Quelques temps plus tard, Hermione était de nouveau hors de l'infirmerie. Elle avait voulu profiter de ce repos pour ratrapper les cours qu'elle avait manqué, mais bien évidemment, de nombreuses personnes s'étaient succédées à son chevet pour l'en empêcher. Snape n'était pas repassé, à la plus grande déception de la Gryffondor qui espérait pouvoir le convaincre qu'elle s'était largement assez reposée et qu'elle méritait bien qu'il la sauve auprès de la directrice.
A sa sortie cependant, elle ne put qu'oublier sa rancœur. Autour d'elle, tout le monde passait son temps à critiquer le professeur de potions avec virulence. Chacun pensait que c'était entièrement la faute du maître des cachots si Hermione en était arrivé là. Après tout, il devait bien l'avoir forcé, de toute manière, cela n'aurait pas été nouveau d'accuser Snape de tous les torts du monde.
Si la septième année avait voulu dans un premier temps protéger son ego, elle avait bien dû reconnaître qu'elle se sentait de plus en plus mal à l'aise à ces défenses véhémentes. Après tout, même si le personnage avait été odieux avec elle, elle ne pouvait pas éternellement se cacher derrière les erreurs des autres pour excuser les siennes. Elle avait seule pris la décision de boire ces potions, par pure fierté et pour ne pas avoir à perdre une idiote joute verbale. Si le directeur de Serpentard n'était pas un saint, elle était entièrement responsable de son immaturité.
Personne n'était enclin à la croire, après tout, elle était bien plus facile à imaginer en victime. En tant qu'héroïne, il était difficile de reconnaître ses torts et elle se heurtait à des murs d'incompréhension et parfois même de colère lorsqu'elle essayait de remettre les choses à leur place. Finalement elle baissa les bras et laissa tout le monde s'imaginer l'histoire qu'il préférait, convaincu de sa propre culpabilité de son côté.
Dispensée d'une bonne partie de son emploi du temps, elle put petit à petit reprendre ses cours, et revoir Snape par la même occasion. L'homme avait des cernes légèrement plus creusées, mais en dehors de ça, il se montrait parfaitement semblable à lui-même. Rien ne semblait avoir changé, on aurait même pu dire que le passé était revenu à la charge, comme si tout ce qui s'était passé depuis qu'ils avaient ingéré la potion avait été effacé. Dur et sec, le potionniste ne faisait de concession à personne, sa méchanceté comme toujours parfaitement gratuite et injustifiée.
Quelque part, cette constatation avait un côté rassurant, bien que désagréable. Tout était comme avant et il ne l'avait pas prise en pitié. Et, même si elle ne pouvait être certaine de la magie utilisée pour ce miracle, cela incluait également l'estime de la directrice de Poudlard, qui avait convoqué Hermione pour lui administrer un sermon digne de ce nom et lui ordonner de se reprendre avant sa prise de poste de l'année prochaine. Les cours particuliers de Potions était hors de la table, tout ce qu'elle avait à faire était de redevenir l'élève exemplaire qu'elle avait toujours été.
- Je n'ai pas encore pu boucler ce devoir, je veux juste aller dormir, se plaignit bruyamment Neville.
- Laisse moi t'aider … Franchement je n'en reviens pas que tu es gardé cette option.
- Moi non plus à vrai dire … Mais McGonagall m'a dit que je ne pouvait pas ne prendre qu'une seule option pour l'intégralité de ma septième année.
Avec un soupir, la née moldue s'employait à corriger les erreurs innombrables du botaniste. Autour d'eux, plusieurs élèves de septième année s'échangeaient quelques ragots sans importances en partageant les confiseries qu'ils avaient récupérés de leur dernière sortie à Pré-au-Lard. Elle distribuait quelques réparties cinglantes à ceux qui essayait de la déranger dans son travail, et il y avait toujours quelques personnes pour la traiter de miss je sais tout, même s'il y avait bien plus d'affection dans ce surnom depuis la fin de la guerre. Rien n'avait changé.
