Tôshirô était assis à son bureau, pour ne pas changer, mais cette fois-ci, il avait du mal à se concentrer. Son regard se perdit momentanément sur la fenêtre où les rayons du soleil le narguaient. En plein mois de juillet, la chaleur n'épargnait personne, pas même la Soul Society. Pourtant, il devait avironer les dix-huit heures.

Il avait du mal à se concentrer, pour diverses raisons qui ne regardaient que lui, et un rien volait son attention.

Il jeta un coup d'oeil à sa lieutenante qui roupillait comme s'ils n'avaient pas une tonne de choses à faire et laissa échapper un soupir avant de se remettre à la tâche.

Enfin, il essaya.

Vraiment.

Mais sa conviction ne tint pas plus d'une minute.

Exaspéré, il se leva brusquement de son bureau.

- Ce n'est pas possible !

Son éclat de colère réveilla Matsumoto. Cette dernière, encore endormie, tentait de comprendre la situation. Ne voyant rien qui puisse justifier son état, elle lui demanda.

- Qu'est-ce qui se passe capitaine ?

- Je ne sais pas. Et c'est bien le problème. Je n'arrive pas à me concentrer.

- A quand remontent vos dernières vacances ?

Il fut incapable de lui répondre. Il n'en avait absolument aucune idée.

- Il est peut-être là le problème non ? Nous avons besoin de vacances !

- Nous ?

- Oui, nous. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte mais je subis tous les jours votre humeur exécrable. C'est difficile pour eux. Elle se massa la poitrine pour appuyer ses propos.

C'était elle qui subissait hein ? Il soupira.

Toutefois, il considéra qu'elle avait peut-être raison sur un point. Il jeta un coup d'oeil aux documents qui s'étalaient sur son bureau avant que son regard ne se projette de nouveau sur la fenêtre.

Il faisait quand même sacrément beau.

- Tu as raison. Prépare tes affaires, on prend quelques jours.

- Sérieusement ? La jeune femme n'osait pas y croire. Et où est-ce qu'on va ?

- Dans le monde réel.

- Oh chouette ! J'en ai pour quelques minutes ! Ne partez pas sans moi !

Il avait été tenté de le faire mais il se dit qu'il ne rencontrerait aucune difficulté à la semer une fois là-bas. Aussi, il pouvait bien attendre encore quelques minutes.

Lorsqu'ils arrivèrent au-dessus de Karakura, Tôshirô se sentit tout à coup plus léger. C'était étrange cette façon qu'il avait d'associer la ville aux vacances, un peu comme certains le faisait avec la plage. C'était comme si toute la pression qu'il ressentait jusque-là s'était évaporée et il en aurait presque lâché un sourire, presque.

- Bon, allons poser nos affaires chez Orihimé et ensuite, shopping !

- Vas-y, je te rejoins plus tard.

- Vous allez où ?

Il disparut en shumpo sans se donner la peine de lui répondre.

Habituée à sa façon de faire et bien trop contente d'être là, elle décida de ne pas y prêter davantage attention pour le moment.

Tôshirô marchait sans savoir où le guidaient ses pas. Il observait les couleurs orangées du ciel, bercé par la brise du début de soirée et par le chant des oiseaux. Il ne pensait pas que son coeur pouvait être plus léger jusqu'à cet instant où ses yeux tombèrent sur la silhouette d'une jeune femme qu'il connaissait bien et qui venait dans sa direction.

Avec son éternel ballon de foot sous le bras, elle marchait sans se soucier de ce qu'il y avait en face d'elle. Le visage tourné vers le coucher de soleil à sa gauche, elle semblait perdue dans ses pensées.

Il profita des quelques secondes qu'il avait avant qu'elle ne l'aperçoive pour l'observer.

Elle avait grandi. Ses cheveux étaient un peu plus longs et rassemblés en une couette haute, mais ce n'est pas ce qui lui sauta aux yeux immédiatement. La première chose qu'il remarqua, c'était son visage qui s'était affiné et son corps qui était devenu plus adulte. Ça ne faisait pourtant pas si longtemps qu'ils s'étaient vus la dernière fois.

