L'effondrement d'un château de cartes

Dire qu'Albus Dumbledore était irrité était un euphémisme.

Contrairement aux autres années, la fin de l'année scolaire ne rimait pas avec l'avancement voire la réussite de ses plans en cours. Ce qui l'agaçait le plus, c'était la perte définitive de son influence sur le clan Potter. Il avait espéré, quand il avait disparu peu avant son dix-septième anniversaire, qu'Harry Potter était simplement entré dans une phase de rébellion si commune à tous les adolescents et qu'il allait revenir un peu plus tard la queue entre les jambes mais quand il avait repris son titre sans prévenir qui que ce soit, le vieux sorcier avait compris que le brun n'avait pas l'intention de revenir dans son giron, ce qui ne l'arrangeait pas.

Son apprentissage auprès de Severus Snape était une provocation supplémentaire, il n'en doutait pas une seule seconde, et à plus d'un titre. Il avait tout fait pour exacerber la haine du Serpentard envers les porteurs du nom Potter, plus particulièrement envers son dernier représentant, mais il était clair qu'ils étaient tous les deux passés au-dessus dans son dos. Il ne pouvait pas s'y opposer pour plusieurs raisons : en scellant le contrat d'apprentissage devant toute l'école, Snape et Potter avaient fait en sorte qu'un maximum de monde puisse confirmer le contrat et les jours suivants, le plus jeune s'était efforcé de rappeler les lois d'apprentissage ainsi que les risques que prendraient les personnes qui voudraient les séparer. Même s'il avait empêché physiquement les professeurs de pouvoir prendre des apprentis, le départ de Snape à la fin de l'année scolaire – qu'il avait tout fait pour garder secret, ce qui était tombé à l'eau avec la grande bouche de Potter – le mettait déjà hors de sa portée grâce à la menace de la guilde de potions qui, l'avait-il appris récemment, agacée par l'absence d'annonce de la part de Poudlard concernant le devenir de son professeur de potions, avait exigé le nom de l'apprenti avec plusieurs mois d'avance. Apprenti qui s'amusait à le narguer en se promenant dans Poudlard comme s'il lui appartenait et qu'il ne pouvait pas approcher comme il le voulait car il n'était plus élève …

Après Potter, il devait composer avec ses amis. Outre le fait qu'ils ne se trouvaient pas tous à Gryffondor – et pire que tout, la plupart étaient à Serpentard – ils ne s'étaient pas gênés pour retourner ouvertement son propre jeu contre lui. Lui qui prônait le rapprochement des maisons tout en excluant les Serpentards, les Dragons – du nom de Draco Malfoy, il en était certain – en faisaient une application pratique, en ne méprisant pas les vert et argent et en les côtoyant en dehors de l'école. Pire, ils ne se gênaient pas pour remettre en cause ses propres paroles, en discutant ouvertement des préceptes prônés par Voldemort et en cherchant pourquoi ce n'était pas possible. Bien souvent, ils se rendaient compte que c'était à cause d'une loi proposée et votée par Dumbledore, ce qui poussait les autres élèves à se demander quel était l'impact réel de leur directeur d'école dans ce conflit qui paraissait de plus en plus absurde.

Hors de l'école, avec l'éloignement manifeste du clan Potter de ses principes, le peuple sorcier était de moins en moins volontaire pour adhérer à son point de vue. Il comprenait qu'à force de pousser Harry sur le devant de la scène, clamant à tout va qu'il était celui qui allait vaincre Voldemort, il avait désigné la personne à suivre, se mettant lui-même sur la touche. Les sorciers – et même les membres de l'Ordre du Phénix, qu'il avait pourtant parfaitement conditionné – étaient plus enclins à suivre Potter que lui, qui était pourtant la voix de la raison.

Un objet de sa collection personnelle explosa soudainement, tirant Albus de ses réflexions. Intrigué, il se leva et retint à grande peine un mouvement d'humeur en se rendant compte qu'il s'agissait d'un des supports des sorts qu'il avait placé dans la salle commune des Poufsouffle. C'était le sixième depuis trois jours et autant les deux premiers, il avait pensé qu'il s'agissait d'accidents, autant il savait que les suivants n'en étaient pas. Quelque chose se passait à Poudlard et il ne savait pas quoi, ce qui le frustrait au plus haut point.

-Tout va bien ?

