Chapitre 11 : Rupture nerveuse
-12 Square Grimmauld, 13h -
Alors que Harry et ses deux collègues occupaient le rez-de-chaussée du QG de l'Ordre du Phénix, Snape se tenait dans la bibliothèque du deuxième étage en compagnie de Célestin O'Drake. Le premier était penché sur un petit bureau en bois sombre sur lequel il avait étalé plusieurs plans, dont un représentait la ville de Londres ; l'autre homme, installé confortablement dans un des fauteuils de la pièce, faisait mine de feuilleter le journal. Tous deux s'ignoraient royalement jusqu'au moment où la voix posée et d'apparence désintéressée de Célestin vint briser le silence :
« Eh bien, connaissons-nous la réponse de M. Potter ? »
Il avait lancé cela sans même baisser son journal, et c'est ainsi, sans qu'aucun des deux n'ait ne serait-ce que bougé un cil, que Severus répondit de son ton traînant habituel :
« Non, mais quand il aura terminé sa petite crise existentielle nous devrions l'avoir.
-Et qu'adviendra-t-il de lui ? Dans les deux cas ?
-S'il accepte, nous devrons jongler entre le commissariat et l'affaire Potter. S'il refuse, il sera transféré ailleurs.
-Et que préféreriez-vous ? S'enquit le plus jeune avec un sourire malin que l'on devinait derrière son quotidien.
-Peu importe ce que je pense.
-Hum en effet. Mais imaginez qu'il accepte ? Persista-t-il cette fois-ci en fixant l'inspecteur avec insistance par-dessus son journal. »
Là de même, Severus tourna la tête en sa direction :
« Et vous ? Que préféreriez-vous ? »
Célestin eut l'air pendant quelques instant de vouloir continuer à attaquer Severus ; mais il finit par se résigner et il répondit en posant son journal pour de bon :
« Qu'il accepte bien sûr. Une affaire comme celle-ci me changerait grandement de ce qu'Albus me donne en ce moment. Et puis il m'a l'air attrayant comme garçon.
-Ne vous faites pas de films O'Drake, il est aussi attrayant que peut l'être un poisson rouge. Et puis l'affaire Potter n'est pas si divertissante qu'elle en a l'air. Nous n'avons rien, cette mission a été, est, et ne sera que pur néant.
-Vous voilà bien défaitiste mon cher ! Nous avons des ressources que ni l'Ordre ni le gouvernement ne possédaient du temps où les investigations avaient été lancées. Nous vous avons vous, votre équipe, le jeune Malefoy et moi. Même Jedusor ne pourrait pas y trouver à redire.
-Parlons-en tiens de Jedusor. Nous sommes quatre à avoir tr... »
Mais Severus ne put terminer sa phrase car on entendit toquer à la porte. L'inspecteur alla ouvrir et fit face à Remus Lupin, qui sans perdre une seconde leur annonça avec un petit sourire en coin :
« Harry accepte de travailler sur l'affaire. »
À ces mots, Snape se retourna vers Célestin, haussa un sourcil à son intention puis se dirigea à grands pas vers les escaliers. Aussitôt Célestin s'extirpa de son fauteuil pour suivre l'inspecteur tandis que Remus emboîtait aussi le pas. Les trois compères débarquèrent dans la salle à manger où se trouvaient toujours Harry assis dans un des fauteuils et Minerva qui se tenait debout dans un des coins de la pièce. En les voyant arriver, l'apprenti se leva un peu brusquement pour leur faire face ; Snape ne lui accorda pas un regard et rien ne laissait deviner dans son attitude un quelconque sentiment de colère lié à leur dernière entrevue. Harry ne sut pas si cela était bon signe ou non. Quoi qu'il en soit, Snape prit place au bout de la grande table et invita le garçon à s'asseoir également. Le garçon prit place à côté de l'inspecteur pendant que Remus s'installait en face de lui. Célestin et Minerva restèrent un peu en retrait, toujours debout.
