Chapitre 24
"Où est mon bébé ?"
La voix féminine interrompit le couple dans leur moment de tendresse. Ils avaient arrêté de s'embrasser depuis un moment, Charlie tombant de fatigue et Steve s'était assis en tailleur à ses côtés et passait ses doigts dans ses cheveux. Il savait que le dragonnier adorait cette caresse et il le sentait s'endormir sous ses attentions, enfin, jusqu'à ce que la voix de sa mère ne fasse exploser leur bulle. Steve retira sa main des cheveux roux et s'éloigna de quelques centimètres de son homme. Il voulait lui donner de l'espace avec ses parents et le laisser choisir comment il leur annoncerait leur relation, lui-même aurait voulu avoir cette opportunité avec sa propre mère.
Le blessé n'eut que le temps d'ouvrir les yeux et de soupirer qu'une femme rousse, replète, les yeux marron, au visage baigné d'amour et d'inquiétude entra dans la chambre.
"Oh par Merlin ! Charlie !
- Ca va mam…"
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il fut étouffé par le câlin dans lequel l'entraîna sa mère. Sans toucher à son torse bandé, elle avait réussi à passer ses bras autour de son cou et à lui faire nicher son visage dans son cou à elle.
Steve se fit la réflexion que si qui que ce soit d'autre s'était imposé à Charlie comme ça, il l'aurait déjà envoyé voler à l'autre bout de la pièce, mais là il regarda la scène en souriant. La femme ne l'avait pas encore vu, focalisée comme elle l'était sur son fils, et il n'était pas pressé de signaler sa présence.
Le câlin fut cependant interrompu par l'arrivée de Bill et d'un homme tout aussi roux que les autres, les yeux verts, grand, mince, avec des lunettes.
"Molly chérie, laisse-le donc respirer, il a assez souffert comme ça ces dernières heures !
- Oh, tu as raison. Pardon mon chéri."
Molly s'éloigna de Charlie, avec des larmes aux coins des yeux, juste assez pour laisser son mari prendre leur fils dans ses bras de manière bien moins invasive. Elle ne put retirer ses yeux des bandages qui couvraient le ventre du blessé, une main sur la bouche, comme si elle réalisait comment ça aurait pu finir. Le patriarche de la famille Weasley, lui remarqua Steve dès qui relâcha son fils.
"Qui êtes-vous monsieur ? demanda-t-il en le fixant droit dans les yeux.
- Excusez-moi, je suis Steve, monsieur.
- Steve ? Il me semble avoir déjà entendu ton nom.
- C'est mon compagnon, papa."
La simplicité avec laquelle Charlie avait exposé leur relation fit chaud au cœur de Steve, lui qui avait découvert sa mère homophobe quelques jours plus tôt était rassuré de voir que la sexualité du dragonnier n'était pas un problème dans cette famille. Il pouvait d'ailleurs voir l'amour qu'ils partageaient tous, juste par la manière dont ils agissaient les uns avec les autres, et Charlie avait eu beau souffler lorsqu'il avait appris l'arrivée de ses parents, il était facile de voir qu'il était heureux qu'ils soient là.
"Compagnon ? répéta Molly.
- Oui, depuis douze ans.
- Quoi ? Mais pourquoi ne pas nous l'avoir présenté avant ?
- Maman…
- Douze ans ! Mais vous devriez être mariés !
- Maman…
- Avoir des enfants…
- Molly ! Arrête."
Enfin elle se tut, Charlie avait fermé les yeux, fatigué par l'échange. Steve comprit alors pourquoi son amant n'avait pas été ravi d'apprendre l'arrivée de ses parents, il savait que cette conversation allait venir.
"Steve, bienvenue dans la famille, déclara le patriarche. Appelle-moi Arthur."
L'ancien militaire se leva du lit pour aller serrer la main tendue en souriant.
"Merci Arthur, c'est un plaisir.
- Steve, chéri, je suis tellement heureuse de te rencontrer."
Le jeune homme n'eut pas le temps de réagir qu'il était enfermé dans l'étreinte d'ours de la matriarche. Il entendit les deux frères ricaner alors qu'il se demandait combien de temps il pourrait tenir avant d'avoir besoin d'air.
"Maman, ne l'étouffe pas s'il te plaît.
- Oui, désolée, je suis juste heureuse que tu aies quelqu'un à tes côtés, s'excusa-t-elle en le relâchant. Charlie, chéri, qu'est-ce qui t'es arrivé ? Quand j'ai vu ton aiguille sur "en danger de mort", j'ai… j'ai…
- Maman, je vais bien."