Albus brandit sa baguette dans la direction de la voix et ce fut de justesse qu'il retint le sort de mort qu'il s'apprêtait à lancer.

-Julia ! pesta Albus. Qu'est-ce que tu fais ici ?

-Je suis venus te voir, répondit Julia en s'asseyant indécemment dans l'un des fauteuils, jambes largement écartées face à l'aîné qui voyait ainsi qu'elle ne portait aucun sous-vêtement.

-Je ne suis pas d'humeur, grinça Albus en lui tournant le dos.

D'un geste de baguette, les débris de l'artefact volèrent dans la poubelle et Albus reprit place dans son siège.

-Est-ce que tu as noté quelque chose ? demanda Albus

-Je n'arrive pas à me rapprocher Snape, bouda Julia. J'avais pourtant une ouverture …

-Ah bon ? persiffla Albus. Excuse-moi mais tu as quand même essayé de faire venir à toi un maître de potions avec des potions donc non, tu n'as jamais eu d'ouverture.

Julia lui lança un regard noir.

-Désolée d'être passée au niveau supérieur, siffla Julia. C'est toi qui as exigé des résultats rapidement, non ?

-Des résultats qui se laissent attendre, grogna Albus.

Il se renfonça dans son fauteuil.

-Nous n'allons pas nous disputer pour des broutilles, soupira Albus. Fais-en sorte de mettre le grappin sur Snape au plus vite. Il sera notre porte d'entrée pour savoir ce que fait Potter.

-Tu n'as toujours pas réussi à lui parler ? fit Julia, surprise

-Non, ronchonna Albus. Je ne sais pas comment mais il arrive à m'échapper.

Un lourd grincement les interrompit.

-Et visiblement, le château n'a pas l'intention de m'aider ! cracha Albus

Julia laissa traîner son regard dans la pièce et quelque chose l'interpella.

-Tu as dormi dans ton bureau ?! s'étonna Julia

Albus garda le silence. En effet, cela faisait plusieurs jours que l'accès à ses appartements lui étaient interdits, ainsi qu'aux salles secrètes. La salle commune des Serpentard avait été la première à laquelle il n'avait plus eu accès – ce qui n'était pas une grande perte s'il se fiait à la fréquence à laquelle il se rendait – et il avait de plus en plus de mal à aller dans les autres. Avec cela, les escaliers ne lui répondaient plus aussi facilement, les tableaux ne faisaient plus leurs rapports réguliers et les fantômes se permettaient de ne pas répondre à ses questions et ses ordres.

Comme s'il était rejeté, lui, le grand Albus Dumbledore !

Impossible !

Grognon, le directeur se leva et invita sa descendante à le suivre dans la Grande Salle pour le déjeuner. Alors qu'ils passaient la porte, une vague de magie entoura le bureau puis les suivit, les empêchant de prendre un autre chemin. Arrivés dans la Grande Salle, le silence les frappa, malgré la présence des élèves. Sur l'estrade, tous les professeurs étaient debout et devant la table, Minerva McGonagall dardait un regard froid sur lui.

-Minerva ? fit Albus. Que se passe …

Il se figea. Dans les mains de sa directrice adjointe se tenait nul autre que le Grimoire de Poudlard, qui recensait tous les élèves présents, passés et futurs. Il ne pouvait être détenu que par le directeur, il était le symbole de sa fonction.

Il l'avait volé à Armando Dippet sur son lit de mort pour être sûr d'avoir ce qu'il voulait et l'avait enfermé dans ses appartements, lourdement enchanté.

Et il se trouvait dans les mains de Minerva McGonagall.

-Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, gronda Minerva. A compter de ce jour, de cette heure et de cette minute, vous êtes démis des fonctions que vous avez usurpées. Qu'il en soit ainsi !

La magie du château s'agita et brusquement, le vieux sorcier se sentit être soulevé dans les airs et jeté avec force à travers le domaine. Quand il reprit ses esprits, il vit le lourd portail de Poudlard se refermer sur lui.

§§§§§

Eutaryn s'était installé dans la bibliothèque pour reprendre des forces. Il avait eu l'amère surprise de découvrir que la majorité des rituels de Dumbledore pour récupérer la magie à son avantage trouvaient leur source dans ce manoir, ce qui impactait fortement sa récupération. C'était passé inaperçu aux yeux de son « hôte » car ce dernier n'avait pas encore élaboré de plan pour récupérer son acolyte emprisonné.