Les mois passaient, la fin de l'année approchait. Chacun révisait ses ASPIC avec la plus grande des concentrations, et bien entendu, l'érudite de la maison du courage n'était pas en reste. Les cheveux en bataille, les traits tirés, elle passait son temps à la bibliothèque. Les regards inquiets de ses camarades l'empêchaient souvent de dépasser ses limites en revanche, et elle avait elle-même appris une leçon importante sur le ménagement. Elle s'efforçait autant que possible d'effectuer des nuits complète et de manger correctement. Bref, il s'agissait d'une période d'examen comme les autres pour toute l'école.
Pourtant, même si chacun se réjouissait d'avoir retrouvé la « bonne vieille Hermione » qui avait tant manqué ces derniers temps, cette dernière avait la désagréable sensation que quelque chose ne tournait pas rond. Elle avait l'impression qu'elle ne faisait que jouer la personne que tout le monde attendait. Travailleuse, concentrée, têtue et bouquineuse. Bien sûr, elle était toutes ces choses, mais c'était comme s'il manquait une part essentielle de son être. Comme si tout cela n'était qu'un fragment de la personne qu'elle était vraiment. Le rôle qu'elle avait joué avec brio durant ses six premières années d'étude.
Mais n'était elle pas devenue une autre personne durant la guerre ? Quelqu'un de parfois impulsif, de courageux et d'honnête ? Elle n'était plus exactement l'enfant coincée qui craignait de se faire renvoyer. Elle avait vu ceux qu'elle aimait mourir. Parfois sans qu'elle puisse leur dire à quel point elle les appréciait réellement, et elle avait la sensation de se mettre en danger, encore une fois, de perdre quelqu'un sans jamais lui dire ce qu'il représentait pour elle.
Elle s'entretenait régulièrement avec Harry de cette sensation, sans bien sûr jamais évoquer de qui il retournait. Ce dernier, pensant sans doute qu'il s'agissait d'un de ses camarade de classe, ne cessait de l'encourager, lui disant qu'elle n'avait rien à perdre. Il n'aurait sans doute pas réagi de la même manière s'il avait su que les sentiments ardents, autant de colère que d'autre chose, que sa meilleure amie entretenait étaient à l'attention de celui qui avait représenté sa pire hantise à l'école durant de nombreuses années. Il n'aurait pas compris. Personne n'aurait été capable de comprendre, Hermione en était convaincue.
Mais alors que le calme était revenu à Poudlard et que chacun avait baissé sa garde, les deux principaux intéressés avaient enchaînés les erreurs, leur rappelant douloureusement que leur relation n'était pas aussi simple. Il suffisait qu'il soit trop près d'elle lorsqu'il inspectait son chaudron, qu'elle s'attarde un instant de trop sur la table des professeurs alors qu'elle était plongée dans ses pensées, qu'ils ne prennent pas garde et sortent de la bibliothèque au même moment. Ces instants étaient systématiquement empreints d'une profonde gêne et d'une tension électrique.
Ils se souvenaient bien trop durement de la catastrophe, des mots que Snape avait prononcé en amenant la jeune femme jusqu'à l'infirmerie, de sa panique et de sa colère. La situation était de nouveau équilibré, à l'inverse de l'époque où la rouge et or était la seule à avoir laissé entendre qu'elle ressentait quelque chose pour l'intimidant professeur, mais au lieu de calmer leurs nerfs, cela n'avait fait que les rendre plus tendus, plus inquiets.
Quelque part, Hermione en était tout de même venue à apprécier ces moments d'incertitudes. Cela lui rappelait que tout n'était pas vraiment redevenu comme avant. Que rien ne pourrait jamais l'être. Que le monde avait changé, que les gens avaient changés, qu'elle avait changé. Elle entretenait l'espoir fou, qu'un jour ce changement atteindrait le reste du monde, qu'ils la verraient tous non plus comme avant, mais comme maintenant, comme elle était, elle, la femme qu'elle était devenue. Et elle sentait que le professeur de Potions était sans doute le premier à avoir fait cette constatation.
