Dans le chapitre précédent : Remus et Minerva poussent Severus à accorder un peu plus de considération à Harry tandis que l'inspecteur revit de mauvais souvenirs datant de l'époque de l'affaire Potter. Quelques instants plus tard, Snape met à l'épreuve Harry afin de prouver que celui-ci a sa place dans l'équipe. L'inspecteur effectue des recherches aux archives afin de trouver des informations sur l'affaire Potter quand il apprend qu'une femme, qui se déclare coupable dans l'affaire des meurtres des familles de policiers, vient de se rendre à Scotland Yard…

Chapitre 13 : Permis de tirer

- New Scotland Yard – 19h

« C'est bien elle qui les a tuées, statua la voix froide de Jedusor, mais elle n'est pas le cerveau de l'opération.

-Qu'est-ce qui vous faire dire cela ? demanda Harry. »

La jeune femme qui s'était rendue à la police était tout ce qu'il y avait de plus standard : brune, la petite trentaine, taille moyenne, moyennement jolie et joliment ennuyeuse selon Severus, qui était entré quelques minutes plus tôt dans la salle d'observation suivi de près par Harry. L'inspecteur Jedusor se tenait à côté d'eux, les yeux rivés sur la jeune femme dont le nom (standard lui aussi) était Jane Robinson.

De l'autre côté de la vitre tintée, Minerva et Remus menaient l'interrogatoire, cherchant le plus de détails possibles sur le déroulement du double-meurtre de la famille Hurlton. Harry, qui se tenait debout entre les deux inspecteurs, tentait tant bien que mal de se concentrer sur l'enquête (tâche rendue laborieuse par la présence imposante de Jedusor).

« Allons bon, observez donc ce qu'il y a sous vos yeux M. Potter, reprit l'inspecteur en tournant son regard vers Harry, très honnêtement, vous mettre dans mon équipe aurait été plus efficace, je suis plus pédagogue que notre cher Severus. Vous auriez appris plus vite. »

À cet instant, Harry aurait voulu lancer un regard meurtrier à l'inspecteur, seulement il en était incapable pour la simple et bonne raison qu'à chaque fois qu'il croisait ses yeux carmin, il ressentait ce mélange de terreur et d'admiration que tout le monde ressentait en présence de Jedusor et qui semblait paralyser son libre-arbitre. Enfin, que tout le monde ressentait, à l'exception peut-être de Snape qui avait l'air aussi stoïque qu'à l'habitude, les bras croisés et les yeux fixés sur Jane Robinson.

« Vous savez M. Potter, continua Tom en se penchant un peu vers Harry, Severus ne jure que par deux choses : l'intuition et la réflexion. Ce qui est contradictoire je vous l'accorde, mais ce cher Severus est un être de contradiction, n'est-ce pas ? Pour ma part, je compte beaucoup sur la ruse et le l'infiltration ! Vous seriez impressionné par mes talents d'acteur ! »

Harry serra la mâchoire, contenant son agacement. Jedusor était envahissant et même si Harry ne doutait pas de ses talents d'acteur, l'inspecteur avait passé les cinq dernières minutes à surjouer un rôle dont le but était visiblement d'emmerder Harry et Severus par tous les moyens à sa disposition. Quand finalement Harry sentit que Jedusor s'apprêtait de nouveau à ouvrir la bouche, il ne tint plus et siffla :

« Je ne vois pas pourquoi vous vous épuisez autant à critiquer la méthode et les compétences de l'inspecteur Snape puisque j'ai cru comprendre que vous ne preniez que les meilleurs dans votre équipe, or, breaking news, Snape a fait partie de votre équipe. Donc, soit vous n'êtes qu'un beau parleur, soit c'est vous l'être de contradiction. »

Snape, qui jusque-là n'avait exprimé aucune réaction, tourna la tête vers le plus jeune et haussa un sourcil ce qui, pour le commun des mortels, était la réaction qui se rapprochait le plus d'un : « Vous venez sérieusement d'insulter l'homme le plus dangereux qui soit sur cette planète, mais vous êtes maso ou bien ?! » alors que Jedusor, de son côté, esquissa simplement un petit rictus satisfait et recentra son intention sur l'interrogatoire de mademoiselle Robinson.

