Chapitre 22

"Steve ! l'accueillit son amant avec un sourire.

"Alors c'est lui." dit l'autre homme.

Le militaire avança vers Charlie qui lui tendait la main tout en regardant l'inconnu. Il avait lui aussi les cheveux roux, mi-longs, attachés en catogan, des yeux bleus plus foncés que ceux de son amant, il semblait être un peu plus grand que lui, mais plus fin et surtout trois longs traits striaient le côté gauche de son visage.

"Je suppose que vous êtes Bill ? demanda l'hawaïen qui se souvenait que le frère aîné de son homme avait été blessé par un loup-garou lors de la guerre des sorciers.

- C'est ça, sourit le sorcier en lui tendant la main. Est-ce qu'il est de tradition chez vous que la belle-famille tente d'assassiner le nouveau venu dans la famille ?"

Steve le regarda, interdit, alors que Charlie lâchait ce qu'il suspecta être un juron dans une langue que les deux frères partageaient. Bill répondit quelques mots dans la même langue et le plus jeune des deux reprit la parole.

"Il plaisante Steve."

Le dénommé n'en était pas certain, ce dont il était sûr par contre était que Bill était très protecteur envers son petit frère (et il se doutait que c'était aussi le cas pour le reste de la fratrie) et n'appréciait pas de le voir sur un lit d'hôpital à cause de sa belle-mère.

"Notre mère a une horloge un peu spéciale, continua Charlie. Lorsqu'elle lui a indiqué que j'étais en danger, elle a contacté Bill pour qu'il me retrouve.

- Et tu sais qu'elle ne va pas me lâcher jusqu'à ce que je lui dise où te trouver et que là elle va débarquer."

Les deux frères lancèrent un regard désolé à l'ancien militaire qui s'inquiéta.

"Est-ce qu'il faut que je m'attende à ce qu'elle essaie de me tuer ?

- Ca mettrait les compteurs à zéro.

- Bill !"

Steve se dit qu'il allait devoir avoir une conversation avec l'aîné des Weasley s'il ne voulait pas avoir la famille, très nombreuse, de son amant sur le dos.

"Disons qu'elle peut être étouffante, expliqua Charlie.

- Au sens propre comme au figuré." ajouta son frère.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Steve se remémora les propos de son homme quant à sa mère et entre autres celui où elle avait tué une sorcière très puissante qui s'en était prise à sa fille après la mort de Fred. Ils étaient sept enfants, six avaient combattu et survécu à la dernière guerre des sorciers, et à l'exception de Charlie, tous s'étaient mariés avec des sorciers ayant eux aussi combattu et survécu, certains avaient même été décorés pour leurs actions. Les parents de cette fratrie… dangereuse… avaient eux participé aux deux guerres, pendant les batailles mais aussi dans la résistance. Steve n'eut, tout d'un coup, aucune envie de les rencontrer. Charlie avait failli mourir à cause de lui, il avait presque l'impression que Bill lui faisait un bon accueil par rapport à ce qu'il pouvait espérer.

"Bon, quelle est la suite ?" demanda Bill, coupant court aux réflexions angoissées du militaire.

Charlie le regardait avec inquiétude, il avait dû lire sur son visage ou via leur lien qu'il venait de se jouer un film d'horreur dans sa tête.

"Je vais m'installer avec Charlie à la réserve. Démarrer une vie ensemble là-bas."

Le sourire éblouissant de Charlie lui fit oublier tous les doutes qu'il venait d'avoir sur sa belle-famille, tant qu'il le voyait heureux comme ça tous les jours, il était prêt à prendre le risque.

"Vos affaires sont prêtes ?

- Dans le coffre de la voiture.

- Et qu'est-ce que tu comptes faire de la voiture ?

- La rendre à Danny.

- Et revenir ici à pied ?

- Tu as une idée ? demanda Steve, fatigué des interrogations de Bill.

- Je viens avec toi et je nous fais transplaner ici."

Avant que Steve ou Charlie ne puissent répondre au plus vieux, une infirmière entra dans la chambre, déclara qu'elle avait des derniers examens à faire avant que le blessé ne puisse quitter la clinique et que pour ça elle mettait les visiteurs dehors.

"Bon, je suppose que c'est le bon moment pour vider le coffre et ramener la voiture."

Steve décida de ne pas argumenter et de guider Bill jusqu'au véhicule de Danny. Sans un mot, le sorcier réduisit leurs bagages jusqu'à ce qu'ils rentrent tous dans un seul sac à dos et invita d'un mouvement de tête le moldu à se mettre au volant. Ce dernier s'exécuta et quitta la clinique. Les premiers mètres se firent dans un silence pesant jusqu'à ce que Bill prenne la parole.

"Si tu m'expliquais comment mon petit-frère s'est retrouvé avec deux trous dans le ventre."

Steve souffla, il s'attendait à avoir cette conversation et la redoutait.

"Qu'est-ce que tu sais ?