« Voilà donc ce qui va se passer à présent M. Potter, commença Snape, notre but est de trouver ce que vos parents avaient découvert avant de mourir, et par là-même, de connaître la véritable cause de leur décès. Notre problème, c'est qu'il nous est très difficile de trouver ne serait-ce qu'un début de piste pour cette enquête. Voici l'état actuel des choses : nous savons que James et Lily Potter avaient été envoyés en Russie puis aux Etats-Unis avant de revenir au Royaume-Uni où ils ont trouvé la mort. Tout cela s'est déroulé en l'espace de deux mois, entre les mois de juin et de juillet 1981. Nous connaissons les endroits où ils sont allés mais l'Ordre n'a jamais réussi à établir un lien logique entre eux. Notre équipe va être composée des membres présents dans cette pièce, de Drago Malefoy qui présente des aptitudes remarquables en matière d'infiltration et d'investigation, d'Hermione Granger pour son poste et ses connaissances en tant que médecin légiste et de Sirius Black, l'archiviste. Nous travaillons bien sûr sous les ordres du directeur Dumbledore. Des questions ?
-J'en ai deux, répondit Harry l'air relativement grave, premièrement qui a déjà travaillé sur cette affaire dans le passé ? Et deuxièmement je voudrais qu'on m'explique qu'est-ce que Célestin fait ici. »
À cet instant, Minerva et Célestin se rapprochèrent de la table. Minerva prit la parole la première :
« Je suis la seule, avec notre directeur, à avoir travaillé sur cette affaire dans notre équipe M. Potter. Mais je l'ai rejointe sur le tard et nous étions déjà dans une impasse, croyez-moi j'essaierai de me rendre la plus utile possible. »
Harry acquiesça puis il tourna un regard interrogatif vers Célestin qui se tenait maintenant à côté de Remus. Il répondit à son tour, les bras croisés et le regard vif :
« Pendant l'enquête qui a entravé ma famille, il a fallu faire comme si je ne connaissais pas l'équipe de l'inspecteur Snape et vous cacher mon appartenance à l'Ordre du Phénix M. Potter... Et vous n'y avez vu que du feu. À votre avis quel peut bien être mon rôle dans cette affaire ?
-Euh... Agent secret ?
-Exactement, confirma le brun en esquissant le début d'un sourire, l'une de vos principales difficultés étant que vous devez mener deux enquêtes de front tout en cachant l'une des deux de gens comme l'inspecteur Jedusor, il vous faut des personnes qui ne travaillent pas directement dans la police. Officiellement, je n'occupe qu'un poste mineur au sein du gouvernement ; en réalité, je suis un espion à la fois au service du gouvernement et de l'Ordre. »
Là encore, l'apprenti hocha la tête puis il se tourna de nouveau vers Snape :
« Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?
-Vous rien, répondit Severus avec une moue moqueuse, vous avez l'après-midi de libre, ordre de Dumbledore. En ce qui nous concerne, nous retournons au commissariat pour continuer notre enquête sur le meurtre de la famille Hurlton. Essayez juste de ne pas trop fureter autour de New Scotland Yard. »
Là-dessus, Severus et Remus se levèrent puis sortirent de la pièce, suivis de Minerva. Au bout de quelques instants, Célestin se tourna vers l'apprenti :
« Je vous conduis quelque part ?
-Si je vous dis que j'ai oublié ma veste à New Scotland Yard, vous m'y conduisez ? »
Célestin, surpris, eut un petit rire puis, après un bref moment d'hésitation, il hocha la tête, et se dirigea vers la porte. Harry le suivit, et avant qu'ils n'atteignent la voiture de Célestin, ce dernier le mit en garde d'un ton mi-sérieux mi-amusé :
« Je vous préviens que je me détache de toute responsabilité si Snape en vient à apprendre que je vous ai emmené à Scotland Yard.
-Ah oui ? Vous m'avez emmené quelque part ? Rétorqua le garçon en souriant. »
Là encore, Célestin eut un bref instant d'étonnement mais il lui lança un regard amusé puis grimpa dans la voiture.
