Chapitre 59
Retour sur la terre des dieux
Posant le pied sur la terre rocheuse de Marie-Geoïse, Elise s'extirpa totalement du Bondolas avant de prendre une grande inspiration tout en fermant les yeux.
- Me revoilà à la maison, murmura-t-elle en ouvrant les yeux.
Elle laissa son regard vert se promener sur les édifices d'un blanc immaculé tandis qu'un silence de roi régnait autour d'elle. Un parfum floral chatouillait ses narines mais sa contemplation prit fin quand elle entendit qu'on sortait Cylia de force. Celle-ci semblait surprise par le lieu.
- Qu'est-ce que je fais ici ?
Elise se tourna vers la charpentière et lui adressa un regard las.
- Je suppose que c'est mon père qui t'a fait venir, sauf qu'il ne t'a pas demandé ton avis.
- Ton père ? Tu veux dire que...
- Nous devrions nous hâter, vous êtes attendue par votre père, coupa Félicia d'une voix sèche.
Elise ferma les yeux et suivit docilement Felicia qui était accompagnée par ses hommes de main, ils passèrent rapidement la large porte en pierre laissant voir la communauté des Dragons Célestes qui vaguait à leur occupation accompagnée d'esclaves rudement malmenés.
- Mademoiselle Sinclair, vous ici ? Demanda un noble surpris en s'approchant.
Les gardes s'éloignèrent comme le voulait la coutume tandis qu'Elise, non menottée et dépossédée de son sabre, reconnut l'homme comme un lointain cousin dont elle ne se souvenait plus de son nom.
- C'est surprenant, n'est-ce pas ? Demanda la rouge, mauvaise.
- Vous avez bien changé au contact de la plèbe, répondit l'autre.
Puis son regard parcouru le corps de Cylia, un regard pour le moins lubrique qui força la jeune Whiteman à afficher clairement une mine de dégoût en réponse, qui ne plus pas au noble.
- Qui crois-tu regarder comme ça, vermine !
Il lui octroya un violent coup de pied à l'estomac, la forçant à se plier sous le coup. Elle lâche une quinte de toux qui fit réagir le noble.
- Ne contamine pas ma sainte personne avec tes germes de la plèbe !
À l'aide de sa canne, il lui donna un violent coup dans le dos, arrachant un cri de douleur à Cylia et forçant Elise à intervenir.
- Vous devriez arrêter de lui donner des coups.
- Et pourquoi j'arrêterais ?
- C'est bien mon père qui a demandé sa capture ? Il vous a engagé ? Demanda Elise à la dénommée Félicia.
- C'est exact, confirma celle-ci.
Elise plongea son regard vert dans celui de son cousin.
- Mon père n'aime pas qu'on touche à sa précieuse marchandise, et vous n'aimeriez pas vous engueuler avec mon père ?
Le noble soutint le regard de sa cousine avant de reprendre en déglutissant discrètement :
- Très bien, vous adresserez mes salutations les plus sincère à votre père.
- Si vous voulez.
Après cet échange houleux, Elise ne put s'empêcher de cracher à voix-basse :
- Connard.
- Nous sommes attendue par votre père, rappela Félicia impassiblement.
- Je vous suis.
La petite troupe reprit la route en direction de l'une des plus grandes demeures de dragons célestes présents sur la terre sainte dont chaque pierre respirait une arrogance certaine, propre aux dragons célestes. Elle s'arrêta avant de pénétrer dans la demeure, Elise chassant toute ses idées parasites et ses souvenirs en présence des Dragon Force, seuls souvenirs qui la rendaient encore heureuse, avant d'entrer dans le hall de la demeure d'un pas décidé où ses pas résonnèrent contre le marbre blanc.
- Bon retour à la maison, petite sœur.
Elise leva la tête en direction de la voix qu'elle reconnut sans mal comme étant celle de son frère ainé. Elle laissa un sourire songeur gagner ses lèvres en voyant à quel point ils se ressemblaient en tout point, mêmes traits de visage, mêmes yeux verts, bien que lui possédait des cheveux blonds que la pirate avait fait recouvrir de rouge les siennes. Son frère coupa l'échange pour se tourner vers Félicia.
- Enfermez-la dans une des cellules à coter de la plèbe, père viendra la voir.
- À vos ordres, seigneur.
Ils s'éclipsèrent avec Cylia qui décida de les suivre docilement. Une fois Elise seule avec son frère, ce dernier ordonna à sa sœur :
- Va te changer, père t'attend de pied ferme dans son bureau.
