Je m'excuse de nouveau pour l'attente avant ce nouveau chapitre :) ! Je suis tellement contente que cela vous plaise et d'un autre côté, comme c'est ma première fanfiction, ça a créé chez moi une bonne angoisse de vous décevoir ;) ! Encore une fois je vous rassure cependant, tout sera posté, ce serait encore pire de ne pas mettre la suite du tout n'est ce pas :D ? Bonne lecture du coup o/
Le vendredi fut là sans qu'elle n'ait eu le temps de s'y préparer mentalement et elle pénétra dans les cachots humides en tremblant légèrement. La douleur ne l'avait pas quittée depuis sa première crise, elle avait simplement changé de forme. La lave brûlante était un devenu un petit foyer couvant le creux de son corps, presque réconfortant. Un foyer qui l'englobait avec d'autant plus de tendresse lorsque le maître des cachots était à proximité, elle s'en était bien rendu compte.
Des déductions, elle en avait faite, mais elle devait s'entretenir avec lui, mettre un terme à cette histoire. Il était après tout le plus grand spécialiste des potions d'Ecosse depuis un certain nombre d'années, il saurait lui dire les effets probables de son philtre … et la raison pour laquelle il avait perdu sa propre fiole.
Le cours fut hautement théorique, à la surprise de tout le monde. La leçon aurait dû être consacrée à la révision des manquements du cours précédent, mais il n'en fut rien. Durant toute la durée de ses déblatérations, Snape sembla s'appliquer à ne pas croiser une seule fois le regard de son élève aux cheveux en bataille.
Alors que tout le monde rangeait ses affaires, il l'appela toutefois, sans lever le nez de son bureau. Troublée, elle rangea son manuel et se posta devant l'estrade sur laquelle il se tenait, tripotant nerveusement la courroie de son sac.
- Miss Granger, j'ai à vous parler concernant votre expérience de la dernière fois.
Elle hocha la tête, le sujet n'était pas surprenant.
- En avez vous déterminé les effets ? demanda t-il, fixant toujours obstinément les parchemins de son bureau.
- Je pense monsieur.
- Et quels seraient-il à votre avis ?
Il n'avait pas le ton méprisant, uniquement sec et direct.
- Je pense monsieur … que le philtre fait ce qu'il est censé faire.
- Excusez-moi ? Je ne me souviens pas de vous avoir entendu dire que votre potion devait causer des douleurs telles qu'elles vous feraient perdre connaissance pourtant.
- Oui, effectivement monsieur. Comme vous l'aviez correctement relevé le jour de sa confection … il semble que je l'ai légèrement surdosé.
- Légèrement oui. Ponctua t-il avec un petit rire narquois.
- Le corps humain ne semble pas être prévu pour gérer la puissance magique qui est déployée lorsque la certitude apparaît, ce qui cause les douleurs. Celles-ci ce sont apaisée depuis la première crise et il me semble que son objectif premier qui était de … définir les désirs et les besoins … fonctionne.
Il leva les yeux pour les poser sur le visage rouge pivoine de son élève.
- C'est ce que vous pensez miss Granger ?
- Oui monsieur. chuchota t-elle, consciente des implications personnelle que cela représentait.
Contre toute attente, Snape se contenta de s'appuyer contre sa chaise en poussant un profond soupir d'exaspération.
- C'est ce que je crains. finit-il par lâcher.
- Je vous prie de m'excuser, monsieur ? Vous avez … enfin … qu'est-ce qui vous fait dire que … ?
- Je l'ai bu.
Exposant cette révélation, il s'était redressé et avancé, plantant ses yeux sombres dans le regard éberlué d'Hermione. Elle revit dans ses prunelles la même flamme qu'auparavant, bien que moins violente. Elle comprit que ce qu'elle voyait était le même monstre que celui qui sommeillait en elle. Et tout comme le sien, le monstre était réveillé.
Le directeur de Serpentard se leva et contourna son bureau, le tout dans une succession de gestes très mesurés. Il vint se planter devant la brune qui dû lever les yeux pour continuer à le regarder correctement. Le monstre dans le ventre de cette dernière commença à grogner, à tourner en rond, à se faire entendre. Il voulait quelque chose. Maintenant. Il n'y avait pas à discuter. Il demandait que soit exécuté ses désirs. Ses besoins. Les désirs et les besoins d'Hermione. Elle serra les poings, tentant de réfréner les envies qui manquaient de la submerger.
- Miss Granger, je n'ai pu m'empêcher de noter que votre principale crise a eu lieu lorsque nous nous sommes croisés.
La jeune femme sentit ses jours flamber. Et elles ne furent pas les seules. Baissant les yeux, elle ne put que se focaliser sur les longs doigts fins de son professeur qui semblaient agités d'un tic nerveux.
- Oui monsieur.
- Avez vous une idée de la cause de cette … coïncidence ? Et soyez claire avec moi miss Granger, ne vous avisez pas de me mentir, je le saurais.
Hermione se rappela dans un frisson qu'elle se trouvait face à un praticien avisé de la legilimancie.
