Cela faisait déjà cinq semaines qu'Hermione était presque tous les soirs en tête à tête avec l'irritable professeur et elle sentait que ses nerfs étaient déjà sur le point de lâcher. Loin d'avoir lancé des paroles en l'air, le maître des potions lui avait demandé de réaliser des potions incroyablement complexes dès le lendemain de leur première confrontation. Elle avait réussi, jour après jour, à lui prouver qu'elle était loin d'être aussi pitoyable qu'il l'avait insinué à plusieurs reprises. Non sans fierté, elle avait enchaîné les préparations les plus complexes que l'on aurait pu donner à un septième année sans faute et avait même pris sur son temps libre grandement réduit par ces séances privées pour avancer sur ce qu'on pouvait apprendre dans des livres qui dépassaient de loin ce qu'on aurait raisonnablement pu attendre d'elle.

Malgré tout cela, le potionniste ne s'était pas montré une seule fois satisfait. Il avait toujours quelque chose à redire sur les breuvages qu'elle concoctait, que ce soit la couleur qui était un peu trop claire ou la texture qui manquait de fluidité. Elle avait redoublé d'efforts, essayant de prévoir ce qu'il allait lui demander le lendemain pour correctement se préparer. Les nuits blanches s'étaient enchaînés et celles où elle n'avait plus le courage d'ouvrir ses livres étaient généralement agitées et peu reposantes. Jusqu'ici, elle n'avait pas montré son épuisement à qui que ce soit, et surtout pas à Snape qui n'aurait pas manqué d'en profiter pour être encore plus cruel avec elle. Il n'avait pas été compliqué de masquer les poches sous ses yeux par quelques sortilèges de maquillage, et elle avait enchaîné les potions vivifiante sans prendre garde aux effets secondaires qui l'empêchait encore plus de dormir.

Tout être humain avait pourtant ses limites et elle sentait qu'elle les avait grandement dépassées. A son grand désarroi, elle avait manqué de s'évanouir dans son chaudron la veille au soir, ce qui lui avait valu une remarque acerbe sur le fait qu'elle n'était même pas capable de se tenir droite. Non, il fallait qu'elle ralentisse, et drastiquement, autrement elle s'effondrerait au pire moment, probablement lorsque son professeur particulier relèverait une énième inconsistance dans sa dernière préparation.

Finalement, elle se décida à se rendre à l'infirmerie, espérant que madame Pomfresh lui donnerait quelque chose pour dormir, autre chose que la potion de sommeil sans rêves ou un simple philtre d'assoupissement qui n'avaient à ce stade là plus grand effet. Lorsque l'infirmière la vit arriver elle n'y alla pas par quatre chemins, étant de loin l'une des personnes les plus clairvoyantes du château.

- Miss Granger ! Je m'attendais à vous voir plus tôt que ça. Bien, retirez moi ces sorts s'il vous plait.

La jeune femme regarda la médicomage avec horreur, mais cette dernière ne cilla pas. Sur certains points, elle était probablement plus terrifiante que le professeur Snape lui-même. Résignée, Hermione retira les enchantements qui masquaient habilement sa fatigue. Face au visage pâle et défait de sa patiente, l'infirmière ne put que pousser un profond soupir.

- C'est bien ce que je pensais. Et je suppose que vous êtes ici pour me demander une potion qui pourrait vous permettre de continuer à ce rythme ? Quelque chose qui rende les trois heures de sommeil que vous prenez par nuit plus reposantes ? Peut-être même que vous espérez même que je possède un sortilège capable d'effacer la fatigue ?

Encore une fois, la septième année se sentait prise sur le fait. Elle se contenta d'éviter le regard inquisiteur de Pomfresh en regardant l'armoire à médicaments de l'autre côté de la pièce. Heureusement pour elle, il n'y avait aucun autre élève présent à cette heure-ci. Il y en avait généralement moins que les années où elle avait été en compagnie du trio d'ailleurs, à croire que les affres de la guerre avaient calmé nombre des faiseurs de trouble de l'époque, dont elle avait bien évidemment fait partie.

- Par Merlin, je n'en reviens pas que l'on vous appelle l'élève la plus intelligente de Poudlard ! Je n'ai qu'un seul médicament pour vous aujourd'hui miss Granger, et il s'agit du repos. Pas un faux repos induit par quoi que ce soit d'autre que vos yeux fermés et un lit moelleux. Je ne veux pas entendre la moindre protestation. Je sais bien à quel régime vous a mené cet irresponsable, et je vous interdit de vous rendre à vos cours particulier durant deux semaines, au moins.

