Chapitre 60
La fosse au champion
Un bruit sonore résonna dans les geôles de la terre-sainte tandis qu'un cri de douleur étouffé s'ensuivit.
- On peut savoir ce que tu fais ? Demanda une voix fatiguée.
Se massant l'épaule qui avait violemment percuté la porte de la cellule, Cylia attrapa d'une puissante poigne les barreaux et les secoua dans le but de les faire céder, ce qui fut inutile bien entendue.
- Je ne peux pas rester ici, se lamenta-t-elle.
Elle tomba à genoux face à la serrure tandis que son compagnon l'esclave reprit d'une voix résignée :
- Accepte ton sort et prie pour mourir rapidement, c'est tout ce qu'il reste à faire.
Mais la métisse serra le poing car elle connaissait parfaitement la raison de son enfermement. Parcourant sa peau de ses doigt fins, elle savait que le secret de son sang était sa seule raison, mais comment réagirait-il en découvrant qu'elle ne possédait pas se précieux secret ?
Fermant le manteau blanc orné de fleur verte, Elise tenta de se calmer rien qu'à l'idée de revoir son cousin éloignée Charlos.
À la différence de ses pairs, elle détestait la manière dont il pouvait se montrer cruel avec son entêtement à chevaucher un esclave mais la rouge devait se plier aux règles, à son plus grand regret.
Un sourire amusé fleurit sur ses lèvres en songeant à la manière dont elle pouvait rendre la vie compliquée à ces nobles qui ne voyait qu'en elle un utérus sur patte destiné à pondre un héritier.
Un choix de vie dont elle avait décidé de fuir à ses treize ans, mais malgré toute ses certitudes, elle se sentait plus seule que jamais.
C'est pour ça qu'elle quitta sa chambre pour retrouver un noble dont elle se sentait un minimum proche. Elle s'empressa de quitter la propriété familiale sous les regards hautains de ses compères mais la rouge maudissait surtout ses talons qui lui procuraient des douleurs aux pieds et le tissu de sa robe qui la démangeait affreusement. Elle trouva le noble qu'elle cherchait en train de déguster une tasse de thé.
- Saint Mjosgard !
Le noble posa sa tasse de thé et il salua la rouge qui approcha d'un sourire.
- Elise ! Comment te portes-tu ?
- Je pète pas non plus la forme mais ça peut aller.
- Je vois, je t'en prie prend place.
La rouge ne se fit pas prier et s'affala sur la chaise se trouvant face au Noble qui la couvait d'un regard bienveillant.
- Pour tout t'avouer, je ne pensais pas te revoir si tôt.
- Moi non plus, mais mon père aime bien me rappeler mes origines.
- Je suppose que cela a encore dégénéré entre vous ? Demanda-t-il avec inquiétude.
Elise choisit de ne pas répondre et son regard se perdit sur la tasse remplie de thé qu'un esclave leur déposa avant de s'éloigner.
- Toujours pas d'esclave attitré ?
- Tu esquives toujours autant les discussions problématiques ? Contrat-il.
Elise soupira tout en levant les yeux au ciel et reprit songeusement :
- Je n'ai pas compris pourquoi mon père s'entête à me faire revenir, mon frère se plie bien à ses ordres alors pourquoi me faire revenir ?
- Parce que tu es née femme, Elise.
- Je vois pas le rapport.
Le dragon céleste posa sa tasse.
- Tu représentes un moyen pour que les autres dragons célestes puissent engendrer une descendance, de plus, étant donné que tu es une femme tu seras à la charge de porter l'héritier de ta famille-
- Pitié, me parle pas de grossesse, pas envie de porter un gosse consanguin à qui il manque un bout de cervelle.
Le Noble bienveillant cacha son sourire amusé derrière sa tasse de thé mais il se surprit de voir le regard de la rouge se perdre dans la fontaine et il demanda.
- J'ai appris que tu avais voyagé avec des pirates, les Dragons Forces, c'est exact ?
- Ouais, répondit la rouge d'un air absent.
Car Elise ne cessait de se remémorer les rires et les repas partagés avec ses amies, entre les frasques de la blonde qui pouvait s'énerver dès qu'on évoquait son complexe ou encore la seconde qui évoquait sans complexe ses coups d'un soir qu'elle pouvait avoir entre deux cocktails avec alcool préparés d'une main experte par la vampire.
Oui, Elise savait pertinemment que malgré tous ses efforts, rien ne pouvait effacer ces moments de complicité.
