J'ai ouïe dire que Larian avait refait des animations de câlins et de bisous ? *_* Trop hâte de découvrir ça !

Journal des reviewers

Seulie : Hi hi, j'ai hâte de vous en dévoiler plus aussi ! Tout sera expliqué dans les moindres détails. Ils sont trop meugnons. Et maintenant qu'ils sont rabibochés, on peut dire qu'ils sont bien « ensemble », je me suis fait plaisir après et j'espère qu'il en sera de même pour vous.

Liline37 : Il était temps de les réconclier une bonne fois pour toute. Et la miss va enfoncer le clou encore un peu plus.
Notre Gayle d'amour est plus qu'inquiet et attaché à ce stade. Hélas, il est réaliste... ç_ç Je l'aime. Il est trop.

Jennalocked : Gayle est un chevalier romantique, le best des best XD J'ai beaucoup aimé aussi écrire ce chapitre, il a été produit très rapidement, on se demande pourquoi lol
Pour Silesta, si j'arrive à rendre son histoire personnelle et bien intriquée avec les interactions avec les autres persos comme si elle avait été un compagnon comme les autres, franchement, je serai fière :) Si c'est plus ou moins l'impression que ça te donne, c'est un compliment très gratifiant, merci !

Erwynia : Disons que là, Silesta était un peu trop terrifiée par ce qui lui arrivait pour vraiment lui prendre la tête. Mais ne t'en fais pas, elle va se venger gentiment. Elle a retrouvé Astarion mais elle ne perd pas complètement ses habitudes pour autant.

Je constate avec un grand bonheur que le chapitre précédent a plu =^^= C'est super !

Vais-je donner un peu de répit à Silesta après cette terrible épreuve ? ^_^


CHAPITRE XXXVI – LE DEUXIÈME CHOIX

Emportée par l'accumulation des événements et entourée de la veille protectrice d'Astarion, il ne fallut guère longtemps à Silesta pour sombrer dans le sommeil. Elle s'était d'ailleurs découvert une certaine sensibilité capillaire. Le glissement léger des doigts de son compagnon le long de ses cheveux avait la prodigieuse vertu de créer un effet apaisant quasi-immédiat sur elle.

Au début, elle préférait errer dans une espèce de semi-conscience, à cheval entre la somnolence réparatrice et une détente éveillée qui lui permettait de s'imprégner pleinement de la présence auprès d'elle. Parfois, elle perdait pied avec la réalité pendant plusieurs minutes et regagnait un furtif éclat de conscience qui se traduisait par un petit sursaut bref, comme une main qui se refermait ou un léger mouvement de tête. Chaque fois que cela se produisait, Astarion répondait par nouveau geste imperceptible qui calmait son début d'angoisse. Au final, l'épuisement finit par avoir raison d'elle et étiola son esprit agité jusqu'à n'en laisser qu'un fil dénudé.

Jamais la lueur bleutée de ses rêves sans image ne fut aussi brillante qu'en cette nuit. Cette même lumière qui s'était gravée de mille runes sur son corps quelques heures auparavant et qui scellait tout autant de mystères. La brume se fit toujours autant épaisse et les murmures agités autour d'elle étaient toujours là.

Silesta rassembla toutes ses pensées pour se concentrer sur ces voix. Hélas, plus elle forçait, plus elles s'éloignaient dans le lointain sans perdre de la fébrilité qui crépitait autour des voyelles sans consonnes. N'était-ce pas stupide d'essayer d'insister après ce qu'elle avait appris d'elle-même ? Non. Elle ne voulait pas abandonner.

Elle fondit dans la brume bleue avec toute sa détermination et appela la femme qui lui avait déjà parlé ainsi que le garçon demi-elfe dont le visage lui était apparu furtivement. Elle appela encore et encore mais aucune réponse ne lui revint. Frustrée, elle soupira en basculant la tête en arrière et s'arrêta.