En attendant, Eutaryn lisait. Essentiellement sur la magie sorcière mais en y regardant de plus près, une bonne partie avait été écrite après avoir envoyé Shanleigh RoseSang dans cette dimension et les idées véhiculées étaient … simplettes, pour être gentil. Simplette et à la gloire des sorciers, reléguant sans aucun état d'âme la Magie au statut de simple outil, pire, d'esclave.

Ça ne lui plaisait pas.

Certes, le shaman renégat sous ses ordres avait lancé le sort destiné à trouver l'être magique le plus à même de l'aider à modeler le guerrier parfait pour qu'il revienne dans la dimension des elfes anéantir la lignée des Agni, mais maintenant qu'il y regardait de plus près, il s'apercevait que Dumbledore était bien trop éloigné de la Magie pour faire un bon allié. Son plus grand Bien le plaçait comme un dieu, l'égal de la Magie, alors qu'elle était celle qui octroyait son don comme elle le voulait à qui elle le voulait. A très court terme, la Magie allait disparaître de cette ile et qui savait si ça n'allait pas faire boule de neige à travers cette dimension.

-Eutar !

L'elfe noir se retint de montrer les dents. Ce sorcier l'agaçait particulièrement à ne pas comprendre que si l'envie l'en prenait, il pouvait parfaitement lui arracher la gorge avant même qu'il ne puisse atteindre son vulgaire morceau de bois ! Ne pouvait-il pas respecter un minimum ses interlocuteurs ?!

-Dumbledore, siffla Eutar.

-C'est bon, nous pouvons aller à Nurmengard, annonça Albus. Le portauloin va partir dans une heure.

Le sorcier tourna des talons et l'elfe noir serra tant et si bien les poings pour ne pas se jeter sur lui que le sang perla. Il nettoya soigneusement les dégâts – il l'avait déjà vu à l'affut de la moindre goutte de sang un jour qu'il s'était coupé – avant de se rendre dans sa chambre qui était fouillée dès qu'il n'y était pas. Malheureusement pour Dumbledore, les sorts de dissimulation elfes n'étaient pas détectables pour les sorciers et le peu d'affaires qu'il avait rapporté de la dimension elfe était donc parfaitement à l'abri de ses doigts fouineurs. Il s'empara d'une tenue de voyage en cuir, se changea puis alla rejoindre son « hôte » dans le hall du manoir. Ce dernier lui tendit une tasse ébréchée et au moment où il posa la main dessus, l'artefact s'enclencha et il sentit une sorte de crochet le prendre au niveau du nombril pour l'envoyer à très grande vitesse il ne savait où. Il eut du mal à reprendre son équilibre et s'éloigna rapidement du sorcier avant de ne plus pouvoir se retenir de le tuer. Il mit quelques instants à se reprendre et pour remarquer que son guide prenait la route sans attendre. Ravalant sa rage, il prit le temps d'observer les alentours. Il était clair qu'ils avaient changé de contrée car la nature était clairement différente mais la magie ambiante était beaucoup plus présente, plus forte et plus saine. Le château qui se dressait au loin émettait une aura de puissance mais pas autant qu'il n'aurait pu voir dans sa dimension. Il se dirigea donc vers celui-ci et n'arriva à ses portes qu'une minute après son hôte. Ce dernier faisait de grands moulinets avec sa baguette en marmonnant dans sa barbe mais finit par en passer le seuil après quelques instants.

-Pourquoi ce cirque ? demanda Eutaryn

-C'est une prison particulière, révéla Albus, fier de lui. Ce château n'est pas là pour empêcher les personnes extérieures d'entrer mais d'interdire aux prisonniers de sortir.

Eutaryn ne put que concéder que l'idée ne manquait pas de mérite.

-Ce cirque, comme vous dites, nous permettra de sortir une fois que nous aurons récupéré Gellert, assura Albus. J'ai conçu ce château pour emprisonner ses ennemis, je sais donc exactement ce qu'il faut faire.

Eutaryn se retint de froncer des sourcils. Dumbledore avait donc emprisonné son ancien allié. Il serait intéressant de savoir pourquoi il en était venu à cette extrémité.

Ils parcoururent plusieurs couloirs avant de s'arrêter devant une porte.

