ça ?

- Non. Tu as voulu blesser Dracaufeu et surtout tu nous as menti…

- Si tu n'aimes pas les gens qui mentent, ne restes pas avec ce type.

- Ce type ? Tu veux parler de Dracaufeu ?

Brice allait répondre mais le regard brulant de Sacha l'en empêcha, il n'avait pas envie de mourir brulé vif.

- Laisse tomber, souffla-t-il.

- Tu me caches quelque chose !

- Tu es futée, se moqua Brice. Peut-être que je te cache le fait que la fédération des dresseurs veut te retirer ton titre de top coordinatrice.

Le maître de la ligue ne pensait pas que sa phrase aurait un tel effet. Serena s'était figée, ses grands yeux bleus empreints de crainte.

- Ils vont vraiment le faire ? articula finalement la jeune fille.

- Pas étonnant, avec toutes ces rumeurs qui finalement n'en sont pas. Enfin, ce n'est qu'un titre après tout.

- Ce n'est pas qu'un titre ! C'est le symbole de tous les efforts que moi et mes pokémons avons accompli !

- Les gens ne sont pas du même avis et Atalante est là pour les encourager.

- Elle continue de leur faire croire que je l'ai attaquée.

- Oui, entre autres.

- Pourquoi ils la croient ?

Brice haussa les épaules. Mais quelque part, il ne pouvait s'empêcher de se revoir dans le visage douloureux de la jeune fille. N'avoir personne pour vous soutenir ou vous croire, c'était quelque chose qu'il connaissait bien.

- Je vais me coucher, dit-il.

- Attends ! Tu ne t'es toujours pas expliqué, rappela la dresseuse.

L'inspecteur soupira. Elle ne le laisserait pas en paix et le faux-pokémon était là pour la soutenir. Sa jambe commençait à fatiguer, il avait besoin de s'assoir. Jungko s'approcha de son maître et lui offrit une épaule pour le soutenir. Le garçon lui adressa un remerciement silencieux puis il leva la tête vers la jeune fille.

- Qu'est-ce que tu penses de Mew ? demanda-t-il.

La jeune fille hésita quelques secondes avant de répondre :

- Il nous a aidés lors de la crise contre Groudon et Kyogre.

- Tu lui en es reconnaissante ?

- Disons que lui au moins ne nous a jamais fait de mal, répondit-elle avec un énervement mal dissimulé.

Brice frotta ses yeux, son visage marqué par une profonde déception et en même temps c'était comme s'il avait déjà prévu qu'elle lui dirait ça.

- Ça ne change pas. Bien sûr, bien sûr que personne n'y croit, se plaignit le garçon. « Brice est un enfant traumatisé par la mort de son ami, Brice a besoin d'aides de structures compétentes. » N'importe quoi !

- La mort de… répéta abasourdi la jeune fille.

L'inspecteur agrippa sa veste, enfonçant si fort ses doigts qu'il aurait pu déchirer le tissu.

- C'est Mew qui l'a tué ! explosa-t-il. Et pourtant, malgré les faits, les gens ne sont même pas capables d'imaginer qu'il y a autre chose derrière son sourire.

- Et pourquoi il aurait tué ton ami ! Ce que tu racontes n'a pas de sens !

Pris de fureur, Brice voulut frapper Serena. Mais sa cheville le rappela à l'ordre et il tomba au sol, le nez dans l'herbe.

- On croirait entendre mon père, se moqua Brice face contre terre.

Jungko s'était agenouillé près de son dresseur. Il aida le garçon à se mettre assis et soudain le garçon au visage couvert de boue partit dans un éclat de rire.

- Mon père, mes amis, la police, tout le monde, tout le monde réagit pareil. Je dis la vérité, je suis le seul à connaître la vérité. Je suis seul.

Il avait dit ses derniers mots si bas qu'ils n'avaient été qu'un soupir couvert par le bruit du vent.

- Serena… les larmes dégringolaient désormais de ses yeux fatigués. Moi et Timmy, on ne faisait que jouer. On jouait parce qu'il faisait beau, parce que la forêt n'avait jamais été aussi verte, parce que les pokémons nous fascinaient, Brice prit sa tête dans ses mains, la secouant de gauche à droite comme pour nier la réalité. Alors on ne peut pas reprocher à des enfants d'avoir été curieux en voyant cette étrange forme colorée, on ne pas en vouloir à Timmy d'avoir voulu s'en approcher et… on ne peut pas en vouloir à l'enfant que j'étais d'avoir espéré que ce pokémon rose vienne nous aider. Mais… il… a regardé. Et il a souri. Un sourire si innocent alors que Timmy hurlait de douleur.

- Brice…

- Et moi aussi, j'ai regardé. J'ai pleuré, j'ai supplié, mais je n'ai fait que regarder ! hurla-t-il faisant pour la première fois ressortir toute la culpabilité qu'il ressentait.

Serena restait sans bouger. Elle ne savait pas quoi dire. De toute façon qui saurait quoi dire à un tel moment ? Alors elle attendit, respectant le silence qui s'était installé. Sacha se sentait aussi mal pour le garçon, peut-être qu'il pourrait…

- Ça ne te donnait pas le droit de faire souffrir les autres, décréta finalement la jeune fille.

Sacha ouvrit la gueule, surpris que sa dresseuse puisse avoir des mots si durs.

- Tais-toi.

- Jessie, James, Miaouss, le professeur Seko, Dracaufeu et même tes pokémons. Je peux comprendre que tu en veuilles à Mew, mais en définitive tu poursuis juste un rêve impossible et tu fais souffrir les autres parce que tu sais que tu ne pourras pas réussir !

- Je montrerai à tout le monde qui est le véritable Mew ! Pour Timmy, pour toutes ces victimes !

- Ça ne justifie rien ! hurla Serena. Peu importe tes intentions, si tu deviens comme celui que tu détestes alors ça ne rime à rien !

- Comme lui…

Brice baissa la tête. Regarder sans intervenir…

- Si tu t'en veux tellement pour ce qui est arrivé à ton ami, si tu veux que les choses changent, si tu veux arrêter Mew, alors commence par te changer toi-même, décréta Serena en le pointant du doigt. Et ensuite… demande de l'aide à tes amis, finit-elle en détournant le regard.

Le garçon dévisagea la jeune fille, la sondant du regard. Sacha aussi faisait peser son regard sur elle, il ne s'attendait pas à ce qu'elle tienne un tel discours.

- Qu'est-ce que vous avez ? s'inquiéta Serena, son assurance s'étant soudain volatilisée

Brice se mit à tousser, essayant de reprendre un peu de contenance. Il se releva, essuya ses yeux rougis, rappela son ami Jungko dans sa pokéball et dit d'une voix moqueuse :

- Choisis-moi comme petit ami à la place de Dracaufeu.

- Jamais de la vie ! répondit d'instinct Serena.

Brice souriait face à cette réponse. Il avait retrouvé ce visage de façade et en même temps il avait l'impression que ce masque qu'il s'était imposé s'était fait plus léger.

- Tu as des gouts bizarres mais passons. Est-ce que tu as trouvé un moyen d'éviter de tout réduire en cendre quand vous vous synchronisez ?

La jeune fille ne pensait pas que la discussion se recentrerait si vite sur elle. Mais elle avait l'impression que le dresseur était plus calme, serein. En fait, elle avait la sensation que les fausses expressions qu'il lui montrait avaient changé.

- Malheureusement, je ne sais pas comment faire, finit-elle par répondre. J'ai l'impression de me faire engloutir par ses flammes et je ne pense qu'à gagner le combat.

- Peut-être que c'est lié au fait que, justement, tu es en plein combat.

- Comment ça ?

- Dracaufeu n'arrivait pas à contrer les attaques de Lucario car il pensait à défendre. C'est le même principe lors de la synchronisation, si tu penses à combattre dès le début tu ne feras que détruire.

- Mais c'est normal de penser à combattre et… Les performances ! cria soudain Serena.

Sacha sursauta, il ne comprenait pas ce soudain élan de voix ni l'excitation qu'il lisait dans ce regard azur.

- Dracaufeu, on a essayé de se synchroniser en état de combat et de stress, mais si on se synchronise pendant une performance, le résultat devrait être différent !

L'ancien dresseur ne put s'empêcher de sourire, elle l'étonnerait toujours. Ils commencèrent leur performance, à accorder leur rythme l'un à l'autre. Et le miracle se produisit, Serena ne ressentait ni colère, ni envie de combattre, juste une parfaite harmonie entre elle et son pokémon. Brice était envouté par ce spectacle au clair de lune, il se prit même à être jaloux du dragon. Je commence à délirer, pesta l'inspecteur. Il ne détourna pourtant jamais le regard de ce duo irréel.


Serena se réveilla, elle avait encore sommeil, mais le boucan provoqué par le trio de bandits ne lui laissait guère le choix.

- Vous avez bien travaillé cette nuit, les félicita Palermo.

La jeune fille ne s'attendait pas à ce que la manageuse soit au courant de leur petit entrainement, décidemment rien ne lui échappait.

Le combat contre Lucario reprit rapidement, le pokémon aura arrivait toujours à tenir tête au dragon. Un vrai exploit quand on savait que cette forme avait résisté aux légendes d'Hoenn. Tout se passait pour le mieux du côté de Serena, son esprit restait clair et elle se sentait calme. Néanmoins, à chaque coup que Lucario évitait où déviait, la jeune fille avait l'impression que son champ de vision se réduisait et qu'une décharge la traversait. Il suffisait d'une seconde, une seconde pour la faire vaciller complètement et elle en prenait pleinement conscience lors de ce combat. Les poils de Miaouss se hérissaient, lui aussi sentait la tension qui montait dans l'air ambiant.

Cette fois tout ira bien, on a compris comment…

- Tu te déconcentres, remarqua la manageuse.

Lucario le démontra rapidement en frappant le flanc du pokémon feu qui cracha des flammes de douleurs. Le loup n'avait pas retenu son coup et Serena en fit rapidement l'expérience. Elle tomba à genou sur le sol, le souffle coupé.

- Ça fait mal, gémit-elle les larmes aux yeux.

Jessie observait la jeune fille. Elle n'avait pas encore perdue le contrôle, mais combien de temps cela allait-il durer.

- Je veux voir comment vous réagissez face à une situation stressante, expliqua Palermo.

Lucario acquiesça tout en faisant apparaître une boule bleue dans sa paume. C'était rude, voir même cruel, mais il fallait s'assurer que toute cette puissance était bien maîtrisée. Cependant, une main griffue saisit son poignet en plein dans son élan.

- Lucario recule !

- Brulez ! hurla Serena.

Lucario s'était placé devant sa maîtresse juste avant que les flammes ne l'atteignent. Le pokémon aura remarqua qu'une partie des poils jaunes de sa queue avaient noircis. Il pesta, même avec l'aura il n'avait pas pu complètement parer cette attaque lance-flamme.

Serena s'était relevée et fixait ses deux adversaires, elle grognait, montrait ses dents comme le ferait un animal.

- Tiens-toi prêt, murmura Palermo.

Les puissantes griffes du pokémon rouge labourèrent le sol au moment où il s'élança vers le loup bleu. La rangée de dents qui garnissait sa gueule fut bien visible pour le malheureux pokémon qui n'en réchappa que de justesse. Le dragon rouge abandonna pourtant sa cible première pour se concentrer sur la femme.

- Tu as complètement perdu le contrôle, pesta-t-elle.

Dracaufeu se jeta sur la femme, mais c'était sans compter sur la Charge-os de Lucario qui frappa sa joue.

- Hors de ma vue ! hurla Serena qui ne ressentait même plus la douleur.

Mais s'en était trop. Toute cette puissance qui malmenait l'esprit de la jeune fille finit par le déchirer.

- Il a cessé de bouger, s'étonna Palermo.

En effet, le pokémon feu avait sa gueule à moitié ouverte de laquelle coulait un filet de bave. Il n'avait pas repris sa forme habituelle, mais il semblait plonger dans un état léthargique. Serena n'était pas en meilleur état, étendue sur le sol, ses yeux immobiles fixaient un point invisible.

- Serena ! paniqua Jessie.

Elle tapota les joues de la jeune dresseuse, essayant de lui faire reprendre conscience. Rien n'y faisait, les traits de Serena restaient figés dans un état de béatitude grotesque.

- C'était trop tôt, souffla la manageuse qui s'en voulait de ne pas avoir fait plus attention.