« Je disais donc, reprit-il au bout de quelques longues secondes d'un silence tendu et en ayant repris une voix froide et détachée, c'est bien elle. Son discours est parfaitement cohérent, elle a le gabarit adéquat pour avoir commis ce crime et traîné les cadavres, elle est parfaite. Mais justement, elle est parfaite pour ce crime en particulier, or nous enquêtons sur une série de crimes, chacun très différents mais effectués dans le même but. Il y a un tueur pour chaque meurtre et ces tueurs sont employés par quelqu'un qui supervise tout cela. À votre avis, quel est le profil de celui qui commande ces meurtres ? »

Snape, qui sentait bien qu'Harry était toujours agacé, se rapprocha d'une façon imperceptible de ce dernier comme pour lui ordonner de choisir avec précaution ses prochaines paroles : ce n'était vraiment pas le moment de déclencher une guerre avec Jedusor. Harry voulut soupirer et il soupira intérieurement, mais il prit sur lui, croisa les bras et répondit du ton le plus détaché qu'il le put :

« Je crois qu'il y a deux possibilités, il y a quelqu'un qui veut soit se venger, soit mettre en garde les agents de police. C'est quelqu'un qui connaît bien nos services parce qu'il connaît nos agents, leur famille, leurs habitudes de travail. Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas…

-Quoi ? demanda Snape qui intervenait enfin dans la conversation.

-Jane Robinson, répondit Harry en décroisant les bras et en se tournant vers l'inspecteur, je veux dire, j'imagine que les gens que le superviseur engage sont payés, et j'imagine que quand on est prêts à tuer en échange d'argent, c'est soit qu'on est des tueurs professionnels soit qu'on est complètement fauchés. Mais Robinson n'est pas une tueuse professionnelle, elle ne se serait pas rendue sinon, mais je n'ai pas non plus l'impression que ce soit quelqu'un de fauché.

-Pas besoin d'être fauché pour accepter de grosses sommes d'argent, réfuta Snape, les flux bancaires affiliés à son compte vont être examinés mais je doute que l'on retrouve la trace de notre commanditaire par ce biais-ci. Il s'agit d'une personne prévoyante, cependant je pense que Jane Robinson se dénonçant à la police ne faisait pas partie de ses plans.

- Dans ce cas pourquoi se rendrait-elle si elle a eu ce qu'elle voulait ? s'interrogea de nouveau Harry. »

Comme si la réponse avait été doublement évidente, Jedusor et Snape répondirent d'une même voix :

« C'est du chantage. »

Quand ils se rendirent compte qu'ils avaient parlé en même temps, les deux inspecteurs eurent chacun un mouvement de recul : Snape se tendit et s'écarta un peu d'Harry tandis que Jedusor se redressa et joignit ses mains derrière son dos. Ils n'échangèrent pas un regard. Snape se racla la gorge et développa :

« Sa motivation n'était pas l'argent : le superviseur la fait chanter, comment je ne sais pas mais dans tous les cas elle est peut-être en... »

Mais il n'eut pas le temps de finir car la porte s'ouvrit soudainement sur Remus, qui avait quitté la salle d'interrogatoire sans qu'aucun des trois hommes ne le remarquent. Ces derniers tournèrent la tête vers le nouvel arrivant qui prit à peine le temps d'entrer dans la pièce avant de lancer :

« Elle est en danger, nous devons la mettre sous protection.

-Je m'en charge, intervint Jedusor en se dirigeant déjà vers la porte, si le commanditaire de tout ceci apprend qu'elle s'est rendue aux forces de police, il s'en prendra à elle. »

Snape acquiesça et se dirigea lui aussi vers la sortie en faisant signe à Harry de le suivre. Dans le couloir lumineux du commissariat, ils virent Minerva qui sortait de la salle d'interrogatoire en compagnie de Jane Robinson, menottée. Jedusor prit le bras de la jeune femme et l'enjoignit de le suivre.

