Les yeux noirs dans les yeux émeraude. Le sourcil levé face à une mine déconfite. Les bras croisés de l'un opposés aux bras ballants de l'autre. Une silhouette toute vêtue de noir qui paraissait tellement plus imposante, alors qu'elles faisaient toutes les deux exactement la même taille... Oui, Harry se demandait s'il ne s'était pas brusquement changé en une espèce de gastéropode amorphe et apathique tant la présence seule de Severus Snape suffisait à lui faire comprendre l'étendue de sa bêtise. Ou de sa connerie monumentale, c'est selon.

Dis quelque chose Harry.

« Euh je...

C'est un début.

-Épargnez-moi les explications tordues Potter.

Potter. Oui, c'est moi. Il me parle. Potter. C'est quand même dingue de prononcer mon nom comme ça. Genre. Emphase sur le P.

-Potter, je me doute bien que vos capacités cérébrales sont plus que limitées, mais ce n'est pas une raison pour me regarder avec cet air de mollusque.

Oh mollusque, gastéropode, on est dans le thème.

-Bon Potter, je n'ai pas la journée, s'agaça l'inspecteur en agress- en attrapant délicatementHarry par le bras, maintenant que vous êtes là, rendez-vous utile. »

Et sur ces mots à en faire baver un gastéropode, Snape traîna l'apprenti jusqu'en-bas des escaliers, où ils retrouvèrent Remus et Minerva. La policière cacha son étonnement, s'approcha d'eux et les convia à la suivre. Le petit groupe sortit dans le jardin et Harry, sortant de sa léthargie, repensa vivement à Malefoy ; il observa frénétiquement tout autour de lui à la recherche de sa présence. Il ne le vit pas et se sentit rassuré.

Remus jeta un regard mi-perplexe mi-amusé à l'encontre de Harry pendant qu'ils marchaient. En réponse, Harry afficha une grimace que l'on pouvait traduire par : alors oui mais non pas maintenant Remus et peut-être même jamais. Na. Ce qui eut pour effet d'accentuer l'amusement de Lupin. Mais cela fut de courte durée car Minerva s'était arrêtée derrière la maison et s'était penchée au pied d'un arbre. Là, dépassant du sol, on apercevait le coin d'une boîte en bois ouvragé. Snape, entreprenant, enfila des gants et déterra l'objet. Sous l'œil captivé de son équipe, il l'ouvrit avec précaution.

Harry ne put s'empêcher de s'exclamer légèrement quand ils découvrirent le contenu de l'objet : des dizaines de bijoux, tous d'une valeur inestimable, remplissaient la boîte presque à ras bord. Snape leva les yeux vers McGonagall et tous deux hochèrent la tête en même temps : il fallait rentrer, et au plus vite.

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« Si la marque correspond, cela voudra dire que quelqu'un d'autre est impliqué, lança Hermione penchée sur son microscope, est-ce-qu'ils savent que vous l'avez trouvée ?

Snape, adossé au bureau où travaillait la légiste, répondit de sa voix traînante :

-Non. Je veux vérifier quelque chose.

-Oh je vois. Encore une de vos méthodes.

Elle s'arrêta un instant sentant le regard soudainement dangereux de l'inspecteur derrière son dos avant de reprendre en soupirant :

-Vous savez très bien que je n'ai rien contre vos combines inspecteur. Mais vous savez ce que vous risquez !

-Je ne comprends pas, intervint Harry qui observait l'étrange scène, confus.

-Vous devriez mettre ça sur un t-shirt Potter, ça ferait un carton !

-Harry, souffla de nouveau Hermione en ignorant la remarque du plus âgé, quand on prélève une pièce à conviction, son propriétaire doit être mis au courant.

-Ah. Et ?

-Mon dieu ce que vous êtes lent, marmonna Snape en se tenant l'arrête du nez.

-Alors sur ce coup-là c'est vrai, gloussa la scientifique en levant la tête de son microscope.

-Non mais je rigole, c'est bon j'ai compris ! Se défendit Harry en riant à son tour.

-Ravi de savoir que vous n'êtes pas un cas si désespéré.

-Oh inspecteur voyons, réprimanda Hermione, mais bref revenons en au fait. Je crois que j'ai fini. Attendez une seconde... Oui ! Ce bracelet en argent correspond !