-C'est sa cellule, indiqua Albus.

-Quand est-ce que vous l'avez vu la dernière fois ? demanda Eutaryn

-Il y a dix-sept ans, répondit Albus.

La dernière fois qu'il avait vu Gellert, c'était pour lui annoncer la mort de Lily Evans. Quand Eutar la leur avait confiée, ils avaient dû prendre soin d'elle et Gellert s'était attaché à la petite fille. Quand Albus avait fait enfermer son compagnon pour poursuivre ses buts, un bouclier était apparu autour de l'enfant qui s'était endormie et n'était tombé que seize ans plus tard, où il l'avait confié au couple Evans. Lui annoncer sa mort était un moyen de torturer son ancien compagnon.

Eutaryn observa suspicieusement son accompagnateur avant de jeter un coup d'œil dans la cellule.

-Et depuis ? demanda Eutaryn

-Il est resté là, assura Albus.

-Alors nous avons un problème, déclara Eutaryn. Il n'est pas là.

Albus fronça des sourcils et bouscula l'elfe noir pour regarder l'intérieur de la cellule à son tour.

-Impossible ! gronda Albus. Ils sont censés obtenir mon autorisation pour faire quoi que ce soit !

-Visiblement, on s'en est passé, railla Eutaryn. Et si on se fie à la couche de poussière, cela fait quelques mois qu'on l'a fait. A moins qu'il soit mort ?

-Non, répondit Albus. J'ai relié sa magie à la mienne, puisqu'il en a plus d'utilité.

Eutaryn eut un haut le cœur. Même s'il s'était rendu coupable de pratiques abjectes, comme forcer des elfes à devenir des courtisans et à procréer encore et encore pour qu'ils produisent le guerrier parfait ou encore kidnapper des bébés des bras des cadavres de leurs parents encore chauds, jamais il n'avait exigé de vol de magie, jamais. C'était l'un des pires crimes contre la Magie qu'il pouvait faire.

-Tu peux le retrouver ? demanda Eutaryn

-Le rituel est assez long à faire, ragea Albus.

-Tu ne t'es pas douté de quoi que soit ? s'étonna Eutaryn

-Il se laisse mourir depuis des années, révéla Albus. Ce que je lui ponctionne se réduisait de plus en plus donc je n'ai pas fait attention …

Le sorcier ouvrit brutalement la porte et entra dans la cellule nue. Mais quand il vit la gravure de lys sur le mur, il laissa éclater sa rage et hurla.

§§§§§

Kali Velvet observa pensivement le château qui se dressait devant elle. Logeant dans une dépendance du domaine de Ric Agni dans la dimension des humains, elle avait une vue directe sur l'école qu'avait fondé le couple. C'était elle qui les avait prévenus du changement brutal dans la magie du château. Leur sourire fou lui avait fait comprendre qu'une chose qu'ils attendaient impatiemment s'était produite et que ça allait dans le sens de leurs plans. Ils l'avaient donc envoyé au château pour y attendre Harry qui était en cours avec Severus dans la forêt interdite.

Il n'avait pas été difficile à Kali de repérer les restes de barrières interdisant l'accès au domaine à tout ce qui n'était pas sorcier. Les demi-sang n'étaient même pas tolérés, sauf s'ils étaient spécifiquement désignés comme pouvant passer. La barrière était récente, à peine quatre cents lunes, et était entremêlées avec d'autres qui s'étaient également effondrées, toutes rattachées à une seule personne qui avait perdu ses droits sur la bâtisse.

Kali passa le portail puis prit lentement le chemin du château en laissant couler sa magie. Elle avait très bien compris ce que voulait le seigneur Ric en lui demandant de mettre les pieds ici : évaluer si, malgré les exactions de Dumbledore, Poudlard pouvait être sauvé. Quand elle avait entendu parler de l'école par Harry, elle avait pu se rendre compte de ce qui lui avait plu dans l'institution. Ric lui avait transmis les plans du château, elle avait donc pu les examiner de près et se doutait que ce ne serait pas en une seule visite qu'elle parviendra à remplir sa mission. Les prochains jours allaient se révéler longs mais bien remplis et particulièrement enrichissants.

