Chapitre 61

Préparatif pour le mariage

Le soleil était à son zénith quand Elise se trouvait dans une pièce circulaire afin de faire quelque essayage de robe pour son mariage qui était programmé pour demain. Mais la tâche dont s'attelaient les domestiques était de gommer ses traits d'androgyne pour la rendre plus féminine et pour mettre en valeur le peu de poitrine qu'elle possédait était de passer par le tristement célèbre corset. Et Elise n'était pas prête à subir cette séance de torture.

- Inspire, Elise, conseilla sa mère.

- Pour-

Sa question fut rapidement étouffée par le laçage du dit corset qui fit blanchir la rouge qui, instinctivement, porta une main sur le tissu dans l'espoir de le faire relâcher avant de braquer un regard acéré sur sa mère, dont le visage à la mine sévère était son portrait craché.

- Veillez à bien le serrer, il faut mettre en valeur les atouts de ma chère fille, demanda la matriarche, de son vrai nom Soly Sinclair.

- Parce que plus c'est possible ?! Demanda la rouge en tentant de reprendre sa respiration.

Elle respira assez fortement, dû au corset bien trop serré. Elise voulut marcher pour tenter de s'habituer à la sensation mais, du haut de ses talons aiguilles, elle marcha dans sa robe blanche et dégringola du haut de son podium sous l'œil sévère de la plus vieille Sinclair.

- Tu es désespérante.

- C'est toi qu'est désespérante ! Quelle idée de foutre autant de froufrou dans une foutue robe qui va rester au placard ?! Rétorqua Elise en s'asseyant tout en plaquant les couches de tissu blanc.

Sa mère ferma les yeux face au comportement anti-féminin de sa fille, indigne de sa condition.

- Tu es épuisante.

- T'es sûre que je peux pas venir en pantalon ? Je suis déjà la risée de la famille alors que je peux pas faire pire, demanda la rouge en haussant les épaules.

La matriarche leva les yeux au ciel, exaspérée par les bêtises de sa fille avant de se tourner vers les domestiques.

- Cette robe sera parfaite, veillez à ne pas l'abîmer avant la cérémonie de demain.

- ENFIN ! S'exclama Elise, ravie de mettre fin à la séance de torture.

Elle ôta rapidement sa paire de talon aiguille ainsi que son corset lui permettant de reprendre une grande bouffée de d'air. Les servantes, de leur côté, prirent grand soin d'enlever délicatement la robe blanche aux multiples cristaux permettant à la robe de se réfléchir la lumière du soleil.

Une fois en sous vêtement devant sa mère, pas pudique pour un sou, elle demanda curieusement :

- D'ailleurs, mère, où se trouve Cyriaque ? Je ne l'ai pas vu à mon arrivée.

- Tu parles de ton esclave attitrer avant que tu ne t'enfuies ?

Une légère pointe d'agacement pouvait se faire entendre dans la voix de la matriarche.

- Oui, celui-la, confirma seulement la rouge d'un ton lasse.

- Ton père l'a fait exécuter après ton départ.

- QUOI ?!

Soly qui s'était approché d'une autre robe sur un portant afin de mieux l'observer, adressa un regard surpris à sa fille et déclara, nullement préoccupée :

- Allons, ne sois pas si surprise, nous savons que c'est la faute de cet être inférieur si tu es partie.

- Cyriaque ne m'a convaincue de rien du tout ! Siffla la plus jeune avec un regard noir.

D'un geste sec et rapide, la noble enfila la robe affreuse qu'on lui ordonnait de porter et siffla à sa mère :

- Je vais m'entrainer.

- T'entrainer ?! Où te croies-tu, jeune fille ! Nous n'avons pas promis à Saint Rosward une roturière !

- J'emmerde Rosward ! Siffla Elise.

- ELISE REGINA LITAL SINCLAIR ! JE T'ORDONNE DE REVENIR ICI ! SUR LE CHAMPS ! Hurla Soly en perdant son calme.

Mais la rouge ne fit que lui accorder un simple doigt d'honneur avant de s'éclipser de la salle, n'en pouvant plus de cette atmosphère bien trop mondaine à son goût. Elle détestait ces moments où elle devait juste se montrer et plaire au jeune noble. À aucun moment on ne lui avait réellement demandé ce qu'elle appréciait et ce qu'elle aimait faire.

Ses parents l'avaient de toute façon toujours considéré comme une petite chose fragile, à conserver derrière une vitre en verre, une chose qui pouvait se briser au moindre problème.

- Dame Sinclair, que désirez-vous ?

Elise sortit brusquement de ses pensées en voyant que ses pas l'avaient conduit dans un des petits salons de la vaste demeure des Sinclair. Son regard se planta sur le barman prêt à prendre sa commande. La rouge passa une main molle dans ses cheveux court avant d'ordonner :

- Prenez votre journée, je vais me débrouiller par moi-même.

- M-Mais enfin, mademoiselle, balbutia l'homme.

Mais Elise, qui était déjà passée derrière le bar, saisit une bouteille de whiskey et déboucha cette dernière à l'aide de ses dents, elle se dirigea vers l'un des canapés et se mit à engloutir le contenu de la bouteille. Un geste, qu'elle espérait lui faire oublier son avenir sombre.