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Le trajet s'était fait en silence sans que Célestin ne pose de questions à Harry, au plus grand bonheur de celui-ci. Lorsqu'ils arrivèrent, Célestin laissa partir l'apprenti en lui lançant simplement un signe de tête entendu. Harry se dirigea vers l'imposant bâtiment de New Scotland Yard, pensif. Entre le moment où il avait pris sa décision à propos de l'affaire Potter et celui où Snape avait été mis au courant, il avait réfléchi : il était prêt à travailler avec son équipe et les membres de l'Ordre, mais il fallait d'abord qu'il en apprenne plus sur eux. De Snape lui-même jusqu'à l'agent Lupin, il ne savait rien du passé de ses collègues, alors qu'eux-même semblaient connaître tout son parcours et toute son histoire, si ce n'était plus.
Il passa devant l'accueil où il reconnut Luna Lovegood puis il se rendit sans plus de cérémonies dans la salle des archives. Il fut surpris de constater que Sirius Black était absent et que par conséquent les archives se trouvaient sans surveillance. Il avança un peu incertain entre les rayonnages ; la principale difficulté qu'il allait avoir résidait dans le fait que les dossiers étaient d'abord classés par dates et il ne savait pas sur lesquelles il aurait le plus de chances de trouver des informations sur ses collègues. Réfléchis mon vieux. L'Ordre a été fondé en 1961, tes parents ont été tués en 1981, nous sommes en 2005. On a une marge d'une grosse quarantaine d'années. Dans tes collègues personne, à part Dumbledore, n'a l'âge requis pour avoir rejoint l'Ordre dès sa création : il faut chercher à partir des années 1980. Bien, maintenant autre problème, ici nous n'allons trouver que des affaires nationales ou des affaires résolues par des équipes de NSY, je pense pas que tu puisses trouver des infos sur un gars comme Remus ici. Mouais, on n'a qu'à essayer de taper leur nom sur Internet déjà.
C'est donc ce que fit Harry, caché entre deux étagères. Il commença par Severus Snape. Bien entendu, il tomba sur toute une liste d'articles qui relataient les différentes enquêtes résolues par l'inspecteur. Il essaya de remonter jusqu'aux plus anciennes puis il sélectionna un article dont le titre attirait particulièrement son attention : « Les exploits d'une nouvelle recrue ». Il le lut rapidement mais avec le plus grand soin et il en retint deux choses : Snape était inspecteur au commissariat de Schacklebolt depuis 1982 mais surtout, il avait été formé dans l'équipe de l'inspecteur Jedusor à Scotland Yard. Cette dernière information lui fit presque lâcher son téléphone mais il se reprit juste à temps car il entendit des pas arriver du couloir. Il fut tellement pris de panique qu'il ne bougea pas d'un pouce tandis qu'il apercevait entre les interstices des étagères la coupe de cheveux reconnaissable entre mille de Sirius Black. Il l'entendit se poser à son bureau au fond de la pièce et il réfléchit à toute vitesse à un moyen de sortir de cette situation. De là où il était, Sirius, assis à son bureau, ne pouvait pas le voir, mais pour retourner dans le couloir et sortir du bâtiment, il n'échapperait pas à la vue de l'archiviste. Alors Harry décida d'attirer son attention en faisant tomber bruyamment un dossier au sol. Immédiatement, Black mordit à l'hameçon et se leva de son bureau pour se diriger vers les étagères. Silencieusement et le plus rapidement possible, Harry se cacha à l'extrémité de la longue rangée d'étagères où il se trouvait, face à la sortie de la pièce. Quand il entendit Sirius ramasser le dossier, il se dirigea vers la sortie de la pièce en priant pour qu'il ne soit ni entendu ni vu par l'archiviste. Il traversa le long couloir sans se retourner et ce n'est qu'une fois sorti de NSY qu'il s'autorisa à respirer et à se détendre un peu.
