Les prunelles noires se fichèrent dans leur cible avec précision. Aiguisées comme deux rasoirs, venimeuses comme un couple de basilic. Leur détenteur croisa les bras et jaugea de haut en bas la jeune femme qui peinait à ne pas laisser glisser sa petite valise tant ses mains étaient moites.
- Hermione !
C'était Pomona qui s'était exprimée, brisant encore une fois de sa voix chaude et accueillante la tension que chacun remettait sur le passé tendu les deux professeurs.
- Bienvenue parmi nous ! Je vois que tu es toujours à l'heure, comme d'habitude ! Viens donc boire une bierraubeurre, c'est Rosmerta qui offre.
La grande blonde roula les yeux au ciel d'un air agacé en entendant cette déclaration, mais fit tout de même un large sourire à Hermione en lui tendant une choppe recouverte de sa délicieuse mousse crémeuse.
- Merci Pomona, Rosmerta. C'est un plaisir d'être avec vous et …
- Ooh tu peux arrêter avec les simagrées. Tu es des nôtres maintenant.
- Elle s'en rendra compte bien assez tôt, quand elle se rendra compte de la quantité de copies à corriger, plaisanta Filius qui trinqua avec entrain en se dressant sur la pointe de ses pieds.
Tout le monde n'était pas encore là, mais déjà l'ambiance rappelait d'une certaine manière celle des salles communes en début de vacances et un sourire involontaire fit son apparition sur les lèvres de la jeune femme qui se laissa doucement intégrer dans le cercle des enseignants. Seul, à l'écart du rassemblement, stoïquement appuyé contre un mur et sirotant une bouteille de whisky pur feu, le maître des cachots ne se joignait pas à la liesse ambiante. Lorsqu'on demandait directement son avis, il répondait d'un vague grognement ou par monosyllabes. Non, plutôt que parler il semblait décidé à dévisager d'un air assassin la nouvelle recrue qui sentait un feu brûler à l'arrière de sa nuque.
- Severus, voudra tu bien arrêter de te morfondre ? Apostropha quelqu'un.
Cette fois, c'était Minerva qui venait d'arriver par poudre de cheminette, sa robe vert sombre tout aussi lisse que son chignon était impeccable. La joie de retrouver ces visages familiers qu'elle craignait ne plus jamais revoir fit venir les larmes aux yeux de l'ancienne étudiante. Remarquant aussitôt son état, Pomona l'emmena voir une vieille affiche dans un coin de la pièce en lui tapotant le dos avec entrain.
- Allons allons, je sais que tout cela peut faire bien peur, après tout tu es encore jeune, mais ne t'en fais pas, tout va bien se passer. Je sais que Severus est un peu intimidant, mais il te montrera le même respect qu'aux autres professeurs, sinon je m'occuperais personnellement de son cas !
- Je sais bien, renifla la jeune femme, je … Je suis juste heureuse d'être ici.
Un sourire étincelant remplaça la mine concernée de la directrice de Poufsouffle qui tint encore un peu la conversation sur l'équipe de Quidditch qui s'agitait sur le vieux poster avant de la ramener dans le groupe avec un clin d'œil complice. La conversation se poursuivit en commun, versant sur les élèves de l'année dernière, sur la reconstruction enfin achevée de certaines ailes du château gravement endommagées et sur des potins sans importances. Personne n'aborda l'éléphant dans la salle qu'était l'air ennuyé du directeur de Serpentard ni les coups d'œils effrayés que lui lançait la nouvelle professeure de défense contre les forces du mal.
Après deux bonnes heures passées à échanger où Hermione eut le plaisir de découvrir des facettes de ses anciens enseignants qu'elle n'aurait jamais osé imaginer, ils se dirigèrent tous ensemble vers le château. Hagrid proposa de porter les valises les plus lourdes ce que la nouvelle lui accorda avec plaisir et le chemin se déroula en s'exaspérant de sa propension à laisser tomber le volumineux bagage et en riant de la naïveté des nouveaux enseignants.