J'ignorais où je me trouvais. Je combattais l'autre sorcière et son Lucario et maintenant plus rien à part cette brume épaisse qui ne me laissait aucun indice sur où pouvait-être les autres.

- Serena ! appelai-je.

Je sursautai, ce n'était pas un grognement mais bien des mots compréhensibles que je venais d'émettre. Je regardai mes mains, elles avaient repris une apparence humaine. Je me dépêchai de palper mon visage : une peau sans écaille, un nez pointu, une bouche avec des dents carrées. Humain ! J'étais humain ! Et Serena n'était pas là…

- Saleté de brume, m'énervai-je.

J'essayais d'écarter le brouillard avec mes mains, c'était des efforts inutiles, mais je ne pouvais pas m'assoir et ne rien faire.

- Serena ! Si tu m'entends fais-moi un signe ! N'importe quoi !

Le brouillard se dissipa d'un coup. Je n'étais pas plus avancé, il n'y avait rien autour, juste du noir, du noir à perte de vue.

- Dracaufeu.

Cette voix ! Une violente douleur broya ma poitrine. J'étais terrorisé. Non, pas seulement. Colère, désespoir, regrets. Tous ces sentiments mélangés. Pourquoi maintenant ?

- Dracaufeu.

La voix de Serena. La voix effrayée de Serena. Elle était là, je la voyais, accroupie face à un reptile orange aux ailes déchirés. Elle continuait de l'appeler et les sentiments se déversaient en moi. C'était… les sentiments de Serena ? Le brouillard revint masquer la suite de la scène et l'étau qui emprisonnait mon cœur se desserra.

- Dracaufeu ?

Encore. Les scènes continuaient de défiler et les sentiments de Serena se déversaient en moi. Des moments de peur, mais aussi de fierté, de bonheur, d'attendrissement, de sécurité et bien d'autres. Tout ce que Serena avait ressenti au cours de son voyage.

- Est-ce que tu veux voyager avec moi ?

Je la voyais accroupie face à la petite Salamandre que j'avais été. Le petit monstre acquiesça et je sentis mon cœur se gonfler. C'était si agréable, je partageais toutes les sensations de Serena. J'en voulais plus. Serena avait sorti sa pokéball et elle la posa sur la tête du salamèche.

C'est froid ! Ma vision s'était troublée et mon pied avait buté contre un objet juste derrière. Je retrouvai par miracle mon équilibre et me dépêchai d'enlever la poudre qui couvrait mon visage. C'était… de la neige ?

- Tu n'es pas le vrai Sacha !

Serena venait de me crier ça sans raison et voilà qu'elle me tournait le dos et partait en courant. Je criai son nom tout en me lançant à sa poursuite. Elle avait déjà pris de l'avance et la neige ne faisait que me ralentir.

- Serena ! appelai-je à nouveau.

J'évitai de justesse une nouvelle boule de neige.

- Pourquoi tu me suis !? me cria-t-elle dessus.

Au moins elle s'était arrêtée. Mais était-ce la vrai Serena ? Je veux dire, j'avais toujours ma forme humaine et ça ne la surprenait pas de me voir. Sans oublier tout ce qu'il s'était passé avant. Je me grattais la tête, la situation était beaucoup trop compliquée et… une odeur de larme. J'inspectais avec minutie le visage de Serena et comme je m'en doutais ses yeux habituellement calmes étaient troublés.

- Ne pleure pas, soufflai-je.

- A qui la faute ? me répondit-elle en essuyant vivement les perles au coin de ses yeux.

Je vois. J'avais finalement compris où j'étais ou pour être exact dans quel souvenir j'étais. Le bois Dédale, l'endroit de notre première vraie dispute… même si ce n'était qu'un souvenir, les larmes que je voyais en ce moment étaient bien réelles.

- Désolé de m'être énervé contre toi alors que tu voulais m'aider, avouai-je.

Serena me dévisagea, sans doute surprise par mon soudain changement de comportement. Souvenir ou pas, à ce moment j'avais vraiment été nul alors si je pouvais un peu me rattraper.

- Tu vas mieux ? me demanda-t-elle.

Elle s'inquiétait pour moi alors que c'était elle qui avait été la plus blessée. Perdu dans mes pensées, je ne remarquai qu'au dernier moment qu'elle s'était énormément approchée de moi, je pouvais presque sentir son souffle contre le bout de mon nez. Elle m'inspectait, cherchait à savoir si j'étais bien le Sacha qu'elle connaissait. Et finalement elle me posa une nouvelle question :

- Pourquoi ne m'as-tu toujours pas dit que tu es Dracaufeu ?

Je me reculai, la neige craqua sous mes pieds, qu'est-ce qu'elle racontait ?

- Co… comment tu sais ça ?

Elle me fit un grand sourire et se rapprocha à nouveau de moi.

- Je ne suis pas un simple souvenir. Si tu devais me définir je serais… la conscience profonde de Serena !

Elle avait claqué les paumes de ses mains l'une contre l'autre tout en disant cela. J'avais l'impression que mes tympans avaient explosés sous l'effet du choc.

- Depuis quand tu es au courant ?

- Je l'ai ressenti dès le moment où tu t'es présenté à moi sous forme de salamèche, s'amusa-t-elle.

- Alors pourquoi n'avoir rien dit !

- Sacha, tu fais erreur, tout en disant cela elle joignit ses deux mains emmêlant ses doigts. Grâce à la synergie ton esprit et le mien se sont enchevêtrés au point que tu as pu accéder librement au tréfonds de mon esprit. Et ces tréfonds, même Serena n'y a pas accès.

- Tu veux dire que tu n'es pas la vraie Serena ?

- Je suis une partie de son esprit dont elle n'a pas forcément conscience, mais je suis bel et bien Serena ! s'écria-t-elle.

Je l'avais irritée, c'était simple à comprendre en entendant sa voix qui montait dans les aigües.

- Mais tu es quand même au courant pour moi.

- Serena n'a jamais oublié le rêve qu'elle a fait à ton sujet, ni même toutes les sensations qu'elle a eu à ton contact. C'est juste qu'elle les a enfouies en elle parce que c'était beaucoup trop étrange et confus.

- Je crois que je comprends.

- Alors Sacha, tu n'es toujours pas décidé à me dire la vérité ?

- Tu la connais en définitive, soupirai-je.

- Je suis la partie inconsciente de son esprit. Et surtout, elle posa son index sur mon torse, c'est à toi de me révéler la vérité.

- Je ne peux pas !

Je m'en voulais d'avoir crié, Serena s'était reculée et me regardait avec appréhension. C'était comme si elle craignait que je lui dise à nouveau plein de méchancetés… le bois Dédale n'avait vraiment pas une bonne influence sur moi.

- Tu ne me fais pas confiance ? s'inquiéta ma dresseuse.

- Ce n'est pas le problème. Serena, je la regardai droit dans les yeux, je ne peux pas redevenir humain. J'ai vu comment les gens te regardaient et à quel point ça t'avait fait souffrir. Et je sais aussi que même si on leur racontait la vérité ils ne nous croiraient pas… C'est pour ça que je veux que tu puisses choisir librement si tu veux de moi en tant que pokémon.

- Est-ce que c'est vraiment la seule raison ?

Elle était perspicace ou alors c'était simple de deviner mes pensées. J'étais nerveux, d'ailleurs au lieu de lui répondre je me mettais à racler la neige avec ma botte.

- Non, finis-je par avouer.

- Est-ce que tu me diras ce que c'est ?

- Tu t'en souviendras ?

- Probablement pas.

J'aimerais quelque chose de mieux que du « probablement » mais au point où j'en étais de toute façon. J'avais aussi besoin de parler de temps en temps.

- Si tu apprenais la vérité… est-ce que tu pourrais le supporter ? Est-ce que tu ne gâcherais pas ta vie à essayer de me faire retrouver ma forme normale alors que c'est impossible…

Serena resta un instant à me regarder sans dire un mot. Finalement elle me prit la main et la posa contre sa joue, je pouvais sentir le froid de sa peau.

- Tu n'as peut-être pas tort sur ce dernier point.

Ça n'avait été qu'un murmure et pourtant j'avais senti des frissons me parcourir.

- Serena…

- Si tu ne veux toujours pas m'en parler pour l'instant, très bien. J'attendrai que tu te décides.

- Tu n'as pas compris je…

- Je m'en fiche d'attendre un ou dix ans, mais je veux connaitre la vérité. Je ne veux pas que persiste un si gros mensonge entre nous, elle s'approcha de mon oreille pour murmurer : tu es têtu, mais je le suis encore plus que toi.

J'avais la sensation que mon visage était en feu. Elle me ferait céder un jour ou l'autre, j'en étais certain à présent.

- Tu n'abandonneras pas, soupirai-je.

- Cependant, si tu ne veux pas que je découvre la vérité tout de suite, tu ferais mieux de te dépêcher.

- Comment ça ?

- Si tu es entré dans mon esprit tu ne crois pas que l'inverse est possible ?

Je criai si fort de surprise qu'elle se recula, mais elle avait raison ! Serena remontait sans doute le cours de ma mémoire en ce moment. Elle allait forcément découvrir la vérité !

- Comment je fais pour la retrouver ! questionnai-je la Serena en face de moi.

- Hum… comme d'habitude je dirais.

- Tu pourrais être plus précise, me lamentai-je.

Elle ramena sa main contre le ruban bleu à son col avec un petit sourire. C'était si évident ?


- Allez, s'il te plait, ouvre-toi !

Oui, j'étais bel et bien en train de parler à une poignée de porte qui restait obstinément fermée. J'avais remonté les souvenirs de Dracaufeu et ressenti ses émotions jusqu'au moment où il n'était qu'un Salamèche. Je pensais que j'allais découvrir son passé avant notre rencontre, mais à la place je me retrouvais ici. Je me détachai de la porte pour essayer la fenêtre. Pas vraiment mieux de ce côté-là et je ne voyais absolument rien à travers les carreaux. J'essayais à nouveau de faire céder la poignée de la porte, y mettant toute mes forces.

Pourquoi je me retrouvais ici ? Moi et mon pokémon n'avions jamais séjourné dans un tel endroit, ou bien je ne m'en souvenais pas… Pourtant j'avais remonté le fil de ses souvenirs alors cette chambre devait forcément avoir une signification particulière. A moins que ce ne soit un moyen pour m'empêcher de voir plus loin. Mais je voulais en apprendre plus sur lui et j'étais persuadée que derrière cette porte il y avait la réponse à bon nombre de mes questions.

- S'il te plait, laisse-moi sortir !

Je sentis la poignée tourner. Finalement j'allais y arriver et… je ne voyais plus rien. Une main rugueuse avait couvert mes yeux et un bras entourait ma taille. Pas très difficile de savoir qui était le coupable.

- Dracaufeu ? Qu'est-ce que tu fais ?

Il se décida à me relâcher, mais seulement après qu'un claquement ait résonné. Cette satanée porte était à nouveau fermée et je devinais que c'était lié à un certain lézard de feu.

- Pourquoi tu ne veux pas que je sorte ? Je suis certaine qu'on arrivera à maîtriser la synergie si j'en apprends plus sur toi.

Il détourna la tête. Il se sentait peut-être coupable, mais il n'avait pas non plus l'intention de me laisser voir ce qu'il y avait derrière cette porte.

- Tu n'as pas confiance en moi ?

Je n'avais pas pu masquer ma déception en disant cela, mais il se contenta de démentir d'un mouvement de tête. Je voulais insister, le pousser à céder, mais je ne pouvais pas le forcer non plus. J'enroulais une mèche de mes cheveux autour de mon index, réfléchissant à un bon argument. Lui, il restait immobile, seule sa flamme au bout de sa queue m'assurait qu'il ne s'était pas transformé en statut. Je n'aimais pas le voir aussi mal et si je continuais à l'interroger ça allait juste empirer. C'était frustrant mais…

- C'est bien parce que c'est toi. Mais tu ne me facilites vraiment pas la tâche, soupirai-je.

Il cligna plusieurs fois des yeux de surprise avant d'ouvrir béatement la gueule.

- C'est si surprenant que je respecte tes choix ? le taquinai-je.

Il gratta sa joue à l'aide d'une de ses griffes. Ses épaules s'étaient relâchées et sa queue balayait doucement le sol dans un mouvement inconscient.

Je décidai de prendre un peu de hauteur en gravissant l'échelle qui menait au lit. Il existait toujours plusieurs chemins pour atteindre un même objectif, c'est juste qu'il fallait le trouver.

