C'était le dernier jour des examens. Tout semblait étrangement calme dans le château. La Gryffondor trouva la grande salle pratiquement vide à l'heure du petit déjeuner. La majorité des élèves devaient rattraper les heures de sommeil perdues à réviser en ignorant les bénéfices d'un bon petit déjeuner sur la concentration, une erreur que Hermione ne comptait pas faire. Aujourd'hui elle n'aurait des épreuves que dans des matières secondaires, le plus dur était déjà passé, toutefois, ce n'était pas parce que l'étude des runes ou l'artihmancie ne l'empêcheraient pas de devenir professeure de défense contre les forces du mal qu'elle comptait passer à côté d'un O de plus sur son bulletin.

Alors qu'elle croquait sans grande conviction dans un toast beurré recouvert d'un œuf au plat, elle nota du coin de l'œil la forme sombre du professeur de Potions qui entrait à son tour. Il ne jeta qu'un coup d'œil rapide aux élèves en présence et passa rapidement son chemin. La septième année sentit son cœur se tendre d'inquiétude. Tant de choses s'étaient joués ces derniers jours, sur de bêtes parchemins, et elle n'aurait les réponses qu'au courant de l'été.

Si tout n'avait pas déraillé avec Ron, elle aurait sans doute passé ces moments au Terrier, dans un bonheur enfantin qu'elle savait malheureusement qu'elle ne pourrait plus retrouver. Bill et Fleur l'avaient invités à la Chaumière aux Coquillages mais la jeune femme savait qu'il s'agissait plus d'une politesse. Les jeunes mariés n'avaient pas encore eu le temps de vraiment profiter de leur union entre la seconde guerre et la reconstruction qui l'avait suivie. Sans compter le deuil de Fred qui n'avait pas dû être facile.

La jeune femme avait donc décidé de passer son été dans un appartement sur le Chemin de Traverse où elle avait trouvé un emploi d'été chez Fleury et Bott. Ses employeurs étaient sans doute bien plus intéressés par sa notoriété et la publicité qu'elle leur apporterait que par ses réelles compétences, mais cela aurait l'avantage de mettre du beurre dans les épinards le temps de savoir si elle pourrait retourner à Poudlard pour le reste de sa carrière. Autrement elle avait déjà fait le plan de postuler au ministère de la magie, et plus particulièrement au département de contrôle et de régulation des créatures magiques.

Tout ceci cependant ne pouvait expliquer pleinement son angoisse qui se résumait plutôt à quelque chose de plus immature. Si le scénario de carrière idéal se déroulait devant ses yeux, comment cela allait-il se passer avec son futur collègue, le renfermé potionniste, qui mangeait à présent d'un air parfaitement contenu, ne levant pas une seule seconde les yeux de son assiette ?

Tirée de ses questionnements par l'horloge qui lui rappela qu'il était l'heure pour elle de terminer son petit déjeuner, elle réussit tant bien que mal à focaliser de nouveau son attention sur le dictionnaire des runes qu'elle avait parfaitement mémorisé durant l'année.

Lorsqu'elle finit par sortir du dernier examen de la journée, et par extension de toute sa scolarité, elle poussa un profond soupir de soulagement et fut rapidement imitée par les quelques uns qui avaient crus bons de s'inscrire à une option pour augmenter leurs chances d'avoir une bonne note. Tout était fini. Il ne lui restait plus qu'à attendre. Elle détestait ne pas avoir d'emprise sur ce qui pouvait bien se passer, mais elle n'avait plus vraiment le choix.

Elle passa la soirée à faire ses bagages, refusant de se joindre à la petite fête qui avait été organisée dans la salle commune. Elle craignait de ne se sentir que plus triste et perdue une fois la musique du gramophone éteinte et tout le monde repartit se coucher. Non, elle préférait décidément rester là, à plier ses robes de sorcier, à arranger avec délicatesse ses livres pour ne pas les abîmer. Ce qu'il y avait dans cette valise résumait l'intégralité de ses possessions, le reste étant en partie chez ses parents qui devaient bien se demander à qui tout cela appartenait, et en partie au Terrier. Avec un peu de chance, Ginny parviendrait à lui faire parvenir cette dernière moitié dans son petit appartement.

Le voyage en train fut plus qu'agréable. Elle partagea des quantités astronomiques de bonbons avec des élèves de toutes les années, les enviant au fond un peu d'avoir encore toute leur scolarité devant eux. La séparation, en revanche, fut plus difficile. Il y en eut beaucoup pour avoir les larmes aux yeux et la voix tremblante et elle fit définitivement partit de ceux là avant de prendre la route du chemin de traverse. Son propriétaire qui l'avait attendu cinq minutes la regarda avec un froncement de sourcil dédaigneux.

- Voilà vos clés Miss Granger. Je connais votre passé … mouvementé … mais je connais surtout bien les jeunes de votre âge. J'ose espérer que vous ne casserez rien et que vous ne dérangerez pas les voisins.