Ce qui se passa ensuite aurait pu être chronométré tant cela sembla dirigé avec un rythme digne des plus grands chefs d'orchestre. Jedusor conduisait Jane à travers le commissariat pour la conduire dans une cellule où elle serait placée sous haute surveillance. Pour cela, il devait passer par les bureaux centraux, dont les vitres gigantesques donnaient un panorama époustouflant de la ville de Londres. Alors qu'il passait près de ses immenses vitres, le drame arriva. Snape, qui passait lui aussi à travers les bureaux avec Harry, Remus et Minerva, vit toute la scène : en l'espace d'une seconde, les baies vitrées de la grande salle se brisèrent traversées par des balles de sniper et l'une d'entre elles se logea en plein dans la tête de Jane Robinson qui s'écroula sur le coup dans les bras de Jedusor. Une deuxième toucha très peu de temps après la jambe l'inspecteur Jedusor qui tomba au sol sous l'effet combiné de la douleur et du poids de la jeune femme dans ses bras.

Les agents, conscients qu'ils étaient certainement tous à la portée d'un tireur d'élite, s'enfuirent en courant dans un élan chaotique ou se jetèrent sous les tables. Snape projeta Harry au sol dans le couloir qui menait aux escaliers, mettant ainsi le garçon hors de portée des tirs derrière les portes coupe-feu qui se refermèrent quand l'alerte de sécurité du commissariat retentit. Remus, Minerva et Severus se postèrent accroupis derrière le pan de mur qui menait au couloir, leur arme de service en main (simple réflexe) en attendant que la situation se calme. Plus aucune balle ne fut tirée et on n'entendit plus que le son assourdissant de l'alarme. Après quelques longues minutes, l'alarme se coupa, laissant un drôle de silence où tout le monde semblait retenir sa respiration, puis soudainement, dans un gros bruit métallique qui fit sursauter tout le monde, un immense volet blindé se déroula le long de la façade de New Scotland Yard, assombrissant peu à peu l'étage. Les agents restants étaient maintenant hors de portée. Les lumières s'allumèrent et tous purent voir le directeur Dumbledore à côté de l'interrupteur qui regardait d'un air bien plus grave qu'à l'accoutumée les deux corps qui gisaient au sol.

Un nouveau silence s'installa, qui fut seulement troublé par la sonnerie des téléphones de nos trois agents. D'un seul homme, Severus, Minerva et Remus déverrouillèrent leurs portables et lurent les quelques mots qui s'y affichaient. Snape passa intérieurement une main sur son visage fatigué. Il s'agissait d'un message de Londubat :

Nous avons un problème, les archives du commissariat sont en train de brûler.

.

Quelques instants plus tard, Harry, le bas du dos appuyé sur la rambarde des escaliers menant à l'entrée du Yard, observait pensivement les derniers reflets orangés annonçant l'arrivée imminente de la nuit londonienne. Une meurtrière assassinée au sniper, les archives cramées du commissariat, un inspecteur (et pas n'importe lequel) avec une jambe trouée, sans même parler du fait que Snape l'avait clairement jeté au sol (non n'en parlons pas, Harry n'était absolument pas ne serait-ce qu'un tout petit peu énervé d'avoir été ainsi balancé dans le couloir, il était au-dessus de tout cela à présent), pour sûr ça avait été une soirée mouvementée !

Dans la rue, juste sous ses yeux, deux ambulances attendaient que l'on amène Jedusor et le corps sans vie de Jane Robinson pendant que les agents qui avaient évacué les lieux parlaient gravement de ce qui venait de se passer. Autour d'eux, les forces spéciales avaient bouclé le périmètre, tentant tant bien que mal de sécuriser le quartier et d'empêcher la petite foule qui se formait ainsi que les médias de pénétrer dans le périmètre. Un peu plus loin, Albus Dumbledore discutait d'un air grave avec ce qui semblait être une femme importante des forces spéciales.

Pendant ce temps-là Harry, lui, réfléchissait. C'était comme si les deux affaires se superposaient : le superviseur élimine la seule personne pouvant mener la police jusqu'à lui et au même moment, les archives du commissariat, dans lesquelles Harry et Severus cherchaient des indices à peine quelques heures plus tôt, brûlaient, éliminant les quelques maigres sources dont l'équipe disposait. C'était une trop grande coïncidence pour qu'il n'y ait pas au moins un lien entre les deux évènements. Seulement quel lien pouvait-il y avoir ?