Je m'asseyais sur les draps et suivais de mes doigts les motifs de pokéballs imprimés. Déjà il fallait que je comprenne comment fonctionnait cet endroit. Dracaufeu aussi venait de monter l'échelle, mais je lui demandais rapidement de ne pas monter sur le lit. C'est vrai, avec son poids il risquait bien de tout casser. Je remarquais le visage bougon de mon pokémon, pas vraiment heureux que je l'ai repoussé.

- Tu pourrais trouver la solution quand même. Si j'ai bien compris c'est ton esprit qui a créé cette chambre, tu devrais donc facilement nous libérer.

Le dragon orange se détourna du lit et sauta au sol. Il reniflait l'air, tournait dans la chambre, ouvrait les commodes à la recherche d'indices. Alors ça voulait dire qu'il n'avait aucune idée pour nous sortir de là. J'attrapai une pokéball posée près de la lampe de chevet, peut-être contenait-elle un pokémon pour nous aider. Je sursautai au moment où elle s'ouvrit et qu'un mini-roucool sur ressort en sortit. L'objet vola à travers la pièce et ne fut rattrapé que de justesse par mon pokémon. Je le vis appuyer rapidement sur un petit bouton avant de me montrer l'objet de ma frayeur avec un petit sourire moqueur. Un simple réveil, j'avais été effrayée par un simple réveil et…

- Comment as-tu su où il fallait appuyer pour l'éteindre ? demandai-je soudain.

C'est vrai, la vitesse avec laquelle il avait stoppé la sonnerie, sans la moindre hésitation de surcroit. Il connaissait parfaitement cet objet et cela signifiait que ce n'était pas une chambre juste destinée à m'empêcher d'aller plus loin dans ses souvenirs. Cette chambre elle-même était un souvenir important, peut-être un endroit où il avait vécu.

Seko avait dit que Salamèche était un pokémon sauvage, sauf que cet endroit affirmait le contraire. Je rattrapai au vol la sphère que Dracaufeu m'avait renvoyé, ses yeux étaient braqués sur moi comme s'il essayait de deviner mes pensées. Et celles-ci n'avaient pas l'air de lui plaire. Je fuyais son regard et remarquai la commode où étaient entreposés pleins d'objets brillant. Je m'approchais pour mieux voir : des trophées, des badges et quelques bibelots. La personne à qui appartenait cette chambre avait beaucoup voyagé et combattue pour avoir réuni une collection aussi impressionnante.

Dracaufeu s'était approché lui aussi et regardait avec insistance les objets. Son attitude me faisait penser à une personne âgée perdue dans ses souvenirs. J'hésitais quelques secondes avant de poser ma main sur son bras.

- Est-ce que… tu connaissais la personne à qui appartenait cette chambre ?

Il attendit un moment, ses griffes passaient sur les fins morceaux de métal soigneusement rangés dans leurs boîtes. Il acquiesça. Un hochement infime mais suffisant pour que je le voie.

- Cette personne te manque ? soufflai-je.

Son long cou se plia pour que son regard soit au niveau du mien. Je me figeai lorsqu'il passa sa main dans mes cheveux, ses griffes acérées étaient si proches de mon oreille. Je me reculai, mon cœur courait un véritable sprint en ce moment. Le pokémon feu baissa sa main, quelque peu découragé par ma réaction.

- Je… je n'arrive toujours pas à m'y faire même si j'ai pu voir tes sentiments pour moi.

Il s'approcha à nouveau et je plaçai mes mains devant moi comme si elles étaient un bouclier capable de me protéger du monstre.

- Je ne l'ai pas fait exprès, mais j'ai remonté tes souvenirs et… j'ai l'impression de m'être connectée à tes pensées, Dracaufeu croisa ses bras et claqua sa queue au sol. Je n'ai pas vraiment lu dans tes pensées mais… je pouvais connaître tes émotions comme si j'étais toi. C'était effrayant et en même temps… agréable ?

Je soufflai lorsqu'il se détourna de moi pour à nouveau s'approcher des badges. Il attrapa le socle d'un trophée et le regarda avec attention avant de le jeter de toutes ses forces par terres.

Je n'arrivais pas à empêcher mes tremblements, son geste avait été si violent alors que son visage était resté calme. Au milieu des débris dorés, je remarquais une clef jaune dotée d'un joyau indigo à son extrémité. Je me baissai pour la ramasser, je n'avais aucun doute maintenant.

- Ma première clef de princesse.

Est-ce que je lui avais déjà montré ? De toute façon comment pourrait-il connaître l'importance de cet objet ? Je ne lui avais jamais dit que c'était ma première récompense aux salons pokémons… Je devais me calmer. Si Dracaufeu ne connaissait pas la signification de cet objet alors c'est moi qui devais l'avoir mis là. Oui, c'est ça, nos esprits s'étaient tellement mélangés que j'étais moi aussi capable d'influer sur cet endroit ! Bon, ce n'était pas très rassurant non plus vu que Sacha et Amphinobi avaient maîtrisé leurs pouvoirs sans être passé par ce stade. Oui, ils avaient beau avoir perdu connaissance à répétition, jamais ils n'avaient parcouru ainsi l'esprit de l'autre. Donc est-ce que nous étions allés trop loin dans notre synergie ?

Le pokémon feu grogna alors que j'étais toujours accroupie. C'est vrai que j'avais une clef, elle ouvrait forcément quelque chose. J'essayais la porte : premier échec. La fenêtre ? Deuxième échec. Les serrures des commodes, armoires, la table de chevet : toujours rien. J'en avais assez ! Le pokémon orange me regardait faire, on aurait dit qu'il était certain que toutes mes tentatives étaient vaines. Je détaillais avec attention la clef, il y avait peut-être quelque chose que j'avais loupé. Ma clef, dans le trophée qu'il avait brisé. Une clef de permorfeuse, une coupe de combattant d'arènes. Deux choses différentes réunies au même endroit, deux manières différentes de penser. Différent alors que Sacha et Amphinobi pensaient toujours la même chose. Et le jour où ces deux-là avaient totalement accordés leurs objectifs, ils avaient pu maitriser leurs pouvoirs. Du moins, c'est ce que Sacha m'avait raconté.

- Mais quel est le désaccord entre moi et Dracaufeu…

Je soupirai, j'avais eu la réponse en partageant sa mémoire et ses émotions. Lors de notre dernier combat contre Palermo, au moment où Lucario l'avait touché j'avais aussi ressenti la douleur et… il n'avait pas accepté que je sois blessée et cela avait provoqué sa colère qui m'avait rapidement submergée. Mais comment lui demander de rester calme alors qu'il démarrait toujours au quart de tour quand j'étais impliquée ? Je rougissais à cette pensée, Dracaufeu était toujours protecteur et attentionné avec moi. Même Sacha n'était pas aussi… je secouai la tête, ce n'était pas le moment.

- Ecoute, c'est impossible que tu gagnes un combat difficile sans la moindre blessure.

Il fouetta la commode de sa queue faisant tomber au passage toutes les récompenses. Ce fut un tohu-bohu d'une cinquantaine de badges de toutes formes et de toutes couleurs qui brillaient sous la flamme du dragon.

- Tu es têtu ! Pire que Volcanion ! m'emportai-je. Comment tu veux qu'on y arrive si tu es le seul à tout endurer !

Cette fois c'était lui qui s'était reculé. Je lui saisis le poignet pour l'empêcher d'aller plus loin, mais il était bien plus fort que moi. Je m'écrasai contre son torse avec un petit gémissement de douleur. Je me massais le front, c'était peut-être une sorte de rêve, mais la douleur était bien présente.

- Tu vois, c'est si simple de se faire mal, pas besoin d'un combat pour ça, ronchonnai-je.

Il montra les dents, pas vraiment d'accord avec mon idée. Je levai les yeux au ciel, qu'il n'oublie pas que j'avais récemment parcouru sa mémoire et émotions.

- Donne-moi ta main.

Il hésita un instant avant de s'exécuter. Je posai ma clef dans sa paume, il ne comprit pas mon geste, mais je me dépêchai de lui apporter une explication :

- Je pense que toi et moi, nos objectifs vont dans la même direction tout en se contredisant, mon pokémon pencha sa tête de côté, il fallait que je sois plus simple si je voulais qu'il comprenne. Ce que je veux dire : tu veux me protéger, et moi je veux te protéger. Et ni toi, ni moi n'abandonneront ou changeront cette façon de penser. Cependant… nous avons d'autres raisons de combattre, je posais mes doigts sur ses griffes et les guidaient pour les refermer sur la clef d'or. Je te laisse protéger mes rêves, en échange laisse-moi veiller sur ton âme !

Les murs de la chambre se craquelèrent. Dracaufeu observait son poing sans un bruit. Finalement, il saisit mon ruban entre ses dents et le tira. J'attrapai l'extrémité à la dernière seconde alors qu'il plaçait sa main dans mon dos pour m'attirer à lui. Trop proche. Son visage était beaucoup trop proche. Il approcha encore, le ruban toujours dans sa gueule.

- A quoi tu…

Je ne pouvais pas en dire plus, je sentais contre ma langue le doux tissu mélangé à une texture plus ferme et humide. J'avais beau lui dire que j'hésitais, que j'avais du mal à l'accepter, qu'il me fallait du temps… je… je crois que…

La pression qui régnait dans ma bouche finit enfin par se dissiper, je mis encore un temps avant de remarquer que les murs qui nous entouraient tombaient en ruine.

- Ne me dis pas…

Il eut un sourire. Non, non, non ! Il ne pouvait pas… c'était injuste !

- Si j'ai vu tes souvenirs et sentis tes émotions alors tu as pu en faire de même, paniquai-je.

Il se tourna dos à moi et se contenta d'un petit signe de main comme s'il me disait « à tout à l'heure ! »

- Tu es impossible ! criai-je.

S'il avait vu mes émotions alors il savait que je n'aimais pas seulement ses baisers, il savait qu'en vérité… je les attendais avec impatience.


L'ongle de Jessie se brisa sous la pression de ses dents. Elle n'arrivait pas à cacher sa nervosité et de toute façon elle n'en avait pas l'envie. La journée avait passé, la nuit s'était invitée et même celle-ci allait bientôt laisser sa place. James remit un peu de bois dans le feu.

- Alors ? s'enquit-il.

- Pas un mouvement, mia, ronchonna le chat.

Le pokémon rouge et la jeune fille étaient allongés au sol, les yeux grands ouverts mais vident de toute conscience.

- Nous devrions envisager qu'ils ne se réveillent pas, soupira Brice adossé à un rocher.

Jessie lui décocha un regard noir avant de grincer :

- On t'a pas demandé ton avis !

- Mais il n'a pas tort, intervint Palermo qui revenait de la forêt.

La femme avait dû gérer l'attaque de quelques pokémons un peu trop farouches qui s'étaient approchés du camp. Son pokémon et elle ne semblaient pas affecter par le manque de sommeil contrairement au trio de bandits dont les cernes étaient bien visibles sous l'éclat de la lune.

- A qui la faute ! Vous les avez trop poussés ! cracha Jessie.

- J'étais obligée. Je ne peux pas relâcher un être aussi dangereux dans la nature sans m'être assurée qu'il n'y a aucun risque.

- Quand bien même, vous auriez dû…

- La vieille, la surnommée vieille projeta son aura sur l'inspecteur qui évita l'attaque de justesse contrairement au rocher qui se retrouva réduit en poussière. Je veux dire, Madame Palermo ne pouvait pas savoir. La synergie est un phénomène extrêmement rare sur lequel il n'y a quasiment aucune information. Sans compter le fait qu'il y a des variations en fonction des pokémons et dresseurs qui les utilises.

- Effectivement. Et je ne pensais pas que leur lien était aussi fort.

- Qu'est-ce que voulez dire par là ? s'enquit James.

Palermo s'assit dans l'herbe aux côtés des deux endormis et fit apparaître dans sa main deux lueurs bleues.

- Serena est entrée dans l'esprit de Dracaufeu et Dracaufeu dans celui de Serena. Ce n'est pas seulement une fusion, ça s'est enchevêtré au point d'être pire à démêler qu'un saquedeneu.

Les deux flammes n'en formaient plus qu'une seule tourbillonnante et incontrôlable.

- Et vous ne pouvez rien faire ? miaula Miaouss. Vous maîtrisez l'aura, vous devriez être la plus à même de les aider.

