Hermione haletait alors que les mains du potionniste glissaient doucement sous sa robe. Elle se mordait les lèvres pleines d'attentes, les yeux vrillés dans les pupilles de charbon de son partenaire. Ses paumes glissaient sur son ventre contracté par le désir, descendant lentement pour …
Elle se réveilla en tremblant, les draps humides de sa nuit lui laissant une sensation désagréable qu'elle dut rincer avec une longue douche. Ces rêves s'étaient faits de plus en plus fréquents et elle ne parvenait pas à les chasser durant ses journées difficiles. Les élèves étaient là depuis six longues semaines et elle avait déjà du travail à n'en plus pouvoir. Depuis que les jeunes sorciers avaient investi le château, les deux amants n'avaient pas pu trouver un instant pour se retrouver.
On ne peut pas dire que leur relation avait été facile jusque-là, chacun tâtant timidement le terrain, refusant de s'engager trop. Quand elle repensait aux mots qu'il lui avait dit lorsqu'il était sous l'emprise de la potion, elle aurait voulu pouvoir chasser sa morale et en glisser dans son jus de citrouille à nouveau.
Ils se croisaient parfois dans les couloirs et leurs regards s'agrippaient l'un à l'autre, l'espace d'une seconde, puis ils poursuivaient leur route, indifférents, hautains même. Combien de temps ce calvaire durerait-il ? Ils n'osaient même plus s'envoyer de hiboux de crainte d'être repérés.
Qu'auraient-ils de toute façon pu attendre d'une soirée en tête à tête ? La dernière fois qu'ils s'étaient vus avant la rentrée, Hermione s'était montrée entreprenante. Elle se doutait que tout deviendrait plus difficile et voulait connaître plus des choses de l'amour avant de devoir jouer la marâtre devant des enfants indisciplinés, mais Severus l'avait gentiment repoussée et depuis la jeune femme ne pouvait pas s'empêcher de se demander ce qui l'avait retenu.
N'était-elle pas assez attirante pour lui ? Trop inexpérimentée ? L'avait-elle froissé de quelque manière que ce soit ? Bref, elle était exaspérée, fatiguée et tendue par ces rêves qui lui rappelaient chaque nuit ce qu'elle désirait sans pouvoir l'atteindre. Heureusement, son travail la passionnait.
Il n'y avait pas plus agréable que de voir le visage d'un de ces sorciers en herbe s'illuminer lorsqu'il réussissait enfin à lancer un sort avec lequel il se débattait depuis un moment, ou de répondre aux questions d'un jeune garçon aussi curieux et studieux qu'elle l'était à l'époque.
Elle voyait dans ces petites bouilles endormies au matin la classe de son époque, elle reconnaissait le petit fils de riche à la Drago Malefoy qui tirait constamment la tronche, le maladroit qui faisait de son mieux ou encore le rêveur complètement perché.
Elle s'inquiétait encore de bien faire, en appelant régulièrement au souvenir de Lupin pour assurer du mieux possible, mais ses collègues l'encourageaient constamment, et la passion qu'elle voyait dans les yeux de quelques uns de ses étudiants lui laissait croire qu'elle ne se débrouillait peut être pas si mal que ça.
D'un autre côté, elle entendait de drôles de rumeurs. Snape serait devenu fatigué. Moins agressif. Il expliquait parfois même les choses calmement, dans ses meilleurs jours en tout cas. Au grand damn des serpentards, il avait abandonné l'idée de distribuer ou de retirer des points à qui que ce soit pendant ses cours en début d'année, et quelques petits malins en avaient profité pour être peu attentif. Grand mal leur en prit, car le maître des potions distribuait des retenues à la pelle pour compenser.
L'idée que la chauve souris des cachots puisse s'être assagi faisait sourire la Gryffondor qui comptait bien le taquiner avec ça la prochaine fois … Mais cela lui faisait alors penser qu'elle ne pouvait toujours pas fixer un jour sur cette prochaine fois, et elle retombait alors dans ses sinistres pensées.
Et les rêves continuèrent. De plus en plus torrides, de plus en plus haletants. Elle se réveillait le matin, d'énormes cernes sous les yeux comme si elle n'avait pratiquement pas dormi, et le regard vague, peinant à reprendre pied dans la réalité. Elle ne tenait plus, elle était comme une lionne en cage, prête à dévorer sa proie si celle-ci lui en laissait la moindre chance. Mais des chances elle n'en avait pas et plus la tension montait plus elle désespérait.