Au-dessus d'elle, un plafond de pierre dans une pénombre nimbée de faible lumière. Une gravure sur une pierre. Un visage d'adolescent brun.

« Enfuis-toi vite. Silesta. »

Un puissant battement de cœur la fit subitement revenir à elle et une atroce douleur hérissa sa nuque. Elle fronça les sourcils sur ses paupières closes sous le mal. Quand elle remua, ce furent ensuite ses lombaires qui hurlèrent. Elle ne comprit pas. Sa joue était aplatie sur une surface dure et elle n'était plus sur le lit. L'odeur d'Astarion n'était plus là non plus.

Silesta ouvrit les paupières et sa vue embrouillée finit par loucher sur un encrier en gros plan à l'angle étrangement vertical. Le bureau de la chambre d'Astarion ?

Flagellée de lancinantes courbatures, elle ramena son bras ballant sur la table tout en se redressant du siège dans lequel elle était installée et sursauta quand elle regarda sa main droite. Son index était noir d'encre et sa main et son bras étaient eux aussi souillés de taches sombres.

« Qu'est-ce que... »

Lorsque la jeune femme leva le nez, elle se pétrifia, soudainement bien réveillée. Tout autour d'elle, sur des feuilles de parchemin éparpillées partout, les murs, la table, les vitres des fenêtres, la porte de la chambre et celles de l'armoire, partout s'imprimait un même dessin tracé à l'encre noire dans toutes les intensités possibles. Seul Astarion qui somnolait encore paisiblement de l'autre côté de la pièce avait été épargné.

Silesta se leva du fauteuil et tourna sur elle-même, les yeux écarquillés de malaise. Elle était cernée. Partout où ses yeux se posaient, elle rencontrait encore et encore ce symbole composé d'un cercle qui s'entrecroisait dans un triangle avec un autre cercle dans lequel se trouvait ce qui ressemblait à un œil. Qu'est-ce que c'était ?

La vision de ses mains, sa robe et aussi ses pieds marqués d'encre lui fit peur, mais peut-être moins que le fait de remarquer l'évolution artistique de son « œuvre ». En effet, la première moitié de la pièce affichait des ébauches encore grossières de la marque et plus l'on se tournait de l'autre côté, plus le sigil gagnait en netteté de composition et de tracé.

Son angoisse étriqua sa respiration. Comment avait-elle fait preuve d'autant de précipitation dans son action alors qu'elle n'en avait aucun souvenir ? Était-ce une manifestation du somnambulisme dont Astarion lui avait déjà fait part ?

Le sentiment d'oppression et d'enfermement que lui inspiraient tous ces dessins finit par prendre le dessus. Elle se sentait mal, elle était en train d'étouffer. Silesta quitta précipitamment la chambre en manquant presque de basculer par-dessus la rambarde de la mezzanine. Le balcon de bois qui bloqua subitement son ventre lui permit de retrouver une connexion avec son esprit agité. La deuxième chose qui acheva de la ramener sur terre fut sa rencontre avec deux yeux foncés à l'éclat sarcastique.

« Attention. L'encre, c'est très salissant. »

Ses mains se crispèrent sur le balcon. Au rez-de-chaussée, confortablement installé dans un fauteuil au rebondi de velours rouge, Raphaël savourait une tasse de thé qu'il leva silencieusement à la santé de l'aventurière matinale. Silesta scanna les lieux d'un rapide coup d'œil et constata que l'auberge était déserte. Les réfugiés tieffelins avaient déjà dû reprendre la route pour se rendre à la Porte de Baldur.

« Venez, Silesta, l'invita le gentilhomme en préparant une autre tasse. Après tout ce que vous avez traversé dernièrement, vous avez besoin de vous poser un instant. »

Elle resta d'abord immobile sans quitter le cambion des yeux. N'était-elle pas déjà dans une assez grande tourmente pour avoir droit à ça en plus ?