- Je vous l'ai dit. C'est tellement emmêlé que je ne saurais pas par où commencer. En fait, il y aurait plus de chance que je brise leur esprit en intervenant.

- De toute façon ça ne pourra pas être pire que maintenant, maugréa Jessie.

La kalosienne s'était redressée et toisait Jessie de ses yeux luisants dans la nuit.

- Si tu veux être une bonne performeuse, apprend à correctement juger les autres.

- Que…

- Serena était déjà une jeune fille prometteuse à l'époque, et elle n'a fait que renforcer mon intérêt à son égard depuis. Il est vrai qu'il existe une possibilité qu'ils restent ainsi à jamais, mais ça n'arrivera pas. Je n'agis pas car j'ai jugé que Serena avait le potentiel de régler la situation tout comme elle a le potentiel de devenir reine de Kalos.

Jessie ne trouva rien à répliquer, surprise que cette femme si froide face preuve d'un semblant d'émotion.

- Les morveux bougent ! s'exclama soudain le pokémon de la team Rocket.

- Serena ! appela Jessie.

La jeune fille se releva brutalement, trop brutalement puisqu'elle percuta au passage le front de la femme.

- Deux fois, se lamenta Serena en se massant le front.

- Alors tu es revenue, fit Palermo avec un sourire non dissimulé.

Dracaufeu avait repris sa forme habituelle et s'aidait de ses ailes pour se relever.

- Disons qu'on a trouvé un accord, répondit la dresseuse pendant que Jessie lui offrait un appui pour se remettre debout.

- Je ne pensais pas que ce serait si rapide… avoua la sorcière. A vrai dire, rien que le fait de vous retrouver au milieu de ce méandre qu'étaient vos deux esprits n'était pas une mince à faire.

- C'est Dracaufeu qui m'a retrouvée. Et enfermée dans une chambre aussi…

- Enfermée ? s'étonna Palermo.

- Oui, je ne pouvais pas aller plus loin dans ses souvenirs.

L'aura-gardienne préféra ne rien rajouter. Le métamorphosé avait tellement l'habitude de cacher son secret que naturellement, quand Serena avait essayé d'y accéder, des moyens de sécurité s'étaient mis en place. Mais il avait quand même eu de la chance qu'elle n'ait rien découvert.

- Quoi qu'il en soit ne perdons pas plus de temps, déclara la manageuse. Etes-vous prêts à me montrer si vous avez réussi à maîtriser la synergie ?

- Maintenant ? s'étonna Serena.

- Vous avez dormi toute la journée, finit de fainéanter, se moqua la sorcière.

Mais le pokémon flamme mit son aile devant sa dresseuse, faisant signe à leur mentor qu'il avait bien l'intention de prendre un vrai repos et que Serena devrait en faire de même. Palermo se sentait prête à punir l'impertinent, mais James se montra diplomate :

- Il ne reste qu'une ou deux heures avant le lever du soleil et nous n'avons pas fermé l'œil depuis ce matin… ou plutôt hier matin. Madame Palermo, si vous voulez leur donner le meilleur de vos enseignements ne pensez-vous pas qu'il faut le faire une fois bien reposé.

- Il est vrai qu'une bonne hygiène de vie est importante… Très bien, nous attendrons que le jour se lève pour commencer, céda la femme.

- Mia, j'aurais préféré jusqu'à midi, bailla le matou.


Comme promis, à peine le soleil levé l'affrontement entre le dragon et le loup reprit. De nombreux arbres furent déracinés, l'herbe brulée, la terre retournée. Les pokémons du coin n'étaient pas ravis des évènements, mais aucun n'osait s'interposer entre les deux puissants êtres. Finalement, le soleil arriva à son zénith et les nirondelles, ravies de la chaleur qu'il apportait, chantèrent gaiement sans se soucier des bêtes destructrices. Et de toute façon, les gargouillements intempestifs des deux pokémons mirent fin au combat. Palermo était satisfaite de la progression de son disciple. Serena était essoufflée, le combat avait aussi eu une répercussion sur son corps, elle était trempée de sueur. Et son pokémon n'était pas en meilleur état.

- Dracaufeu, allons prendre un bain avant de manger, proposa-t-elle.

Le pokémon se figea, il n'aimait pas beaucoup l'eau depuis qu'il était devenu un pokémon feu. Et puis il se sentait gêné de partager le même bain que sa partenaire.

Ses ardeurs furent vite éteintes, Serena lui demanda d'attendre le temps qu'elle se lave et lui irait après. Déçu, le pokémon refusa d'aller se nettoyer quand elle eut fini.

- Je sais que tu n'aimes pas l'eau mais fais un effort, tu vas puer la sueur ! se plaignit la jeune fille.

- Dra ! refusa le pokémon.

- Et si Serena te frottait le dos tu accepterais ? demanda narquoise Jessie.

Les deux intéressés rougirent violemment et se mirent à bégayer. Finalement Serena accepta la corvée. Elle enleva simplement ses bottes et ses collants laissant à nue ses fines jambes. Le pokémon ne bougeait pas alors qu'elle s'activait pour nettoyer les différentes parcelles de son corps. Sacha ne pensait pas que ce serait aussi agréable. Pendant qu'elle nettoyait une de ses ailes, la jeune fille voulu en profiter pour lui poser une question :

- Est-ce que ce ruban a un intérêt particulier pour toi ?

Sacha rougit, c'était lui qui lui avait offert. A l'époque il avait ressenti une profonde joie lorsqu'elle l'avait accepté et porté à sa tenue.

- Dracau ! répondit-il évasif.

- Il faudrait que je demande à Miaouss de traduire… Je me pose quand même des tas de questions sur toi, d'aussi loin que je me souvienne tu t'es toujours comporté différemment des autres pokémons. Enfin maintenant je comprends mieux ta transformation, c'est plus un mécanisme à la Sachanobie qu'une vrai méga-évolution. Par contre si on suit la logique tu devrais plutôt avoir une couleur rose…

Sacha s'imagina un instant avec cette couleur, il préférait le rouge. Sa forme était peut-être aussi due au fait qu'il était humain avant.

Serena avait fini de lui nettoyer le dos, elle souffla et lui tendit la brosse pour qu'il se nettoie le ventre et le visage. Le pokémon détourna la tête, il voulait qu'elle continue. Elle ne le comprit que trop bien et elle savait qu'il ne changerait pas d'avis. Elle remit un peu d'eau glacée sur la brosse et continua son labeur. Elle commença par les jambes, remonta au niveau de son ventre jusqu'à finalement atteindre son visage où elle troqua la brosse dure pour un tissu humide. A ce moment, la raison de Sacha disparut, il saisit la main de sa dresseuse pour l'empêcher de fuir et l'embrassa goulument. La jeune fille ne se souvenait que trop bien de l'épisode de la galerie d'art, pourtant cette fois elle ne voulait pas le repousser. Le contact brulant qu'elle sentait contre ses lèvres s'opposait au froid qui mordait ses jambes et parvenait même à l'évincer. Ils se séparèrent pour reprendre un peu d'air, mais le dragon n'en avait toujours pas assez, il remarqua la peau blanche de la nuque de sa partenaire et ne put s'empêcher de la mordiller. Sa bouche libre de toute entrave, Serena commença à émettre des gémissements face à cette douce torture. La flamme de Sacha s'intensifiait, s'échauffait et… ce fut à son tour de gémir, mais de surprise et de douleur. Trop concentré sur sa partenaire, sa queue avait fini par plonger dans l'eau glacée. Ce n'était bien sûr pas suffisant pour le tuer, mais ça avait eu le mérite de le refroidir. Serena aussi avait repris ses esprits, elle recula si violemment qu'elle trébucha et tomba dans l'eau.


- Vous en avez mis du temps tous les deux, gronda Palermo.

Serena ne chercha même pas à s'excuser en croisant le regard de la manageuse. Il était fort probable que l'aura gardienne sache ce qu'il venait de se passer. Une bonne odeur de cacao embaumait l'air, la jeune fille se rendit vite compte que la Team Rocket s'était créée un petit cercle pour siroter un bon chocolat chaud. Même Brice s'était joint à eux. Elle les regardait avec envie, tout comme son Dracaufeu. Palermo soupira et leur donna son accord pour aller se poser avec les autres. Toutefois, elle n'oublia pas d'ajouter :

- La suite de l'entrainement sera rude alors préparez-vous bien.

Serena n'avait pas écouté la vieille dame et s'était saisie de la tasse brulante. Une fumée blanche émanait du liquide brun et venait chatouiller les narines de la jeune fille.

- Tu en veux ? demanda-t-elle à son pokémon qui les fixait intensément en attendant qu'on lui propose.

- C'est réservé à ceux qui ne mentent pas, remarqua Jessie.

Le pokémon feu gémissait face à l'interdiction. Brice regardait cette joyeuse bande qui s'agitait autour de lui. Il remarqua son reflet sur la surface brune et glissa son doigt sur la porcelaine blanche. Pierre avait encore téléphoné ce matin, mais dans son état il ne pouvait pas répondre à la demande du champion.

- Serena, une météorite fonce sur la région, avoua-t-il.

Tout le monde s'immobilisa à cette annonce à part la jeune fille qui, imperturbable, continuait de boire son chocolat chaud.

- C'est ennuyeux, soupira Serena.

Sacha, la Team Rocket et même Palermo la dévisagèrent. Elle les observa en retour, sans comprendre leur réaction. Elle prit une nouvelle gorgée, savoura la chaleur qui se diffusait sur sa langue puis…

- Quoi !? s'écria-t-elle soudain en répandant son chocolat chaud sur le sol.

- Une météorite, dans environ deux jours, peut-être moins, répéta-t-il sans plus d'émotion.

- Comment tu peux rester si calme ! s'emporta la dresseuse.

- Elle a raison ! paniqua James. Et pourquoi aucun ordre d'évacuation n'a été lancé ?

Brice leur fit signe de se calmer avant de reprendre la suite de ses explications.

- Cette météorite a déjà été repérée depuis un moment et des mesures ont déjà été prise. Si tout se passe bien, l'évacuation ne sera pas nécessaire.

- Si tout se passe bien ? Il faudrait un peu plus que du « si tout se passe bien », s'énerva le monstre chat.

- Il a raison, renchérit Serena. On ne peut pas jouer l'avenir d'une région sur des suppositions.

Brice retira son bonnet et passa sa main dans ses cheveux.

- Et où ces personnes iraient-elles ? La météorite n'a été repérée que depuis quelques semaines, lancer un plan d'évacuation pour une région toute entière en si peu de temps est impossible.

- Attends un peu ! Si cette météorite peut détruire la région alors sa taille doit-être… réfléchit le bandit.

- Arrête de prendre ta mine sérieuse ! ça n'amène jamais rien de bon quand tu fais ça ! s'énerva Jessie en le secouant dans tous les sens.

Loin de se décourager, l'homme se libéra des mains de sa partenaire de crime et exposa :

- Un objet aussi énorme qui tombe sur terre aura d'énormes répercussions sur le reste de la planète. En fait, si elle nous atteint, on ne sera en sécurité nulle part…

Le trio de bandit suait à grosse goûte à cette annonce, pendant que Sacha et Serena restaient bouche-bée. Seule Palermo restait calme et s'était décidée à prendre une tasse de chocolat chaud. Elle s'assit sur un des troncs d'arbre transformé en banc improvisé et dit :

- Et donc ? Si tu en parles à Serena c'est que tu as une idée derrière la tête.

Elle but une nouvelle gorgée. Brice remit son bonnet sur ses cheveux puis regarda tour à tour la dresseuse et son faux-pokémon.

- Le maître de la ligue a sollicité mon aide, mais dans mon état je ne peux pas faire grand-chose. Je compte donc sur Serena pour me remplacer !

Serena se montra du doigt, ayant encore du mal à croire que c'était à elle qu'il s'adressait.

- Je… je n'arriverai jamais à détruire une météorite ! cria-t-elle.

- Moi non plus de toute façon et ce n'est pas ce que le maître demande, l'arrêta tout de suite Brice.

- Alors à quoi on servirait ? questionna Serena soudain curieuse et en même temps rassurée.

- Il a décidé d'expliquer aux habitants d'Hoenn le danger qui arrivait et les mesures prises en conséquence. Mais pour éviter de provoquer un mouvement de panique, il a demandé à ce qu'un maximum de dresseurs connus et respectés soient présents lors de l'annonce et qu'ils s'occupent de rassurer la population.