- Je savais que je te trouverais ici.

Elise glissa un regard vers Howard, son frère ainé qui venait de faire son entrée dans la pièce. Elle pesta tout en entendant son frère ordonner sèchement au barman :

- Fiche le camp de cette pièce, raclure de bas étage.

- Oui, mon seigneur, s'inclina le barman en ignorant l'insulte.

Il quitta la pièce et la rouge grogna en voyant son frère s'assoir face à elle dans le petit canapé en tissu.

- Qu'est-ce que tu fiche ici ?

- Te convaincre d'accepter le mariage.

- Je suis revenue, donc j'ai accepté, pesta la rouge en continuant de boire son whiskey.

- Pas de mensonge entre nous, Elise, reprit doucement l'ainée.

De sa main, il parvint à ôter le breuvage de la main de sa sœur, qui demeurait méfiante face à son frère.

- Tu déteste Charlos.

- Normal, sa famille est complètement débile et lui, il a deux fois mon âge.

- Il a vingt-deux ans, contra Howard.

Il reçut un regard choqué de sa sœur. Puis, sans réfléchir, elle laissa échapper sous le coup de la surprise :

- C'est pas possible, c'est la consanguinité, ça rend plus vieux.

Howard ne put contenir un petit rire discret, qui fit sourire la rouge.

- Tu vois, même toi tu peux pas t'empêcher de rire.

- Mais plus sérieusement Elise, tu dois apprendre à te contenir et à accepter ce que les parents ont prévu pour toi.

Puis, il posa sa main sur celle de la plus jeune et reprit :

- Si les parents ont décidé de cela pour toi, c'est pour ton bien.

- C'est des conneries

La rouge serra le poing sur le tissu de sa robe blanche.

- Tout ce que veulent les parents c'est avoir une descendance. S'ils tenaient vraiment à mon bien, ils me laisseraient voguer avec mes amies. M'enfermer ici, c'est me priver de liberté.

- Tu préfères te conduire comme une criminelle plutôt qu'avoir une place en sécurité auprès des tiens ? Demanda Howard.

- Il n'y a pas de liberté à être confiné dans ce foutu palais aseptisé.

Puis, elle braqua un regard noir sur son frère et pour clôturer la conversation, elle se remit à boire à grand goulot son whiskey qu'elle avait arraché des mains de son frère.

- Ni à se conduire comme le pire des enfoirés.

Il attendit patiemment que sa sœur finisse sa gorgée pour reprendre songeusement :

- Tu les considère vraiment comme ton égal ?

- Totalement, j'aurais donné ma vie pour ma capitaine.

- Mais qu'a-t-elle de si spécial ?

- C'est une D.

Howard écarquilla les yeux de peur en entendant la dernière phrase prononcée par sa sœur. Celle-ci posa la bouteille sur la table basse et reprit d'un sourire narquois en voyant que sa phrase eut l'effet excompté.

- Tu crois encore à ce vieux conte pour enfant ?

- C'est une plaisanterie, j'espère ?

- Nan.

Mais l'homme qui fut autrefois apeuré, se leva brutalement et en fracas. D'un poing sur la table, il demanda sombrement à sa sœur :

- Comment as-tu pu !

- Calme-toi, il y a peu de chance qu'elle vienne ici.

- Comment tu peux en être aussi sûr !

Mais les yeux verts de la jeune femme se perdit dans le liquide ambré avant de déclarer, plus pour elle-même :

- Parce que personne ne tutoie le ciel sans en payer les conséquences.

- Les ramasseurs ? Demanda Clara

Animerya hocha la tête avant de poursuivre :

- C'est un groupe de mercenaires voguant sur toute la surface du globe, ils sont connus pour leur fait de cambriolage de reliques ancestraux et de kidnapping.

- Je suppose qu'il se font régulièrement engager par la noblesse mondiale ? Demanda Emma.

- C'est même leur principaux client, avoua Animerya.

- À gerber, commenta Clara.

- C'est pour cela que vous devez faire attention, leur cheffe, Felicia Moreno est une grande combattante et d'après les rumeurs qui circulent, elle ne détient point de fruit du démon.

- Red-Port en vue ! Hurla Célène depuis le pont.

Clara hocha la tête et clôtura en quittant la cuisine :

- On fera gaffe

- C'est cela, soupira Animerya qui n'était dupe.

Clara ne chercha pas à répondre et grimpa l'un des cordages afin de se positionner en hauteur sans déployer son fruit du démon.

- Que tout le monde se prépare au combat, annonça Emma d'une voix sombre.

Tout le monde hocha la tête, comprenant qu'elles n'allaient pas se battre dans un simple royaume mais s'en prendre à un des lieux les plus sécurisés du monde, voire même le plus sécurisée.

- Quels sont tes ordres, capitaine ?

Clara baissa la tête sur la petite troupe avant d'annoncer avec un sourire d'idiote :

- Ramener Elise et Cylia, c'est tout ce qui compte ! Ah oui ! Et bottons le cul au gouvernement mondial !