Hermione regarda encore une fois sa tenue. Elle se savait puérile mais ne pouvait s'en empêcher. La robe de sorcière qu'elle portait était assez cintrée pour mettre en valeur ses formes et sa coiffure impeccable donnait la parfaite impression qu'elle n'y avait consacré aucun effort. Elle n'avait pas poussé le vice jusqu'à se maquiller, de crainte que cela soit trop visible et qu'elle passe pour une belle idiote. Après avoir lissé une dernière fois les plis de sa robe aux teintes mauves, elle sortit de son bureau pour se rendre aux cachots où Snape lui avait donné rendez-vous par hibou.

Cela lui avait semblé étrange au premier abord, en effet il lui avait bien spécifié qu'ils discuteraient des patrouilles à la prochaine réunion, mais plutôt que de laisser l'espoir naître dans son coeur, elle avait décidé de partir du principe qu'il voulait simplement éviter toute situation gênante devant leurs collègues lorsqu'il lui rappelerait que cela ne changeait rien entre eux et qu'il la haïssait toujours. Cela ne l'avait pas complètement empêchée de se faire des films, d'où les vêtements qu'elle avait changé en vitesse avant de répondre à sa demande.

Elle toqua rapidement à la porte, se mordant les lèvres sans s'en rendre compte, angoissée par ce qui allait arriver, comme à chaque fois qu'elle s'apprêtait à faire face au ténébreux maître des cachots. Celui-ci lui ouvrit et fit immédiatement une grimace peu engageante.

- Entrez donc. Sa voix était un murmure fatigué.

Il s'effaça pour la laisser passer, ce qu'elle fit immédiatement, prenant place sur l'une des chaises de son bureau. Elle ne se ferait pas éjecter facilement, même s'il avait l'air dégoûté de la voir.

- Ne vouliez-vous pas voir tout cela à la suite de notre réunion de planification ?

Il ignora sa remarque et poussa les affaires sur son bureau pour y poser une carte du château. Rares étaient les cartes exactes et si celle-ci avait l'air plus complète que toutes celles qu'Hermione avait pu voir jusqu'ici -excepté la carte du Maraudeur, bien entendu, elle comportait son lot d'imprécision, de remarques entre guillemets et de lignes floues.

- Tous les ans, Peeves profite de notre départ pour semer des farces dans le château, et c'est sans compter les élèves qui ont fait une idiotie qu'on a pas eu le temps de voir avant la fin des examens. Notre travail va être de trouver tout ça avant que ce soit un première année qui ne se fasse arracher le nez par un miroir à dents de dragon.

La jeune femme hocha la tête. Elle était déçue que la conversation tourne immédiatement autour de leur devoir, mais elle restait concentrée. D'un autre côté, le professeur de Potions l'inquiétait réellement. Sa voix était entrecoupée de soubresauts inhabituels, sa main droite était fermement serrée, au point même de paraître plus blanche qu'à l'ordinaire et surtout, il ne semblait pas autant en colère qu'à l'accoutumée.

Leur relation était tendue, certes, mais il était impossible pour la Gryffondor de ne pas compatir à la souffrance apparente qui traversait ses traits. Sans réaliser qu'il s'agissait d'une terrible erreur, elle s'approcha un peu, cherchant à trouver la réponse dans les yeux d'encre de son ancien enseignant.

- Severus … Vous allez bien ?

- Miss … Hermione. Ecartez vous s'il vous plaît.

Sa voix était sèche. Bien évidemment, Hermione prit cette demande de travers et refusa d'obtempérer.

- Enfin je ne sens pas le gnome tout de même ! Je sais que vous êtes en colère contre moi mais je ne vais pas vous sauter dessus non plus !

Ses yeux croisèrent ceux du directeur de Serpentard et son souffle se coupa. Il avait l'air de souffrir le martyre. Mais pas seulement. Le feu. Elle reconnut instantanément le feu qui brûlait et le monstre qui grognait.

- Qu'avez vous fait ? murmura-t-elle, abasourdie.