Plus Kali se rapprochait du château, plus elle rencontrait d'élèves. Elle n'avait même pas besoin de tendre l'oreille pour les entendre commenter sa venue et l'appeler « la compagne d'Harry Potter ». Harry avait bien rigolé quand cette supposition s'était répandue comme une trainée de poudre après la parution de l'article dans le journal et il n'avait ni infirmer ni confirmer cette idée.

-Qu'est-ce que vous faites là ? cracha une voix plus audacieuse que les autres

Toute à son admiration du hall de l'école, Kali n'avait pas entendu les élèves se rassembler autour d'elle mais surtout, l'arrivée de cette sorcière rousse aux yeux verts. Yeux dont la couleur n'était pas naturelle, se douta Kali au premier regard.

-Eh bien, j'attends, répondit tranquillement Kali.

-Vous attendez quoi, exactement ? siffla la sorcière

-Le directeur a accepté que je puisse attendre ici que mon escorte ait terminé, précisa aimablement Kali. Cela ne devrait pas prendre plus de quelques minutes.

-Les étrangers ne sont pas les bienvenus ici ! gronda la sorcière

-Tant que je ne représente pas un danger pour les élèves, j'ai le droit d'entrer ici, corrigea Kali.

-Le directeur de l'école n'aurait jamais autorisé cela, assura la sorcière.

-Je crains qu'il n'y ait une méprise, fit Kali. C'est le maître Snape, directeur de maison, qui a demandé l'autorisation en mon nom et visiblement, ça a été accepté.

La sorcière serra les dents, agacée.

-Votre nom ? cracha la sorcière

-La politesse voudrait que vous vous présentiez d'abord, sourit Kali.

-Julia Genest, responsable de l'internat, grommela Julia.

-Kali Velvet, se présenta Kali. Amie proche d'Harry Potter. C'est lui que j'attends, ainsi que maître Snape.

-Pourquoi l'appelez-vous maître ? s'étonna Julia. Ce n'est qu'un professeur !

-Il est maître de potions et j'ai l'habitude de lui montrer du respect en utilisant son titre, haussa des épaules Kali.

-Qu'est-ce que Potter peut bien vous trouver ? maugréa Julia

-Les liens d'amitié sont aussi beaux qu'obscurs, sourit malicieusement Kali. Il faut les entretenir dans les deux sens si on veut les voir perdurer. Il a dû voir en moi quelque chose de semblable à ce que moi j'ai pu voir en lui.

-Comment vous vous êtes connus ? demanda Julia

-Je suis sa préceptrice, révéla Kali.

-Préceptrice en relations sexuelles, oui, grogna à voix basse Julia.

Kali l'entendit quand même.

-Si vous vous demandez si j'ai couché avec Harry, la réponse est non, déclara Kali en fronçant des sourcils. Ça ferait mauvais genre avec des élèves sous ma responsabilité. Ce qui ne semble pas vous déranger, j'ai l'impression.

-Qu'est-ce que vous voulez dire ? blêmit Julia

-Votre robe au tissu coûteux n'aime pas le sperme, indiqua Kali. C'est pour cela qu'il en reste sur le bas de votre robe. Et vous noyer de parfum ne cachera pas les hormones que vous projetez partout après un coït satisfaisant.

-Vous mentez, attaqua Julia.

-Il existe une technique pour savoir si vous avez eu des relations sexuelles ces six dernières heures, indiqua Kali. Nous pouvons demander à un élève majeur voire un professeur de le lancer.

-Je suis intéressé, annonça Severus.

La foule laissa passer le maître de potions qui s'inclina devant l'elfe noire.

-Dame Kali, salua Severus après un baisemain. C'est un plaisir de vous revoir.

-Plaisir partagé, sourit Kali. Est-ce que votre promenade s'est révélée satisfaisante ?

-J'ai réussi à perdre notre élève, badina Severus. Il finira bien par retrouver son chemin. Votre histoire est bien plus intéressante. Un sort pour prouver qu'on a eu des relations sexuelles ? C'est extrêmement précis.

-Cette incantation a d'abord été créée pour prouver que des adolescents turbulents avaient franchi le pas puis pour déterminer les victimes de viol, expliqua Kali. Il suffit d'ajouter un mot pour la limite de temps.

-Vous n'avez pas le droit ! protesta Julia

-Eux, non, fit une nouvelle voix. Mais moi, si.

La foule des élèves laissèrent passer Minerva McGonagall.