Snape se redressa et se tourna vers Harry :

-Allez prévenir les sergents Lupin et McGonagall. »

Harry acquiesça et sortit du laboratoire. Il traversa le commissariat et se retrouva dans le bureau de l'équipe. Les deux policiers n'eurent besoin que de voir le visage de Harry pour comprendre la situation.

« Quelle heure ? Demanda aussitôt Remus à l'intention de Minerva.

-Le plus tôt possible, répondit-elle d'une voix qui même si professionnelle trahissait une certaine inquiétude.

-Très bien je les appelle tout de suite.

-On peut m'expliquer ? Questionna Harry qui décidément ne comprenait vraiment plus rien.

-N'avez-vous rien remarqué d'étrange chez les O'Drake M. Potter ? Lui demanda Minerva.

-Euh ben... Non ?

-Vous savez qu'ils sont réputés pour posséder une immense fortune. À partir de là, n'y a-t-il vraiment rien qui vous ai dérangé ?

Cette fois-ci, Harry prit le temps de réfléchir. Et cette fois-ci, la réponse lui vint comme un flash : le jardinier, l'immense maison, Fanny.

-Avec une propriété pareille, commença-t-il, on s'attendrait à ce qu'il y ait au moins une femme de ménage. Mais non. J'ai vu Fanny sortir du linge, c'est vrai que quand on fait attention, ça n'a vraiment pas l'air d'être le genre de la maison. Ils n'ont que le jardinier qui s'occupe de l'extérieur. Sûrement pour garantir leur bonne image...

-Conclusion ? Demanda Minerva.

-Problèmes d'argent Harry, intervint Remus qui composait le numéro des O'Drake, mais ?

-Mais, reprit le brun, euh... Les bijoux ! Il doit y en avoir pour une vraie fortune. Mais alors pourquoi...

-Vous allez le faire surchauffer, interrompit Snape qui venait d'entrer dans le bureau.

-Encore M. Potter, réfléchissez, insista Minerva.

-Mais je ne sais pas !

Il ne voyait vraiment pas où ils voulaient tous en venir. D'autant plus que Minerva et Severus le transperçaient maintenant du regard. Pression.

-On parle d'un bracelet M. Potter. D'un simple bracelet. Réfléchissez.

-Ou imaginez, ça aide dans le milieu, ajouta Snape en levant un sourcil moqueur.

Facile à dire. Il réfléchissait pourtant, et de toutes ses forces. Mais il ne voyait pas.

-Ou c'est que vous être trop innocent pour pouvoir imaginer un tel scénario, continua l'inspecteur.

Mais enfin, où voulaient-ils en venir ? Oh ! Peut-être que... Mais c'était complètement tiré par les cheveux !

-Les bijoux pourraient... Enfin je ne sais pas mais... Ils pourraient avoir été volés ou quelque chose dans ce genre-là. Et peut-être que toute la famille n'était pas au courant de leur existence...

Là, Minerva afficha un grand sourire et lança un regard goguenard à Snape.

-Je vous l'avais dit Severus.

-Vous n'avez rien gagné Minerva, nous n'en sommes pas encore au point essentiel.

-Désolé d'interrompre, mais on a un problème, intervint Remus qui venait de reposer le téléphone, personne ne répond. »

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-Un peu plus tôt, chez les O'Drake-

Fanny descendait de sa chambre d'un air renfrogné. Elle était bien décidée à trouver ses frères et cette débile d'Editt. Elle entra dans la salle à manger où elle trouva Célestin accompagné de Lyne et le jardinier. Elle se tourna vers la petite fille et lui dit :

« Evelyne, tu ne voudrais pas aller jouer dans ta chambre ? Il faut que je parle à ton parrain.

La petite descendit de sa chaise et quitta la pièce avec entrain. Elle sortit dehors et alla se cacher sous la fenêtre ouverte de la salle à manger.

De cette dernière, Fanny reprit :

-Célestin, où est Emeric ?

-Il vient de partir, répondit-il d'un ton sec.

-Avec l'autre là ?

-Appelle-la par son prénom Fanny. Que veux-tu ?

-Les bijoux de papa et maman. Qui les a touchés ?!

-Les bijoux de papa et maman tu dis, répliqua Célestin un sourire narquois sur le visage, je n'en sais rien, c'est Sammy qui les gardait dans sa chambre non ?