Elise tiqua mais obéit néanmoins et regagna son ancienne chambre, elle referma la porte derrière et se laissa glisser contre la porte qu'elle ferma a clé tout en soufflant, les yeux rivés sur le plafond immaculé avant de les refermer, complétement abattue par la situation.
Mais un bruit étrange attira son attention, lui forçant à ouvrir un œil et hurla de surprise en voyant ce qui semblait être un homme à la place d'un lampadaire, son corps servant de pied à la lampe de sol et sa tête recouverte par l'abat-jour.
- C'est quoi ce bordel ?! Pesta-t-elle.
Elle se leva et s'approcha de l'inconnu, dont le corps était marqué par la maigreur et les mois de sévices, qui ne semblait pas bouger. Elle allait soulever l'abat-jour afin de dévoiler son visage quand son regard vit la petite carte blanche autour de son cou, elle prit cette dernière et lut à haute voix.
- « Voici un cadeau pour ma future femme » C'est une plaisanterie ?!
Sans attendre de réponse, Elise enleva rapidement l'objet se trouvant sur la tête de l'esclave mais un déchirement inquiétant et sonore la stoppa rapidement malgré le silence de mort de l'inconnu. Elise se baissa tout en soulevant légèrement l'objet en tissu et comprit avec horreur l'origine de ce déchirement. Ses doigts avaient été agrafé à même aux tiges en métal, faisant de lui un « abat-jour humain ».
- Il est complétement taré ce type, bouge pas je reviens.
Elise remit l'objet à sa place avant de se diriger vers sa coiffeuse et saisit un ciseau avant de préciser à l'esclave.
- Bon, ça va faire un peu mal.
Mais l'inconnu ne répondit pas, faisant comprendre à Elise que ce type était dans cette position depuis longtemps et qu'il endurait en silence ce type de sévices. Elle tenta de cacher du mieux qu'elle pouvait la rage qui se manifestait par ses mains qui tremblaient et tenta d'enlever une par une les agrafes qui était planter dans ses mains. Une fois fait, elle ôta l'abat-jour de la tête de l'esclave dévoilant son collier explosif et un visage inexpressif.
- Tu es mieux, n'est-ce pas ?
Mais alors qu'elle se tournait pour poser l'objet, elle entendit l'esclave bouger et esquiva de justesse un coup de couteau rouillé qui lui était destiné.
- Ok mec, je te conseille de pas jouer à ça, lui prévint-elle.
Mais l'esclave dont les lèvres était orné d'un sourire fou se jeta sur elle, Elise chuta en arrière et bloqua à temps la lame qui s'apprêtait à s'enfoncer dans sa clavicule.
- Fais pas de connerie, mec, grogna-t-elle entre ses dents.
Des pas résonnèrent dans le couloir, les gardes devant être alertés par leur petit combat.
- Dame Elise !
Ils tentèrent de forcer la porte mais le verrou maintenait cette dernière fermer.
- N'entrez pas ! Je suis à poil !
Comprenant qu'elle devait mettre un terme à se petit affrontement, elle administra un rapide coup de pied, remarquant qu'il s'agissait du ventre de son adversaire. Celui-ci se plia en deux, permettant à la rouge de se hisser sur son dos et le plaquer au sol tandis qu'elle saisissait le couteau qu'il avait lâcher entre temps.
- Ne me tuez pas, je vous en supplie, implora-t-il d'une petite voix.
Elise sentit la détresse psychologique de l'esclave qui balbutiait des phrases incompréhensibles, elle se releva tandis que ce dernier se roulait en boule tout en pleurant.
- T'as de la chance d'être tombé sur moi.
La rouge souffla tout en remettant ses vêtements en place et finit par ouvrir sa porte au garde qui affichait tous une mine inquiète.
- Que s'est-il passé ?! Vous n'êtes pas blessée au moins ?!
- Oh non, je me juste bagarrée avec lui, expliqua-t-elle.
Elle jeta un regard sur l'esclave toujours à terre avant d'ordonner :
- Reconduisez-le dans sa cellule, dites au médecin de passer pour soigner ses plaies et ordonnez au chef de lui préparer un vrai repas pour qu'il reprenne des forces.
- C'est un esclave, Sainte Elise.
- Et alors ? Répondit-elle simplement.
Les gardes obéirent. Mais avant qu'il ne soit emmené, elle attrapa le bras de l'esclave.
- Minute, qui t'as envoyé ici ?
- Sainte Charlos, madame, murmura-t-il, les yeux dans le vague
L'esclave fut emmené, laissant Elise seule, surprise par l'évocation du nom du noble. Rapidement, la surprise ne tarda pas à laisser place à la colère. À ce moment précis, elle rêvait de pouvoir serrer la garde de son précieux sabre. Ne possédant plus l'objet pouvant lui permettre de passer ses nerfs, elle se mit en route pour retrouver son père et éclaircir cette histoire de cadeau de mariage.