- De la propagande en somme, remarqua James.

- Et ces fameuses mesures, tu penses qu'elles sont fiables ? s'enquit Jessie.

- Une technologie aurait été développée pour contrer la météorite. C'est un projet sur lequel la société Devon et le centre spatial d'Algatia ont travaillé en collaboration. Je pense qu'il n'y a pas à s'en faire si cette technologie est issue de leurs labos.

- Mia ! Mais tu as dit qu'ils ont repéré la météorite il y a seulement quelques semaines. Ils auraient fait quelque chose de potable en si peu de temps ?

- De ce que j'en ai compris. Ils ont adapté un autre de leur projet en cours depuis un moment pour qu'il réponde à cet objectif.

- Ce n'est quand même pas très rassurant, remarqua Jessie.

- De toute façon on ne peut compter que sur ça.

Serena avait écouté la suite de la conversation d'une oreille. Palermo et Sacha remarquèrent aisément que la jeune fille avait ses pensées ailleurs.

- Brice, commença Palermo, tu penses que c'est vraiment une bonne idée d'envoyer Serena à ta place ?

- Elle est connue, répondit Brice en détournant le regard.

- Mais elle n'a pas la confiance des habitants d'Hoenn. Tu sais très bien que dans ces conditions, Serena n'est pas qualifiée pour ce rôle.

Serena baissa la tête. Elle se sentait mieux depuis qu'elle s'entrainait sur l'île, mais cette discussion venait de lui rappeler qu'à l'extérieur, l'opinion des gens à son égard n'avait pas changé. Et Palermo, loin de la réconforter, n'avait fait qu'appuyer cette évidence.

- Serena est top coordinatrice et il serait temps qu'elle assume son rôle, exposa-t-il.

Ces mots refaisaient douloureusement écho à leur discussion d'hier soir. Son titre ne se résumait pas à sa victoire au grand festival. Elle avait aussi des responsabilités envers les habitants d'Hoenn.

- En fait, tu veux juste la détruire, comprit Jessie.

Ses yeux aussi perçants qu'un Séviper transperçaient l'inspecteur. Pourtant, celui-ci ne se laissait pas démonter.

- Elle devra bien quitter cette île un jour ou l'autre. L'opinion des gens n'aura pas changé à ce moment.

- Mais Mr. Rochard ne m'a envoyé aucun message contrairement à toi. Est-ce qu'ils ont vraiment besoin de moi ? demanda Serena dans un murmure.

- Tu viens de répondre toi-même à ta question. Je t'ai fait cette proposition parce que tu en as besoin. Si tu montres que tu te préoccupes du sort de la région, ça améliorera peut-être l'esprit des gens.

- Ou bien elle va juste se faire détruire par la presse, grogna Jessie. Surtout qu'elle ne pourra pas cacher très longtemps ses sentiments pour Dracaufeu vu comment elle rougit à chaque fois qu'il est dans les parages.

- De toute façon nous avons commencé l'entrainement et il hors de question de l'arrêter, trancha Palermo.

- Vous croyez vraiment que rester caché améliora la situation de Serena ? ironisa Brice.

- Ce sera toujours mieux que de la jeter en pâture à des journalistes ! argua Jessie.

Le ton continuait de monter chez la femme alors que l'inspecteur essayait de garder son calme malgré son visage de plus en plus crispé. Serena se contentait d'assister à l'échange, simple spectatrice d'une décision que les autres prenaient pour elle. Jusqu'à ce qu'un Lance-Flammes mette un terme aux discussions. Jessie hurla face à ses cheveux brulés, pendant que Brice lançait un regard noir au dragon.

- Dra ! se contenta de dire le pokémon feu tout en croisant les bras.

Sacha se tourna alors vers sa dresseuse, lui faisant comprendre qu'elle avait désormais le champ libre pour s'exprimer. Mais Serena, loin de saisir cette chance, tourna le dos au groupe et s'enfonça au milieu de la végétation, très vite suivie par le métamorphosé.

- Tu n'aurais pas dû lui faire une telle proposition, gronda la manageuse en fixant Brice.

- Elle devra assumer ses choix un jour ou l'autre de toute façon, répliqua-t-il.

- Serena a besoin de temps. Après tout ce qu'elle a vécu, même toi tu devrais le comprendre.

Jessie fixait la direction où avait fui la jeune fille. James s'approcha d'elle et lui demanda :

- Tu veux qu'on la cherche ?

- Laissons ça au morveux, rétorqua Jessie.

Son ton désinvolte peinait à masquer sa déception de ne rien pouvoir faire. James acquiesça, respectant le choix de sa partenaire.


Sacha retrouva sa dresseuse. Son corps frêle s'était recroquevillé contre le tronc épais d'un arbre millénaire. Sacha leva la tête, les feuillages du vénérable vieillard masquaient le ciel, privaient le sol des bienfaits du soleil. Cet être sans âge ne se préoccupait pas de ceux qui vivaient à ses pieds, préférant vivre pour lui-même.

- Je cause du souci à tout le monde, murmura Serena sa tête plongée dans ses bras.

Sacha vint s'assoir à côté d'elle. Il passa son aile dans le dos de la jeune fille et la ramena contre lui, lui faisant pousser un petit cri de surprise. Elle ne se dégagea pourtant pas, apaisée par la douceur de cette aile qui entourait son corps.

- Tu m'en voudras si je n'y vais pas ?

- Dra, répondit-il en caressant la tête de Serena.

- Palermo, la Team Rocket et même Brice… ils ne m'ont jamais jugé. Et grâce à ça, j'ai eu l'impression que je pouvais me réconcilier avec mes sentiments, que ce n'était pas anormal, avoua-t-elle.

Sacha sentit son cœur se réchauffer, comme à chaque fois qu'elle osait lui faire espérer que ne pas redevenir humain n'était pas si grave. Il tordit son long cou pour quémander quelques caresses. Serena lui sourit, passant ses doigts sur les écailles chaleureuses.

- Mais malgré tout, je n'arrive pas encore à assumer pleinement ce que mes sentiments impliquent. C'est injuste pour toi.

Sacha secoua la tête. Il ne voulait pas que Serena souffre. Il ne voulait pas que les autres la fassent souffrir. Sacha était déjà prêt à devoir cacher éternellement ses sentiments en public.

Il sentit la jeune fille trembler contre lui. Elle était aussi fragile que ces maigres feuilles qui jonchaient le sol. Un jour viendrait où elle ne pourrait plus supporter la pression de devoir cacher un aussi lourd secret. Elle avait le droit à une relation normale, avec un humain normal. Le regard de Sacha s'attrista, il prit la jeune fille dans ses bras et la serra fort contre son torse pour éviter qu'elle puisse le voir.

- Tu m'étouffes, rouspéta la dresseuse.

Il lui caressait le dos, profitant du contact, collant son museau dans ses cheveux pour respirer son parfum. Combien de temps accepterait-elle qu'il se comporte ainsi avec elle. Des années ? Des mois ? Des jours ? Peu importait… tant qu'elle savait, tant qu'elle acceptait qu'il puisse avoir des sentiments pour elle alors il n'aurait aucun regret.

- Tu souffres.

Elle le regardait maintenant droit dans les yeux. Ses yeux purs sondaient son âme comme si soudain elle avait elle aussi découvert le pouvoir de l'aura.

- Dra, répondit-il avec un sourire qui se voulait rassurant.

Serena mordit sa lèvre. Elle attrapa le visage de son dragon pour le forcer à être à sa hauteur.

- Je peux compter sur toi ?

- Dracau ? ne comprit pas Sacha.

- Je suis prête à prendre un risque, mais je n'ai pas l'intention de me mettre en danger. Et pour ça, j'ai besoin de toi.

Elle n'avait pas détourné le regard, sa voix franche loin de ses habituelles hésitations avait fait tressaillir l'ancien humain. L'arbre qui les dominait lui sembla soudain moins imposant, sa stature éclipsée par la détermination qu'il lisait dans ce regard limpide. Serena est forte, se souvint le garçon.


Le centre spatial d'Algatia était doté de la plus grande salle de conférence de la région. Plus de trois milles places disponibles qui habituellement accueillaient les scientifiques de toutes les régions lors des consortiums et assises. Cette fois, le public était bien différent. Il y avait bien sûr les membres du centre spatial dans le public, mais aussi les champions d'arènes ainsi que les coordinateurs les plus connus de la région. Le maître de la ligue se tenait sur l'estrade derrière son pupitre de conférence. Les dresseurs du Conseil 4 étaient assis derrière lui et écoutaient avec attention les mots du meilleur dresseur de la région.

Serena entra discrètement, elle espérait pouvoir s'assoir dans un coin sans se faire remarquer pendant que les autres se concentraient sur les paroles de Mr. Rochard. Cependant, son pied glissa sur une des marches et elle manqua de peu de s'écrouler. C'était sans compter sur le reptile qui la rattrapa juste à temps dans ses bras. Serena ne put s'empêcher de rougir et elle fut bien heureuse que les lumières de son côté ne soient pas très puissantes. Mais pour l'entrée toute en discrétion, c'était déjà loupé. Tout le monde s'étaient retournés vers elle et la fixaient comme une bête curieuse. Même Pierre s'était arrêté de parler.

Sacha s'empressa de se détacher de sa dresseuse pour ne pas plus la mettre dans l'embarras.

- Serena, peux-tu aller t'assoir, demanda Pierre en toussotant.

Mais Serena restait figée, sans savoir ce qu'elle devait faire maintenant.

- Serena, entendit-elle.

Elle remarqua alors quelqu'un qui lui faisait un signe de main pour l'inviter à la rejoindre. Serena n'aurait jamais cru être aussi heureuse de revoir quelqu'un.

- Flora, murmura-t-elle plein de gratitude.

Elle se dépêcha de la rejoindre et de s'assoir à côté d'elle. La coordinatrice d'Hoenn était en compagnie de Drew, il fit un signe discret pour intimer aux jeunes filles de ne pas se faire plus remarquer.

Le maître avait repris son discours. Il expliquait les rôles de chacun et les différents scénarios envisageables. Il comptait sur l'aide de chaque dresseur pour maintenir le calme à Hoenn. Après quelques mots d'encouragement, il laissa sa place à Atalante. L'ancienne Top coordinatrice faisait toujours preuve de grâce et d'élégance même quand il s'agissait juste de monter sur une estrade. Vêtue d'un simple pantalon et d'une chemise, elle ne perdait pourtant rien de sa prestance habituelle. Elle bougea un peu le micro, tapota dessus tout en jetant un regard discret à Serena.

- Je remercie Mr. Rochard pour la confiance qu'il m'accorde. Je rappelle à tous les coordinateurs ici présents que notre rôle est primordial. Nous avons la confiance des habitants d'Hoenn, il est donc de notre devoir de les rassurer le mieux possible.

Des murmures s'élevèrent dans l'assistance. Serena baissa la tête, ayant l'impression qu'Atalante la fixait.

- Mais comme vous le savez, j'ai déjà cédé mon titre de Top coordinatrice. Et puisque ma successeuse est présente, je pense que c'est à elle que revient…

Serena crispa ses mains en remarquant le sourire d'Atalante.

- Impossible ! cria quelqu'un dans la salle.

- C'est vrai ! Elle n'a pas la confiance des habitants d'Hoenn ! confirma un autre dresseur.

De nombreuses clameurs du même genre s'élevèrent et Serena ne trouvait rien à répondre.

- Pourtant c'est elle la nouvelle Top coordinatrice, moi je ne suis…

- Retirez-lui son titre ! clama quelqu'un très vite repris en cœur par les autres.

Pierre lança un regard aux scientifiques. Normalement ils devraient discuter de la météorite pas de…

- Vous allez vous taire ! hurla Voltère. Serena a gagné son titre en respectant les règles. Il n'y a pas de raisons de discuter ! s'emporta-t-il en se levant de son siège.

Le maître ferma les yeux, sachant pertinemment ce qui allait se passer. Dans la salle deux camps se formèrent et les cris fusèrent de toute part jusqu'à se transformer en insultes. Il était beau l'esprit d'équipe des champions pendant la crise qui menaçait de détruire la région.

- Elle a fait ses preuves au concours, effectivement, admit Atalante. Cependant vous savez tous que ce n'est pas le problème qui nous occupe.

- Justement ! Je pense que nous sommes suffisamment intelligents pour ne pas nous faire berner par des rumeurs, gronda le doyen des champions.