-Quelqu'un les a pris et les a cachés, pourquoi je ne sais pas, mais manque de pot, les flics les ont trouvés et on va en entendre parler ! Mais qui a fait ça ?

Célestin saisit sa sœur par les épaules :

-Pour le moment tu devrais te calmer. Je vais voir ce qu'on peut faire. »

Il la laissa là, puis avant de franchir les portes de la cuisine, il entendit un bruit faible qui provenait de la fenêtre. Lyne pensa-t-il. Heureusement, ni Fanny, ni Steve ne l'avaient entendue. Il se dirigea vers le jardin pour aller retrouver la petite mais il s'arrêta. Il fallait d'abord qu'il aille vérifier quelque chose. Il fit demi-tour en direction de la chambre d'Emeric et Editt. Ses pensées défilaient à toute vitesse. Cela ne pouvait pas être possible. Il poussa la porte et son intuition s'en trouva confirmée : la chambre avait été vidée, plus de vêtements, plus de valises... Ils étaient partis. Le brun s'approcha lentement de la fenêtre et vit la petite Lyne qui jouait dehors ; il pensa avec tristesse que la pauvre enfant devait certainement en savoir plus qu'elle ne le devrait. Puis il se retourna pour redescendre. Mais il n'eut que le temps de sentir un objet dur tomber lourdement sur son crâne.

Il s'effondra, inconscient.

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« Appelez Drago, ordonna la voix grave de Snape.

-Déjà fait, répondit Remus, il ne répond pas non plus.

-Drago ? S'étonna Harry.

-Pas maintenant Potter, aboya Snape. »

Soudainement, Fanny O'Drake se précipita dans le commissariat, Evelyne à la main, ses cheveux blonds d'habitude impeccables en pagaille, et le visage blanc comme un linge. Les quatre policiers présents dans la pièce se levèrent et d'un accord commun, décidèrent de prendre les choses en main.

Minerva prit Evelyne par la main et l'emmena à la cafétéria où la petite but un chocolat chaud. Remus assit la blonde sur une chaise et ferma la porte du bureau. Severus observait la jeune femme d'un œil presque -j'ai bien dit presque- inquiet.

Fanny se prit la tête entre les mains et commença :

« Tout le monde a disparu ! J'étais dans la cuisine avec Steve et... et puis plus rien ! Je ne me rappelle de rien. Mais ça n'a pas duré longtemps. J'étais encore avec Célestin il y a peut-être encore une heure ! Emeric est certainement parti, car ses affaires ne sont plus dans sa chambre mais Célestin... Je ne sais pas, il n'a pas pris son portable avec lui, et même Evelyne ne sait pas où il est... Mais enfin je... Je.. »

Elle ne finit pas sa phrase et fondit en larmes. Remus vint la réconforter tandis que Severus lançait un avis de recherche pour les frères O'Drake et Editt. Ils allaient certainement avoir besoin de l'équipe de Londubat si ils devaient aller sur le terrain.

Harry de son côté observait la blonde. Il repensait au moment où il l'avait rencontré la veille. Son air hautain et hypocrite contrastait parfaitement avec son état actuel.

Le brun fut soudainement sorti de ses pensées pas la voix froide mais de l'inspecteur :

« Bien Potter tenez vous prêts, vous allez venir avec moi.

-Où ça ?

Mais Snape ne lui répondit pas tout de suite car son téléphone venait de sonner. Il décrocha :

-Drago, où es-tu ? Bien. Viens ici dès que possible, Granger sera là. Oui à plus tard. »

Harry se retint de poser les mille et une questions qui s'agitaient dans son esprit et se prépara à partir, tout comme Remus. Ils restèrent quelques minutes près de Snape qui demandait à Fanny les lieux les plus probables où pouvaient être ses frères, en dehors du leur propriété. La jeune femme lui répondit avec difficultés puis Snape la laissa en compagnie de Hermione Granger. Remus et Harry suivirent l'inspecteur à l'extérieur, où attendait déjà McGonagall.

« Nous allons nous séparer. Lupin et Minerva, vous irez vérifier ces lieux-là, dit-il en leur tendant une liste, vous serez placés stratégiquement de sorte que si les avis de recherche donnent du nouveau vous puissiez intervenir. Londubat est aussi sur le coup. Vous me donnerez des nouvelles toutes les demi-heures. Quant à moi, je retourne chez les O'Drake avec M. Potter. Soyez prudents. »

À suivre...