Finalement, ce fut à un repas du soir que l'épuisement l'emporta sur son bon sens. Minerva discutait tranquillement de la prochaine sortie à Pré-au-Lard et de qui pourrait bien y aller. Snape ne s'était pas porté volontaire mais la directrice l'avait fait pour lui, estimant qu'un peu d'air frais lui ferait du bien, et elle cherchait un bénévole prêt à sacrifier son week-end pour accompagner le ruminant personnage quand la professeure de défense contre les forces du mal scotcha tout le monde.
- Moi je veux bien y aller.
- Her … Hermione ? Vous êtes sûre ? Pomona bredouillait sans oser dire ce qui l'inquiétait autant.
- Eh bien Pré-au-Lard me manque un peu, et je n'y suis jamais allée autrement qu'en tant qu'élève … Et puis je me dis que ce serait une bonne façon pour que les étudiants me voient hors de la salle de classe et m'apprécient un peu plus, non ? ratrappa t-elle.
Les autres professeurs se regardèrent entre eux. Ses arguments étaient censés mais … mais ne craignait-elle pas la compagnie du sinistre professeur de potion ? Ils finirent par accepter sans trop savoir quoi en penser. Severus n'avait pas pipé mot de toute la conversation, scrutant obstinément la grande salle comme s'il cherchait quelqu'un, faisant probablement froid dans le dos à une bonne partie des élèves.
Le grand jour arriva et Hermione se prépara sobrement. Les élèves de troisième année étaient excités comme des puces et elle avisa en souriant l'accueil chaleureux qu'ils lui firent, contrairement au Serpentard qui eût plutôt le droit à un cercle vide autour de lui. Une fois tous les bambins groupés et les règles de sécurité rappelées, ils avaient leur journée pour visiter tranquillement le village.
Généralement les professeurs passaient leur temps aux Trois-Balais à discuter avec Rosmerta pour passer le temps. Severus s'apprêtait à suivre l'habitude lorsque la jeune femme l'arrêta discrètement.
- Pas par là.
Il haussa un sourcil surpris, jeta un regard aux alentours pour s'assurer que personne ne les regardait et lui répondit sur un ton un peu agacé.
- Qu'est-ce que tu as encore en tête ? Ce serait bizarre si on ne nous voyait pas là-bas.
- Oh on trouvera bien quelque chose, suis-moi.
Avec un soupir caractéristique, il lui emboîta le pas. Elle l'emmena jusqu'à la tête de sanglier, toujours tenue par le grommelant Abelfort qui les accueillit sans jamais montrer sa surprise.
- Pourquoi on doit aller dans ce coin crasseux ? grogna le potionniste, bientôt fusillé du regard par le propriétaire des lieux qui essuyait de son chiffon sale des verres graisseux.
- Abelfort, on peut y aller ?
Le concerné grogna comme seule réponse et, n'en attendant pas plus, la jeune enseignante montra le tableau qui cachait un passage secret vers la salle sur demande.
- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? maugréa son compagnon qui se tut soudainement en voyant le passage s'ouvrir. Où m'emmènes-tu encore ? Pourquoi toutes ces cachotteries?
- Allons, fais pas le bougon et passe devant.
Bientôt ils furent dans le passage, et en quelques enjambées rejoignirent l'autre bout. Snape s'arrêta brusquement et se retourna vers Hermione l'air plutôt en colère. Derrière lui se trouvait un coin douillet absolument idyllique. Un petit bar à vin, un grand canapé moelleux et … un lit king size à baldaquin. Le tout était décoré avec goût par d'élégants tableaux contemplatifs sans personnage pour déranger, quelques plantes en pots qui s'épanouissaient tranquillement et des tapis molletonnés.
- Nous devons surveiller les élèves !
Il était clairement énervé, mais pourquoi ? Il s'apprêtait à faire demi-tour, mais la jeune femme l'arrêta par les épaules en fronçant les sourcils.
- Pourquoi tu réagis comme ça ? J'ai prévenu Rosmerta que j'avais à faire et elle nous dira s'il se passe quoi que ce soit, on y sera en quelques secondes ! Et tu sais aussi bien que moi qu'ils n'ont pas vraiment besoin de surveillance, surtout vu les patrouilles des aurors depuis la guerre.