- Hermione. Écartez-vous. Je vous en prie.

Elle fit quelques pas en arrière et son regard sembla immédiatement s'apaiser. Elle connaissait ses symptômes sur le bout des doigts pour les avoir elle-même subit de plein fouet, mais jusqu'ici, elle était restée persuadée qu'ils avaient été deux, que, selon les dires du potionniste, il avait bu la dernière fiole restante. Pourtant … ce regard ne pouvait pas tromper.

- Severus, répéta-t-elle, plus calmement. Qu'avez vous fait ?

Le maître des potions soupira profondément et s'assit dans son fauteuil, laissant la carte de côté.

- Je vous ai menti, Hermione. Je ne l'avais pas bue.

- Mais … Pourquoi ?

- Au départ je voulais vous donner une bonne leçon en refusant de vous donner l'antidote. Je pensais que cela vous apprendrait à faire plus attention. Et quand vous êtes venue dans mon bureau ce soir-là, avec vos conclusions je … je voulais vous donner raison.

- Comment ça ? Que voulez-vous dire ?

- Lorsque vous avez insinué que vous … que vous ressentiez quelque chose pour moi et qu'il s'agissait d'une bonne chose … j'ai eu le besoin irrépressible d'aller dans votre sens. J'ai dis la première chose qui me passait par la tête. J'ai été … un idiot qui a pris une grave décision en se laissant guider par ses sentiments.

La professeure de défense contre les forces du mal laissa un instant cette information atteindre son cerveau. Il lui avait menti. Il lui avait menti parce qu'il avait envie qu'elle ressente les choses qu'elle avait ressenties. Il lui avait menti parce que cette situation lui avait paru au premier abord enviable. Et le feu qu'elle avait vu dans ses yeux à cette époque n'avait pas été causé par l'élixir. Il venait du maître des potions lui-même.

- Mais pourquoi … Pourquoi maintenant alors ?

Il eut un petit rire faible. Son visage pâlissait de seconde en seconde.

- Parce que je suis en colère Hermione. Je suis en colère contre vous, et pourtant, je n'arrive pas à vous en vouloir.

Silencieuse, elle le laissa poursuivre, se retenant de laisser apparaître la joie et le soulagement qui germaient en elle.

- Il fallait que je sois fixé. Que j'arrête de me poser des questions idiotes. Que je puisse savoir où j'en suis. Pour pouvoir prendre les bonnes décisions.

Elle sourit doucement avant de se reprendre.

- Il faut que vous alliez à l'infirmerie. Vous ne pouvez pas rester dans cet état.

- C'est votre faute. geignit-il.

- Ce n'est pas comme si vous pouviez éviter de me voir pendant deux semaines. Vous devez aller à l'infirmerie.

- Non … Pompom … Elle devinerait … tout de suite.

Son souffle se faisait court, difficile.

- Et alors ? Votre santé passe avant tout ! Vous avez besoin de soins !

- Alors occupez vous-en, Hermione.

Les yeux écarquillés, elle ne sut quoi répondre.

- Je ne vais jamais à l'infirmerie, et McGonagall a arrêté d'essayer de me convaincre depuis longtemps. Si je suis malade je ne pourrais pas patrouiller le château, en revanche il faudra toujours que vous veniez faire des points avec moi, puisque c'est la première fois que vous vous en occupez, non ? Vous n'avez qu'à me soigner, Hermione.

Il sourit, et ce sourire-là n'avait rien à voir avec celui triste et brisé qu'il avait eu à leur précédente discussion. Ce sourire là désarma complètement la jeune enseignante.

- Mais si je m'occupe de vous, cela deviendra pire.

- Oui. souffla t-il. Je le mérite n'est-ce pas ?

- Ne soyez pas idiot ! Ce n'est pas parce que vous êtes un sale con arrogant qu'il faut vous faire souffrir le martyr ! Je refuse !

- Hermione … Ne me forcez pas à le dire …

- Dire quoi ?