- Je … je pense que le philtre … a considéré qu'il était bon de … hum … vous porter à mon attention. Monsieur.
- C'est ce que vous pensez, miss Granger ?
Il avait répété sa question en s'approchant d'elle, un grondement menaçant dans la voix.
- Oui monsieur …
Sa voix sembla volée par le silence étouffant dans la pièce. Le professeur se recula en grognant, visiblement énervé.
- J'ai toujours pensé que vous étiez une miss je-sais-tout insupportable. Mais je me rends compte aujourd'hui que vous êtes bien pire que ça. Vous êtes une idiote de la pire espèce. Imprudente, inconsciente et surtout complètement à côté de la plaque ! S'exclama t-il.
Ne sachant quoi répondre, l'étudiante se contenta de continuer à fixer les mains qui venaient à présent rajuster l'ample cape couleur corbeau.
- Vous vous êtes mise, et moi avec, dans de beaux draps. Dans de très beaux draps.
Il parlait pour lui-même en commençant à faire les cents pas dans la salle vide.
- Que suis-je censé faire de cette information, hm ? Que suis-je censée en faire ? Pensez vous que je devrais en parler à madame la directrice ? Vous espérez sans doute que si je faisait une chose pareille, ce serait moi qui me retrouverait mis à la porte. Mais vous vous méprenez miss Granger, c'est vous et votre philtre dérisoire qui devez être chassés hors du château. Alors, que me proposez vous miss Granger ?
Il avait presque crié la dernière question. Elle le regardait à présent, toujours aussi étonnée. Ce qui était en train de se passer lui échappait complètement. On avait beau être intelligente, la réalité qui se trouve en face de nous nous est parfois inaccessible. Etait-il à ce point dégoûté de comprendre ce que la Gryffondor avait insinué ? Elle n'y trouvait elle-même aucune joie ni fierté. Tout cela révulsait son esprit rationnel et posé. Mais était-il plus judicieux de fuir la vérité en faisant l'autruche ? Certainement pas ! Pourtant, la colère du maître des cachots l'effrayait, et la honte devenait plus forte que tout. Elle tenta donc dans un dernier sursaut de dignité de retirer ce qu'elle avait pu dire, sans doute encore sous l'effet du philtre qui dirigeait ses décisions.
- Ignorez là monsieur. Je suis vraiment désolé de vous avoir mis dans un tel embarras. Je … tout cela doit être dû à la guerre … je dois juste être … un peu chamboulée.
- Chamboulée pour sûr que vous l'êtes. Mais comment serait-il possible que je l'ignore ? Vous êtes mon élève et je suis censée me tenir dans la même pièce que vous plusieurs fois par semaine, et ce n'est pas comme si votre maudite potion n'avait eu aucun effet sur moi non plus.
Il semblait lui-même embarrassé de dire quelque chose d'aussi personnel à son élève. Elle voyait pourtant dans ses prunelles qu'il se retenait du mieux qu'il pouvait contre les effets de la potion.
- Pourquoi l'avez vous bue monsieur ? ne put-elle s'empêcher de demander.
Il grogna de dépit et retourna s'asseoir dans sa chaise, se pinçant l'arête du nez.
- Cessez de m'appeler monsieur. Nous ne sommes pas dans une situation où je veux avoir l'impression d'être votre supérieur en quoi que ce soit, miss Granger. Cela ne rend tout cela que plus gênant.
- Alors cessez de m'appeler miss Granger, monsieur. osa t-elle, faisant appel à son courage de Gryffondor.
Il frappa cette fois son poing contre la table.
- C'est inextricable. Vous êtes mon élève par Merlin. Et je ne vois pas pourquoi … pourquoi … pourquoi ce serait VOUS qu'il semble … chercher.
Elle comprenait parfaitement ce qu'il voulait dire mais ne pouvait pas pour autant lui offrir de réponse convaincante.
- Peut-être que c'est une erreur. Peut-être que ce n'est que parce que vous étiez là à la fin de la préparation, un de vos cheveux ne serait-il pas tombé dans la mixture ? Et un des miens ? Cela aurait … cela expliquerait …
- J'en doute. J'ai eu beau retourner vos formules dans tous les sens, un tel accident aurait rendu le philtre inefficace, mais c'est tout.
- Alors … peut-être … qu'il a raison ?
La brune était pleine d'un espoir fou, alors qu'elle regardait le visage dépité de son professeur de potions. Elle ne pouvait nier qu'elle avait toujours entretenu un forte fascination envers cet homme à l'intelligence vive. Les révélations de Harry avaient peut-être tout simplement permis à cette fascination de se développer en autre chose ? Mais qu'en était-il de lui ? Pourquoi ses plus profonds désirs et besoins se retrouveraient ils liés à elle ? C'était sans doute la question qu'il devait être en train de se poser à l'instant même.
- Je refuse d'envisager cette possibilité. Il s'agit d'un accident. D'une erreur de dosage. D'une bévue commise par une petite idiote.
