« Je suis navré Severus, mais je ne vous laisse pas le choix, lança la voix du commissaire Shacklebolt, vous prendrez M. Potter comme apprenti que cela vous plaise ou non. En fait, prenez ceci, cela pourrait vous intéresser. »

Snape sortit du bureau de son supérieur, impuissant. Il y était depuis au moins une heure à essayer de négocier le contrat de son nouveau disciple. Au moins la présence du jeune homme n'était que temporaire : au pire ils devraient le supporter un an, au mieux une semaine le temps de le dégoûter.

Il ouvrit le dossier que son chef venait de lui donner. L'enquête que Londubat était parti couvrir ce matin venait d'être déléguée à son équipe.

Snape s'assit à son bureau et lut plus sérieusement le contenu du dossier. La mort de Sammy O'Drake avait été déclarée un peu plus tôt dans la matinée.

« Alors on y va ? lança la voix de l'apprenti derrière lui.

L'inspecteur se retourna brusquement :

-Potter ! Ne lisez pas derrière mon dos ! Nous allons y aller mais je vous préviens, au moindre petit dérangement de votre part vous revenez ici ! »

Harry s'écarta avec un léger sourire et enfila son manteau, bientôt imité par Remus et Minerva. Snape se leva dans un soupir et sortit, suivi par son équipe. Harry en les suivant ne put s'empêcher de penser que ces trois là formaient un drôle de tableau.

Dans la voiture, Minerva demanda :

« Nous avions déjà entendu parler des O'Drake au service non ?

-Oui, je m'en souviens, répondit Remus, c'était l'inspecteur Londubat et son équipe qui s'en étaient occupés. C'était pour la disparition inexpliquée de leur père je crois. Il est mort depuis.

-Oui c'est ça, reprit la policière, M. Potter, avez-vous de l'expérience dans notre profession ?

-Oui, j'ai été au service de l'armée pendant quatre ans et j'ai déjà fait des stages dans la police... Je fais cet apprentissage pour intégrer New Scotland Yard. »

Minerva acquiesça, pensive, et le reste du trajet se fit dans le silence. Au bout de quelques minutes, ils arrivèrent devant une grande bâtisse où plusieurs voitures étaient déjà stationnées.

Ils s'arrêtèrent devant une haute grille en fer forgé et descendirent tous de la voiture.

Ils s'approchèrent du portail où plusieurs reporters attendaient. Remus fit savoir à Harry que la famille O'Drake avait assez de notoriété à Londres pour s'attirer la presse. Snape se fraya un chemin sans problème, ignorant royalement les reporters.

Une jeune femme blonde platine au visage autoritaire vint les accueillir :

« Inspecteur Snape je suppose, fit-elle froidement, je m'appelle Fanny O'Drake, venez je vous en prie. »

Ils traversèrent une vaste cour très bien entretenue et entrèrent dans la maison, que Harry aurait volontiers qualifié de manoir. Le grand hall dans lequel ils débouchèrent ne fit que confirmer cet état d'esprit : le plafond s'élevait très haut et de chaque côté de la pièce, deux longs escaliers longeaient le mur recouvert d'un vieux papier peint aux motifs baroques et tous deux reliaient le rez-de-chaussée au palier du premier étage. Juste en dessous, une grande bibliothèque s'étendait de l'escalier de gauche jusqu'à une porte qui menait visiblement aux autres pièces de la maison. Devant les immenses rayonnages, sur un long tapis aux motifs similaires à ceux du mur, se trouvait une table basse ronde en bois d'ébène, entourée de trois vieux fauteuils gris sombre. Sur la droite, près des escaliers, le corps d'un homme gisait sans vie, ventre à terre, entouré d'une petite flaque de sang, qui pour sûr, ne partirait pas du tapis. Trois membres en combinaison de la police scientifique s'affairaient autour de lui.

Dans ce grand hall donc, les nouveaux arrivants retrouvèrent le jeune inspecteur Londubat qui vint à leur rencontre :

« Monsieur Snape, Remus, Minerva, Harry-je peux vous appeler Harry n'est-ce pas ?- Bonjour. Je me suis juste contenté de noter quelques observations et de préserver les lieux du crime, je vous laisse constater par vous même, il faut que je retourne au commissariat. »

Il tendit ses notes à Severus, salua tout le monde et prit le chemin de la sortie.

Face à la petite équipe, Fanny O'Drake se tenait à présent en compagnie de deux hommes qui donnaient l'air d'être juste un peu plus âgés qu'elle, et d'une femme aux longs cheveux auburn. Si Fanny n'arborait pas un air très chaleureux, les trois personnes à ses côtés ne donnaient pas meilleure impression. La blonde fit les présentations. L'homme qui se tenait le plus proche d'elle s'appelait Célestin O'Drake et était son deuxième plus grand-frère. De toutes les personnes présentes, c'était bien lui qui avait l'air le plus antipathique : des cheveux noirs un peu en désordre encadraient son visage pâle aux lignes fines et venaient recouvrir son front, accentuant son expression froide. Une paire de lunettes rectangulaires à la monture grise laissait paraître des yeux noirs au regard dur. Il portait un jean et un pull léger gris en haut duquel dépassait le col d'une chemise blanche.

A côté de Célestin, le troisième frère, Emeric O'Drake, se tenait aussi solennel que les autres. Il était légèrement plus grand que Célestin, et bien que très ressemblant à son frère, son visage presque encore enfantin lui donnait une expression moins dure. Des cheveux bruns bouclés accentuaient cette impression mais ses petits yeux sombres et perçants rendaient Harry mal-à-l'aise. Il portait très sobrement un jean et une chemise verte écossaise.