Elle entendit alors des pas approcher et d'un regard rapide elle pouvait voir un garde du corps approcher et demander d'une voix claire :
- Dame Sinclair, vous êtes attendue par Sainte Charlos à la fosse pour un spectacle qui saura vous satisfaire.
Elise fronça les sourcils de méfiance à l'évocation de cette « fosse ».
- La fosse ? Demanda la rouge.
- Tu devrais y aller, Charlos n'aime pas attendre, lui dit saint Mjosgard d'une voix grave.
- S'il n'aime pas attendre, grogna la rouge en se levant.
Elle remercia son ami avant de suivre le garde du corps jusqu'à un dôme de verre éloigné du centre-ville. On lui ouvrit les larges portes dont des ornements parcouraient la porte de verre où se trouvait une fosse en terre et dont le sol était fait à la fois de pierre et de sable. La profondeur était telle que même un géant n'aurait pas pu escalader les murs lisses parcourus de nombreuses grilles, ressemblant à des cachots et dont leur contenue était caché par l'obscurité.
Les sens d'Elise était en alerte car elle se méfiait toujours du sadisme que ses paires pouvaient créer car après tout, la folie des dieux n'avait pas d'égal.
- Eliiiise !
Le corps de cette dernière fut parcouru d'un frisson de dégoût en entendant la voix Charlos résonner derrière elle, elle ferma les yeux et prit son plus beau sourire d'hypocrite en se retournant pour faire face au Noble.
- Charlos, comment ça va ?
Le noble renifla bruyamment ravalant de la morve qui commençait à s'écouler depuis son nez et reprit d'une voix méprisante et trainante :
- Tu es encore plus laide que quand tu nous as quitté.
Ok, l'hypocrisie ça allait deux minutes.
- Et toi, t'es toujours aussi débile.
Les diverses discussions qui se déroulait autour d'eux se stoppèrent brutalement face au ton acerbe de la rouge qui dévisagea le noble sans sourciller. Celui-ci était devenue livide et s'apprêtait à dégainer son pistolet quand la rouge reprit sombrement :
- Tire-moi dessus et tu vas voir ce que je te réserve, et rappelle-toi que j'avais pas besoin de mon sabre pour te péter la gueule la dernière fois.
Puis, elle se tourna vers le garde du corps et demanda sèchement en le pointant du pouce.
- Bon ! Il me demander de venir alors il est où mon siège ?
Le garde du corps se reprit vite et répondit en s'inclinant.
- Naturellement, veuillez me suivre.
La rouge suivit docilement avant de se tourner vers Charlos toujours aussi surpris par le ton de sa future femme.
- Bon tu te ramènes ou faut que je te tire par le col ?
Reprenant ses esprits, le noble rejoignit la rouge où leur siège se trouvait à quelque mètre a peine des barrières qui entouraient le gouffre et à l'écart des autres Nobles qui les jugeaient du regard. Le regard lubrique de Charlos ne se gênait pour reluquer la rouge qui était plus préoccupée a connaître le but de cette « fosse ». Un noble alla s'installer à son tour et glissa :
- J'espère que mon esclave saura vous divertir.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? Demanda Elise, méfiante.
Une sonnerie retentit, coupant la réponse du noble lambda, plongeant l'assemblée dans le noir et faisant monter un sentiment d'excitation. Elise ne fit que s'approcher de la vitre alors que les portes de cellules s'ouvraient, laissant des silhouettes sortir.
« Mesdames et messieurs ! J'espère que vous êtes prêts pour être à nouveau divertis par ce bain de sang livré par vos précieuses marchandises ! Quant à la plèbe, n'oubliez pas de survivre dans cette fosse qui vous permettra de vivre un jour de plus ! À vos paris, nobles célestes ! »
L'attention d'Elise fut attirée par l'arrivée d'un bloc note que la rouge refusa d'un geste de la main quand un hurlement de douleur retentit dans la fosse.
- Inutile de parier le combat, ce sera l'esclave de Saint Woods qui triomphera encore, bougonna Charlos en s'empiffrant.
- De quel esclave, tu parles ?
- Il a mis la main sur un spécimen rare.
Une lumière bleutée éclaira la fosse pendant un court instant et Elise écarquilla les yeux en comprenant le terme « spécimen rare ». Sous ses yeux et malgré la maigreur alarmante, la rouge reconnut sans mal un esclave Minks koala se battre de toute ses forces et déployer son électro pour abréger les souffrances de ses adversaires.
