Hermione se préparait en chantonnant ce matin. Elle devait inspecter le château toute la journée, et elle n'était pas forcément emballée par l'idée. En revanche, le retour l'intéressait déjà beaucoup plus. En effet, elle en avait discuté avec la directrice et cette dernière avait bien dû se rendre à l'évidence que faute d'être capable de convaincre Snape d'aller à l'infirmerie, la Gryffondor serait forcée de lui faire un rapport tous les soirs pour continuer à organiser leur travail du mieux possible. La sévère enseignante avait été plutôt surprise que ce soit Hermione qui propose cette solution, mais elle l'avait acceptée avec soulagement, n'étant sans doute pas capable de trouver du temps pour s'en occuper elle-même.

A part quelques chewing-gums gonflants collés un peu partout dans le château, la journée se déroula plutôt bien. Elle s'arrêta à ses appartements pour se refaire une beauté : attachant ses cheveux dans un chignon lâche, ajoutant une ceinture en tissu autour de sa robe classique et s'entraînant quelques secondes à sourire devant le miroir. Elle n'oublia pas de passer à l'infirmerie pour récupérer quelques potions apaisantes.

Arrivée devant la porte du maître des cachots, elle hésita quelques instants avant de toquer. Ce fut un grognement de douleur qui lui répondit et elle ouvrit, les traits marqués par l'inquiétude, osant à peine se faire un chemin jusqu'aux appartements du directeur de Serpentard. L'endroit était plus cossu que ce qu'elle avait imaginé. Les couleurs de Serpentard était bien sûr à l'honneur, mais elle notait également des fauteuils confortables et une cheminée au feu qui n'allait pas tarder à s'éteindre. Le malade ouvrit un œil pour la regarder entrer, et elle crut apercevoir un sourire fugace sur son visage, rapidement balayé par la douleur.

- Bienvenue chez moi Hermione. grogna-t-il. Désolé de ne pas pouvoir me lever pour vous accueillir.

Hermione secoua la tête et posa son sac sur une petite table pour déballer les élixirs qu'elle avait apportés.

- J'en ai pris assez pour quelques jours mais j'en ramènerai demain si jamais vous avez trop mal. Hier soir j'ai regardé les sorts qui pouvaient aider et …

- Asseyez vous Hermione, vous devez être fatiguée.

- Mais je dois …

- Ce que vous pouvez être têtue. Asseyez-vous. Je vais bien.

Il n'allait pas bien. Mais c'était justement pour cela qu'elle ne put s'empêcher d'accéder à sa requête, ne se sentant pas de le faire répéter encore alors qu'il avait l'air d'avoir tellement de mal à parler. Il était à demi assis sur son lit, un livre ouvert posé sur le côté.

- Racontez-moi comment s'est passée votre inspection.

Peut-être avait-il envie d'en finir avec les obligations au plus vite ? Quoi qu'il en soit, la jeune professeure commença à lui expliquer les endroits qu'elle avait visité et les incidents mineurs qui s'y étaient produits. Durant tout ce temps, il se contenta de la fixer, la mettant très mal à l'aise. Elle ne pouvait s'empêcher cependant de lui glisser des petits regards entre deux phrases, à présent qu'elle ne recevait pas en retour une oeillade haineuse.

Ses cheveux avaient encore poussé, mais ils n'étaient pas aussi gras qu'elle s'en rappelait. Son nez caractéristique et son visage marqué lui donnaient un caractère charismatique, et c'était sans parler de ses yeux couleur corbeau qui semblaient toujours en savoir plus qu'il ne le disait. Était-il beau, au sens commun du terme ? Non. Était-il impressionnant, plein de prestance et attirant ? Oui. Sans hésiter.

Dans son regard, chacun de ses mouvements, on pouvait encore percevoir les souffrances qu'il avait endurées. Le mal qu'il avait fait et la culpabilité dévorante qui en résultait. Les gens qu'il avait aimé et qui s'étaient tous, à un moment ou à un autre, écartés. Était-ce sa faiblesse actuelle ? En tout cas, elle avait l'impression de ne jamais l'avoir vu aussi clairement. Le soupçon de crainte qu'il avait en la regardant. La façon dont il semblait si fatigué de tant de choses.