- Que tu pensais ta mère décédée dans un accident de voiture il y a vingt ans, qu'elle est réapparue dans ta vie il y a quelques semaines, qu'hier matin elle a débarqué chez toi alors que vous dormiez avec Charlie et qu'elle a refusé votre relation en bloc. Il m'a dit avoir voulu partir, retourner à la réserve, mais que tu l'en as empêché. Ensuite un homme a débarqué là où il t'attendait et il s'est fait tirer dessus.

- Ca sonne mal dit comme ça.

- Ah ? Il y a une version où ça sonne bien ?"

Steve se sentit mal, ce n'était pas ce qu'il avait voulu dire, mais c'était la première fois qu'il rencontrait un membre de la famille de Charlie et il ne présentait pas bien jusque-là.

"Ecoute, j'ai découvert que ma mère était une affabulatrice et une manipulatrice narcissique. Elle s'est fait passée pour morte et a ensuite acheté mes proches pour qu'ils manipulent ma vie. Sauf qu'elle n'a jamais su pour Charlie, elle est devenue folle quand elle a compris que je ne suivais pas ses plans.

- Et elle a engagé quelqu'un pour le tuer.

- Oui.

- Ca ne sonne pas mieux.

- Bill, j'aime ton frère plus que tout, ça faisait des mois que je pensais à venir le rejoindre, mais je voulais éloigner les menaces qui auraient pu peser sur lui à cause de moi.

- Et donc le convaincre de rester chez ton ami alors que ta mère voulait le voir hors de son chemin t'a semblé être une bonne idée.

- Je ne pensais pas qu'elle oserait aller jusque là. Ma mère est morte il y a vingt ans, cette femme est une inconnue pour moi.

- Qu'est-ce qui te fait croire qu'elle ne va pas vous suivre pour le tuer et te récupérer ?

- J'espère qu'il sera en sécurité dans la réserve ou dans le monde magique d'une manière générale."

Il y eut un silence, Steve n'aimait pas se dévoiler, il espéra que Bill en avait fini avec ses questions.

"Tu quittes ta vie pour lui.

- Ma vie n'est rien sans lui. J'ai cru le perdre, à plusieurs reprises, la dernière fois hier. Je ne veux jamais ressentir ça à nouveau."

Le moldu gara la voiture dans le parking réservé aux membres du 5-0.

"Attends-moi ici." ordonna-t-il au sorcier en lui désignant un coin non couvert par les caméras.

Il monta en vitesse dans les locaux, laissa un mot avec les clés sur le bureau de Danny et redescendit au pas de course. Il trouva Bill, le sac à dos sur l'épaule, là où il l'avait laissé et sentit le regard bleu l'inspecter de haut en bas.

"Steve."

Le dénommé se demanda s'il allait reprendre son interrogatoire.

"Bienvenue dans la famille."

L'ancien militaire sourit de soulagement, être accepté par Bill signifiait beaucoup pour lui et il savait à quel point c'était important pour Charlie. Il tendit la main au rouquin qui la serra en lui souriant, puis, sans le prévenir, transplana. Ils arrivèrent dans la cour de la clinique et montèrent dans la chambre de Charlie qu'ils trouvèrent prêt à partir.

"Eh, qu'ont dit les médicomages ? s'inquiéta Steve en allant enrouler un bras autour de sa taille pour l'aider à tenir debout.

- Que je peux sortir, mais j'ai interdiction de travailler, de faire des efforts et de transplaner pour les deux prochaines semaines."

L'ancien soldat serra un peu plus la taille de son amant, il aurait fait n'importe quoi pour prendre sa place.

"Steve, je vais bien."

Il ne répondit pas, il savait que ce n'était pas vrai et qu'il disait ça pour le déculpabiliser.

"Je suppose que tu ne peux pas prendre un portauloin non plus, dit Bill.

- Pas recommandé, mais ils ne me l'ont pas interdit.

- Tu ne tiendras pas sur un balai pour une distance aussi longue et enchaîner les cheminettes va t'épuiser.

- L'avion ? proposa Steve.

- Est-ce que ta mère ne va pas s'en prendre à nouveau à lui, si elle l'apprend ?

- C'est pas impossible.

- Eh, Bill, confirme avec les médicomages que je peux prendre un portoloin international, quitte à ce qu'une équipe médicale nous attende à l'arrivée."

Les deux autres hommes comprirent le message, Charlie voulait partir dès que possible.

Bill quitta la pièce alors que Steve faisait tourner la tête de son amant vers lui et lui caressa le visage avec douceur.

"T'excuse pas, tu n'y es pour rien, chuchota le sorcier.

- Je t'aime."

Charlie sourit, lui déposa un baiser sur les lèvres et le poussa du bout des doigts pour le faire avancer.

Bill vint les rejoindre, se mit de l'autre côté du blessé et ensemble ils avancèrent jusqu'aux cheminettes pour quitter l'hôpital. Ils allèrent à l'aéroport et prirent le premier portoloin pour la Roumanie, puis une autre cheminette pour la réserve. Charlie tint bon pendant tout le trajet, même s'il avait mal et perdait des couleurs au fur et à mesure qu'ils avançaient. Cependant, il s'évanouit lorsqu'ils sortirent de la dernière cheminette.