Raphaël se cala confortablement dans son dossier et guetta la jeune femme dans la plus confiante des placidités. Son petit sourire narquois qui se gaussait d'elle et de sa visible décontenance finit par être tellement insupportable pour Silesta qu'elle pesta entre ses dents puis s'en alla le long de l'allée parquetée.

Ce ne fut que lorsqu'elle arriva au petit salon près de la cheminée et que le rictus moqueur de Raphaël s'agrandit que la saltimbanque réalisa qu'elle était en tenue négligée et sale. Qu'importe. Elle se planta devant son hôte qui l'invita à s'asseoir d'un geste de la main en direction du fauteuil installé en face du sien. Bon gré mal gré, elle obéit et attendit.

Comme à son habitude, le diable soignait ses entrées et se contenta d'abord de regarder le liquide ambré qui reflétait son visage dans sa tasse.

« Et le dilemme s'imposa. Où aller, à gauche, à droite ? Enfin, elle se décida et ce fut échec et mat », finit-il par réciter de sa voix presque chantante.

La jeune femme fronça les sourcils et une bouffée de négativité lui revint en mémoire. La plage grise, le choc des runes, la terrible désillusion, l'indicible souffrance. Sa mâchoire se contracta.

« Je vous surveille avec tout autant d'attention que vos compagnons, Silesta. Peut-être même un peu plus, avoua Raphaël en la contemplant avec un grand intérêt. Quel inextricable choix avez-vous dû faire. Ouvrir enfin la fenêtre sur votre esprit ? Ou ignorer ce qui dort dans le silence de vos entrailles ? »

Se remettre face à ce moment fut pénible pour Silesta qui préféra baisser les yeux et se concentrer sur sa respiration un instant. Quand elle parvint à atténuer l'acidité qui la rongeait, elle ancra son regard droit dans celui de Raphaël.

« Si vous me surveillez, vous savez pertinemment que le sceau est refermé, lui rappela-t-elle d'un ton acerbe. Que me voulez-vous alors ? »

Le diable reposa sa tasse sur la petite table voisine et croisa les jambes ainsi que ses doigts sur ses cuisses. La saltimbanque détesta la façon qu'il eut à promener son regard sur elle comme s'il essayait de retracer dans sa tête une par une les runes qu'elle avait portées partout sur son corps. Elle croisa les bras sur sa poitrine machinalement pour se protéger de cette œillade trop poussée, même si cela était inutile.

« Certes, vous avez fait votre choix. C'était un acte très courageux. Ou manqué, selon comment l'on se place, contrecarra le diable avec une pointe d'accusation. Les bonnes occasions sont si rares de nos jours. »

Sur cette note désolée, Raphaël fit claquer ses doigts et une feuille de parchemin tracée du symbole mystérieux apparut dans le creux de sa main. Silesta se raidit aussitôt et se redressa dans son fauteuil malgré elle. Hélas, son interlocuteur avait eu tout le loisir de guetter sa réaction et il s'en montra extrêmement satisfait.

« Quel drôle de sigil, n'est-ce pas ? minauda-t-il en le lui montrant. Plus géométrique que les entrelacs qui ornaient votre corps hier soir, certes, mais tout aussi énigmatique.

_ Assez de vos jeux, chattemite, le coupa Silesta qui perdait patience. Vous voulez me proposer un contrat pour que je retrouve ma mémoire ?

_ Et pourquoi pas ? s'offusqua faussement son hôte, ravi d'avoir attiré son attention là où il voulait. Ou alors, je pourrais peut-être éventuellement me montrer plus magnanime quant à l'affaire d'un certain orthon dans un certain temple... »

Le cœur de la jeune femme manqua un battement et la fixation soudaine de son regard trahit l'émotion qui la traversa. Parlait-il du marché avec Astarion ? Raphaël pourrait revenir sur sa décision d'annulation ?