- Bien entendu monsieur Anderson. Je suis quelqu'un de soign …

- Oui oui. J'ai autre chose à faire.

La sorcière récupéra les clés qu'on lui tendait avec agacement et pénétra dans la bicoque de trois étages dont elle occuperait le plus haut. L'endroit était miteux, des araignées avaient pris possession des lieux et on avait même pas pris la peine de les y en chasser, il y avait clairement une tâche de moisissure dans les toilettes et les vitres étaient tellement crasseuses et fines à la fois qu'on avait le bruit de la ruelle sans pouvoir jamais voir qui s'y trouvait.

Son propriétaire prit rapidement congé en prétextant un rendez-vous au café et Hermione s'affala dans le canapé tâché en soupirant. Les larmes qu'elle avait pu contenir lorsque ses amis partaient commencèrent à couler sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle se sentait terriblement seule. Elle resta ainsi quelques minutes avant de se reprendre, refusant de se lamenter sur son sort. Espérant de tout son cœur que ce lieu ne serait que temporaire, elle ne comptait tout de même pas vivre dans un taudis.

A coup de Tergeo Maxima, elle fit tout ce qu'elle put pour redonner du lustre aux lieux, et, plutôt satisfaite du résultat, commença à déballer sa valise. Ses vêtements dans l'armoire et ses livres dans l'étagère, elle commença enfin à avoir l'impression qu'elle aurait au moins la capacité de tenir.

Profitant de l'avance offerte par son employeur, elle sortit acheter de quoi se faire à manger, des équipements de cuisine et quelques draps neufs. Elle était quasiment à sec au premier jour, mais cela valait le coup, elle n'aurait clairement pas pu survivre sur les draps graisseux et les poêles rouillées de l'ancien locataire.

La soirée fut morose, mais elle tenta de se motiver en chantonnant alors qu'elle faisait bouillir de l'eau et essaya de s'arranger un petit moment confortable entre les couvertures râpeuses avec un thé fumant et un des livres qu'elle avait déjà lu plusieurs fois. Ce n'était pas si mal après tout.

Malgré cette constatation optimiste, le mois suivant fut un véritable calvaire. Convaincus que Hermione n'avait été engagée que pour sa popularité, personne ne lui confiait de tâches intéressantes et elle était généralement aux caisses à compter d'un air fatigué le prix des rares livres qu'on venait acheter en plein milieu des vacances. Quelques parents prévoyants et quelques sorciers égarés, voilà les seules personnes qu'elle rencontrait de sa journée, et passé les premiers émois d'avoir une véritable héroïne dans les parages, le désintérêt que l'on portait d'ordinaire aux vendeurs revint vite à la charge.

Ginny avait effectivement pu lui envoyer quelques affaires, mais force était de constater que Ron et sa colère avaient dû passer par là. Il manquait la moitié des objets et impossible de dire s'ils avaient disparu ou si la jeune Weasley avait jugé bon de ne pas les transmettre étant donné l'état déplorable dans lequel ils devaient se trouver.

Le salaire n'était vraiment pas mirobolant et la jeune femme se trouvait souvent à user de bouts de ficelle pour rendre son existence plus confortable. Elle restait souvent beaucoup plus tard au travail pour éviter d'avoir à rentrer chez elle et on commença doucement mais sûrement à abuser de sa gentillesse. Sa vie rêvée lui semblait vraiment loin et elle comptait désespérément les jours jusqu'à l'arrivée du hibou censé la libérer.

Chaque grand duc lui apportant une facture, ou une correspondance d'amis qui semblaient tous avoir une vie plus simple à l'heure actuelle, faisait bondir son cœur d'une anticipation démesurée. Mais systématiquement, elle se retrouvait déçue de ne pas apercevoir le cachet rouge qu'elle attendait tant, tentant de se réconforter avec les paroles rassurantes de Harry qui lui assurait qu'elle n'était pas la seule à rencontrer des difficultés. L'après guerre n'était visiblement pas facile pour tout le monde.

De temps en temps, elle se prenait à rêvasser. Seule à fixer les murs décrépis ou lorsqu'il n'y avait aucun client à la boutique, ses pensées voguaient et se rendaient invariablement au même endroit. Le grand château de Poudlard, ses couloirs glacial mais son ambiance chaleureuse, les rires de la grande salle, le crépitement des foyers en hiver … et surtout, étrangement, la moiteur des cachots, l'odeur des potions, les yeux noirs charbons de son ancien professeur … Au début, elle essayait de ne pas s'attarder sur ces divagations fantasmées, mais petit à petit, elle en vint à s'y raccrocher, à utiliser les intonations dures de Snape dans sa tête pour se motiver à supporter une journée supplémentaire.