Sa façon de s'habiller avait légèrement changé aussi. Adieu les tee-shirts amples, elle avait revêtu une brassière de sport. Son regard tomba sur son ventre dénudé et il ressentit un certain malaise à la détailler de la sorte.

Tôshirô se demanda s'il y avait des moments où elle n'était pas jolie. Parce que même après un match de foot où elle avait les joues rougies par l'effort, elle l'était toujours à ses yeux. Il n'était pas capable de dire exactement ce qu'il lui trouvait de si bien, et c'était assez perturbant, mais à chaque fois qu'elle était dans son champ de vision, il faisait toujours en sorte qu'elle y reste.

La jeune fille tourna enfin son visage vers lui et lorsqu'elle croisa son regard, elle s'immobilisa. Il put lire dans ses yeux la surprise de le trouver ici avant qu'un sourire ne vienne conquérir son visage et qu'elle ne se remette en marche pour venir à sa rencontre.

Il fut ensuite bercé par sa voix.

- Tôshirô. Ça fait un bail.

Elle avait prononcé ses mots avec un calme qui ne lui ressemblait pas. Elle faisait toujours ça quand elle essayait de cacher ses véritables sentiments. Il devina à son ton légèrement plus aigu la joie qu'elle tentait vainement de réfréner.

Il répondit par un "hm", incapable de prononcer un autre mot. Il n'aurait de toute façon pas su quoi dire d'autres.

- Ça fait longtemps que tu es arrivé ?

- A l'instant.

- Oh d'accord. Et où est-ce que tu vas ?

Il ne savait pas lui-même. Il avait ressenti le besoin d'aller dans cette direction alors il avait suivi son instinct. Mais à bien y réfléchir, le seul endroit où menait ce chemin, c'était le terrain de foot.

Il haussa les épaules en réponse.

- Dans ce cas, ça te dit de m'accompagner ?

Il répondit par l'affirmative en hochant la tête et les deux jeunes gens se mirent en marche. Après quelques minutes à marcher côte à côte dans une ambiance agréable et reposante, la jeune Kurosaki brisa le silence.

- Tu vas bien ?

Elle ne savait pas pourquoi elle lui avait posé la question. Enfin si, elle le savait, il avait l'air soucieux, mais ce qu'elle ne savait pas, c'est pourquoi elle lui avait posé la question alors qu'elle savait pertinemment qu'il ne lui répondrait pas.

Il s'arrêta à l'entente de ses paroles et tourna le visage vers elle.

- J'ai juste besoin de vacances.

- Matsumoto ?

- Entre autres.

Même si elle ne pouvait pas connaître toutes les responsabilités qu'il avait sur les épaules, elle possédait une maturité et une perspicacité qui rendait plus facile la communication. Avec elle, il n'avait pas besoin de s'expliquer, de faire de longues phrases. Un regard ou un mot suffisait.

Comme là, il n'avait pas besoin de lui dresser une liste de tout ce qui le tracassait, une liste dont il n'était même pas sûre qu'elle serait exhaustive, parce qu'elle était capable de ressentir ses émotions et de les apaiser, inconsciemment. Et c'est ce qu'elle fit.

Elle passa son bras libre autour du sien et posa sa main sur son avant-bras découvert. A son contact, Tôshirô se sentit frémir et, décontenancé, leur fit reprendre leur marche pour ne pas lui montrer son trouble.

Il pouvait sentir la chaleur que dégageait sa peau et bien qu'il ne soit pas habitué à ce genre de petite attention, il la trouva agréable. Encore plus les petites pressions qu'elle exerçait avec son pouce, comme une caresse. Le geste était timide mais le réconfort qu'il sentait le traverser était indescriptible.