Elle serra les poings. Certes, elle ne pouvait pas espérer autre chose de ce salopard en puissance. Admettre qu'il était lui même attiré par une gryffondor était impensable. De toute manière, cela n'était probablement pas vrai. Elle se faisait des idées. Il avait dû mal refaire ses calculs, l'hypothèse des cheveux était peut être valable après tout.
- Ceci dit je ne peux pas nier que j'ai ... toujours … apprécié votre détermination, tout comme votre logique. Il est fort probable que ce ne soit que la présence de Potter et Weasley qui est réfréné jusque là mon … appréciation.
Il soupira profondément, comme défait, chacun évitant soigneusement le regard de son interlocutrice.
- Mais quand bien même, je suis votre professeur et vous êtes mon élève, promise à un grand avenir qui plus est … Et … terriblement plus jeune.
Il venait là de statuer d'une grande partie des problèmes qui les séparaient. Tout ceci bien sûr sans compter la mauvaise réputation qu'il se traînait contrairement à l'héroïne qu'elle représentait. Pourtant, au fond de son estomac, le monstre se révolta et commença à brûler plus fort.
- Je suis pourtant une adulte monsi… Je suis une adulte. Je suis capable de décider de ce qui est bon pour moi.
- Non miss Granger. Vous faites fausse route, tout comme moi, dans les circonstances actuelles, c'est le philtre qui s'exprime à votre place … à notre place.
Doucement, elle avait fait son chemin jusqu'à la chaise de Snape. Elle espérait … elle espérait calmer le feu qui la tiraillait.
- Vous m'appelez encore miss Granger. reprocha t-elle.
La contraction de la mâchoire du Serpentard était perceptible. Il soupira une énième fois. Prenant conscience de la proximité de la Gryffondor, il s'écarta légèrement, presque effrayé.
- Écoutez, je vous demande au moins d'être raisonnable. Nous sommes tous deux … loin de notre état normal. Prendre des décisions n'est pas une bonne chose à faire maintenant. Ni commettre des actes que nous pourrions regretter plus tard.
La jeune fille se mordait les lèvres sans même y penser, fixant celle de celui qu'elle commençait à imaginer à ses côtés depuis maintenant une semaine qui lui avait parue une éternité.
- Je ne peux nier qu'il est … complexe de me retenir également. Cela semble tellement …
- Evident. souffla t-elle.
- Mais je vous en prie. Attendons que les effets se soients dissipés et discutons en calmement.
Il la priait. Cela ne lui ressemblait vraiment pas. Elle le regarda encore dans les yeux. Encore une fois. Il était perdu. La clarté qui leur apparaissait maintenant n'était pas naturelle et il était bien possible qu'il reprenne leur haine dans quelques jours. Tout serait ainsi oublié. Et un baiser volé serait assurément un souvenir qu'ils préféreraient effacer. Il avait raison. Elle désespérait, mais il avait raison.
Voyant le regard attristé de la jeune femme, le potionniste se sentit coupable. Si seulement il s'était écouté, il ne se serait pas fait prier pour embrasser ses lèvres qu'elle mordillait si lascivement devant lui. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait embrassé personne. Des aventures, des amourettes. Avant de rejoindre le camp de Dumbledore. Avant que sa vie ne soit détruite par la mort de son premier amour. Des dizaines d'années peut-être. Il se devait de lui dire quelque chose. Effacer la tristesse de ses traits.
- Ecoutez … Hermione …
Elle semblait de nouveau attentive. Il avait utilisé son prénom.
- Nous savons tous deux que nous devons être raisonnable mais … si … la semaine prochaine lorsque nous en rediscuterons … si jamais nous ressentons toujours tout deux la même clarté. Je vous promets que j'y réfléchirais sérieusement.
Un sourire éclaira le visage angélique de la Gryffondor, un sourire qui étrangement calma le monstre qui se tortillait en lui. Il se risqua également à esquisser un sourire. Tout ce temps il s'était retenu de ressentir quoi que ce soit envers qui que ce soit. Une punition pour avoir trahi son premier amour. Mais maintenant qu'il était mort … peut-être avait-il de nouveau le droit.
Il ne pourrait sans doute pas totalement se pardonner de ce qu'il avait fait ou de ce qu'il avait fait subir, ni devenir la personne qu'il aurait pu être si les choses s'étaient passés autrement. Il ne pourrait jamais regarder Potter sans sentir le démon de la haine en lui, ni imaginer un seul instant de cesser défendre les Serpentards pour ce qu'ils étaient : les éternels méchants de l'histoire aux yeux de tout le monde. Non, il ne pourrait jamais devenir la personne que McGonagall voulait qu'il soit, redevenir celui qui avait aimé Lily. Mais il pouvait peut-être devenir quelqu'un de nouveau.
- A la semaine prochaine, Hermione. souffla t-il.
Elle sortit après avoir hoché la tête. Encore quelques jours à patienter. Des jours qu'elle pourrait mettre à profit pour comprendre pourquoi pas un héros comme Ron, pourquoi un ancien mangemort, pourquoi un homme renfermé et dur, pourquoi lui.
