Conserver un comportement normal après ce qui s'était passé ne fut pas de tout repos pour Hermione. Son cœur bondissait férocement dans sa poitrine à chaque fois qu'elle croisait le maître des cachots et elle était persuadée que son visage rouge cramoisi avait déjà attiré l'inquiétude de plusieurs de ses collègues. Pourtant, elle tenait à ce qu'il s'était passé entre eux reste pour l'instant le plus discret possible, et Snape partageait son avis. Ils en avaient discuté par hiboux interposés, n'ayant pas encore trouvé l'occasion de se revoir en privé.
En effet, il y a encore peu elle n'avait pas l'âge légal de se marier sans compter le fait qu'elle était alors l'étudiante de celui qu'elle aurait désormais pu appeler son amant ! Cela serait socialement inconcevable de les imaginer ensemble en n'ayant que ces informations. Mais si on ajoutait à cela qu'elle était l'un des trois héros qui avaient sauvé le monde magique alors qu'il était honni par ce même monde pour avoir fait parti pendant un temps des mangemorts, et qu'ils avaient tout deux entretenus ce qui avait toujours ressemblé à une haine farouche, cela aurait causé bon nombre de problèmes dont ils se passaient aisément.
Ils restaient donc ainsi à une distance respectable, évitant soigneusement de croiser leurs regards de peur que la flamme qui y habitait ne les dévoilent et surtout, poursuivaient leurs attaques verbales habituelles afin de conforter tout le monde dans le fait que rien n'avait changé. Sans savoir s'il en était de même pour le directeur de Serpentard, Hermione se creusait régulièrement la tête pour trouver une bonne raison de se retrouver de nouveau seule avec lui. Elle avait encore un souvenir haletant de cette soirée et espérait pouvoir renouveler l'expérience, voir plus.
Mais les jours passèrent sans qu'une telle occasion ne daigne faire son apparition et elle commençait à désespérer lorsqu'elle entendit quelques coups précipités à la porte de son bureau. Il était 20h passé et elle s'apprêtait à prendre une bonne demi-heure pour démêler ses cheveux avant de se mettre au lit avec un bon livre, comme à son habitude que certains auraient pu qualifier d'ennuyeuse. Un pressentiment cependant l'avait retenu de se déshabiller et bien lui en prit car derrière la porte, elle ne fut qu'à peine surprise de constater la présence du potionniste qui ne lui adressa pas un mot avant de rentrer en coup de vent et de fermer derrière lui.
- Je pense que personne ne m'a vu. haleta t-il.
- Par Merlin Severus, que faites vous dans mes appartements à une heure pareille ! C'est inapproprié ! ne put-elle s'empêcher de plaisanter.
Il grogna en levant les yeux au ciel et posa sur une des chaises du petit bureau la longue cape dans laquelle il s'était enveloppé. La professeure de défense contre les forces du mal cachait mal sa joie de voir que c'était lui qui, le premier, avait craqué et avait décidé de venir la voir sans aucune excuse valable.
- Allons, ne faites pas votre mijaurée Hermione, je ne suis pas ici pour me battre avec vous.
- Vous êtes ici pour quoi alors ? Son cœur battait à tout rompre mais elle adorait le provoquer, voir ses sourcils épais se froncer et ses lèvres fines se pincer.
- Si vous souhaitez que je reparte, je ne serais pas déçu de lire un livre devant ma cheminée plutôt que de vous entendre poser des questions idiotes !
- Désolé, désolé ! C'est plus fort que moi, l'habitude !
- Bon, vous comptez m'inviter à l'intérieur ou vous préférez que je m'assoie sur la chaise des élèves ?
Sans plus attendre, la jeune femme ouvrit ses appartements qu'elle s'était un peu plus approprié ces dernières semaines. Le tout était dans des tons neutres et plutôt cosy. Elle n'avait pas encore eu le temps de fournir le bar à vin qui datait de son ancien propriétaire et n'avait donc rien d'autre à proposer que du thé, ce que Snape accepta gracieusement. Sans trop savoir comment se comporter -après tout, ils ne s'étaient embrassés qu'une fois et tout cela n'avait encore rien d'officiel-, elle prit place sur un fauteuil et sirota sa propre infusion sans oser le regarder. Le temps s'écoulait lentement, chaque seconde marquée abruptement par le tic tac de l'ancienne horloge au-dessus de leurs têtes.
- Ce n'est pas une situation habituelle pour moi. finit par se lancer Snape. Je ne sais pas vraiment ce que vous attendez de ma part.