D'un seul coup, toute l'adrénaline et le stress accumulés ces derniers jours retombèrent et il eut subitement envie de pleurer. Tout devint flou autour de lui et il ne parvenait plus à réfléchir convenablement : au final se rendre à Scotland Yard ne lui avait servi à rien, à part lui occasionner une montée de stress ; tous les événements depuis son arrivée dans l'équipe de Snape remontèrent d'un seul coup et le submergèrent. Il se revoyait entrer en douce chez les O'Drake avec Drago Malefoy, Malefoy qui était en fait au service de l'Ordre du Phénix ; il se revoyait face à Célestin, qu'il avait pendant un temps soupçonné d'être à l'origine de la mort de son frère aîné mais qui lui aussi était en réalité un agent de l'Ordre ; il se revoyait l'oreille ensanglantée quand Emeric O'Drake lui avait presque tiré dessus ; il se revoyait défoncer une porte pour sauver Snape ; il se revoyait face au regard rouge de Jedusor et enfin, il se revoyait tenant entre ses mains le dossier de l'affaire Potter.
Machinalement, sans réfléchir - il en était de toute façon incapable - Harry héla un taxi pour se rendre au commissariat. Il savait qu'il était sur le point de faire une folie, mais en son for intérieur, il se disait qu'il ne pourrait jamais se sentir plus mal qu'à présent. Il avait besoin de parler à quelqu'un. Quand il arriva au commissariat, il se rendit d'office dans le bureau de Snape qu'il trouva vide. Au comble de son désarroi, il ressortit du bureau et tomba nez à nez avec l'inspecteur Londubat qui l'accueillit chaleureusement :
« Harry ! Bonjour ! Tu es là pour voir l'inspecteur Snape ? Il devrait être revenu très bientôt, je pense que tu peux aller attendre dans son bureau pendant ce temps. Je me dépêche je dois aller mener un interrogatoire. Bonne journée Harry ! »
Puis le jeune inspecteur laissa le brun seul. Celui-ci, toujours avec un niveau de conscience proche de celui d'un robot, se rendit de nouveau dans le bureau de Snape et s'assit à la place de Minerva le temps que l'équipe arrive.
Mais les minutes défilèrent sans que personne ne franchisse la porte et Harry se sentait toujours de plus en plus mal. Au bout de quelques instants, il en eut tellement assez qu'il se leva et jeta un œil sur les différents dossiers qui s'étalaient sur les bureaux de chacun de ses collègues. Sur celui de Snape trônait toujours l'impérissable pile de rapports en retard et le dernier exemplaire de L'Embargo. Piqué par la curiosité, mais surtout par l'envie de se changer les idées, l'apprenti se saisit du journal et s'apprêtait à le feuilleter, quand il s'aperçut qu'en le prenant, il avait fait tomber une photo sur le bureau de Snape. Il reposa la gazette et se saisit du petit bout de papier cartonné.
Au même moment, Severus entra dans la pièce et haussa un sourcil à l'intention du garçon. Harry, qui rappelons-le, avait dans l'état actuel des choses les capacités cognitives d'un enfant de deux ans, ne comprit la gravité de la situation que lorsque son regard eut effectué au moins cinq aller-retours entre Snape et la photographie.
« Monsieur je vous jure que ce n'est pas ce que vous croyez, je suis venu parce que je voulais vous parler. »
Severus se contenta pendant un long moment de fixer le garçon avec un regard plus dur que jamais puis il répondit, d'une voix beaucoup trop posée pour que cela soit bon signe :
« En effet je crois qu'une mise au point s'impose M. Potter. »
Et avant de répondre quoi que ce soit d'autre, Harry eut la présence d'esprit de reposer le petit bout de papier sur lequel souriait le doux visage de Lily Potter.
À suivre...
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Hey ! J'ai peiné à écrire celui-là dis donc . Merci d'être toujours là pour celles et ceux qui continuent à suivre l'histoire et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ;)