- Tu essayes juste de me piéger, de me forcer à passer du temps avec toi ! Et si je n'en ai pas envie, hein ? Tu y as réfléchi à ça quand tu as monté ton petit plan stupide ?
Il était vraiment hors de lui et Hermione dû se contrôler pour ne pas s'énerver à son tour. Ses mots dépassaient sa pensée, oui, c'était forcément ça.
- Severus, tu penses vraiment ce que tu dis ? Si c'est le cas, tu peux t'en aller. Elle le lâcha théâtralement. Je ne te retiens pas. Mais si tu t'en vas après ce que tu m'as dit, c'est fini.
Son ton froid et décidé avait probablement ramené le potionniste à la réalité. Il secoua la tête.
- Non ce n'est pas ce que je voulais dire. Je ne suis pas contre le fait de passer un peu de temps avec toi. Je suis inquiet pour les élèves c'est tout.
Il mentait. C'était écrit sur son visage. Lui qui avait été si longtemps espion faisait un bien piètre menteur lorsqu'il s'agissait de leur relation. Elle sourit, mais il n'y avait plus dans cet instant la détente et la joie qu'elle espérait. Elle passa à côté de lui sans faire d'effort pour ne pas le toucher au passage, ce qui fit battre son cœur bien plus vite, et entra dans la salle sur demande pour leur servir du whisky pur feu.
- Je te dis que tout est en ordre. Viens boire un verre et respire un coup.
- Juste un verre alors, il faut rester lucide si jamais on a besoin de nous.
De nouveau la Gryffondor comprit qu'il lui cachait quelque chose. Il n'avait jamais été prudent avec l'alcool (c'était d'ailleurs un de ses défauts qu'elle avait peine à accepter). Elle finit par hausser les épaules et lui tendit son breuvage en sirotant le sien. Elle avait bien besoin de ça pour oublier l'altercation qui venait d'avoir lieu. Contrairement à leurs appartements, il n'y avait pas de fauteuils séparés et elle s'assit résolument à côté du maître des potions sur le canapé.
Leurs cuisses se frôlèrent et Severus se leva précipitamment pour aller se tenir debout dans un coin de la pièce devant les yeux écarquillés de l'enseignante. Non, ça ne pouvait plus durer. Elle posa son verre sur la table basse avec un peu trop de brutalité, quelques gouttes vinrent s'écraser sur le bois ouvragé.
- Bon, ça suffit. Qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne sais pas de quoi tu veux parler.
- Je déteste qu'on me prenne pour une idiote Severus. Je suis peut être jeune et naïve mais je ne suis pas stupide. Tu m'évite comme si j'étais une pestiférée, tu t'énerves pour un rendez-vous que j'ai pris du temps à organiser et tu fuis mon regard. Qu'est-ce que j'ai fait par Merlin pour mériter ça ?
Il resta silencieux quelques secondes, soutenant pour une fois ses yeux, les sourcils froncés et la mâchoire serrée.
- Tu n'as rien fait. Rien de mal en tout cas.
Elle se leva et le rejoignit, il se raidit de nouveau mais ne cessa pas de la regarder.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée Hermione …
- Comment ça ?
- Je suis un homme tu sais, j'ai des besoins et …
Elle soupira si fort que cela le coupa en plein milieu de sa phrase.
-Tu es un homme ? Quelle excuse pitoyable ! Je m'attendais à mieux de ta part Severus. Tu es un homme et alors quoi ? Ta testostérone t'empêche de réfléchir correctement ? Avoir une verge te rends idiot ? Si c'est le cas, il va falloir m'expliquer pourquoi c'est VOUS qui êtes toujours mieux payés ! Si vos hormones sont si prenantes qu'elles vous empêchent d'avoir une conversation censée avec votre prochain, vous feriez mieux de rester à la maison pour faire la cuisine !
Il resta quoi un instant … avant d'éclater de rire. Ce n'était pas souvent que le professeur de potion se laissait aller à exprimer de la joie alors un rire aussi franc … c'était exceptionnel. Les lèvres pincées, la jeune femme ne comprenait pas ce qu'il trouvait si drôle. Il s'esclaffa encore quelques secondes avant de s'arrêter, essuyant quelques larmes qui perlaient à ses yeux.