Cette intuition lui fut bientôt confirmée alors qu'elle profitait du retour des beaux jours pour réviser dans une bibliothèque bien plus calme que d'ordinaire, la majorité des élèves ayant décidé d'emmener ses livres au parc. Dans le grand silence poussiéreux des livres, elle n'eut aucune peine à entendre les pas feutrés du potionniste qui s'approchaient de son rayon. Partagée, elle prit la décision, qui lui parut anodine sur le moment, de rester là où elle était, feignant d'être plongée dans son traité d'étude des runes.
Le maître des cachots avait passé une bonne journée. Une vraiment bonne journée. Il avait terminé la veille de corriger toutes ses copies, c'était le début du week end et jusqu'ici il était majoritairement resté assis, dans un fauteuil confortable de ses appartements, à bouquiner un roman sans intérêt. C'était parfait. Qui plus est, avec tout le monde à l'extérieur pour profiter du soleil, la bibliothèque était complètement vide et il pouvait tranquillement scruter les rayonnages sans craindre de tomber sur un petit idiot, et il n'avait pas croisé Granger une seule fois. Une sacré bonne journée.
Il va sans dire que, lorsqu'il tourna à l'angle des traités de métamorphose pour tomber nez à nez sur la rouquine plongée dans un bouquin, il décida qu'il valait mieux profiter du fait qu'elle ne l'avait pas encore vu pour ne pas gâcher tout cela. Alors qu'il s'apprêtait à s'éclipser discrètement, la jeune fille leva le nez, dans ce qui semblait être le pus désastreux des hasard, plongeant ses yeux noisettes dans le regard insondable du Serpentard.
- Professeur. Commença t-elle avec un petit sourire poli qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver impertinent. Vous paraissez de bonne humeur aujourd'hui.
L'intéressé masqua sa surprise. Comment avait-elle pu deviner ? Il n'avait pas un sourcil plus haut que l'autre, la même démarche, le même visage fermé et impassible.
- Je ne vois pas ce qui peut vous faire penser cela.
Elle haussa les épaules en posant l'ouvrage qu'elle était en train de feuilleter entre deux tomes plus fins.
- Une intuition. Je pensais que la bibliothèque serait vide aujourd'hui.
- Moi aussi.
Le professeur ne comprenait pas où la jeune femme cherchait à en venir. Pourquoi lui avait-elle adressé la parole dans un premier lieu ? Ils auraient pu s'ignorer comme deux personnes respectables ! Mais voilà qu'elle lui parlait alors qu'ils étaient seuls, à l'abri derrière d'immenses rayonnages … Il ne put s'empêcher de noter qu'elle s'était rapprochée, peut être par inadvertance, lorsqu'elle avait rangé le livre, et qu'elle parcourait les étages dans sa direction. Craignant que tout cela ne prenne une tournure dangereuse, il se détourna et commença à partir.
- Professeur, attendez.
Avec un soupir clairement audible, l'homme se retourna de nouveau pour tomber face à Granger, dont le sourire paraissait de plus en plus narquois.
- J'ai besoin de ce livre, ne pourriez-vous pas l'attraper pour moi, s'il vous plaît ?
- Il y a des échelles, miss Granger.
- Mais puisque vous êtes juste là, ce serait ridicule que je traverse toute la bibliothèque pour aller en chercher une, non ? Appuya t-elle avec malice.
- Je vous pensait plus indépendante que cela.
- Je vous pensait plus serviable que cela.
- Cela prouve que vous me connaissez bien mal. Allez vous chercher une échelle, miss Granger. Répondit-il, prêt à s'en aller.
- Vous cherchez clairement à me surmener, professeur.
Le sourire de la septième année était on ne peut plus machiavélique. Comment osait t-elle retourner cet évènement contre lui ? Il enrageait.
- Très bien, vous avez gagné. Je vous l'attrape mais ne tentez pas quoi que ce soit sorcière.