Elle pinça les lèvres. Le grand rictus narquois que lui adressait l'homme valait tous les sarcasmes du monde. Le cambion avait réussi à la piéger dans la souricière parfaite et il en avait parfaitement conscience. Le goût de la défaite en beauté n'avait pas bon goût. Elle était tombée dans le panneau à pieds joints. Sa mémoire ou le destin de celui qu'elle aimait ?

« Quelle ignominie », grinça-t-elle en l'assassinant des yeux.

Le diable savoura avec un délice suprême les longues secondes qui s'écoulèrent ensuite dans un silence glacial. Sa victoire fut totale lorsque l'humaine abandonna sa rancune furibonde pour une soumission répugnée.

« Que voulez-vous ? »

Que la mélodie de l'abdication fut douce à ses oreilles, comme il était délectable de se repaître de la vue d'une âme qui contemplait le précipice de l'inéluctabilité sans pouvoir s'en détourner. Raphaël s'accorda une longue inspiration pour s'imprégner de l'instant et expira avec aise.

« Ce qui se cache en vous. Pas dans votre tête. , répondit-il en pointant le sternum de Silesta. Je vous rends votre mémoire ou je vous donne les détails des cicatrices d'Astarion sur le champ en échange de ce que vous découvrirez sous ces runes de contention.

_ Quoi ? Je ne comprends pas. J'ai fait refermer le sceau hier soir. Je pourrais tout aussi bien accepter le marché et continuer ma vie sans me préoccuper du reste.

_ Tout à fait. Et cela serait un choix extrêmement logique et sécurisant. » Il se pencha un peu vers sa cliente et sa voix se fit si suave qu'elle sembla s'adresser directement à son inconscient. « Cependant, nous connaissons vous et moi les méandres de l'âme humaine. La curiosité est une maîtresse si tentante, si attrayante, si désirable, qu'il est très difficile voire impossible de s'en détourner. »

Un frisson glacé traversa l'échine de l'humaine et Raphaël se remit bien contre son dossier, à nouveau drapé de son affable superbe.

« Si vous pensez rester aussi déterminée qu'hier soir quand vous avez fait votre choix, n'hésitez plus, insista-t-il avec enthousiasme. Vous gagnerez sur tous les tableaux. »

Silesta demeura interdite. Le cambion était prêt à parier sur sa capacité à résister à la tentation d'enquêter sur elle-même en échange de lui donner immédiatement ce qu'elle voulait ? Cela semblait tellement simpliste que cela en était effrayant.

Son cerveau se mit à turbiner à vive allure. Sa mémoire, ce qui se cachait sous son sceau, Astarion, une promesse avec Raphaël... La balance n'était pas assez large pour prendre en compte tous ces facteurs sur ses plateaux.

Elle s'enferma avec elle-même. Que voulait-elle ? Que risquait-elle ? Qu'est-ce qui était juste ?

Quand elle rouvrit les yeux, le diable haussa les sourcils d'impatience intéressée mais sa cliente n'en avait pas encore fini :

« J'impose une condition. Si j'échoue, c'est moi qui viendrai à vous. Je refuse que les autres apprennent quoi que ce soit de cet accord. »

Raphaël réfléchit quelques instants avant d'accepter avec plaisir. Voir ses débiteurs ramper sur le perron de la Demeure de l'Espoir constituait l'un de ses petits plaisirs dont il ne se lassait jamais.

« Vous aurez vingt-quatre heures pour me trouver. Passé ce délai, l'attente sera bien moins plaisante pour vous. Alors ? Votre décision ?

_ Les cicatrices d'Astarion. »

Le ricanement diabolique fut des plus sardoniques.

« Ho, ho, ho. Si généreuse, si juste. Vous ne cessez de me divertir, Silesta. Votre affection pour ce buveur de sang ne suffira jamais à combler le vide de votre esprit, vous savez ?

_ Taisez-vous et...