Elle avait envie de le prendre dans ses bras. Elle avait envie de le réconforter. De lui assurer qu'il n'y avait plus besoin d'avoir peur. Mais il aurait probablement détesté ça. Tout comme elle aurait haï qu'on le fasse pour elle. Comment faire quand on était deux êtres profondément blessés, incompatibles aux yeux de tous et possédant une fierté démesurée ? Comment s'aider ? Voilà tout ce à quoi elle pensait avant qu'il ne la ramène à des sujets plus terre à terre.

- Je vois. conclut-il alors qu'elle achevait son compte rendu. Toujours aussi passionnant. Mais c'est nécessaire, ne vous découragez pas.

Elle balaya la remarque d'un revers de la main.

- Je ne me découragerait pas juste pour une tâche ennuyeuse et répétitive.

- J'ose espérer. Vous êtes professeure maintenant. Tous les jours vous allez devoir répéter la même chose à une bande d'idiots incompétents, corriger les mêmes copies et voir les mêmes visages ahuris.

L'enseignement n'était pas le fort du directeur de Serpentard, c'était certain. Il détestait les enfants. Il n'avait pris son poste à Poudlard que pour mieux accomplir son rôle d'espion. Ce qui aiguisa cependant la curiosité d'Hermione était la raison pour laquelle il était toujours là.

- Si vous détestez tant votre travail, pourquoi continuer ?

Il poussa un soupir désespéré.

- On m'y a forcé. Comme après la guerre il était complexe de trouver des enseignants, McGonagall n'a pas voulu que je parte.

Hermione sourit doucement. Selon toute probabilité, la directrice avait juste demandé à Snape s'il comptait continuer à travailler en laissant entendre que cela l'aurait bien arrangé. Au fond, le serpent avait probablement encore envie de se sentir utile.

- Maintenant que vous n'avez plus besoin de jouer le méchant, vous pourriez peut-être en profiter pour ne plus être le professeur que tous les élèves détestent …

Il toussa dans ce qui aurait pu aussi bien être un rire qu'une exclamation de douleur réprimée.

- Je ne crois pas, non. J'apprécie cette position. Personne ne remet en question mon autorité, pas un bruit dans ma classe et une attention totale. Vous ne pouvez pas nier que vous avez plus appris en cours de Potions avec moi qu'avec cet empaffé d'Horace.

Elle pouffa.

- C'est sûr, mais favoriser les Serpentard ? Ce n'est pas vraiment de la bonne éducation.

- Vous voulez rire ? Ils en ont bien besoin ! Tout le monde les méprise, les rabaisse et personne n'est de leur côté. Est-ce trop demander que d'avoir un professeur qui leur montre qu'ils valent quelque chose ?

Il s'était un peu emporté, elle s'était sans doute engagée sur un terrain trop dangereux. Après tout, lorsqu'il avait lui-même été un élève, il avait pu subir l'expérience que c'était d'être un serpentard … Et de ce qu'elle en savait, cela avait été horrible. Cela expliquait peut-être pourquoi il pouvait être aussi partial auprès d'eux, sans compter que la direction ne faisait que favoriser les gryffondor.

- Très bien très bien, je n'insiste pas. Mais ne comptez pas sur moi pour faire du favoritisme.

- Pf. Vous ferez comme les autres. Vous serez plus gentille envers votre maison sans même vous en rendre compte.

Il n'avait sans doute pas tort, mais Hermione voulait croire qu'elle ferait de son mieux, au moins, pour que cela impacte ses élèves le moins possible. Elle remarqua que quelques gouttes de sueur perlaient sur le front de Snape, sa mâchoire était contractée et il fermait régulièrement les yeux pendant plusieurs secondes.

- Où est votre salle de bains ?

- A côté de la cheminée.

Sa voix s'était faite de plus en plus traînante au fur et à mesure de la conversation. Elle se hâta jusqu'à la porte et se faufila dans la pièce en question. La salle de bains était étonament fraîche, sans doute grâce à la proximité du lac noir. Un feu magique l'éclairait dans une atmosphère douce, mais Hermione ne prit pas le temps de détailler le reste. Elle trouva un linge qu'elle passa sous l'eau fraîche et revint en direction du lit où le directeur de Serpentard s'était un peu plus avachi. Comme s'il sentait sa présence, ses sourcils se froncèrent et il ouvrit un œil.

- Qu'est-ce que vous faites ?

