- Hermione tout va bien ? Vous m'avez l'air … préoccupée.
- C'est le cas. Severus … Nous devons parler.
…
Ils étaient assis tous les deux dans les appartements du maître des potions qui leur avait servi pour la peine une bouteille de whisky pur feu. Hermione faisait tourner le liquide ambrée dans son verre sans y avoir encore trempé les lèvres. Elle rassemblait le courage nécessaire pour lui dire ce qui devait être dit.
- … Vous m'inquiétez. Osa Snape après avoir fini son verre.
Elle eût un sourire timide. Il fallait qu'elle se lance, alors elle commença par le plus dur.
- Ce que vous m'avez dit la dernière fois, lorsque j'ai accepté de rester à vos côtés le temps que la potion cesse de faire effet … Le pensiez vous vraiment ?
Il scrutait le fond de son verre vide sans lui répondre. Les secondes s'écoulaient et les mots ne sortaient pas de ses lèvres parcheminées.
- Si vous ne souhaitez pas répondre, je ne vous y forcerais pas. Mais je ne pourrais pas l'interpréter autrement que comme un non. Je ne peux pas rester indéfiniment dans l'indécision. Je dois savoir. Savoir si je dois passer à autre chose ou si … si quelque chose est envisageable.
- Ce n'était pas un mensonge. Finit il par lâcher. Mais je crains que, maintenant que mes idées sont plus claires, je ne puisse pas vous offrir ce que vous espérez.
- Qu'est ce que ça veut dire ?
- Il y a quelqu'un … quelqu'un que je ne pourrais jamais oublier.
Son premier et seul véritable amour. Celle qu'Hermione ne pourrait jamais remplacer. Elle s'approcha de lui et posa une main sur son genou.
- Bien sûr Severus. Je ne te demande d'oublier personne. Je ne te demande pas de ne plus l'aimer. Je n'ai pas besoin d'être la seule dans ton coeur. Nous sommes deux adultes, nous savons que la vie ne prends jamais le chemin que nous aurions souhaité quand nous étions enfants. Nous savons que le premier baiser n'est pas éternel et que les vœux d'amour ne sont que des espoirs sous forme de promesse. Nous avons fait des erreurs, perdus des amis et plus encore, et nous ne serons jamais la personne que nous étions lorsque notre cœur s'est emballé pour la première fois. Mais est-ce que cela doit nous empêcher d'être heureux ?
L'air grave du professeur de potions soutenait le regard farouche de la Gryffondor, mais il ne répondait toujours pas.
- Je ne vous demande pas de me promettre de m'aimer pour toujours, ou d'être la seule à jamais. Je ne serais jamais la première comme vous ne serez jamais le premier. Je ne vous demande pas de me jurer que vous ne changerez pas ou que vos sentiments feront de même. Je vous demande juste de me dire ce que vous ressentez aujourd'hui.
Les mots de la jeune femme résonnaient en lui avec force. Il se souvenait de l'avoir jugée immature, idiote et infantile. Il sentait à quel point elle avait grandit. Ce qu'il ressentait à présent ? Il avait passé les derniers jours à se poser cette question et la réponse était toujours identique. Mais pouvait-il le lui dire ? Il avait été son professeur, et pas des plus tendres. Il était beaucoup plus âgé et il avait commis des erreurs que d'aucun considéreraient comme impardonnables. Pouvait-il franchir l'espace qui les séparait encore ? Elle le fit à sa place.
- Moi, Severus, je vous aime. Je me suis longtemps demandé si c'était bien ça. Mais il n'y a pas de doute. Au début c'était de l'admiration envers quelqu'un de plus intelligent que moi, de fascinant et de mystérieux. Et puis j'ai appris à vous connaître. Aujourd'hui je n'ai plus aucun doute. Je ne peux vous dire combien de temps cela va durer mais je peux vous garantir que ce n'est pas une amourette. Cela fait des mois. Je ne peux pas non plus vous dire pourquoi, après vous avoir tant détesté, j'ai changé d'avis. Je pense … non je sais que derrière vos grands airs renfrognés, vous êtes quelqu'un de bien. Que vous avez toujours fait au mieux. Que l'homme qui a fait des erreurs a vieilli. Si vous vous en donniez aujourd'hui la chance, vous seriez en plus d'un potionniste de génie un compagnon drôle, attentionné et passionnant.