Il échangea un regard avec Steve et celui-ci comprit qu'il l'invitait à partir s'il le souhaitait, mais il n'en fit rien. Il retourna s'asseoir au milieu du lit, derrière Charlie et prit sa main. Il fut alors honnête avec les parents de son homme, il leur expliqua la mort de sa mère, puis celle de son père, Wo Fat et Shelburne, sa quête pour découvrir de qui il s'agissait, les obstacles qui s'étaient mis sur sa route et enfin la rencontre avec Shelburne, sa mère. Il expliqua ensuite la venue de Doris avec lui à Hawaï, son souhait de renouer avec elle, la fuite de Wo Fat, suivie par celle mise en scène de sa mère. Il termina par le retour de Doris chez lui alors que Charlie était là.
Jusque là, Molly s'était montrée compatissante, elle avait voulu prendre Steve dans ses bras à plusieurs reprises, mais Bill l'en avait empêchée, lui demandant de le laisser terminer d'abord.
"Elle a refusé en bloc notre relation et a laissé échapper qu'elle avait planifié autre chose pour moi. C'est là que j'ai compris qu'elle payait certains de mes proches pour orienter ma vie, dont une de mes amies, Catherine qu'elle payait pour que je fasse ma vie avec elle."
Il ne manqua pas le visage de Charlie qui se ferma à ses propos, ni celui de Molly qui passa de compatissant à énervé.
"Charlie voulait rentrer ici, mais je ne voulais pas qu'il parte à cause d'elle. Comme je devais travailler, je l'ai laissé chez un ami. Doris m'a rejoint à mon bureau et m'a demandé à plusieurs reprises de quitter Charlie."
Là, le visage du concerné se fit attristé, alors que sa mère semblait passer d'énervée à furieuse.
"Je lui ai dit de quitter ma maison ou c'était moi qui partait. Plus tard dans la journée Catherine a demandé à me voir en urgence, quand je l'ai retrouvée elle m'a dit que Doris voulait tuer Charlie."
Steve serra la main de son homme dans la sienne, il voyait bien qu'il était touché d'entendre racontée ainsi la raison pour laquelle il avait été attaqué, même s'il essayait de le cacher. Molly était plus que furieuse, tout son visage montrait qu'elle était prête à commettre un meurtre. Elle avait saisi la main de Charlie et tremblait en la serrant.
"Le temps que j'arrive chez l'ami où j'avais laissé Charlie, il avait pris deux balles dans le ventre, il a juste réussi à me dire qu'il ne pouvait pas aller dans un hôpital moldu avant de perdre conscience.
- Steve, intervint Molly dans une colère froide. Ta mère a voulu tuer mon bébé parce qu'elle désapprouve votre relation ?"
L'ancien militaire déglutit, la mère de famille était terrifiante et il était persuadé qu'elle serait capable de se rendre sur Hawaï pour tuer Doris ou même de le tuer lui, là, tout de suite, pour s'assurer que son "bébé" irait bien. Il s'arma de courage pourtant et lui répondit, préférant qu'elle sache tout maintenant plutôt qu'elle le découvre plus tard.
"Je n'ai pas de preuves, mais je pense que oui."
Il se prépara à subir les foudres de la furieuse maman ours face à lui. Charlie serra ses doigts autour de sa main. Molly se leva, se pencha au-dessus de son fils, attrapa Steve par le col, le forçant à se mettre à genoux sur le lit et à lâcher la main de son homme, et l'attira dans ses bras.
"Mon pauvre chéri, ça a dû être tellement dur pour toi d'avoir ta mère de retour dans ta vie et de la voir agir ainsi."
Dire que Steve était surpris était un euphémisme et son étonnement s'imprima sur son visage faisant rire Bill et Arthur, et soupirer Charlie de soulagement, ce même sentiment fit sa route dans le cœur du militaire.
"Charlie est ce que j'ai de plus important dans ma vie, chuchota-t-il pour que seule Molly l'entende.
- Je ne remplacerai jamais ta mère chéri, mais si tu le veux bien, je serai heureuse de te considérer comme un fils.
- Merci."
Lorsqu'elle le libéra, Steve avait les larmes aux yeux, il se dépêcha de les faire disparaître et de se rasseoir, mais il ne pouvait détacher son regard du visage inondé de larmes de cette femme rayonnante.
Après un moment de silence chargé en émotion, Arthur prit la parole.
"Dis-moi Steve, tu es un moldu, n'est-ce pas ?"
Bill et Charlie éclatèrent de rire, ce qui se transforma en plainte de douleur pour le plus jeune. Sa mère lui tendit une potion dans la seconde qu'il avala bien volontiers, l'aîné de la fratrie quitta la pièce pour préparer du thé et Steve retourna son attention vers son beau-père.
"Oui, monsieur.
- Arthur, je t'ai dit, Arthur.
- Oui, Arthur.
- Alors, explique-moi de quel type de balles tu parlais juste avant ?"
Steve vit Charlie lever les yeux au ciel puis se tourner vers sa mère pour échanger avec elle en chuchotant. Le militaire se retrouva donc à expliquer à Arthur ce qu'était une arme à feu et comment cela fonctionnait, autour d'une tasse de thé.