Sans répondre, elle posa le linge humide sur son front après l'avoir superficiellement essuyé. Il poussa un soupir de soulagement.

- Aaah … geignit-il. Bonne idée. Vous feriez une bonne infirmière.

Elle s'amusa sans en dire un mot. Un compliment de Snape était suffisamment exceptionnel pour qu'elle se refuse à le gâcher.

- Je vais vous laisser, vous commencer à atteindre vos limites.

- Je peux décider tout seul de mes limites Hermione ! … Mais vous avez raison.

Décidément, il était incorrigible. Elle approcha les potions apaisantes pour qu'il puisse les récupérer sans avoir à se lever de son lit et vérifia qu'il avait de quoi boire et de quoi manger à portée également.

- A demain Severus, reposez vous bien.

- A demain.

Après avoir refermé doucement la porte du bureau, elle prit un instant pour respirer. Ses mains tremblaient légèrement. Tout s'était bien passé. Il n'y avait eu aucune allusion à la déclaration enflammée qu'il lui avait fait la veille et pourtant tout avait changé. Il lui avait sourit. Lui avait parlé calmement. Il voulait toujours la voir malgré les douleurs que cela lui provoquait.

Les jours suivants se déroulèrent de façon similaire. Elle faisait sa ronde dans le château, trouvait des farces inoffensives et en faisait, le soir venu, le compte rendu à un Snape fatigué qui lui prodiguait quelques conseils. Le professeur de potions ne mettait pas sur la table le sujet de leur relation et Hermione était tout aussi discrète sans trop savoir ce qui lui faisait peur à présent que tout avait été dit.

Pourtant, le rapprochement entre les deux enseignants était palpable. Ils n'avaient jamais parlé de manière aussi détendue, et les quelques blagues qu'ils se faisaient étaient clairement dénuées de toute intention de nuire. Les coups d'œils qu'ils se lançaient étaient on ne peut plus révélateurs, et les fréquentes occurrences où leurs regards venaient à se croiser les voyaient détourner la tête précipitamment comme deux adolescents.

Si les premiers jours s'étaient soldés par une aggravation des symptômes du malade (un cas s'était même produit où la Gryffondor n'avait pu rester qu'une dizaine de minutes, exposant sa journée à toute vitesse), la tendance semblait maintenant opposée. La douleur se retirait et avec elle, les craintes de la jeune femme revenaient. S'ils ne parlaient pas maintenant de ce qui s'était passé entre eux, il n'y aurait probablement plus d'autres occasions.

Entretenir une relation amicale avec le directeur de Serpentard convenait à Hermione, c'était mieux que la colère froide qu'il lui avait affiché après son dérapage, ou même que son désintérêt méprisant de l'époque où elle était encore son élève, mais s'il y avait une chance, une minuscule petite chance qu'il puisse y avoir autre chose, il fallait qu'elle la saisisse !

Pourtant, jour après jour, elle ne parvenait pas à rassembler son courage. Finalement, la sentence tomba. Il ne lui restait que quelques salles de classes à visiter et Severus avait la veille suggéré de reprendre ses fonctions normale. Hermione n'avait plus le luxe d'attendre. Ce jour là, elle fit encore plus d'efforts que d'habitude pour paraître féminine, elle se devait de mettre toutes les chances de son côté.

Lorsqu'elle toqua à la porte, une voix, fatiguée mais dénuée du moindre signe de douleur lui répondit. Assis à son bureau pour la première fois depuis deux longues semaines, le Serpentard lui adressa un sourire sympathique qui aurait été impensable un mois plus tôt. Raffermissant sa conviction, la professeure de défense contre les forces du mal lui répondit d'un hochement de tête tendu.

- Hermione tout va bien ? Vous m'avez l'air … préoccupée.

- C'est le cas. Severus … Nous devons parler.


Chapitre un peu plus court (et en retard désolé), je suis en vacances du coup pas toujours avec une connexion internet ou même mon ordinateur, mais c'est temporaire ;) !

justeMarianne Je les laisse un peu apprendre à se connaître mais ce ne sera pas sa dernière déclaration héhé

drou merci à toi pour ton commentaire, à la prochaine fois ;) !

Lokison Ça aurait été dommage qu'ils en restent là héhé ! J'espère que la suite te plaira aussi ;) !