Les jours qui suivirent l'altercation s'étiraient difficilement pour Hermione. Elle était bien entendu excitée et pleine d'entrain à l'idée de préparer les cours pour ses élèves, mais cela ne compensait pas les remords qu'elle ressentait. Elle s'était énervée un peu trop vite, sans doute parce qu'il l'avait fait angoisser pour lui dire quelque chose d'aussi idiot, et aussi parce qu'elle ne pouvait pas supporter que la personne qui l'intéressait puisse la voir ainsi, immature au point de décider de son avenir pour une histoire de cœur.

Pourtant, elle lui donnait en quelque sorte raison, à se traîner dans les couloirs comme une âme en peine, à terminer les parchemins qu'on lui demandait de rédiger pour les réunions à la dernière minute … elle ne se reconnaissait plus. C'est la directrice qui la rappela à ses devoirs le lundi suivant.

La jeune femme avait reçu une lettre le matin qui avait été déposée sur son bureau, probablement par un elfe de maison. La lettre lui demandait de venir au bureau de McGonagall au plus vite, ce qui l'inquiéta immédiatement. Il ne pouvait pas y avoir déjà des imprévus dans la préparation de l'année si ?

Aussitôt habillée et coiffée, elle se pressa dans les couloirs, oubliant pendant un instant ce qui avait occupé son esprit tout ce temps, préférant passer en revue les différents scénarios catastrophes qui pourraient l'avoir fait mandé. Arrivée à l'escalier, elle prononça le mot de passe et monta les marches quatre à quatre. Lorsqu'elle toqua à la porte en bois, elle entendit la voix sévère de la directrice s'adresser à une autre personne dans la pièce.

- Allez donc ouvrir.

Un soupir et un raclement de chaise plus tard, elle vit apparaître encore une fois devant elle le visage qu'elle ne souhaitait vraiment pas voir. Severus pâlit en voyant la Gryffondor et s'écarta brusquement pour la laisser passer, ses yeux alternant entre elle et la professeure de métamorphose avec une inquiétude perceptible.

- Merci d'avoir fait aussi vite Hermione. J'avais à vous parler. Asseyez vous donc.

Elle désigna les deux chaises devant son bureau et, tentant tant bien que mal de cacher son angoisse, la professeure de défense contre les forces du mal s'installa sur la plus proche en évitant le regard du directeur de Serpentard.

- Bien. Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai conviés.

La jeune femme hocha difficilement la tête, déglutissant en essayant de faire le moins de bruit possible.

- J'ai lu vos derniers compte rendus. Ceux sur la réunion visant à organiser la gestion des élèves problématiques. Ils étaient … désastreux.

La Gryffondor vacilla. Elle qui voulait faire bonne impression, elle avait déjà gâché sa chance. Essayant de se rattraper, elle voulu immédiatement s'expliquer.

- Je suis vraiment désolé, je ne suis pas encore habituée au sujet et …

La directrice la coupa d'un geste impatient de la main.

- Ce n'est pas le problème et je ne vous ai pas appelée pour vous demander des explications. Ce qui est fait est fait. Mais je ne suis pas la seule à remarquer que vous n'êtes pas tous les deux dans votre état normal.

Cela avait donc été aussi visible que ça ? Hermione se risqua à jeter un coup d'œil à sa droite et constata que Severus avait du mal à garder son masque d'impassibilité.

- En temps normal, j'aurais souhaité vous en parler séparément, mais il m'a été glissé que ce comportement était sans doute provoqué par la présence de l'autre.

De nouveau, Hermione déglutit. Se doutait-elle de quelque chose ? Et si c'était le cas, quelles en seraient les conséquences ?

- Severus vous avez été injuste envers Hermione l'année dernière, et vous Hermione, vous entretenez probablement un ressentiment envers la façon dont vous avez été traitée que vous ne manquez pas de manifester. Ai-je besoin de vous rappeler à tous les deux que l'animosité entre vous avait comme racine une guerre qui a pris fin ? Puis-je attendre de votre part de vous comporter respectueusement et comme deux bons collègues ?

Soulagée, Hermione hocha la tête de nouveau. Si elle pensait que tout cela était dû à de la haine, cela voulait dire que leur secret n'avait pas encore été découvert. Elle regarda de nouveau le maître des cachots qui avait poussé un soupir de circonstance mais semblait tout aussi satisfait qu'elle. Heureusement pour eux, la directrice s'était tournée en parlant.

- Bien. Vous allez devoir travailler ensemble durant toutes les années où vous serez résidents du château, soyez en conscients, et je ne tolérerais plus que votre passé vous empêche d'accomplir correctement votre travail. Pour l'instant, il n'y a aucun élève et les conséquences de vos problèmes apparents sont mineures, mais cela ne doit pas se poursuivre après la rentrée. Je pensais au début que vous garder séparés résoudrait le problème efficacement mais je pense que j'ai fait fausse route. Lorsque vous travailliez ensemble à vos cours du soir, votre entente semblait bien meilleure. Severus était même allé à l'infirmerie pour s'enquérir de votre état, je ne sais pas si vous étiez au courant Hermione.

La tension était de nouveau remontée. Décidément, la vieille femme leur faisait subir des montagnes russes difficilement supportables.

- Je pense également que travailler côte à côte vous permettra de mieux comprendre que vos positions ont changé à présent. Cela vous apprendra à ne plus vous considérer comme professeurs et élèves. J'ai donc décidé de vous assigner tous les deux à l'inspection du château.