_ Silesta ? Raphaël ? »

La voix d'Astarion qui retentit à l'étage fit éclater la bulle noire qui l'entourait et sursauter la jeune femme. Appuyé contre la rambarde où s'était tenue son amie auparavant, le vampire fronça les sourcils en regardant l'étrange tablée en contrebas puis il fila pour vite la rejoindre à son tour. Quand il lut le malaise qui imprégnait les traits de Silesta, il se tourna vers Raphaël avec méfiance.

« Que faites-vous encore ici, cambion ?

_ Raphaël venait vous livrer les détails de vos cicatrices. »

Si Astarion s'était pris en cet instant dix Giboulées de Gayle à la fois sur lui, sa réaction aurait été la même. Bouche bée, sa stupeur se heurta au visage tendu de la jeune femme qui dardait un lourd regard sur son interlocuteur démoniaque. Ce dernier n'aurait pu rêver de meilleur bonus pour son nouveau marché : une petite transaction sous le manteau ; c'était comme ça qu'il les aimait.

« En effet. Vous tombiez à point nommé, Astarion. À moins que vous n'ayez changé d'avis ?

_ Parlez sans détour. »

Même si partout dans la tête du roublard s'affichait en lettres lumineuses « Suspect ! Suspect ! », sa bouche avait répondu avant sa raison, au plus grand bonheur du diable qui s'exécuta aussitôt.

Dans la peau ivoirine de l'elfe était gravée une partie d'un contrat infernal passé entre l'archidiable Méphistophélès et son ancien maître, Cazador Szarr. Ce contrat stipulait que le diable communiquerait à Cazador le moyen d'accomplir un rituel infernal si obscur que nul ne l'avait jamais tenté :

« Le Rite d'Ascension Profane. »

Si Cazador parvenait à accomplir tel rituel, il deviendrait le tout premier représentant d'une nouvelle forme de vampire : un vampire ascendant. En plus de bénéficier de toutes les forces primaires des vampires, il perdrait son statut de mort-vivant pour revivre à nouveau.

« Il pourra jouir une nouvelle fois de tous les plaisirs et des appétits d'un homme normal et sans plus jamais se soucier de la lumière du jour. »

Là se présentaient les détails de fond mais c'était la forme qui était bien plus captivante à étudier : un tel rituel ne saurait se tenir sans contrepartie et dans le cas présent, le seigneur Szarr devrait sacrifier une quantité non négligeable d'âmes. Sept-mille pour être très précis.

« Oh, et il va sans dire que parmi ces quelques invités, Cazador vous a aussi convié ainsi que ses autres rejetons, précisa Raphaël avec un grand sourire à l'adresse d'Astarion. Votre carton d'invitation se trouve dans votre dos. Imaginez donc à quel point votre créateur a pu être contrarié en apprenant que l'un de ses précieux enfants manquait à l'appel. »

Le vampire était cloué sur place, incapable de réagir, et son alliée était tout autant abasourdie, pour ne pas dire choquée. Après deux siècles de torture et de tourments abominables, Astarion était condamné à servir de sacrifice humain pour la gloire personnelle de son maître sadique ? Jamais aucun d'eux n'aurait pu imaginer pareille infamie.

Silesta se risqua à un coup d'œil à son compagnon mais il était bien trop sous le coup d'un encaissement massif pour répondre tout de suite.

« Vous êtes la dernière pièce manquante entre Cazador et le Rite d'Ascension Profane, Astarion, rappela le diable en se levant de son fauteuil. Vos cicatrices vous y lient et votre maître n'aura de cesse de vous retrouver pour enfin sacrifier votre âme contre la vie nouvelle à laquelle il aspire. À vous de voir ce que vous déciderez de faire. Au plaisir. »

Un claquement de doigts et une gerbe de feu plus tard, Raphaël s'en était allé pour recueillir de nouvelles âmes en mal de solutions. Silesta se laissa mollement retomber dans son fauteuil, la tête vidée de toute capacité à raisonner. Elle naviguait entre l'effroi que lui inspirait le funeste sort d'Astarion et la plus grande horreur qui l'étreignait quand elle se demandait ce qu'il se serait passé s'ils n'avaient jamais pu découvrir cette terrible vérité.