- J'y vois clair. Je comprends tout comme jamais auparavant. Je comprends que je vous trouve magnifique, intelligente, courageuse, rusée et loyale. Je comprends que vous me faites sourire, que vous me poussez à me surpasser et que vous me sortez de ma torpeur. Je comprends que quand vous risquez votre vie j'ai peur de vous perdre, j'ai peur de ne jamais vous revoir sourire. Lorsque ce sera fini, le comprendrais-je aussi clairement ? J'ai peur d'oublier ce que je ressens maintenant quand les effets cesseront. Alors s'il vous plaît, restez avec moi. Qu'importe que cela me donne l'impression de brûler et de me disperser en milles morceaux. Je veux pouvoir observer votre visage sans en ressentir aucune honte tant que je le peux encore.

Hermione porta la main à sa bouche pour cacher sa surprise et le sourire qui en résultait. Il était clairement plus franc qu'il ne le serait jamais grâce au philtre de décision. Il lui avait dit ce qu'il ressentait vraiment et ce serait peut être la dernière fois mais cela baignait son cœur d'une chaleur qui semblait ne jamais pouvoir s'éteindre. Il resta là, silencieux après sa tirade, à la regarder, comme un enfant qui s'apprête à se faire gronder. Ils étaient séparés par le bureau et elle se retint difficilement de ne pas le rejoindre, de crainte de lui faire plus mal que nécessaire.

- D'accord. Je m'occuperais de vous. Je vous apporterais des potions pour que vous vous sentiez mieux, je vous rafraichirais avec des sorts et je vous tiendrai compagnie si vous en avez besoin. Mais Severus, c'est à une seule condition.

- Je vous écoute.

- Lorsque les effets seront terminés, rappelez-vous de ça. Rappelez-vous-en, même si vous ne le comprenez plus. Je ne vous demande pas de le ressentir encore, juste de vous en souvenir.

Il sembla hésiter quelques secondes.

- Très bien. C'est entendu.

- Je serais très déçue de ne pas pouvoir vous en parler et vous voir rougir de honte de temps à autre.

Elle blaguait mais son sourire était tendre. Elle venait d'avoir un aperçu de ce que ressentait réellement l'homme qu'elle appréciait tant. Il sourit à son tour, bien qu'elle ne puisse déterminer s'il ne s'agissait pas plutôt d'une grimace de douleur.

- Vous êtes vraiment fatigué. poursuivit-elle. Allez vous coucher, je m'occupe de faire le plan de patrouille.

Il commença à secouer la tête et elle sourit de nouveau de ses tentatives désespérées de se comporter normalement.

- Je peux bien faire ça toute seule. J'ai été préfète je vous rappelle. Je faisais souvent des rondes à l'époque.

- J'aurais dû me rappeler à quel point vous êtes insupportablement accro à vos titres. plaisanta-t-il douloureusement. Je vais me coucher alors. Mais revenez demain.

- Je serais là. Je le promets. Tous les jours.

La chauve souris des cachots se leva, tanga légèrement et rejoignit à pas inquiets la porte qui donnait sur ses appartement. Avant de refermer cette dernière derrière lui, il jeta un dernier coup d'oeil à sa collègue qui lui souriait affectueusement.

- Et cette robe vous va très bien.

Hermione poussa un grand soupir une fois que la porte se fut fermée. Elle resta immobile, appuyée contre la chaise, à fixer le plafond, un grand sourire sur son visage rouge pivoine. Elle avait le droit à un peu de bonheur, un peu de joie. Pour combien de temps ? Elle ne pouvait pas le deviner, mais elle comptait se nourrir de ces mots jusqu'à plus soif. Elle voyait encore son doux sourire, elle entendait ses paroles résonner dans ses oreilles. Pas une seconde elle n'était en colère contre lui pour lui avoir menti. Non, tout ce qu'elle ressentait était une félicité tranquille. Un bonheur rassurant.


MaruMoro-chan J'espère que les effets étaient satisfaisants !

justeMarianne Merci encore de tes commentaires réguliers, ça fait super plaisir !

drou Merci à toi, c'est un bonheur d'avoir des lecteurs aussi assidus !