- Mais madame ! Je dois y aller ! Snape me tuerais si …

- C'est le professeur Snape miss Granger. Et il n'y a pas de discussion possible. J'irais moi même le voir si vous n'en êtes pas capable. Il est hors de question que vous preniez sur vous plus de pression mentale ou physique. Vous devez dormir, beaucoup, et sans préoccupations. Vous êtes une sorcière, mais vous n'en êtes pas moins humaine, aucun charme ne saurait remplacer la valeur d'une bonne nuit de repos. Même s'il vous faudrait un bon mois dans mon cas si vous voulez mon avis. Cependant, je vous connais, et je sais que si j'en demandais trop, je vous verrais dès demain en train de vous négliger à nouveau. Alors je vous propose un marché. Deux semaines miss Granger. Vous allez me faire la promesse de tenirdeux semaines sans ouvrir vos livres de potions, sans vous rendre dans les salles de classe en dehors des heures de cours. Sortez avec vos amis, couchez vous tôt et mangez correctement. Si après cela vous ne vous sentez pas mieux, je vous donnerais ce que vous voulez, c'est entendu ? Et par tous les saints, plus de ces satanés potions revigorantes, elles finiront par vous tuer.

La Gryffondor ouvrit la bouche plusieurs fois sans prononcer un mot. Bien évidemment, l'infirmière avait raison, et sur toute la ligne. Finalement, elle hocha la tête. Deux semaines. Sans voir Snape autrement que pour les deux cours de Potions hebdomadaire. Sans paniquer toute la journée en attendant le soir. Cela avait, au final, l'air d'un véritable paradis.

- Je … Je comprends. Admit-elle. J'irais moi-même l'annoncer au professeur Snape.

La médicomage afficha un sourire satisfait avant de tapoter l'épaule de l'élève d'un air rassurant. Elle remit elle-même les enchantements sur Hermione pour lui éviter de puiser plus avant dans ses réserves et la congédia avec un pot de valériane en poudre, une de ces herbes que les moldus utilisent quand ils sont à court de somnifères.

Le trajet vers les cachots fut encore plus long que d'habitude. L'idée de bientôt pouvoir retrouver son lit se faisait de plus en plus présente dans l'esprit d'Hermione et elle sentait ses jambes s'alourdir, ses paupières se fermer toute seule. Finalement elle toqua trois coups secs à la porte du bureau du directeur de Serpentard qui ouvrit quelques secondes plus tard.

- Eh bien, vous êtes en retard miss Granger. J'ai bien cru que vous vous étiez enfin résigné à abandonner l'idée stupide de devenir meilleure en Potions.

- Loin de là professeur, je suis toujours aussi déterminée.

- Grand mal nous en fasse. Asseyez vous donc, que nous commencions.

La jeune femme resta sur place quelques secondes, cherchant un moyen d'aborder le sujet.

- Eh bien ? Qu'attendez vous là plantée comme un piquet ? Que je vous le demande plus gentiment peut-être ?

Son sourire narquois n'arrangeait pas la situation. Il l'avait provoquée d'entrée de jeu et elle s'était défendu par automatisme, se mettant dans une situation encore plus délicate. A présent, si elle révélait la raison de sa venue, il allait lui dire qu'elle se démontait bien vite après sa bravade précédente … Au final, une séance de plus n'était pas ce qui allait la tuer. Elle s'installa donc derrière le chaudron, luttant de toutes ses forces contre le sommeil, ayant au passage avalé discrètement une fiole de philtre revigorant, espérant que cela suffirait.

- Bien, aujourd'hui vous allez réaliser une potion de régénération sanguine. Sa fabrication est particulièrement complexe plus que la moindre mauvaise manipulation peut complètement détruire la mixture. Je vous conseille de rester bien attentive au temps d'ébullition … Eh bien ? Vous me regardez encore avec vos yeux de Murlap ébahi, mettez vous au travail !

Après s'être secouée intérieurement, la septième année commença. Mais elle avait l'impression que la fatigue accumulée et qu'elle avait jusqu'ici réussi à garder à l'écart s'effondrait sur elle d'un seul coup. Chaque mouvement était difficile, comme si elle était sous l'emprise d'un maléfice d'entrave, même respirer était une corvée et elle avait constamment la bouche sèche. Finalement, elle sentit qu'elle avait dépassé le point de non retour quand elle sentit ses jambes flancher, mais il était déjà trop tard. Elle se rappela que c'était la deuxième fois qu'elle tombait devant le professeur de Potions et cela lui donna un sourire amer.