Encore une fois la directrice les mettait sans le savoir dans une position bien plus inconfortable que ce qu'elle pensait. Elle avait beau penser au bien de l'école, il était évident pour les deux principaux concernés qu'il s'agissait de la pire idée possible.

- En plus des réunions et de la préparation à la rentrée, il sera attendu de vous que vous inspectiez l'intégralité du château pour y chercher la moindre anomalie. Severus ce ne sera pas la première fois que vous serez en charge de ce projet, je vous laisserais donc guider Hermione.

Les deux concernés n'eurent à ce moment d'autre choix que de se regarder avec ébahissement avant de se reprendre. Elle leur avait demandé de rester professionnels. Rester calme devant une décision qui leur paraissait injuste devait probablement en faire partie. Pour la première fois depuis le début, Severus pris la parole.

- Je comprends la problématique Minerva. Tu n'as pas à craindre que nous manquions à nos devoirs à partir de maintenant et j'expliquerais à miss Grange … Hermione tout ce qu'elle a besoin de savoir.

La directrice leur adressa un sourire satisfait et les congédia bientôt. Sur le pas de la porte, Severus et Hermione restèrent quelques instants sans bouger avant de commencer à parler en même temps.

- Je voudrais …

- Tu …

Ils s'interrompirent instantanément, de nouveau silencieux comme deux adolescents intimidés.

- Nous nous verrons demain. finit par trancher Snape. Nous discuterons de l'inspection après la réunion d'harmonisation des programmes.

Sans attendre plus longtemps, il tourna les talons et elle attendit de ne plus entendre ses pas pour retourner à ses appartements à son tour. Étrangement, une partie de la déprime qu'elle ressentait s'était envolée. Cette "punition" pouvait être une opportunité de régler enfin les choses avec son ancien professeur de potion. Ils auraient forcément un moment seuls où elle pourrait tenter de s'expliquer sur ce qu'il s'était passé la dernière fois. A défaut de pouvoir reprendre là où il s'était arrêtés, ce qui semblait désormais compromis, elle espérait au moins qu'ils cesseraient de se détester.

Snape poussa un profond soupir et s'affala contre la porte de sa chambre. Il n'arrivait pas à forcer son cerveau à rester logique et pragmatique, contrairement à l'habitude. Aujourd'hui et depuis trop longtemps, son esprit voulait absolument divaguer pour penser à la jeune Gryffondor. Il aurait voulu être en colère contre elle, il aurait voulu lui en vouloir à mort pour ce qu'elle lui avait dit, il aurait voulu ne penser à elle que pour imaginer les maléfices qu'il pourrait lui lancer … Il aurait désespérément voulu que McGonagall ait raison.

Lourdement, il se dirigea jusqu'à son lit où il s'assit en faisant grincer le sommier. Mais McGonagall avait tort. Complètement tort. S'il n'arrivait pas à se concentrer sur son travail, s'il rendait ses rapports incomplets et s'il était encore moins engagé dans les réunions que d'habitude … c'était parce qu'il avait envie de régler les choses avec Hermione.

Il voulait trouver un moyen pour effacer ce qui s'était passé la dernière fois, ne pas avoir entendu ce qu'elle avait dit et ne pas avoir insinué qu'elle était incapable de prendre une décision raisonnée. A l'origine, il avait voulu la rabrouer, lui dire qu'il n'y avait rien de possible entre eux, mais, ne s'en étant pas senti la force, il avait sorti la première chose qui lui était passé par la tête, causant cette scène et ses désastreuses conséquences. Il s'en voulait. Terriblement.

Pourquoi n'avait-il pas pu dire ce qu'il avait imaginé durant tout le début de ces vacances ? "Je suis désolé Hermione, vous êtes une jeune femme brillante et n'importe quel homme serait heureux de vous avoir, mais je ne serais pas capable de vous apporter ce que vous attendez." Il avait tant répété ! Il était préparé ! Il s'était même muselé mentalement pour ne pas craquer si elle se mettait à pleurer. Et pourtant … il n'avait pas pu.

Elle l'avait rabroué, avec son insolence habituelle, et il s'était dégonflé comme un vieux ballon de baudruche. Il n'avait pu s'empêcher de remarquer encore une fois à quel point sa coiffure mettait en valeur son visage, à quel point le feu qu'il voyait brûler dans ses prunelles lui faisait de l'effet … Il n'avait pas pu rompre toutes ses chances et n'avait fait que la torturer.

Il fallait qu'il se décide. Il fallait qu'il arrête d'hésiter sur la marche à suivre. Il fallait qu'il trouve un moyen de savoir si ce qui bouillait dans son cœur était une attirance passagère qui ne ferait que les blesser ou quelque chose de plus profond. Quelque chose qui valait le coup.

Il glissa doucement jusqu'à sa table de chevet dont il ouvrit le tiroir. Elle était là. Il sourit. Sa solution. Entre ses longs doigts fins, il saisit la petite fiole à l'intérieur de laquelle des volutes multicolores dansaient paresseusement, une petite fiole qu'il avait gardé précieusement depuis un fameux cours de potions, avant que tout ne devienne trop compliqué.


drou Yep, je préfère garder les chapitres court si ça me permet de m'arrêter à un moment important, celui-ci n'était pas plus long mais j'espère qu'il t'aura quand même plu ;)

justeMarianne Je suis ravie que ça te plaise autant, j'espère que ça continuera à t'intéresser alors !