- Qu'est-ce qui est si comique ? Râla Hermione
- Rien rien ! Je ne te pensais pas si … véhémente sur ce genre de sujets. Mais tu as raison. C'est une mauvaise excuse. Ce que je voulais dire c'est que je suis une personne qui n'a pas connu de relation intime depuis un peu trop longtemps, et que si tu me colle comme ça, je risque d'avoir des idées … Par Merlin tu vois de quoi je parle !
- Bien sûr que je vois de quoi tu parles ! Et alors, quel est le problème ? C'est si grave que ça ? On est deux adultes et si tu me demandes l'autorisation on sera probablement consentant, non ?
Il soupira à son tour, visiblement ennuyé.
- Certes mais …
Hermione l'arrêta de nouveau.
- Mais tu as peur que je fasse une mauvaise décision. Tu te dis que je ne suis pas en pleine possession de mes moyens à cause de ce qui s'est passé il y a deux ans, que je suis encore en phase de deuil, que je suis toujours sous ton influence puisque tu étais mon ancien professeur. Tu te dis que faire quoi que ce soit avec moi, ce serait abuser de moi, profiter d'une jeune femme qui le regrettera plus tard, c'est ça ?
De nouveau, il était soufflé. Sa réputation de miss je-sais-tout n'était pas usurpée, la preuve ; elle était allée jusqu'à lire dans ses pensées. Un instant il crut qu'elle avait usé de legilimancie sur lui, mais il s'en serait forcément rendu compte. Non, elle était tout simplement suffisamment intelligente pour comprendre. Peut-être avait-elle passé des nuits sans sommeil à se demander pourquoi il l'évitait, et voilà la conclusion à laquelle elle en était venue. Il hocha la tête.
- Ce n'est pas ce dont j'ai besoin. renchérit-elle. Je n'ai pas besoin que tu me protège, que tu veilles sur moi sans rien dire en pensant bien faire et surtout que tu prennes des décisions sans m'en parler parce que tu penses qu'elles vont moins me blesser. Je ne connais pas grand-chose à l'amour Severus, mais s'il y a une chose que je sais, une chose dont toute relation a besoin, ce n'est pas de ça. C'est du respect. Tout ce dont j'ai besoin c'est que tu me respectes. Et si tu peux m'aimer par dessus-tout je serais la femme la plus heureuse au monde.
- Ce n'est pas une question de respect ou non. tenta-t-il de se défendre.
- Pourtant si. C'est ce que tu ne vois pas. Encore une fois, tu semble oublier que je suis une adulte. Je ne suis plus l'élève que tu grondais à l'époque. Je sais ce que c'est que les relations entre un homme et une femme. Je sais ce que ça implique. Alors si tu me respecte, tu feras confiance en mon jugement. Tu sauras que si je te dis oui c'est ce dont j'ai envie. Est-ce que tu me menaces ? Est-ce que tu m'as fait des promesses que tu sais ne pas pouvoir tenir ? Est-ce que tu me mets la pression d'une manière ou d'une autre ? Si la réponse à toutes ces questions est non et que j'en ai envie, c'est que je sais ce que je fais. Point.
Encore une fois, il restait silencieux. Ce n'était pas un grand bavard. Mais au bout d'un moment, il se fendit d'un nouveau sourire. Il était admiratif devant cette jeune femme qui lui tenait tête avec tant d'assurance pour lui apprendre la vie.
- Tu as raison. Je t'ai manqué de respect en pensant savoir mieux que toi ce dont tu avais besoin. J'ai eu un mauvais professeur.
Il eut un instant de tristesse en repensant à l'ancien directeur. Un grand homme, puissant et bon, mais loin d'être exempt de défauts. Grave, la Gryffondor hocha la tête.
- Faisons un marché. commença t-il. Dorénavant, si l'un de nous deux s'inquiète pour l'autre … Il lui posera tout simplement la question.
Finalement, les traits de l'enseignante se détendirent. C'est ce moment que choisit un oiseau en papier pour se poser sur sa tête. Elle le déplia en rigolant.
"Bart Hikkins s'est coincé les doigts dans une tasse à thé mordeuse aux Trois Balais."
Elle pouffa et montra le papier au potionniste qui leva les yeux au ciel.
- Eh bien allons-y, nous sommes attendus.
Alors qu'ils reprenaient le passage, elle jeta un dernier coup d'œil au lit à baldaquin qu'ils n'avaient pas eu l'occasion d'utiliser. Snape, remarquant cela, serra un instant sa main.
- La prochaine fois.
Et ils repartirent alors que le coeur de la jeune femme battait plus fort que jamais.