Hermione haussa un sourcil surpris. Ce qu'elle attendait de lui ? Elle s'était plutôt inquiétée de l'inverse jusqu'ici.
- Je … Je ne suis pas non plus exactement dans ma zone de confort.
- N'avez vous donc pas eu des rendez-vous galants avec monsieur Weasley ?
La jeune femme manqua de s'étouffer. Des rendez-vous galants ? Etait-ce donc ce que c'était ? Elle avala sa gorgée de thé tant bien que mal et secoua la tête.
- Non jamais. Ça n'a pas duré très longtemps vous savez. Et vous alors ? Vos précédentes conquêtes étaient sans doute plus … expérimentées que moi.
Ce fut au tour du serpentard d'être surpris. Des précédentes conquêtes il en avait certes eu, mais cela n'avait jamais été bien sérieux. Ce n'était pas un dragueur mais tous les essais qu'il avait fait jusqu'ici d'avoir quelque chose de stable s'étaient révélés infructueux. Il n'arrivait pas à s'attacher et il ne pouvait s'empêcher de trouver ses compagnes pas assez ci ou trop ça, ce qui finissait par repousser ces dernières. Il ne pouvait cependant pas lui dire ça ! Il tenait à garder l'image d'un homme sûr et maître de lui.
- Ce n'est pas important. Je me disais seulement que nous pourrions clarifier notre situation. J'ai comme l'impression que nous sommes du genre à tourner autour du pot.
C'était un euphémisme, et pas des moindres. Mais clarifier la situation voulait dire que l'un des deux devrait exposer en premier son point de vue sur ses sentiments, et aucun ne voulait mettre en danger sa fierté de manière aussi franche.
- Peut-être … se risqua Hermione. Peut être qu'on peut continuer à voir si ça nous convient ? Si on apprécie notre euh … compagnie ? Essayer de se voir plus souvent avant de trancher ?
Le soulagement était perceptible sur les traits de Snape. Il hocha la tête et osa un sourire surprenament communicatif. Ils restèrent ainsi encore un petit moment, à boire leurs thés respectifs. Le silence avait perdu son côté gênant et la jeune enseignante se prit à l'apprécier. Lorsque leurs tasses furent vides, ils décidèrent d'un commun d'accord de finir cette soirée ici. Elle avait été courte, mais ils savaient désormais qu'elle ne serait pas la seule et que d'autres suivraient.
- Je compte sur vous pour vous déplacer la prochaine fois.
Hermione acquiesça mais se retint d'ouvrir la porte.
- Pourquoi ne pas nous tutoyer ? J'ai pris l'habitude d'être formelle mais …
-Oui. C'est une bonne idée. Alors à demain Hermione, je t'attendrai.
Satisfaite, elle ne trouva pas le courage de lui adresser un baiser d'adieu, mais cela n'avait que peu d'importance à présent. Ils avaient tout le temps du monde pour ça.
Le lendemain soir, après avoir passé la grande majorité de sa journée à annoter son exemplaire du livre de cinquième année, elle s'enveloppa dans une lourde cape noire de velours, autant pour se dissimuler que pour se protéger du froid qui perçait déjà dans les murs du château, en plein mois d'août.
Sur le chemin, elle se camoufla deux fois in extremis derrière un pilier puis contre une armure de pierre, ayant entendu des pas ou des éclats de voix. Elle se sentait comme une voleuse en mission secrète. Elle aurait certes pu se comporter normalement et prétexter l'envie de se dégourdir les jambes, mais elle craignait être une très mauvaise menteuse dans ces circonstances.
Finalement, elle se fraya un chemin jusqu'aux cachots. Elle s'apprêtait à lever la main pour toquer lorsque la porte de bois s'ouvrit brusquement. Une main vigoureuse attrapa son poignet et l'attira à l'intérieur alors que son maître des potions favori lui faisait signe de ne pas faire un bruit. Collés derrière la porte comme deux gamins, ils entendirent la voix de la directrice très clairement.
- Rien à signaler Fillius ?
- Rien du tout. Je pensais vraiment avoir entendu du bruit par ici, j'avais peur que Peeves ne fasse des siennes.
- Vous avez bien fait. Dans tous les cas, que diriez-vous d'un thé ?
Les deux voix s'éloignèrent doucement et les amants purent reprendre leur souffle en échangeant un regard complice.
- Je t'ai connue plus discrète … Quand il s'agissait de fabriquer du polynectar dans les toilettes des filles par exemple …
- J'étais plus petite et je profitais du bruit que faisaient les autres élèves pour qu'on ne me remarque pas, voilà tout. Je n'ai jamais été une professionnelle du déguisement.