-En tant que directrice adjointe de Poudlard, il est tout à fait dans mes prérogatives de lancer ce sort, déclara Minerva. Cela va dans le sens des différents commentaires faits à votre encontre depuis votre mise à poste. Mesdemoiselles Velvet et Genest, veuillez me suivre dans mon bureau. Severus, veuillez aller chercher Poppy, Pomona et Filius et rejoignez-nous. Jeunes gens, veuillez regagner vos salles communes immédiatement !

Les élèves se dispersèrent tandis que les adultes se rendirent dans le bureau de la directrice. Minerva n'avait pas investi l'ancien bureau de Dumbledore mais avait gardé celui qu'elle avait en tant que directrice adjointe. Elle installa correctement ses deux invitées, leur servit à boire et les observa tranquillement pendant qu'elles attendaient les trois autres directeurs de maison. Alors que Kali Velvet semblait sereine en sirotant son jus de pomme, Julia Genest n'était pas à l'aise avec sa tasse de thé entre les mains, même si elle le cachait admirablement bien.

La rousse avait fait l'unanimité parmi le corps enseignant mais pas dans le sens qu'aurait voulu Albus. Aucun professeur n'avait compris pourquoi le directeur l'avait engagée, encore plus en sachant qu'il avait supprimé le poste peu après son entrée en fonction à la tête de l'école, soit des dizaines d'années plus tôt, et avait toujours refusé de le restaurer, malgré les supplications des directeurs de maison. Très vite, les préfets s'étaient plaints de son comportement qui n'était pas adéquat par rapport à ses responsabilités. Qu'elle sympathise avec les élèves, soit, mais qu'elle ne soit pas présente pour aider ceux qui en avaient besoin, non. Il était remonté plusieurs fois qu'elle méprisait totalement les Serpentards et sa présence quasi constante auprès des enfants des familles les plus prestigieuses du côté de la « Lumière », sans oublier le harcèlement qu'elle faisait subir à Severus Snape.

Ce dernier arriva avec l'infirmière et les deux autres directeurs de maison qui s'installèrent dans les fauteuils préparés à leur intention.

-Bien, allons au cœur du sujet, fit Minerva. Comme je vous le disais, mademoiselle Genest, les accusations de mademoiselle Velvet vont dans le sens des différentes réclamations qui me sont parvenues à votre encontre.

-Vous n'allez pas croire des rumeurs ? s'indigna Julia en lui coupant la parole

-Je n'ai pas fini, gronda Minerva, agacée par cette coupure intempestive. Plusieurs témoignages ont fait notamment état de propositions à teneur sexuelle que vous auriez faites à l'égard d'élèves masculins ou à l'inverse, que vous auriez accepté de leur part. Comme le professeur Dumbledore a toujours refusé que vous puissiez répondre de ces accusations, sans oublier que la plupart des préfets estiment que leur charge de travail ne s'est pas allégée, loin de là, alors nous allons régler cette situation ici et maintenant. Poppy, Filius, pouvez-vous examiner l'incantation de mademoiselle Velvet, pour être sûr qu'elle est sans danger ?

Kali rédigea rapidement le rituel sur un parchemin qu'elle passa aux personnes concernées qui l'étudièrent.

-J'ai déjà entendu parler de cette incantation, déclara Poppy. St Mangouste l'a toujours considérée comme étant de la magie noire alors que ce n'est clairement pas le cas. Elle est pourtant utilisée à travers le monde aussi bien par les autorités que par les urgences médicales. Elle aurait aidé tellement de personnes victimes des bas instincts de certains …

-Je suis d'accord, fit Filius. Les mots semblent cohérents avec la magie invoquée. Je conseille toutefois d'être à deux pour la lancer.

-Pomona, Filius, si vous voulez vous donner la peine … pria Minerva.

-Je n'ai pas donné mon accord ! protesta Julia

-Vous devriez relire votre contrat dans ce cas, fit froidement Minerva. Il indique explicitement que vous devez vous soumettre sans discuter à tous les ordres qui vous sont donnés par le directeur de l'école, ou maintenant directrice. Allez-y.

Les deux professeurs s'entraînèrent quelques instants à la prononciation de l'incantation, temps dont la directrice profita pour figer la récalcitrante.

Une heure plus tard, alors que la Grande Salle se remplissait pour le dîner, tous purent voir Julia Genest se faire emmener par les aurors.