Enfin, la femme aux longs cheveux auburn fut présentée comme étant la fiancée d'Emeric. Elle était petite, avait des yeux bleus perçants et portait un t-shirt blanc et une jupe rouge.

L'inspecteur Snape les scruta tour à tour d'un regard inquisiteur puis sans leur accorder plus d'attention, s'approcha du corps qui était étendu sur le sol. Il tourna autour un moment, fit un bref signe de tête à Minerva qui s'approcha des trois scientifiques pour leur poser des questions puis il reporta son attention sur les quatre adultes :

« Lequel de vous a trouvé le corps ? Demanda-t-il d'une voix sans émotion.

-C'est moi, répondit Fanny en essayant de camoufler le ton nerveux de sa voix, ce matin très tôt vers 5h30.

-Que faisiez-vous debout à cette heure-ci ? Questionna-t-il en haussant un sourcil.

-Je suis insomniaque monsieur.

-Bien.

Il marqua une pause l'air concentré puis reprit :

-Vous n'habitez pas ici. Alors que faisiez-vous tous ici présents au même moment ?

-Nous étions invités, répondit Célestin d'un ton sec en replaçant ses lunettes sur son nez, Sammy avait organisé un repas de famille, il le faisait fréquemment. Et comme à chaque fois, nous sommes restés dormir.

Severus acquiesça de nouveau puis continua :

« Aucun de vous n'a entendu de bruit suspect ou vu quelque chose de compromettant ?

Tous firent non de la tête. Severus les observa encore quelques instants d'un regard noir totalement gratuit puis il déclara finalement :

« Très bien, si vous le voulez bien le sergent McGonagall et moi-même allons vous poser encore quelques questions, individuellement. Mais j'aimerais que l'un de vous fasse faire le tour du propriétaire au sergent Lupin et à M. Potter. Disons... Vous, Mme O'Drake, vous ferez l'affaire. »

Chacun acquiesça sous le ton qui, même si très poli, n'admettait pas de reproches. Harry et Remus suivirent Fanny qui les guida dans les différentes pièces du rez-de-chaussée. Ils virent donc la grande cuisine, la salle à manger, le salon et la chambre de Sammy. Puis ils passèrent au premier étage. Dans le prolongement des escaliers, deux longs couloirs traversaient la maison. Celui de gauche regroupait toutes les chambres et celui de droite un autre salon, une bibliothèque et une salle de bain. Tout au long de la visite, Harry nota avec beaucoup d'étonnement l'aisance avec laquelle Lupin rendait la cadette O'Drake assez détendue pour pouvoir lui poser toute sorte de questions sans jamais la froisser et cela tout en continuant à jeter un œil attentif sur tout ce qui l'entourait. Alors que Fanny s'apprêtait à les faire monter au deuxième et dernier étage Remus l'arrêta :

« Je ne pense que nous n'avons pas besoin d'aller plus loin je vous remercie. Cependant, il me semble qu'il y a une pièce de l'autre couloir que vous avez esquivé.

Il avait dit cela avec un sourire rassurant mais accompagné d'un regard accusateur qui faillit briser le masque de froideur de Fanny.

-Eh bien, commença-t-elle, en effet je... Suivez-moi. »

Ils la suivirent alors de nouveau vers les chambres. Discrètement, Remus fit un clin d'œil à Harry, qui lui était tombé en admiration totale devant ce sens de l'observation si développé. Fanny les conduisit presque à la fin du long couloir. Elle hésita l'espace d'une seconde puis ouvrit doucement la porte. Remus laissa Harry entrer le premier.

Il se retrouva dans une chambre au style très minimaliste que l'apprenti put facilement identifier comme étant celle de Célestin O'Drake. Harry l'observa un moment avant de remarquer avec surprise qu'il n'y était pas seul. En effet, une petite fille aux longs cheveux blonds se tenait assise en tailleur contre un meuble, un livre de contes à la main. Harry tourna la tête vers Lupin, qui était appuyé dans l'encadrement de la porte ; celui-ci lui adressa un petit signe de tête encourageant et Harry se concentra de nouveau sur l'enfant, assez incertain. Il s'approcha d'elle doucement avant de demander :

« Bonjour. Je m'appelle Harry Potter, je travaille avec la police. Toi comment t'appelles-tu ?

La petite le regarda de ses grands yeux noirs puis répondit :

-Bonjour monsieur Harry. Je m'appelle Lyne. Vous venez pour ramener mon papa ?

Harry, pris de court par la question, afficha un air perplexe pendant quelques secondes. Puis il se reprit, s'agenouilla pour se mettre à sa taille et répondit :

-Non Lyne. On ne peut pas ramener ton papa. Mais on peut essayer de trouver pourquoi il est parti. Dis-moi, tu pourrais peut-être nous aider ? Pourquoi es-tu restée ici ?

-Mon parrain a dit que je pouvais pas parler avec la police. Mais vous êtes gentil alors je ne sais pas.

-Ton parrain ?

-Oui, affirma-t-elle avec un sourire lumineux, il s'appelle Célestin. Il est pas très gentil avec tout le monde mais avec moi si. »

Harry se tourna de nouveau vers Lupin. Le policier lui fit signe qu'il pouvait s'arrêter là. Alors Fanny, résignée, fit signe à la petite fille de la suivre et elle descendit avec elle, laissant seuls Remus et Harry.

« Il faut que vous m'expliquiez comment vous faites ça, lâcha Harry.

En guise de réponse, Remus eut un petit rire et il posa sa main sur l'épaule de l'apprenti :

-Avec le temps Harry. Mais pour le moment, je pense que redescendre est la priorité. Crois-moi tu ne voudrais pas te retrouver aussi tôt face à un inspecteur Snape qui s'impatiente ! »