Atalante soupira puis tendit sa main vers la jeune fille qui n'avait pas dit un mot jusque-là.

- Serena peux-tu me rejoindre, s'il te plait.

La dresseuse jeta un regard nerveux vers son pokémon, elle ignorait ce que manigançait Atalante.

- Flora, tu peux surveiller Dracaufeu, murmura la jeune fille.

Sacha n'aimait pas l'idée de la laisser seule, mais il devait faire attention à comment il se comportait face aux autres champions.

Serena monta sur l'estrade et l'ancienne Top Coordinatrice l'encourageait à venir au pupitre de conférence.

- Il serait temps que tu dises à tout le monde ce qu'il en est vraiment. Est-ce que toi et Dracaufeu n'avez que cette relation saine qui existe entre dresseur et pokémon ou alors…

Serena déglutit face à la provocation d'Atalante. Les champions qui étaient de son côté souriaient, s'attendant à ce qu'elle mette fin une bonne fois pour toute à ces rumeurs. C'était si simple, elle pouvait très bien mentir ici et maintenant et toutes les personnes les plus importantes d'Hoenn se rangeraient de son côté. Elle répèterait la même chose aux journalistes et petit à petit toute cette histoire finirait par disparaitre des mémoires, parce que c'était faux, des bobards. Parce qu'un humain et un pokémon ce n'était juste pas possible.

Les projecteurs braquaient sur sa figure l'empêchaient de voir les gens dans l'assistance, mais elle était toujours capable de discerner la flamme qui brillait avec force. Dracaufeu… lui il se fichait de ce qui était possible ou pas parce que… il m'aime. Et elle, tout ce qu'elle voulait c'était l'ignorer, être une dresseuse normale se contentant d'un lien d'amitié. Une dresseuse qui ne perdrait pas la raison sous les tendres baisers d'un pokémon, qui ne chercherait pas à se coller plus contre lui quand il caressait son visage. Ne pas sentir ce feu qui la consumait de l'intérieur lorsque la langue brulante du dragon se fondait avec la sienne.

Serena ouvrit la bouche avant de la refermer. Dracaufeu ne lui en voudrait pas si elle lui demandait une relation normale, si elle lui demandait d'arrêter. Mais elle ? Serait-elle vraiment heureuse de cette situation ?

- J'aime Dracaufeu.

Elle n'avait pas tremblé, elle n'avait même pas réfléchi. Elle avait juste dit ce qu'elle voulait cacher depuis tout ce temps.

- Comme un ami, rectifia Roxanne.

Serena fit non de la tête. Tous les dresseurs présents avaient parfaitement compris et Sacha restait sans bouger, le teint rouge face à la soudaine déclaration. Atalante repoussa soudain Serena, reprenant en main le micro.

- Je crois que vous comprenez tous maintenant pourquoi elle m'a attaquée. J'ai fait de mon mieux pour lui expliquer qu'elle était malade, mais Serena ne veut rien entendre !

Cette fois, personne ne trouvait rien à rétorquer. La preuve était faite, la Top Coordinatrice était complètement folle.

- Et je suppose aussi que c'est pour cela que Brice n'est pas là aujourd'hui. Comme c'est ton ami il a dû chercher à te résonner… sauf qu'il n'a pas eu la même chance que moi je suppose.

- C'est lui qui nous a attaqués ! se défendit trop vite la jeune fille.

- Comme moi c'est ça !? cria en retour Atalante.

Les dresseurs s'étaient levés de leurs chaises et avaient sortis leurs pokémons, prêts à immobiliser la dangereuse dresseuse.

- S'il vous plait arrêtez, paniqua Flora en se levant à son tour.

Elle ne comprenait pas ce que disait son amie, mais elle ne pensait pas s'en prendre à elle était la bonne solution. Mais les pokémons qui grognaient au milieu de la nuit artificielle n'étaient pas de son avis.

- Atalante, écarte-toi. On va s'occuper d'elle, prévint Marc.

L'homme était monté sur l'estrade accompagné de son fidèle Milobellus. Il toisait la jeune fille de son regard sévère, l'animosité se lisait clairement sur son visage.

- Marc, ce n'est pas le moment ! Et j'aimerais que tout le monde retrouve son calme. Bon sang, je vous rappelle qu'on a une météorite qui va bientôt nous tomber dessus ! tenta Pierre.

Mais les dresseurs ne semblaient pas décidés à s'arrêter et Serena s'était reculée au fond de la grande estrade, se retrouvant coincée contre le mur de projection.

- Dracaufeu ! supplia-t-elle.

Ce cri de détresse ramena Sacha à la réalité. Il s'envola sur la scène pour se poser devant sa dresseuse, prêt à bruler quiconque s'approcherait.

- Je sais que tu tiens à ta dresseuse. Mais tu dois comprendre que les sentiments que tu as ne sont pas normaux. Tu as voulu lui faire plaisir, mais c'est ta propre santé que tu mets en danger, essaya de le convaincre Marc.

Le corps de Sacha était en ébullition. Qu'il ose répéter et il veillerait personnellement à ruiner les cheveux du champion.

- Saleté !

Le cri du champion fit se tourner vers lui toute la salle. Pierre avait appelé son Galeking et un petit pokémon pleurait juste en face de lui avec un petit objet entre ses pattes.

- Le convecteur ! Récupérez le convecteur ! glapissait un scientifique.

Mais Amaryllis venait d'apparaitre et avait écrasé la machine sous son pied. Elle caressait son pokémon qui pleurait dans ses bras, nullement inquiétée par tous ces gens hostiles qui la regardaient. Très vite un carchacrock et un bruyverne arrivèrent retenant entre leurs pattes des employés malchanceux du centre.

- Bien, en échange de leur vie, j'apprécierais que Mr. Rochard me remette sa gemme sésame.

La salle était remplie des meilleurs dresseurs de la région. Et pourtant, personne ne l'avait vu venir. Pierre ne pouvait s'empêcher de pester sur leur bêtise. Il y avait du monde pour arrêter une pauvre gamine mais une femme qui venait de réduire à néant leur chances de survies, elle ils la laissaient passer. Amaryllis lui offrit un magnifique sourire de remerciement alors qu'il posait la gemme dans sa main.

- Vous êtes complètement stupide ! fulmina le scientifique.

- Dis l'homme qui risquait de tuer un grand nombre de vies innocentes alors qu'il existe un moyen bien plus simple pour se débarrasser de ce petit caillou.

- Oh, vous expliquerez ça à la population d'Hoenn… et aussi au reste de notre planète quand la plus grande catastrophe de notre ère aura frappé.

- Vous croyez que c'est la première fois qu'une météorite nous fonce dessus ? soupira Amaryllis avant de se tourner vers Serena. Tu as l'air d'avoir des ennuis, remarqua-t-elle en voyant la bande de dresseurs qui l'entouraient.

- C'est ton amie ? grogna Marc contre la kalosienne.

- Non ! s'offusqua la jeune fille.

- Tu es si méchante, pleurnicha la femme. Moi qui croyais que tu me comprenais.

Mais elle ne continua pas plus longtemps à taquiner la jeune fille, préférant disparaitre derrière un écran de fumée.

- Tu es contente de ta diversion ? Ton amie vient de condamner Hoenn ! cracha le spécialiste des types eaux.

Il s'apprêtait d'ordonner à son pokémon d'attaquer quand Flora s'interposa en criant

- Serena n'a rien fait ! C'est vous qui vous acharnez sur elle !

- Tu prends sa défense ? siffla Marc.

Son visage écumait de rage, prêt à se déchainer sur la complice de la coupable. Une sublime rose l'en empêcha, Drew faisait une légère révérence la tige épineuse entre ses doigts.

- Nous sommes des coordinateurs, c'est notre devoir à tout moment de faire preuve d'élégance.

C'était un ton nonchalant et légèrement hautain que Drew avait l'habitude d'utiliser lorsqu'il était face à des rivaux qu'il considérait plus faibles que lui. Sauf que Marc était loin d'être le plus faible ici, bien au contraire. Flora se demanda ce qu'il était passé par la tête de son ami, il était inquiet, elle le voyait à sa main tremblante posée contre son dos tendu.

- C'est aussi notre devoir de défendre l'honneur de notre art, répliqua enfin le champion d'Atalanopolis.

Toutefois il semblait avoir retrouvé un peu de maitrise sur ses émotions. Drew adressa un discret regard à Flora, un regard doux et rassurant qui l'invitait à poursuivre ce qu'elle voulait dire au champion. Lui resterait entre les deux, gardien protecteur, ligne infranchissable qui ne laisserait pas une seule chance à Marc d'atteindre la jeune fille dans son dos. Drew se montrait toujours dur et parfois blessant, mais il y avait aussi cette étrange bienveillance cachée au milieu du reste qui aujourd'hui s'exprimait dans toute sa splendeur.

- Serena a défendu Hoenn contre Groudon et Kyogre. Et puis… elle a toujours veillé sur Dracaufeu et inversement alors… Pour moi aussi c'est bizarre, mais je crois que je peux comprendre comment ils en sont arrivés là, expliqua Flora en jetant un coup d'œil derrière elle. Et je crois que Dracaufeu aime aussi sincèrement Serena.

- Tu délires ma pauvre, se moqua Marc. Cette fille mérite juste de finir dans un asile !

S'en était trop pour Sacha, son pied frappa violemment le sol alors que son visage se trouvait tout près des yeux du détracteur. Une profonde colère luisait dans ses pupilles chocolat.

- Tu ne comprends pas que je veux juste t'aider ! hurla Marc.

Le dragon s'apprêtait à frapper celui qui osait insulter son amie.

- Arrête ! cria Serena.

Le pokémon avait toujours le poing en l'air, hésitant à l'abaisser.

- Je ne suis pas folle ni malade, expliqua Serena d'une voix chevrotante. Je… je suis juste tombée amoureuse de quelqu'un qui veille sur moi, qui me protège, pour qui je compte et qui ne m'abandonne jamais. C'est peut-être égoïste, mais je ne peux pas nier ce que je ressens par respect pour lui.

- Tu crois que tes histoires pitoyables vont me faire changer d'avis ? grimaça de dégoût le champion.

- Alors permettez-moi de vous affronter en combat ! De vous prouver que nos sentiments sont sincères !

Le champion toisa un long moment la jeune fille, contrairement à ce qu'il pensait il n'y avait aucune perversion ou malignité dans ses yeux. Il aurait presque pu appeler ça un amour sincère…

- Les combats révèlent la vérité sur les dresseurs, concéda Marc. Soit, j'en profiterai pour montrer à tout le monde la couleur de ton âme.

Pierre les regardait faire, quand Marc avait une idée en tête… Et en plus le défi semblait avoir retenu l'attention de tout le monde, bien plus que le caillou de l'espace.

- J'espère qu'après ils se calmeront. Il y a quand même le scénario de l'apocalypse qui va bientôt nous tomber sur la tête, soupira le champion.


Les journalistes avaient immédiatement répondu présent à l'appel de Marc et entouraient le terrain formant un mur lumineux et compact d'appareils photos et de caméras. Pierre s'avança en tant qu'arbitre et rappela les enjeux de ce combat devant la meute de journalistes.

Le champion d'Atalanopolis appela son fidèle Millobilus. Le pokémon le plus beau du monde faisait face au dragon. Sa queue en éventail vibrait, sachant pertinemment à quel point ce combat était important pour son maître. Il glissa vers le monstre prêt à le frapper de son eau purificatrice. Dracaufeu prit son envol hors de la portée du serpent d'eau, il était temps que les gens comprennent leurs sentiments. Serena toucha le ruban qui volait sous les puissants coups d'ailes du dragon. Il s'illumina et lia les deux cœurs. Millobilus tomba hors combat au bout de quelques secondes, sans que Marc ait pu articuler le moindre ordre. Il était hypnotisé par ce pokémon qui se tenait aux côtés de la jeune fille. Son corps rouge, ses immenses ailes, ses pattes robustes. Cette créature redoutable se coucha pourtant aux pieds de sa princesse, la laissant lui caresser la tête en un tableau digne des contes d'autrefois. Ce pokémon aimait sa dresseuse, de tout son être. Il reprit finalement son apparence normale et Serena s'approcha des journalistes affamés qui jappaient. Elle faisait face aux caméras, toute trace d'hésitation disparue.