Le silence du roublard près d'elle devint plus inquiétant que ses tergiversations fiévreuses. Elle glissa un regard hésitant sur lui.

« De grâce, dites quelque chose. »

Astarion papillonna des yeux et émergea avec difficulté.

« Je... digérais tout cela. C'est beaucoup à appréhender d'un seul coup », concéda-t-il d'une voix faible. Il refit silence avant de la regarder, visiblement perdu. « Que dois-je faire ? »

Rarissimes étaient les fois où Astarion s'en remettait aux autres ; son émoi était bien plus ancré qu'il ne le laissait paraître. Cela effraya un peu Silesta qui ne sut quoi répondre et se repassa le film dans sa tête. Bien avant le caractère funeste de la finalité du rituel, il y avait une réalité bien plus pressante et plus sournoise.

« Vous ne serez jamais libre tant que Cazador vivra.

_ La transcendance ultime contre ma vie. Juste au moment où je commençais à en profiter, regretta-t-il d'une triste ironie. Vous avez raison. Il ne me laissera jamais tranquille, même si c'était déjà le cas quand je n'étais qu'un jouet cassé avec lequel s'amuser. Mais si je suis son sésame pour la vie qu'il désire tant, il me traquera jusqu'aux confins de Faerûn. »

Sa voix qu'il voulait assurée trahissait une partie de son désarroi ; moins cependant que quand il poursuivit :

« Je ne vais pas avoir d'autre choix que d'affronter Cazador. M'aiderez-vous ? »

Silesta n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup tant cela était l'évidence même. Elle opina du chef et lui sourit avec confiance.

« Il doit payer. »

Astarion fut séduit du décalage entre la crudité de ses mots et la candeur de ses traits. Une fois encore, elle était à ses côtés.

« Merci, répondit-il sincèrement en lui prenant les mains. Mais avant cela, vous allez m'expliquer pourquoi le diable est revenu sur sa décision me concernant. »

Aïe. Silesta voulut se dérober mais le roublard avait bien préparé son coup et la retint. Impossible de fuir et en plus de l'emprisonnement de ses mains, c'était à présent les yeux du vampire dans les siens qui s'attelaient à sonder sa conscience. Non, non, elle ne pouvait pas lui dire la vérité. Il ne devait pas savoir qu'elle s'était vendue. Trouver quelque chose, n'importe quoi.

« J'ai plaidé votre cause en jouant entre les lignes, répondit-elle à toute vitesse au prix d'un gros effort pour soutenir son regard inquisiteur. J'ai rappelé à Raphaël que Yurgir ne nous avait pas engagés de son plein gré pour tuer le Tribun de la Nuit à sa place. Par conséquent, son contrat ne pouvait pas être brisé comme ça.

_ Vraiment ? Pourquoi avoir fait ça ? »

Par les dieux, pas cette voix. Pas celle qui descendait encore plus dans les graves pour l'atteindre plus loin encore. Et pourquoi devait-il se pencher encore plus sur elle ? Ne pas flancher. Mais ne pas détourner les yeux. Encore ce paradoxe entre déraison et lucidité...

« J'ai fait ce qui était juste. »

Ce souffle posé sur ses lèvres résonna avec tant de sincérité que le doute d'Astarion - déjà éprouvé par le premier argument crédible - vola en éclats. L'elfe s'arrêta et plongea plus loin dans le ciel pluvieux face à lui et y trouva une loyauté inébranlable. Elle disait la vérité. Ce qu'elle venait de faire pour lui revêtait une valeur bien plus grande qu'il ne le lui montrait. Personne ne s'était autant battu pour lui.