- Quel est ce vacarme ? Auriez vous par hasard … miss Granger !

La voix de Snape n'était pas exactement celle à laquelle elle s'attendait. Elle avait imaginé un rire sarcastique, une nouvelle remarque, mais elle avait à la place cru y discerner une once de … peur ? Inquiétude ? Non, cela ne pouvait pas être le cas, son cerveau était sans doute en train d'inventer quelque chose pour la réconforter.

- Miss Granger, que vous arrive t-il ? Vous avez trébuché sur quelque chose ? Par Merlin … Vous saignez …

Incrédule, la jeune femme porta la main à son visage sur lequel étaient posés les yeux horrifiés du potionniste. Elle sentit un liquide poisseux le long de ses joues, sous son nez, au coin de ses lèvres même. Craignant la terrible vérité, elle rassembla le courage de regarder ses doigts qui étaient, bien entendu, d'un bordeaux plus qu'inquiétant.

- Je saigne … répéta t-elle, absente.

Elle tenta de se lever, voulant attraper un mouchoir dans son sac pour essuyer le liquide qui, elle le sentait, commençait à boucher son nez et à l'empêcher de voir correctement lorsque elle sentit qu'on l'en empêchait fermement. La main déjà dans son sac, elle précipita celui-ci vers le sol, éparpillant au passage ses affaires de cours … et une quantité astronomique de bouteilles vides.

- Miss Granger, ne me dites pas que vous avez avalé tout ça? s'exclama le maître des cachots en s'emparant de l'une des fioles qui s'était ébréchée dans sa chute.

Hagarde, Hermione parvint tout juste à hocher la tête. Elle regardait fixement le col de sa chemise blanche sur lequel une goutte était tombée.

- Je vous emmène à l'infirmerie immédiatement.

Cela lui semblait en effet une idée raisonnable. Péniblement, elle essaya de nouveau de se lever mais sentit la même poigne ferme l'en empêcher. En quelques secondes, elle été soulevée au dessus du sol et la voix forte du professeur de Potions était la seule chose qu'elle pouvait encore entendre, bien que ses oreilles soient peu à peu bouchées par du sang à leur tour.

- Vous êtes décidément l'élève la plus stupide de tout ce château. Vous êtes ridiculement inconsciente, complètement idiote, je n'en reviens pas, vous n'avez pas une once de bon sens. Par Merlin répondez-moi miss Granger ! Je vous interdit de ne pas me répondre ! Miss Granger ! Si vous ne répondez pas, j'empêcherais définitivement que vous deveniez professeure de quoi que ce soit ! Je ruinerais toute vos opportunités de carrière, vous m'entendez ? Vous n'aurez plus aucune chance de faire quoi que ce soit de votre vie ! Je parlerais de vos idioties au ministère ! Miss Granger ! Merlin ! Je vous déteste ! Vous m'entendez ! Je vous abhorre ! Je n'ai jamais haï quelqu'un aussi profondément que vous depuis ce satané James Potter et sa sale bande d'amis ! Vous êtes immature ! Ridicule ! Mais si vous ne me répondez pas, je ne pourrais jamais vous pardonner !

Inquiète que son professeur ne perde plus d'énergie à l'invectiver qu'à réellement l'emmener à l'infirmerie, la Gryffondor s'accrocha maladroitement à sa redingote et bredouilla.

- Je vous entends … professeur.

Le silence se fit. Profond. Angoissant. Elle ne pouvait plus ouvrir les yeux. Elle n'entendait plus rien. Elle tentait de tout rationaliser, de ne pas paniquer. Une très petite quantité de sang pouvait aisément boucher le nez, les oreilles ou les yeux. Cela ne voulait pas dire qu'elle saignait beaucoup. Tout ce qu'elle espérait c'est que le goût de fer prononcé qu'elle sentait dans la bouche et la difficulté qu'elle avait à respirer depuis le début de la séance n'étaient pas reliés d'une manière ou d'une autre.


Cicidy Il aura poussé Hermione à bout ce Snape ! J'espère qu'il aura sus t'enrager encore un peu sur ce chapitre haha !

Isa Je te prends au mot pour ton pseudo, c'est vrai que c'est plus court comme ça ! A la prochaine publication alors ;) !

drou Très spécial comme relation oui, mais c'est parti pour évoluer avec ce qui viens de se passer !