Après avoir remercié chaleureusement le garde chasse à l'air très embêté et s'être assuré que rien n'était trop abîmé, Hermione eût le droit à une visite de ses quartiers. Le bureau était le même que celui dans lequel avait séjourné tous ses prédécesseurs, assorti de tout ses souvenirs heureux, douloureux et mélancoliques. On la laissa rapidement seule et elle eût alors tout le loisir de laisser courir ses doigts sur la vieille commode où avait séjourné un bocal à Strangulot, sur la marque ronde qu'avait laissé là une assiette suspendue, ou sur un tiroir où l'on avait probablement rangé quelques araignées.
Ses appartements attenants avaient été mis en ordre et elle trouva une pièce fraîche et plutôt cosy, un lit au matelas un peu fatigué et une bibliothèque vide qui avait été marquée par le temps. Tout cela avait le charme de Poudlard, le charme de ce vieux monde qu'elle avait si désespérément refusé de quitter après y avoir connu ses meilleures années.
Elle s'assit sur un fauteuil vieillot en souriant et se laissa aller contre son assise. Le plafond avait de nombreuses imperfections qu'elle ne doutait pas apprendre par cœur un jour ou l'autre. Serait-elle à la hauteur de Remus, le seul bon professeur qu'ils avaient eu pour cette matière ? Elle craignait même de ne pouvoir égaler la pâle copie de Maugrey qu'ils avaient eu, ou pire encore, de n'être qu'une fichue réplique d'un Quirrell. Chassant ses pensées négatives, elle se releva et commença à ranger ses affaires avant le repas du soir.
Avant cependant qu'elle puisse entamer le repliage de ses robes qui avaient été jetées en tout sens, elle entendit quelques coups secs à la porte. Son coeur ne fit qu'un bond. On lui avait dit qu'on ne la dérangerait pas de tout le reste de l'après midi et le soleil était encore plutôt haut dans le ciel. Une nouvelle grande inspiration lui fut nécessaire pour se calmer et alors qu'elle se retenait de lisser ses cheveux (franchement, elle était très bien comme ça), elle alla ouvrir la porte.
Comme elle s'y attendait et le redoutait à la fois, une massive silhouette enveloppée d'une cape noire qu'elle connaissait bien se trouvait de l'autre côté. Sans attendre son invitation, Snape fit quelque pas dans le bureau encore laissé à l'abandon, regardant autour de lui.
- J'ai eu ce bureau pendant un an … commença t-il avant de se taire, se rendant sans doute compte que ce n'était pas une période lumineuse de son histoire.
- Bonjour, Severus. Répondit Hermione, plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu.
- Nous nous sommes déjà vu il me semble.
Il avait tiqué à l'usage de son prénom mais ne le releva pas pour autant.
- Mais il ne me semble pas que vous m'ayez salué.
Le regard du Serpentard était hautement courroucé. Il ne s'attendait peut être pas à un tel accueil. Mais qu'attendait-il alors ? On ne pouvait pas dire que leur relation avait été aisée jusque là. La jeune femme s'était livrée et il l'avait rejetée, avait essayé de lui refuser son poste et ses tentatives de s'amender ne valait pas pour autant une rédemption aux yeux de la Gryffondor. Certes, elle ne pouvait nier le cœur qui battait dans sa poitrine et elle ne souhaitait pas jouer à l'idiote, ignorant des sentiments aussi forts, mais cela ne voulait pas dire qu'elle n'allait pas se respecter dans le processus. Il n'avait pas été très convivial à son égard non plus par ailleurs.
Voyant que la rouquine était décidée à ne pas baisser les yeux, il finit par pousser un profond soupir et rendre les armes de son côté. Le Snape qui avait enseigné au trio doré n'aurait jamais réagi de cette manière et cela n'échappa pas à la miss je sais tout qui se demanda à quel point les horreurs de la guerre avaient pu le fatiguer.
- Bonjour, Hermione.
Malgré toutes ses bonnes résolutions, le frisson qui atteignit la jeune femme n'était à cet instant là pas de colère. L'entendre prononcer son prénom … Cela avait une saveur unique, même si c'était à présent l'usage, entre professeurs. Elle se racla difficilement la gorge et quitta son air farouche pour lui présenter une chaise, bien qu'elle n'ait pas encore vraiment l'impression d'être chez elle.