Avec sa bouche si proche de la sienne, Silesta était à deux doigts de succomber à l'envie de l'embrasser avec la même urgence que la veille mais son compagnon taquin avait décidé de la titiller encore un peu :

« Je suppose donc que notre petite liaison n'a eu aucun impact sur votre décision d'aller parlementer avec Raphaël ? » minauda-t-il avec un sourire plein de fierté suffisante.

Enfin vint la porte de sortie tant espérée par laquelle Silesta s'enfuit aussitôt pour récupérer son sens de la représentation. Elle haussa un sourcil perplexe. Quelle arrogance de croire qu'il était aussi irrésistible. Bon, il l'était, mais ce n'était pas une raison pour se gargariser autant.

« J'ai fait cela pour vous comme je l'aurais fait pour Gayle, Ombrecoeur ou Lae'zel. Raphaël n'a pas été honnête dans sa façon de faire, je voulais corriger le tir. C'était aussi pour laver mon honneur, vu comment vous avez été injuste avec moi. » Le début de tête de chien battu qui obombra les traits d'Astarion lui donna envie de le taquiner autant que de s'en attendrir. « Mais... je dois reconnaître que vous avez un petit plus. Vous pouvez vous montrer adorable. »

À des années-lumière de s'attendre à ce type de compliment, Astarion fut plus déstabilisé qu'il ne l'aurait cru.

« E-Exactement, confirma-t-il en essayant de conserver son aplomb. Et je suis beau aussi. » Il soupira. « On ne le dit jamais assez. »

La jeune femme se retint de rire. Comme ces petits échanges exquis lui avaient manqués. Elle avait retrouvé le Astarion un peu insolent et délicieusement lui.

L'occasion était trop belle, elle voulut en profiter encore un peu, quitte à s'attirer le courroux de l'intéressé. Elle se para de son plus beau sourire un brin vengeur.

« Maintenant, répétez après moi : merci de m'avoir aidé, c'est vraiment très gentil. »

Il se raidit, pris au piège. Il s'était fait avoir en beauté.

Le roublard voulut d'abord répliquer mais il prit le temps de réfléchir un instant : il avait été dur avec elle, il n'avait pas été très présent jusqu'à la veille au soir et elle avait intercédé en sa faveur sur un sujet d'une importance capitale. Mais elle venait de jouer à la plus fine avec lui. Mais elle avait intercédé en sa faveur sur un sujet d'une importance capitale. Mais elle venait de jouer à la plus fine avec lui.

Mais elle avait intercédé en sa faveur sur un sujet d'une importance capitale.

Il pesta sa frustration.

« Merci de m'avoir aidé, c'est vraiment très gentil. »

Ces yeux plissés de mauvaise humeur n'auraient pas mieux accompagné ce ton robotique plein de bouderie gamine. Silesta aurait pu se féliciter de cette drôle et douce revanche mais c'était sans compter la fierté sans borne de son compagnon. Astarion n'avait rien ignoré de la sensuelle ascendance qu'il pouvait exercer sur sa compagne et il était bien décidé à la mettre au pied du mur pour se venger gentiment.

« Au fait, si vous avez tellement envie de m'embrasser, dites-le. Il me semble que nous sommes assez intimes pour vous le permettre, non ? »

Elle ne sut quoi répondre, le sifflet coupé par sa contre-attaque. La vaincue embarrassée se contenta d'acquiescer docilement en silence. Elle avait bien retenu la leçon mais cela en avait valu la peine.

Après s'être satisfait de son petit coup de semonce, Astarion retrouva son sérieux, l'air plus sombre.

« À présent, allez-vous me dire ce qui s'est passé dans cette chambre ? Que sont tous ces dessins ?