Elle sortit de sa chambre toujours dans ses vêtements de pirate, à savoir une chemise blanche au décolleté assez large pour laisser entre-apercevoir sa petite poitrine, une large ceinture en cuir noir sur ses hanches, un pantalon en toile marron et des bottes en cuir noir.
Une tenue parfaite pour retrouver un noble.
Dans l'autre aile du château, dans une chambre minuscule où se trouvait de nombreux meubles usagés, se trouvait la petite bande qui avait ramené Elise et kidnappé Cylia, pour discuter de ce qu'il allait faire.
- Nava, transmet-nous la suite du programme, demanda Félicia en s'asseyant sur un fauteuil en cuir noir.
La dénommée Nava, aux courts cheveux noirs et aux yeux noisette dont l'âge ne dépassait pas les vingt ans, était habillée d'une robe courte de couleur blanche au motif fleurie et d'une paire de basket blanche. Elle saisit le carnet posé à sa gauche.
- Un autre noble mondial nous a engagé pour récupérer une relique historique à West-Blue, on devrait se mettre en route dès demain.
- Il nous a transmis à quoi ressemble la relique ? Demanda un homme albinos posté près d'une fenêtre avec un regard dur.
- Une ancienne relique familiale, apparemment.
- Pourquoi nous engager pour la récupérer alors qu'ils ont le pouvoir de tout prendre ? Demanda un autre homme aux cheveux brun.
- Qui sait, termina Gordon.
Ce dernier finit d'astiquer ses pistolets avant de les ranger dans ses holsters. Puis, il se leva promptement.
- Et tout cas, c'était sympa de coopérer avec vous, mais j'ai encore une cible à abattre.
Il se dirigea vers la porte et posa sa main sur le poignet quand une voix le stoppa.
- Tu ferais mieux d'attendre ta cible ici.
- La Rose Noir ne prendrait pas la peine de s'aventurer ici, elle est suffisamment intelligente pour ne pas risquer sa peau ici.
- Rose Noir, non, mais la dragonne, en revanche..., susurra Félicia.
Cette information attira l'attention du chasseur.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- La Rose Noire est sous les ordres de la dragonne et cette dernière fera tout pour ramener cette rouquine parmi son équipage.
- Tu la pense assez tarée pour s'en prendre à des Nobles ? Demanda l'albinos avec surprise.
- Il ne faut jamais sous-estimer une femme en colère, termina la brune avec un sourire en coin
Du côté d'Elise, cette dernière était arrivée devant les portes en bois où se trouvait le bureau de son père de l'autre côté, elle serra les poings de colère avant d'inspirer profondément tout en fermant les yeux mais sa colère prit le dessus et elle poussa violemment les portes, dévoilant son père confortablement installé à son bureau, nullement préoccupée par l'aura de colère qui entourait sa fille.
- Bonjour Elise, comment te portes-tu ?
- Te fous pas de ma gueule, le vieux !
Ses pas résonnèrent avec violence tandis que Saint Anatol finit par relever la tête quand la main de sa fille claqua violemment contre le bureau en marbre blanc, mais le paternel grimaça en voyant le décolleté plongeant de sa fille.
- Où se trouvent tes vêtement digne de ton statut ? Demanda-t-il froidement.
- J'allais justement les mettre quand mes yeux sont tombés sur un putain d'esclave portant cette saleté de pancarte ! Beugla-t-elle.
Elle fit claquer la pancarte contre le bureau faisant soupirer son père.
- Voyons Elise, ne sois pas si surprise du cadeau de ton futur époux.
- F-Futur époux ?! À quel foutu moment t'as décidé de me vendre à nos cousins consanguins ?!
- Elise ! Cela suffit ! Coupa-t-il choqué par les propos de sa fille.
Mais sa rebelle de fille décida de se rebiffer une nouvelle fois face à l'autorité de son père.
- Jamais ! Tu m'entends ! JA-MAIS ! Je ne me marierais à ce sale type de Charlos ! PLUTÔT CREVER QUE DE L'EPOUSER !
Puis, sans attendre de réponse, elle tourna les talons pour quitter la pièce quand la voix de son père la stoppa net.
- Dans trois jours, tu épouseras Saint Charlos, que tu le souhaites ou non.
- Alors j'espère que tu es bien accroché parce que je compte bien t'en faire baver !
Oui, Elise était de retour, et malgré toutes les bonnes volontés du monde, rien ne pouvait l'empêcher de se montrer digne du surnom que les Nobles l'avait affublé.
Le démon humain