- Je prouverai à chaque personne qui voudra me séparer de Dracaufeu que rien ne peut briser notre lien. Nous sommes prêts à affronter tous les dresseurs d'Hoenn, voir du monde s'il le faut !

La déclaration fit frémir les journalistes, plus personne n'osait désormais poser la moindre question. Toutefois il restait pour Serena une dernière chose à régler.

- Sacha, si tu regardes ça, je veux m'excuser. Lors de nos adieux je t'avais avoué mes sentiments, et tu dois avoir l'impression que je t'ai remplacé. Si on avait poursuivi notre voyage ensemble, si tu avais seulement dénié me donner de tes nouvelles, tout aurait pu être différent. Maintenant je me rends compte que je n'ai toujours été qu'une simple amie pour toi, et comme tes autres amis je suis moins importante que tes rêves. Je t'ai aimé et je t'aime toujours, mais j'aime aussi Dracaufeu. Alors je choisis celui qui ne m'a jamais oublié au profit de ses rêves.

Serena se détourna des caméras avant que sa voix ne se brise. Sacha sentit son cœur se serrer, mais en soit elle avait raison de lui dire ça. Non, plus exactement, de dire ça au Sacha qui fuyait les autres en prenant comme excuse ses rêves. Il remarqua les gouttes salées qui coulaient sur les joues de sa dresseuse, elle avait fait son choix et ne pourrait plus revenir en arrière. Maintenant c'était à lui de lui prouver qu'elle avait fait le bon. Il la prit dans ses bras et la serra contre lui, pour éviter que ces Vostournos ne capturent son visage dans ce moment de faiblesse.

- Serena… commença Flora. Tu… tu as bien fait.

Drew se saisit de la main de son amie, il sentait à quel point elle devait lutter entre sa morale et le bien de la top coordinatrice. Serena sentait que l'ambiance à son encontre avait changé, et elle remercia d'un petit signe de tête sa vieille amie.


Serena était repartie au centre pokémon en compagnie de Flora et Drew. La coordinatrice avait assuré qu'ils n'auraient pas besoin d'eux de toute façon et quand la coordinatrice d'Hoenn avait une idée en tête, il était dur de la faire changer d'avis.

- Quand je pense que Sacha s'est fait larguer, plaisanta Flora pour détendre l'atmosphère.

- Tu penses qu'il m'en voudra ? demanda Serena.

L'ainée devinait que malgré ce qu'avait pu dire son amie, elle n'avait pas encore complètement tourné la page.

- Je ne suis pas sûr qu'il comprenne de toute façon, grimaça Flora.

Serena ne put s'empêcher de pouffer de rire à cette remarque. Peut-être n'avait-il jamais compris le baiser qu'elle lui avait donné en définitive.

- Draaa, grogna le monstre de feu.

- Tu agis toujours bizarrement quand on parle de Sacha, remarqua soudain Serena.

Le faux-pokémon se gratta la joue, la fille qu'elle aimait venait à la fois de le larguer et en même temps de lui déclarer son amour. Il avait de quoi être perdu.

- J'espère qu'Amaryllis a un plan, bougonna Drew, le seul qui semblait vraiment prendre conscience de la gravité de la situation.

- Bien évidemment !

- Ah oui et quel est Waaah ! hurla le garçon.

Il avait frôlé la crise cardiaque tout comme les deux dresseuses et le faux pokémon. Amaryllis était là et elle leur souriait, Chuchmur correctement installé sur son épaule.

- C'était un très beau combat, s'enthousiasma la femme. Et une très belle déclaration, ajouta-t-elle en joignant ses mains.

Serena ne put s'empêcher de rougir même s'il s'agissait de son ennemie.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? gronda Flora avec sa main sur la pokéball à sa ceinture.

- Je vais peut-être avoir l'occasion de redonner sa vraie forme à ma fille et… je me disais que Dracaufeu pourrait aussi en profiter, finit-elle.

Cette fois, ce n'était pas un sourire moqueur qu'elle leur faisait, mais bien une invitation chaleureuse avec la profonde volonté de les aider.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? ne comprit pas Serena.

Sacha posa sa main sur l'épaule de la jeune fille, faisant un signe négatif de la tête. Il avait déjà compris qu'il était impossible de revenir à son état antérieur, mais avec Serena il se sentait capable de l'accepter. Peu importe ce que cette femme avait en tête c'était…

- Une météorite approche et elle est toujours en dehors de notre atmosphère, remarqua Amaryllis en observant ses ongles.

- Dra ?

- Oui. La lumière du soleil ne sera peut-être pas parfaitement pure, mais avec une telle quantité de matière directement frappée par les rayons solaires… même derrière un scaphandre, ça pourrait marcher.

- Attendez tous les deux ! Je ne comprends rien !

Mais le regard que lui lança son pokémon à ce moment lui fit bien sentir que ce soir, elle n'irait pas se reposer au centre.


Serena respirait à plein poumon l'air frais de la mer, les vagues en contrebas menaient leur vie sans se soucier des voyageurs du ciel.

- Fais attention Flora, tu gênes le vol de Carchakroc, prévint Drew.

La concernée lui répondit en tirant la langue. Contrairement aux autres, elle n'avait pas l'habitude de voler à dos de pokémon, et en plus ce n'était même pas le sien.

- Vous auriez pu rester à Algatia, soupira Amaryllis.

- Et laisser Serena toute seule avec toi ? C'est hors de question.

Amaryllis haussa les épaules, la coordinatrice n'abandonnerait pas son amie si facilement. Quant au garçon… elle avait le sentiment qu'il se faisait beaucoup trop de soucis pour la dresseuse de Braségali pour la laisser partir sans lui. Voilà comment elle se retrouvait à la tête d'une bande d'adolescents, volant en direction des Piliers Célestes. Mais leur destination était encore loin et les pokémons commençaient à fatiguer. Amaryllis remarqua une île en contrebas et fit signe aux autres qu'il était temps de se poser. La nuit n'allait pas tarder à tomber alors mieux valait monter le camp immédiatement.

- Vous croyez vraiment que Rayquaza va nous aider ? questionna Drew en profitant du repas assis autour du feu de camps.

- C'est ainsi que mon peuple a toujours procédé, sourit la femme.

Flora n'écoutait pas vraiment la conversation, savourant les plats que Drew avait préparé. Elle ignorait qu'il pouvait être si bon cuisinier et c'était une bonne nouvelle sachant qu'ils allaient bientôt partir dans une autre région pour s'entrainer ensemble. Enfin, à condition de repousser la menace que constituait la météorite.

- Vous n'avez pas peur ? questionna Serena.

- C'est moi qui ai demandé à m'en charger alors je n'ai pas vraiment le droit de me plaindre.

- Vous faites une sorte de compétition pour savoir qui aura l'honneur de s'en charger ? ironisa Flora.

Amaryllis se mit à rire tout en caressant la tête de Chuchmur.

- En effet, c'est un rôle qui s'accompagne de beaucoup d'honneurs, mais on ne peut pas dire que l'on se batte pour cela. Je dirais même qu'à travers les époques, il y a eu plus souvent de désignés que de volontaires.

- Alors qu'est-ce qui vous a poussé à le faire ? ne comprit pas Serena.

- Je veux… réparer certaines choses, dit-elle en croquant dans une pomme.

Malgré toutes les questions des dresseurs, la femme restait évasive au grand soulagement de Sacha. Tant qu'il n'était pas sûr de pouvoir retrouver sa forme normale, il préférait ne rien dire.


La journée avait été épuisante. Pourtant, Serena peinait à trouver le sommeil contrairement à son amie. Mais le sommeil profond dans lequel était plongé Flora n'empêchait pas sa jambe de donner quelques coups de pieds à Drew allongé juste à côté d'elle. Ce dernier grognait de mécontentement, mais cela ne semblait pas suffisant pour le réveiller.

- Dra… murmura son pokémon.

- Tu ne dormais pas ? s'étonna la jeune fille.

- Dracau… feu ?

Serena posa son menton dans sa main, continuant d'observer ses deux amis d'un air songeur.

- A ton avis, encore combien de temps avant qu'ils finissent en couple ?

En couple ? ne comprit pas Sacha. Qu'est-ce qu'elle voulait dire par en couple ? Drew et Flora étaient des amis, des rivaux…

- Tu n'as vraiment rien remarqué ?

Sacha cligna des yeux avant d'ouvrir grand la gueule. En couple ? Tu veux dire… Comme toi et moi ? La griffe paniquée qui montrait Drew à Flora en passant par Serena suffisait à lui faire comprendre qu'il avait enfin compris.

- Tu sais vraiment ce que ça signifie être amoureux ? soupira de lassitude Serena en voyant que son partenaire était si peu doué.

Peu ravi d'être ainsi moqué, Sacha serra la jeune fille dans ses bras, lui provoquant quelques rougeurs. Serena souffla en se détendant contre le corps chaud dans son dos.

- Quelque part je suis jalouse d'eux.

- Dra ?

Serena s'emmêlait les doigts, elle devait au moins lui expliquer.

- Tu sais… Drew et Flora pourront se promener main dans la main, ils pourront se marier, avoir des enfants… Ils pourront aller à la fête foraine et faire la maison hantée ou ces manèges où l'on navigue ensemble sur un Lakmécygne parce que ce sera l'histoire parfaite entre un garçon et une fille qui s'aime. Mais toi et moi… ça ne pourra jamais être pareil.

Elle avait senti les bras du dragon se resserrer sur sa taille. Elle se retrouva soudain plaquée au sol, le pokémon la couvrant de ses baisers brulants.

- Arrête, paniqua Serena.

Elle devait retenir ses gémissements de plaisir pour éviter de réveiller les autres. Les griffes du reptile effleuraient ses cuisses, son souffle brulant chatouillait sa nuque. C'était ainsi, elle se sentait bien, elle l'aimait et elle ne pourrait plus le nier devant quiconque. Sacha s'arrêta alors que la jeune fille avait mis son bras devant ses yeux pour cacher ses larmes.

- Toi et moi ce ne sera plus jamais comme avant, murmura-t-elle.

Il lui attrapa le bras pour qu'il puisse à nouveau voir ses yeux au bord des larmes. Il posa son front contre celui de sa dresseuse, prenant sa main dans la sienne.

« Je vais redevenir humain, et ensuite je ferai tout pour que tu sois heureuse, » murmura-t-il.

Amaryllis les réveilla tôt le lendemain. Ils arrivèrent aux piliers avant même que le jour ne soit levé. La femme souhaitait attendre encore un peu, s'accoudant contre le rebord du pilier et laissant son Chuchmur profiter du paysage.

- Tu aimes vraiment Chuchmur.

- C'est normal, c'est ma fille.

- Tu y crois vraiment ?

- Tu devrais me comprendre puisqu'on se ressemble.

- Et en quoi ?

- Tu aimes Dracaufeu, non ?

- Hum… Je l'aime, mais je ne le considère pas comme un substitut.

- Même pas d'un amour déçu ?

- C'était peut-être ça au début. Mais toutes les aventures que nous avons vécues ont fait que je suis tombée amoureuse de lui, de ce qu'il est. Même si je dois bien avouer qu'il lui ressemble toujours autant.

Amaryllis souriait, elle s'était retournée, se mettant dos à l'aube qui apparaissait. Serena elle restait à admirer la lumière qui dissipait la nuit et se reflétait sur les flots. Ses cheveux ondulent dans l'air matinal.

- Je crois que tu as rencontré ma mère et qu'elle t'a expliqué ce qui est arrivé. Personnellement je ne pense pas que métamorphoser un humain en pokémon est une mauvaise chose. Cela offre une seconde chance d'être avec ceux qu'on aime, de conserver les liens.

Serena ne comprenait pas bien le sens figuré de cette déclaration. Etait-ce seulement du figuré ? Mais qui voudrait la revoir ? Qui voudrait conserver ses liens ? La lumière de l'aube l'éblouit et elle détourna le regard pour observer son pokémon endormi qui… avait pris l'apparence de Sacha ? Elle se frotta les yeux et lorsqu'elle les rouvrit tout était revenu à la normale. Non, c'est impossible, se répéta la jeune fille alors que son cœur commençait à entrevoir la réponse derrière les paroles d'Amaryllis.