Lorsque finalement elle remarqua le petit oiseau frêle perché sur sa boite aux lettres, apercevant de loin le sceau rouge, elle bondit jusqu'à lui avec assez d'enthousiasme pour l'effrayer et qu'il lâche son courrier sur le sol. Sans s'en formaliser, elle ramassa la petite enveloppe et scruta quelques instants le sceau de Poudlard avant de décider qu'elle ne l'ouvrirait pas dans la rue. Elle remonta dans sa mansarde et se fit chauffer de l'eau pour un thé. Elle attendit patiemment d'être installée avec une tasse fumante pour décacheter l'enveloppe délicatement et en tirer la lettre. Il y avait deux papiers dont l'un semblait être manuscrit.

Se faisant violence, elle commença par consulter le bulletin de notes. Après une grande respiration elle parcourut chaque ligne minutieusement. O, O, O, O, O, O … Il n'y avait pas un seul E, sans parler d'une moins bonne note ! Un sourire satisfait s'étalait sur le visage de l'ancienne Gryffondor, mais restait la lettre manuscrite. Elle reconnut en un coup d'oeil l'écriture ronde et soignée de la directrice de Poudlard et son coeur se mit à battre la chamade.

«Chère Miss Granger,

Nous avons le plaisir de vous informer que d'après votre parcours scolaire exemplaire et vos notes irréprochables aux Accumulation de Sorcellerie Particulièrement Intensive et Contraignantes, vous êtes en ce jour demandée au poste de professeure de Défense contre les Forces du Mal.

Les professeurs sont attendus à l'école à partir du 1 août afin de préparer l'année à venir, vous serez tenu de posséder un équipement convenable constitués d'une robe de sorcier, chapeau et cape assortis, de plusieurs manuels représentants ceux que vous comptez demander à vos élèves ainsi que de tout matériel nécessaire à la bonne pratique de vos classes.

Le logement, la nourriture et les éventuels consommables nécessaires seront bien sûrs assurés par nos soins durant toute l'année scolaire, et vous recevrez un pécule de 50 gallions par mois d'enseignement. Le logement et la nourriturepourront également être assuré durant les vacances scolaires si vous en éprouvez la nécessité sur autorisation expresse du conseil professoral.

Si vous n'étiez pas dans la capacité pour une raison ou une autre d'avancer les frais demandés, merci d'ajouter cette information au hibou que vous retournerez pour valider ou non votre prise de poste afin que nous puissions vous assurer une entrée en fonction correcte.

Veuillez croire, chère Miss Granger, en l'expression de nos sentiments distingués.

Minerva McGonagall

Directrice de Poudlard »

Cette fois, Hermione ne put retenir un hurlement de joie, bien qu'elle fut rapidement rappelée à l'ordre par ses voisins. On était le 18 juillet et elle n'avait plus que quelques semaines à vivre dans cet enfer avant de retrouver les couloirs glacials du château, une perspective qui l'enchantait au plus haut niveau.

Entre temps, elle avait encore tant de choses à faire, comme prévoir les livres qu'elle allait utiliser tout au long de l'année, qu'elle n'aurait sans doute pas le temps de penser à ses conditions de vie. Tout tournait exactement comme elle l'avait planifié et elle sentait enfin les efforts qu'elle avait abattu durant ces 8 années porter leur fruit. Elle écrivit immédiatement sa réponse et en profita pour communiquer sa joie à Harry, Ginny, et bien sûr Neville, qui devait sans doute avoir reçu une lettre similaire.

Au jour suivant, toute la morosité de la future enseignante avait disparu. Une nouvelle vie lui tendait les bras. Elle fit ses emplettes dans les différents magasins et se procura à cette occasion une très belle robe de sorcier, sobre mais parfaitement ajustée, une cape aux broderies couleur bleu de minuit et un chapeau fort classique. Les livres étaient ce qui l'excitait le plus. Elle passait dorénavant ses journées à parcourir les rayonnages sous prétexte de les réarranger, un petit carnet à la main, griffonnant, raturant, réordonnant et cherchant un curriculum parfait pour constituer les 7 années.

Une fois que sa sélection fut arrêtée, elle la transmis par hibou à la directrice afin que cette dernière puisse établir les listes de manuels et commença à les potasser. Bientôt, son appartement ne laissa plus rien voir de sa misère originelle tant il était couvert de papiers épinglés aux murs et de parchemins étalés au sol.

Le grand jour arriva enfin. La démission avait été posée et conformément aux instructions subsidiaires qui lui avaient été transmises, la jeune femme transplana jusqu'à Pré-au-Lard, dans une petite pièce à l'étage des Trois-Balais. Là, elle entendit les voix de plusieurs professeurs qui venaient sans doute d'arriver également. La tonalité de l'une d'entre elle lui provoqua un frisson incontrôlable le long de la colonne vertébrale.

Assurant sa prise sur sa valise neuve, non sans vérifier une dernière fois dans un des petits miroirs de la pièce que sa coiffure était en ordre, elle descendit les marches avec solennité pour se trouver face à l'homme dont elle n'avait cessé de rêver depuis bien trop longtemps.


Cicidy merci beaucoup :3 ! Cette fois ci je laisse un peu de suspens, mais ce n'est que pour mieux préparer la suite !