Il se racla durement la gorge. Que pouvait-il répondre à cela ? Il aurait certes pu enchérir sur une pique acerbe. Lui faire ravaler ses jolis mots. Mais dans quel but ? Il voulait, lui aussi, être l'homme qu'elle devinait en lui. Il ne croyait pas un seul instant qu'il en était capable, mais il avait envie d'essayer.
- A mon tour de ne rien promettre alors. Je ne peux pas vous promettre d'être celui que vous pensez, ou même de pouvoir l'être un jour. Je ne peux pas vous promettre de ne jamais vous blesser, ou même de vous dire des mots doux. Mais je peux essayer. Je veux essayer, Hermione.
Il la vit sourire et son coeur meurtri sourit en retour. Être heureux ? Cela ressemblait à un doux rêve impossible. Il ne pourrait jamais se débarrasser des cauchemars, des fantômes qui le hantent. Mais il pourrait peut être lui rendre ses sourires. Cela semblait déjà être un pas en avant. Il se redressa, se refusant à se laisser mener par le bout du nez par cette petite femme tout du long, il voulait agir, faire ce qu'il désirait depuis si longtemps.
- Severus ?
Sa voix était perturbée. Pleine de questions. Il prit un malin plaisir à avoir retourné la situation. Il avait pris son visage entre ses grandes mains calleuses et la regardait dans les yeux. Elle peinait à soutenir son regard. Après tout ce qu'elle disait, elle restait une jeune femme inexpérimentée, bien meilleure avec les mots qu'avec la vie.
- M'autorisez vous à signer cette non promesse entre nous ?
La voix grave et chargée du maître des cachots avait fait trembler Hermione jusqu'au plus profond de son cœur. Elle acquiesça, se mordant les lèvres d'impatience et d'inquiétude. Elle n'avait pas embrassé grand monde dans sa vie et jamais au grand jamais elle n'aurait cru que cela arriverait avec cet homme qu'elle avait tant haï, même si elle en avait maintes fois rêvé.
Doucement, il s'approcha. Il voulait prendre son temps. Après tout, c'était leur premier baiser. Il ne pouvait pas se précipiter sur elle comme l'homme affamé qu'il était à l'instant. Il scrutait ses lèvres roses et parfaites. Prenant appui contre le rebord du siège de l'innocente jeune femme il s'approcha assez pour que leurs souffles s'entremêlent. Il la faisait attendre. Encore un peu. Il avait son goût déjà sur le bout de la langue. Son odeur de groseilles. Sa paume caressait doucement sa joue, ses doigts perdus dans ses cheveux. Elle n'avait pas osé poser les mains sur lui, probablement pétrifiée.
Finalement il se laissa aller. Leurs lèvres se joignirent timidement. Elle ne respirait plus. Il prolongea cet innocent baiser quelques secondes avant de la chercher un peu plus. Il lui mordilla la lèvre du bas, cherchant à la faire réagir, ce qui eut l'effet escompté. Elle expira brusquement, son cœur battant si fort qu'il pouvait le sentir. Elle se joint à lui, passant ses bras autour de sa nuque et l'embrassant enfin en retour.
Leurs souffles devenaient erratiques. Plus passionnés. Il risqua sa main dans la tignasse désordonnée de sa partenaire, s'agrippant à elle comme si elle lui permettait de respirer. Bientôt, sans qu'ils ne sachent comment, leurs langues se découvrirent, il avait un goût de whisky et elle avait toujours celui du thé qu'elle avait bu un peu plus tôt.
Quand finalement ils se séparèrent, elle avait les cheveux complètement en bataille et lui le visage rouge, bien loin de sa morgue habituelle. Il se racla la gorge en rajustant sa redingote, tentant de retrouver une contenance.
- Vous devriez … hum … me raconter votre inspection.
L'air ahurie, elle se redressa et lissa nerveusement ses cheveux.
- Hum oui … sûrement. Je vais … Je devrais peut être juste …
Ses yeux ne semblaient pas trouver un endroit où se poser et elle finit par se décider par son verre encore plein qu'elle siffla d'une traite ce qui ne put que faire doucement rigoler le directeur de Serpentard.
La suite fut bien différente de leurs réunions habituelles. Ils étaient tous les deux gênés et à chaque fois que leurs regards se croisaient, ils se souvenaient de ce qui s'était passé quelques secondes plus tôt, mais pourtant, lorsqu'elle ressortit du bureau, elle avait l'impression de flotter. La prochaine fois qu'ils se reverraient, ce serait à l'occasion d'une réunion avec les autres enseignants. Pour l'instant, la plus grande discrétion serait de mise, mais l'avenir semblait plus incertain que jamais.