- Vous euh … tu veux t'asseoir ?
- Merci, non. Je ne vais pas rester.
Le cœur d'Hermione se serra.
- Bien sûr. Répondit-elle avec aplomb. Que puis-je faire pour toi ?
- Je pense qu'il ne sert à rien de reporter … l'inévitable. Je ne souhaites pas que tu entretienne de faux espoirs.
Elle sentait chaque parcelle de son être sombrer, s'écraser sur le sol. Douloureusement.
- Miss Gr … Hermione. Tu es une jeune fille … forte, et j'aurais dû te dire ça depuis longtemps. La raison pour laquelle je me suis opposée à ton embauche.
Pourquoi parlait-il de cela maintenant ? Le passé était le passé ! Elle voulait savoir ce qu'il ressentait, là maintenant, devant la femme qu'elle était devenue, devant la femme qu'elle avait caché derrière une banale élève de septième année durant ces derniers mois!
- Je craignais que tu souhaites rejoindre ce poste à cause de … à cause de ce qui s'était passé plus tôt dans l'année.
Elle était estomaquée. Lentement, elle ouvrit la bouche, cherchant encore ses mots. Il attendait, sérieux, fermé, comme à son habitude.
- Comment … comment pouvez … peux-TU penser une chose pareille ? Je n'en reviens pas. Que tu sous estimes mes compétences passe encore, mais que tu me prenne pour une pareille IDIOTE, pour une pauvre CRUCHE capable de décider son avenir à partir de quelque chose d'aussi STUPIDE !
Elle avait hurlé le dernier mot, sa voix plus aiguë qu'elle ne l'aurait voulu. Elle aurait souhaité qu'il se tasse sur lui-même, qu'il se confonde en excuse, mais là n'était pas le Snape qu'elle connaissait, même le Snape fatigué. Au contraire, il fronça les sourcils et lui répondit d'un ton sec.
- N'est-ce pas ce que vous faites tout le temps ? Toi et ta petite bande d'amis vous ne faisiez que prendre des décisions irrationnelles, basées sur vos émotions futiles et sur votre satisfaction personnelle ! Je refuse d'être mêlé à ce genre d'enfantillages indignes et dégoûtants !
En un claquement de doigt, le professeur calme et composé qui lui avait semblé prêt à discuter sérieusement été passé dans une rage noire qui l'effrayait presque un peu. Elle ne se laissa pas démonter pour autant et soutint son agressivité.
- Si je me souviens bien, vous avez pourtant donné votre accord à cette discussion ! Et je n'étais pas la seule à ressentir ces émotions futiles et dégoûtantes! J'ai pris ce poste parce qu'il m'intéressait ! Dois-je vous rappeler que c'est vos amis que je dois remercier pour n'avoir que Poudlard comme maison ?
Hermione s'arrêta brusquement, choquée par ses propres mots.
- Bien. Je pense que cela règle notre discussion. Vous êtes ici pour régler vos problèmes et je suis ici pour régler les miens. J'espère que nous saurons rester professionnels … miss Granger.
- Je … Attendez … Je ne voulais pas …
Le professeur de potions sourit. Elle était pourtant persuadée que son sourire était beau. Qu'il était charmant. Qu'il rompait la froideur de son visage. Mais ce sourire là … ce sourire là tordit l'estomac de la jeune femme, lui donnant immédiatement envie de pleurer.
- On regrette tous des choses que l'on a fait miss Granger. Cela ne les efface pas pour autant.
Merci encore de vos commentaires et vos follow, ça fait tellement plaisir ! Je n'avais pas vraiment prévu ça pour ce chapitre à l'origine, mais les personnages ont parfois tendance à faire ce qui leur chante ! J'espère que vous aurez apprécié et que vous êtes toujours intéressés par la suite, je vous réserve encore quelques petites surprises ;) !
Cicidy Disons que ce n'est pas dans l'habitude de Snape de rendre les choses faciles x') !
Isa Tout à fait d'accord avec toi, heureusement que notre Hermione est intelligent ... bon, et parfois un peu idiote, mais pas pour remplir ses copies xD
drou Merci à toi de ton commentaire :D !