Les premiers rayons du soleil dardaient l'horizon, les étoiles disparaissaient. Le ciel avait encore ses couleurs de nuit mais une fine ligne orangée se formait à sa limite avec l'océan qui ne savait plus s'il devait refléter la chaleur de l'or ou la froideur du ciel bleu. Amaryllis faisait face au soleil naissant, les mains jointes en une prière silencieuse. Le serpent émeraude descendit alors du ciel, attiré par l'appel du maître dragon. Il lévitait au-dessus du pilier, surplombant les créatures terrestres de sa présence divine.

- Oh Rayquaza ! Écoute ma prière ! Transmets-nous ton pouvoir ! Le pouvoir de la Méga-Évolution ! Dévoile-nous ta véritable nature ! Et sous ta nouvelle apparence, sauve notre monde !

Le pokémon méga-évolua, la cape déchirée d'Amaryllis volait sur le flot d'énergie soudain libéré. Il l'avait écouté, le monde allait être sauvé.

Dans son esprit empli d'espoir, face à l'océan qui s'inondait d'un jaune éclatant, l'image d'une petite maison au milieu d'un champ de blé se dessina. Sa fille y courrait, faisait fuir quelques zigzatons qui s'étaient approchés. Qu'elle soit humaine ou pokémon peu importait. Dans ce décor idyllique, son enfant souriait et elle, sa mère, attendait sur le pas de la porte, un chiffon à la main pour enlever la boue collée sur le visage de sa petite tempête de vie. Aujourd'hui serait la dernière fois qu'elle prierait une étoile filante pour que son rêve devienne réalité.

- Merci, murmura Amaryllis dans un profond respect.

La peinture qu'elle conservait depuis tout ce temps dans son esprit se mit soudain à bruler. Une odeur âcre, un gargouillement, un cri. Des rubans dorés flottaient maintenant autour d'elle, ils appartenaient à Rayquaza qui la fixait de son œil sévère, le jugement déjà rendu. Le fort ne se pliera jamais aux ordres du faible et le châtiera pour son impudence. Amaryllis se mit à pleurer, le champ de blés, autrefois océan d'or, était devenu cendre. Et elle le savait, la mère attendrait pour toujours sa fille perdue au milieu de la poussière.

Drew saisit l'épaule de Flora et la tira vers lui avec le vague espoir de la soustraire à cet affligeant spectacle. Amaryllis à genou, son pokémon devant elle était suspendu dans les airs, transpercé par la queue du serpent émeraude. Rayquaza se débarrassa du petit être sans la moindre considération comme s'il n'était qu'une simple souillure. Marie Lyse frappa le sol et on entendit résonner le bruit des os qui craquaient en un rythme sauvage. Le pokémon qui avait voulu protéger la femme gisait maintenant au sol, son ventre ensanglanté.

« Protège maman ! » gémit le petit pokémon que seul Sacha pouvait entendre.

Amaryllis se précipita vers son enfant et l'entoura de son corps pour le protéger. Le froid prenait possession du corps à mesure qu'une chaleur visqueuse collait les mains et les coudes de la mère en pleurs. Elle n'était pas digne du gardien du ciel, mais peu importait si le monde était condamné, son monde à elle avait déjà succombé. Elle se mit à rire, démente face à la pensée qui piquait son cerveau de son dard acéré : si j'avais sacrifié un autre monde, le mien n'aurait pas disparu. Dire que j'ai donné une leçon à ces gars du centre d'astronomie, je l'ai fait par pure fierté et maintenant je suis couchée au sol avec les larmes et le sang comme seule compagnie.

Rayquaza souhaitait sans doute achever le châtiment, ses rubans dorés claquaient dans le vent pendant que sa gueule se remplissait d'une énergie bleutée. La mère allait elle aussi embrasser les cendres.

Il s'arrêta pourtant, intéressé par ceux qui venaient le défier. Serena et Dracaufeu se tenaient devant la femme qui gémissait, prêts à défendre leur ancienne ennemie. Le pokémon feu prit sa forme rougeoyante et défia la légende.

Le combat était acharné, Serena ressentait la puissance des attaques, les impacts que son pokémon devait endurer. A chaque coup elle croyait s'évanouir. Et à chaque fois elle se demandait pourquoi autant souffrir alors que le reste du monde allait se moquer d'elle et la blesser si elle le sauvait. Elle pouvait juste fuir et laisser ça à quelqu'un d'autre, il existait tellement de dresseurs talentueux. Dracaufeu claqua sa queue contre le sol la ramenant à la réalité. Il avait sans doute ressenti qu'elle doutait, pourtant il n'y avait aucun reproche dans ses yeux. Elle avait déclaré au monde qu'elle se battrait, si elle n'était pas capable de vaincre un « simple » pokémon légendaire elle n'aurait aucune chance pour la suite. Elle se mit à sourire et Sacha sentit la confiance l'envahir. Il aimait ce monde qui l'avait fait souffrir. Parce que cette douleur faisait partie des moments passés avec Serena, au même titre que les moments de bonheur. Alors pour ça, il était prêt à tout mettre en jeu, jusqu'à son cœur qui faisait vibrer ses os. Il laissa les éclairs le parcourir et s'immiscer au sein de cet organe qui pompait le sang courageusement.

- Dracaufeu, ne fait pas ça ! cria Serena.

Elle sentait des décharges la parcourir. N'avait-il pas compris qu'il ne devait pas l'utiliser ? Mettre ainsi sa vie en jeu était stupide ! Elle le sentit soudain au plus profond d'elle, il n'était pas en train de mettre sa vie aux mains du hasard ou du destin, il la confiait dans ses mains à elle. Tu es irrécupérable, je te hais quand tu me fais ça, pensa-t-elle très fort au cas où il pourrait l'entendre.

- Utilises Heart shock uniquement quand je te le dis et arrêtes toi dès que je te le demande.

Le pokémon cracha une gerbe de flamme et arrêta les éclairs qui le parcouraient. Il écoutait avec attention chaque mot qu'elle prononçait. Ces mots brefs qui claquaient dans l'air lui donnaient le rythme pour frapper le plus fort possible à la moindre occasion. A tout moment il pouvait s'effondrer si son cœur se décidait à ne plus suivre cette danse endiablée. Mais il n'avait pas peur, utiliser l'attaque pendant un bref moment avait cet avantage que si son cœur l'abandonnait il le saurait tout de suite. Et surtout, sa dresseuse n'hésiterait pas à courir vers lui, malgré ce monstre géant au-dessus de leur tête, malgré la douleur qu'elle partagerait avec lui dans sa poitrine. Et elle appuierait de tout son poids sur son corps, sans jamais s'arrêter, sans même penser à abandonner. Rayquaza ouvrit grand la gueule devant lui, Sacha l'évita en un éclair, se retrouva derrière lui et lui frappa l'arrière de la nuque de ses griffes vertes. Cependant, il n'avait pas envie de la faire paniquer, alors il allait se battre, gagner et son cœur allait suivre sans rechigner à sa tâche !

Rayquaza s'éleva haut dans le ciel, si haut qu'on aurait pu croire qu'il avait rejoint sa demeure. Mais un éclat vert qui descendait du ciel balaya rapidement cette idée. L'air tremblait et vrombissait sous cette masse colossale qui allait s'abattre sur le pilier céleste. Le pokémon rougeoyant prit lui aussi son envol, prêt à rencontrer la plus puissante attaque du dragon céleste. Il tendit ses bras musclés, saisit les deux excroissances qui protégeaient la mâchoire de son adversaire et tenta de le repousser. Serena sentait ses bras la bruler, ses os sur le point de se briser sous cet effort invisible. Dracaufeu allait lâcher prise.

- On ne peut pas abandonner ! cria Serena.

Au milieu du ciel, sa voix trouva réponse dans un puissant rugissement qui couvrir tout autre son. Des flammes bleues rejoignaient le pokémon et se condensaient au sein de sa gueule. La dresseuse comprit que ce n'était pas des flammes qu'elle ressentait, c'était l'aura de son pokémon qui se matérialisait comme les aura-sphères de Lucario. Le vert se perdit au milieu d'une explosion de bleu et de rouge.

Amaryllis regardait le meurtrier tomber du ciel. Il payait son crime par sa déchéance de maître céleste. Le pokémon légendaire reprit conscience juste avant de rencontrer le territoire de Kyogre et remonta en un mouvement d'enroulement autour du pilier céleste. Il n'avait pas encore atteint le sommet, Dracaufeu était déjà au-dessus de lui. Il enflammait ses poings, ses pieds, toutes les parties de son corps de flammes rouges et bleues pour empêcher le serpent d'émeraude de rejoindre sa demeure. Et Amaryllis ne pouvait que les regarder durant ce combat digne des pokémons qui règnent sur le monde, et comprendre à quel point elle s'était montrée arrogante.

- Que se passe-t-il ? murmura Pierre Rochard.

- Il maitrise ses flammes à la manière de ces créatures de légende dont les Dracaufeu seraient les descendants. Des créatures gigantesques qui pliaient le feu à leur volonté, raconta machinalement Amaryllis.

Ce Dracaufeu avait quelque chose de presque divin, et pourtant c'était bien une humaine qui le dirigeait sans faillir. Un dernier hurlement, une dernière image qui marqua la rétine de tous les témoins. Gigantesques, informes, brulantes, les flammes s'étaient réunies derrière Dracaufeu pour former une créature gigantesque dont les ailes recouvraient le ciel. Le dragon fondit sur sa proie et lui mordit le cou en une explosion dont le souffle manqua de faire tomber la plupart des dresseurs présents. Rayquaza n'était toujours pas hors combat, mais il avait arrêté de bouger. Il se posa délicatement sur le pilier céleste avec la légèreté d'une plume et baissa la tête. Le ciel était trop petit pour deux dragons, le pokémon légendaire reconnaissait celui qui avait gagné le droit de le parcourir.

Dracaufeu se posa et se mit à rugir tout en reprenant sa forme normale. Serena le regardait, ses contours se dessinaient sur le soleil qui quittait définitivement l'océan pour apporter l'aube au monde. Elle regretta que la synchronisation soit déjà finie, elle voulait encore connaitre les sensations de cette créature magnifique qui faisait battre son cœur beaucoup trop vite. Si le monde le voyait à cet instant, il comprendrait que je suis contrainte de l'aimer.


Le pokémon attendait avec impatience ses deux passagers. Amaryllis voyait le pokémon émeraude se soumettre et son cœur se tordit. Ce monde allait être sauvé. Terrible ironie alors que, dans ses mains, il ne restait que des cendres. Elle n'avait plus envie de vivre ici mais sa fille ne lui pardonnerait pas si elle ne faisait rien maintenant. Elle quitta un instant Chuchmur et leur confia les combinaisons spatiales qu'elle avait volé à la team aqua et magma. Celles-ci, dotées d'une technologie avancée, s'adaptaient parfaitement à la forme de leurs porteurs.

Serena hésitait à partir, elle regardait tour à tour Chuchmur et Amaryllis. Le cuisant souvenir du centre météo se superposa à l'image du pokémon. Il n'y avait ni l'odeur de brulé, ni de corps carbonisés. Juste un être allongé sur le sol qui semblait s'être endormi. Elle aurait pu croire que le pokémon allait se lever, battre des oreilles et sauter dans les bras de sa dresseuse. Mais Serena avait déjà vu la mort, et peu importe la forme qu'elle prenait il y avait toujours un motif commun dans sa façon de crisper ses victimes et de faire pleurer les vivants. Un souffle qui s'insinuait en vous pour vous pousser à fuir ce visage auquel un jour vous ressemblerez.

Serena n'avait pas besoin de parler, la femme connaissait ses pensées. Le chagrin la rendait presque léthargique et en même temps réceptive à la moindre vibration de l'air. Une sorte de drogue qui tentait de lui faire lâcher prise en fuyant dans le moindre détail qui s'offrait à ses cinq sens.

- Ne t'inquiètes pas, je vais la soigner, mentit Amaryllis.

Serena et Sacha restèrent un instant admiratif face à la force de cette femme. Elle avait encore le courage de se tenir debout, de parler et d'aider les autres. Capable d'étouffer sa douleur qui voulait déborder.

- S'il te plait Serena, protège notre région, réussit à articuler la mère.

Elle avait parlé sans volonté. Ces mots n'étaient qu'un vague souvenir du devoir qu'on lui avait si souvent rabâché. Elle le détestait mais ne voulait pas le perdre, c'était la seule chose qui la rattachait à ce monde. Car aujourd'hui elle n'était plus une mère, elle était juste Amaryllis légataire de la mission de ses ancêtres. Et une fois la météorite dispersée, elle ne sera plus rien. Il ne restera que des cendres.