Après quelques minutes, ils arrivèrent devant la clinique des Kurosaki et la jeune fille se sépara de lui. Immédiatement, son contact lui manqua, toutefois, il n'en montra rien.

Alors qu'elle gravissait les marches de son perron et qu'il s'était détourné, prêt à partir, elle l'avait coupé dans son élan :

- Si tu veux dormir ici plutôt que chez Orihimé, c'est avec plaisir. Et comme si elle voulait le convaincre, elle enchaîna, en plus, tu n'auras pas à affronter les énergumènes de ma famille, ils sont tous absents pour quelques jours. Tu seras tranquille.

- Impossible de refuser, présenté comme ça. Un imperceptible sourire avait déformé ses lèvres après sa réponse.

Elle sourit à son tour et l'invita à entrer.

La maison était aussi vide qu'annoncée et le moins que l'on puisse dire c'est que c'était quelque chose d'inhabituel.

- Où est-ce qu'ils sont ?

- A la plage.

- Et toi ?

- J'avais un match. Et ce genre de chose, très peu pour moi.

Tôshirô n'était pas sûr de comprendre ce qu'elle entendait par "ce genre de chose" alors il fronça les sourcils, interrogatif.

- La foule, les touristes, le bruit, le sable dans les cheveux pour ne citer que ça.

Après avoir retiré ses chaussures, elle prit la direction des escaliers et les gravit rapidement, se soustrayant ainsi au regard du jeune capitaine. Du haut de l'escalier, il entendit :

- Ne reste pas planté dans l'entrée, fais comme chez toi. Il y a de quoi te rafraîchir dans le frigo. Je vais prendre une douche, je me dépêche.

Un peu mal à l'aise à l'idée de "faire comme chez lui", le jeune homme préféra s'asseoir sur le canapé et attendre la jeune femme. Il examina le salon du regard et ses yeux se posèrent sur des photos de famille exposées au mur un peu partout. Évidemment, l'imposant poster de la défunte Madame Kurosaki n'échappait pas à la vue mais ce n'est pas sur ça qu'il se concentra. Il se leva pour observer les photos de Karin lorsqu'elle était enfant.

Il était tellement absorbé par ses découvertes qu'il n'entendit pas que la jeune fille était sortie de la douche et qu'elle l'appelait. Il sentit simplement son reiatsu derrière lui après quelques minutes. Quand il se retourna pour lui faire face, il manqua de s'étouffer.

Elle était simplement vêtue d'une serviette et lui lançait un regard noir. Il se retourna brusquement :

data-p-id=ce6d6e5a157783c6d0b7f3c363af7cfb,- Mais qu'est-ce que tu fais !?

- Je te retourne la question ! Tu ne m'as pas entendu t'appeler ? Comme tu ne répondais pas j'ai cru qu'il y avait un problème et je suis venue directement.

Comme il ne répondait rien et qu'il lui tournait toujours le dos, la jeune fille décida de le taquiner un peu.

- Allons, ne fait pas celui qui est choqué. Matsumoto t'a habitué à pire.

- Mais ça n'a rien à voir !

- Arrête, je vais me vexer.

- Quoi ? Mais non je ne voulais pas sous-entendre que tu avais des petits... Il s'était de nouveau retourné pour lui faire face et prendre sa défense mais ses joues prirent une teinte cramoisie alors qu'il lui faisait face. Je ne suis...

Karin s'amusait énormément de sa réaction aussi, décida-t-elle de continuer à l'embêter. C'était la première fois qu'elle le voyait aussi déstabilisé et ça lui plaisait beaucoup.

- Tu n'es ?

- Enfin, ce n'est pas la même chose quoi.

Comme il était évident qu'il n'en dirait pas plus et puisqu'il avait subitement repris contenance, elle abandonna la partie. Après tout, elle en avait eu plus que de nécessaire. Son air embarrassé resterait gravé au fond de son esprit.

Elle se détourna pour rejoindre sa chambre et s'habiller, ne se doutant pas du regard qu'avait coulé discrètement le capitaine sur elle.