Coupant court à ses réflexions, la porte gigantesque du Yard s'ouvrit brusquement sur deux civières transportant respectivement Jane Robinson, recouverte d'un drap, et Tom Jedusor, encore plus pâle qu'à l'habitude et les cheveux légèrement décoiffés. Les suivant de près, Minerva et Remus descendirent les marches pour se mettre au même niveau qu'Harry.

« Ah M. Potter vous êtes là, lança la voix légèrement soucieuse de Minerva, comment vous sentez-vous ? »

Harry se tourna vers elle, elle semblait fatiguée et certainement un peu secouée par les derniers évènements, ce qui était pour le moins inhabituel. L'espace d'une ou deux secondes, comme s'il la voyait pour la première fois, Harry se surprit à la détailler : elle avait toujours un petit chignon serré ou une courte queue de cheval, aujourd'hui un chignon elle portait une chemise noire aux manches retroussées, un pantalon sur lequel brillaient son badge d'agent et son arme de service accrochés à sa ceinture ainsi que de fines bottines à lacets noires. C'était un style simple que partageaient tous les membres de l'équipe, Remus en jean chemise et cardigan, et Severus en jean et chemise noirs (qu'il devait avoir en plusieurs exemplaires). Rien de très différent du style d'Harry à la différence près que lui n'avait ni badge ni arme.

Sortant de sa contemplation, le brun répondit :

« Je vais bien Minerva ne vous en faites pas. Et vous deux ?

-Bien aussi, répondit Remus d'une voix rassurante, nous allons voir ce qui peut être sauvé aux archives du commissariat.

-Je peux venir avec vous ?

-Malheureusement non, répondit Minerva, l'inspecteur Snape cherche à vous voir, vous devriez pouvoir le trouver dans la salle d'observation. »

Harry acquiesça et laissa partir ses deux collègues. Il prit une grande respiration avant de rentrer de nouveau et de traverser les couloirs de Scotland Yard. Il trouva Snape qui se tenait pensif à regarder dans le vide de la salle d'interrogatoire. Harry entra dans la pièce et attira l'attention du plus âgé :

« Vous vouliez me voir inspecteur ? »

Snape se tourna vers lui et répondit :

« En effet M. Potter. J'aimerais que vous passiez votre permis de port d'armes. Avec les formations que donne Minerva, on devrait vous obtenir un examen assez vite d'ici deux ou trois jours. Mais d'ici là, cela veut dire que vous allez être suspendu.

-Suspendu ? répéta Harry, mais je ne veux pas être écarté de l'enquête !

-Nous n'allons pas vous en écarter, rassura Snape, mais vous ne viendrez plus sur le terrain avec nous pendant quelques jours. De toute évidence, l'évolution de l'enquête est surveillée. Quand nous serons près de découvrir l'identité du superviseur, si un jour nous parvenons jusque-là, nous serons en danger, il faut que puissiez au minimum avoir une arme sur vous à ce moment-là. Mais pendant que vous serez suspendu, j'aurai quelques missions pour vous. J'aimerais d'abord que vous alliez rendre une petite visite à l'hôpital à l'inspecteur Jedusor.

-Je vous demande pardon ? S'étonna Harry, peu certain d'avoir bien compris cette drôle de demande.

-J'ai des raisons de penser que Jedusor a des informations ou des pistes qui pourraient nous intéresser, des choses qu'il ne veut pas partager avec nous. Je veux que vous alliez le voir, sans avoir l'air de l'interroger, et que vous fassiez très attention à ce qu'il va vous dire.

-Ok d'accord mais je lui dis quoi ? « Bonjour inspecteur je viens vous voir parce que je voulais être sûr que vous soyez toujours en vie et prêt à nous emmerder. » Niveau crédibilité on a fait mieux.

-Ayez un peu d'imagination Potter, répondit Snape en réprimant un début de sourire, vous trouverez bien quelque chose.

-Vous êtes optimiste. Est-ce que je dois l'enregistrer ?

-Non, il le remarquera et ça vous empêchera de rester naturel.

-Oh voyons inspecteur, répliqua Harry en imitant le ton condescendant de Jedusor, vous ne croyez pas en mes talents d'acteur ? »

Severus esquissa un rictus avant de répondre :

« Oh mais j'y crois tellement que vous allez rivaliser avec Tom Jedusor. Tenez-moi au courant de ce que vous aurez réussi à en tirer. »