Elle rigola en enlevant sa cape et ils se dirigèrent tranquillement vers les mêmes fauteuils que précédemment. Lorsque Snape lui tendit un verre de whisky, elle le refusa aussitôt.
- Non je voudrais garder les idées claires.
Il haussa les épaules et garda le liquide ambré pour lui. Ils commencèrent à discuter de choses et d'autres, des dernières lois post guerre que le gouvernement avait fait passer, des élèves de l'année dernière qui risquaient de poser problème à la nouvelle enseignante et de la dernière trouvaille du laboratoire magique international de recherche en potions. Finalement, Severus posa son verre vide et resta un moment silencieux à scruter les traits d'une Hermione mal à l'aise.
- J'ai quelque chose sur le visage ?
Il hocha la tête d'un air si sérieux qu'elle ne put que se crisper, et alors qu'il s'apprêtait visiblement à lui enlever, il saisit à la place son menton pour l'embrasser. Elle poussa un grognement surpris et resta abasourdie au petit sourire satisfait du serpentard quand celui-ci s'écarta à nouveau.
- Mais que … qu'est ce que … ?
- Je cherchais un prétexte depuis un moment.
La Gryffondor écarquilla encore plus les yeux avant de se mettre à rire franchement.
- Je ne t'aurais jamais cru comme ça ! Il suffit de demander tu sais ? C'est d'ailleurs ce qu'on fait quand on est poli et bien élevé.
- Je ne suis ni l'un ni l'autre. Je suis un rustre à qui il va falloir apprendre les bonnes manières.
Elle pouffa de nouveau et approcha leurs fauteuils.
- Commençons par les bases alors. Severus, puis-je t'embrasser ?
Il poussa un profond soupir prétendument agacé avant d'acquiescer. Regrettant presque son initiative, Hermione se pencha maladroitement sur lui, manquant de tomber en avant.
- Je vois que tu as toujours besoin de cours particuliers toi aussi, souffla t-il. Première leçon : on évite généralement d'écraser son partenaire.
Tout en se moquant d'elle, il se redressa un peu pour lui faciliter la tâche et elle put enfin poser ses lèvres sur les siennes. Ils passèrent la soirée dans les bras l'un de l'autre, comme s'ils découvraient l'amour pour la toute première fois. Jusque là, ils restaient chastes, mais leurs respirations difficiles et leurs mains qui peinaient à rester en place laissaient à penser que cela ne serait plus très long.
Lorsque la jeune femme fut partie, Severus resta un moment assis sans rien faire, l'air grave. Il ne pouvait pas nier qu'il appréciait ces moments, ces instants où il pouvait oublier qui il était, qui elle était, et juste profiter de sa présence. Mais il avait l'impression que ce n'était qu'une idylle temporaire, un passage dans sa vie à elle, qu'elle aurait tôt fait d'oublier quand elle rencontrerait un homme plus adapté.
Le serpentard ne manquait pas totalement de confiance en lui, il savait qu'il avait un charme mature qui séduisait beaucoup de sorcières aux alentours de son âge, mais Hermione était si jeune, si innocente, il craignait d'entacher sa vie s'ils poussaient tout cela plus loin. Tant qu'ils se voyaient le temps de quelques baisers, cela ne posait pas de problèmes, mais serait-il capable d'assumer une relation et tous les compromis que cela entraînait ? Et pourrait-elle supporter son caractère hautain, grognon et marqué par le passé ? C'était fort improbable.
Bien que plaisante, cette soirée lui avait aussi rappelé qu'ils avaient tous les deux des envies et que s'ils continuaient dans cette direction, elles risquaient de devenir difficilement contrôlable. Passer à l'acte avec cette jeune femme à peine adulte, était-ce vraiment raisonnable ? Ne profiterait-il pas de sa situation en tant que son ancien professeur, admiré et respecté, pour abuser de sa naïveté ?
Le potionniste aurait voulu pouvoir écarter toutes ces considérations d'un revers de la main. Se dire qu'elle appréciait autant sa compagnie que l'inverse, si ce n'était même plus, mais cela lui était impossible. Comment espérer être une personne correcte, ou au moins essayer de le devenir, si la première chose qu'il faisait dans cette relation naissante était ignorer les problèmes moraux évidents qui se posaient à lui ? Non, il était la voix de la raison dans cette histoire, il devait la rester, même si cela impliquait des nuits d'insomnies et des choix cornéliens.