Il s'étira de tout son long pour saisir du bout des doigts la reliure d'un tome massif portant sur la métamorphose brute qui lui glissa des mains. Il se retourna immédiatement, cherchant à savoir s'il y avait là une farce de Granger, mais celle-ci arborait un air des plus innocents. Il ramassa le livre et lui tendit brutalement.
- Merci professeur. Vous voyez, vous êtes plus serviable que ce que vous voulez bien croire.
- Ne poussez pas trop loin miss Granger. Je suis patient avec vous car vous êtes encore à moitié handicapée par votre idiotie, mais je ne suis pas réputé pour mon calme.
- Hm. Je me souviens qu'effectivement, vous n'étiez pas des plus calmes ce soir là.
Le professeur ne put garder contenance face aux provocations répétées de son élève. Furieux, il s'approcha d'elle, décidé à lui montrer que ce n'était pas parce qu'il avait été gentil une fois que cela allait se reproduire. Il s'interrompit net en voyant l'air de la sorcière qui avait perdu tout son côté insolent.
- Merci professeur. Vous avez tenu votre parole. Je ne sais pas pourquoi je vous fait tourner en bourrique, je suppose que c'est la force de l'habitude. Je cherchais juste … un bon moment pour vous le dire.
- Je … C'est … Miss Granger … Vous …
- Cela ne vous va pas de bredouiller. En revanche, je trouve que cela vous va plutôt bien d'être serviable. Et de bonne humeur. Vous êtes quelqu'un de bien professeur, le seul problème c'est que vous ne vous le savez pas.
Planté là, le quadragénaire ne savait que faire, que répondre. Finalement, il se fit violence.
- Vous … Vous êtes une jeune femme intelligente Granger. Peu de personnes sont capable de me tenir tête aussi longtemps, en potion, je veux dire. J'ai apprécié nos cours particuliers. Je regrette qu'ils aient été annulés. Vous n'êtes pas idiote. Vous êtes loin d'être une idiote.
- J'appréciais aussi ces séances. C'était un enfer. Mais c'était bien.
Le maître des cachots laissa échapper un petit soufflement de nez, qui ressemblait de loin à un rire.
- Vous savez, poursuivit-elle, les ASPIC sont là. J'aurais bientôt un diplôme. Je ne serais plus votre étudiante, professeur.
Il ne répondit pas, cherchant ce qu'il pouvait bien dire sans se compromettre.
- Il y a des discussions que l'on ne peut avoir qu'entre adultes n'est-ce pas ? Ajouta t-elle.
Elle sourit une dernière fois lorsqu'il hocha gravement la tête avant de s'en aller, le laissant là, avec ses pensées qui s'emmêlaient terriblement, et la peur au ventre. La peur au ventre. Elle la sentait aussi alors qu'elle s'éloignait pas après pas. Les intestins noués. Que se passerait-il, lorsque cette barrière disparaîtrait entre eux ? Serait-ce une libération ? Ou un poids encore plus grand ? Elle ne pouvait qu'espérer que la chaleur de ses joues et les battements de son coeur aurait eu le temps de se calmer d'ici là.
Hello ! J'ai du mal avec l'IRL en ce moment, et en plus je suis de plus en plus difficile avec mes chapitres, alors, pour me faire pardonner de l'attente, j'ai beaucoup rallongé celui-là (il était censé s'arrêter juste au début de la rencontre entre Hermione et Snape).
Cicidy Ah oui ce n'était pas la meilleure explication du monde, je l'admet x') Et c'est totalement le genre de Snape, quoi qu'il s'est un peu plus ouvert dans ce chapitre !
Taibaka J'espère que cette suite t'a plus alors ! A partir de maintenant, ils savent tous les deux qu'il y a quelque chose ... alors que vont ils en faire héhé ?
drou Haha, j'ai pas dû être assez claire du coup ;) , elle a bu trop de philtre revigorants et son corps n'a visiblement pas supporté !