- Je pensais que les Minks n'étaient présents que dans le nouveau monde, laissa-t-elle échapper de surprise.
- C'est le cas et c'est toujours lui le gagnant de la fosse, grogna le noble de mécontentement.
Mais la rouge ne pouvait détacher son regard de l'esclave qui s'était immobilisé un court instant dans la fosse, il croisa le regard de la rouge qui continuait à le fixer avec incrédulité devant son talent guerrier quand soudain, il leva son poing en l'air exhibant malgré lui la marque du dragon qui fend les cieux qui marquait son biceps.
- Muuufufu, ricana Charlos.
- Pourquoi tu te marre ?
- Parce que je vais le voir mort.
Un bruit sourd émana de la fosse, faisant froncer les sourcils d'Elise qui se demandait ce qui allait se dérouler. La suite des événements lui provoqua des sueurs froides, car en effet, le capitaine corsaire Bartholomew Kuma faisait à présent face à l'esclave encore debout.
- Que fout un capitaine corsaire ici !? Hurla Elise.
- Ce n'est pas un corsaire, déclara simplement Charlos en se curant le nez.
Il reçut un regard dégouté.
- Comment ça « pas un capitaine corsaire » ? C'est Kuma !
- Seulement d'apparence. Selon père, la plèbe de la marine a créé une machine ressemblante à Kuma et est très résistante. Elle s'appelle Pacifista, je crois.
- C'est du délire !
Mais la sonnerie retentit, annonçant le début des combats.
Tandis que le minks chargeait, le pacifista répliqua en tirant un laser dans sa direction et le koala dut sa vie au fait qu'il se soit baissé à temps avant de donner un violent uppercut à son adversaire qui ne bougea pas, surprenant le Minks. Il n'eut donc pas le temps de bouger qu'on lui saisit la tête avant de le faire valdinguer contre un des murs de roche. Elise put entendre un grognement de douleur.
Il se releva tout en se tenant les côtes et effectua une rapide roulade en avant, esquivant le laser de son adversaire, avant d'entourer ses pieds d'électro et administrer un violent coup de pied joint dans la cheville du robot qui céda sous la puissance de l'attaque.
Le koala recouvrit alors son bras de couleur noir avant de serrer son poing.
- Un fruit du démon ?! Se demanda la rouge.
Il prit appuie sur ses pieds et sauta en direction de la tête de son adversaire et administra un violent uppercut entouré d'électro, faisant chuter son adversaire en arrière dans un bruit sourd.
L'assemblée devint silencieuse car seul le râle du koala se faisait entendre à mesure qu'il se rapprochait de la tête du pacifista et donna de violent coup de pied devenue noir et entouré d'électro à plusieurs reprises, laissant de plus en plus apparaître des circuits électriques, confirmant son statue de robot.
Le Minks se stoppa au bout de quelque minute pour laisser son adversaire la possibilité de se relever mais cette dernière était définitivement hors service.
Quelques secondes s'écoulèrent avant que le Minks ne se tourne vers le Noble qui le fixait depuis la baie vitrée, il braqua un regard froid avant de regagner sa cellule sachant pertinemment que sa vie ne se résumait qu'à servir de combattant pour divertir ses maitres. Jusqu'à la mort.
Telle était la vie d'un esclave.
À bord du navire des Dragons Forces qui voguait en direction de la terre sainte, chacune vaguait à ses occupations que ce soit de l'entrainement ou du repos, car toutes appréhendaient le moment différemment.
Ce fut le cas d'Animerya.
La vampire s'était éclipsée dans la cale du navire et avait ôté plusieurs planches de bois du sol avant de délicatement extraire un objet mystérieux qu'elle avait eu le temps d'emporter avant de prendre le large.
Délicatement, elle enleva le drap de velours violet qui recouvrait un coffre de bois sombre. Elle le posa au sol, les mains tremblantes, et jeta un regard furtif autour d'elle, se méfiant qu'on la découvre en possession de ce coffre.
Mais avait-elle le choix ?
Elle posa ses doigts fins aux ongles recouverts de vernis rouge vermillon et expira lentement. Puis, elle prit son courage à deux mains pour ouvrir le coffre, dévoilant son contenue.
Le fond du coffre était recouvert de velours violet et à son centre était délicatement posées deux fioles au liquide rouge.
Un liquide qui l'a dégouté rien qu'à sa vue, synonyme de massacre inutile.
Du véritable sang humain.