_ Il faut croire que cette fois, j'ai pu aller au bout de ma pulsion somnambulique, répondit-elle en regardant les taches d'encre sur elle et son habit. Je crois que c'est une suite de cette ébauche de rêve que je fais tout le temps, avec cette voix de femme et ce garçon. »

L'elfe s'empara du parchemin que Raphaël avait fait apparaître. Même s'il avait eu tout le loisir d'en apprécier des dizaines de variantes depuis sa chambre, il prit un instant pour inspecter le symbole plus attentivement. Comme le diable avant lui, il fit la même remarque : ce symbole était très différent des runes que Silesta avait sur elle. Malheureusement, il ne lui évoquait rien du tout.

La saltimbanque eut un soupir. Elle était persuadée en son for intérieur que ce dessin était directement lié à la femme et au garçon, cela ne pouvait être une coïncidence. Hélas, elle devait refréner son envie d'en savoir plus. Elle avait fait un pacte avec Raphaël.

« Tout va bien, tous les deux ? »

Silesta et Astarion se tournèrent vers Gayle qui arrivait à son tour.

En tant que gentleman, Gayle ne voulait pas embarrasser sa jeune alliée peu vêtue en l'inspectant de manière trop poussée mais toutes ces marques noires qui souillaient sa robe et ses bras avaient de quoi intriguer. Il détourna les yeux de peur de se montrer indélicat.

« Ahem... Si mon interrogation est trop indiscrète, ne me répondez pas, mais... »

Il s'interrompit quand il remarqua qu'elle s'était avancée vers lui et la regarda à son tour. Face à lui, Silesta le fixait avec tant de remord au fond des yeux qu'il en oublia ses questions à propos de l'encre.

« Silesta ?

_ Gayle... Je vous demande pardon, implora-t-elle, penaude. J'ai été si acerbe avec vous hier soir. Je me suis laissé dépasser par la peur et j'ai tout rejeté sur vous. Vous ne méritiez pas ça. »

Le magicien la considéra avec la bienveillance qui était la sienne. Comment pouvait-il lui en vouloir ? N'importe qui aurait pris peur dans sa situation et sa propre incapacité à l'aider n'avait fait qu'empirer les choses. Il ne méritait pas sa clémence car il ne lui avait pas été utile. Pourtant, le cœur de Silesta était assez grand pour accepter aussi sa faiblesse. Il n'avait pas menti quand il lui avait dit au temple de Shar que son âme encore jeune était un cadeau pour ceux qui avaient la chance d'en être touchés. Oui, il avait de la chance de l'avoir rencontrée.

« Je n'ai rien à vous pardonner, Silesta. Ce serait plutôt à moi de vous présenter mes excuses. Moi qui me targue d'être un prodige de la magie, je...

_ Je vous interdis de vous dévaloriser. Sans vous, nous ne serions pas là aujourd'hui. Je suis fière et honorée de vous avoir à mes côtés. »

Elle avait reconnu cette ombre terne dans les iris bruns de Gayle, celle qui habitait son regard quand il évoquait Mystra ou quand il discréditait sa vie juste bonne pour servir de bombe humaine pour les beaux yeux divins de son ancienne maîtresse. Gayle pouvait atteindre les antipodes de la confiance et de la mésestime sans aucun juste milieu et ce déséquilibre était inconcevable pour la jeune femme. Le magicien n'avait-il conscience de sa valeur que dans le regard des autres ? Ce dernier rendit un sourire touché à son alliée.

Ce fut à cet instant qu'Astarion décida de faire du Astarion et agita la feuille de parchemin sous le nez de son meilleur ennemi.

« Si vous voulez vous rattraper, dites-nous si ceci vous dit quelque chose. »

Gayle eut un regard de travers courroucé au vampire puis regarda la feuille avec attention.

« Hmm... Ce n'est pas une rune magique, ou alors, elle m'est inconnue, commença-t-il en essayant de tourner le dessin sous plusieurs angles. Non, ce n'est vraiment pas une rune. Je ne connais pas ce symbole mais quand je le vois avec ses formes géométriques, je pense aussitôt à un emblème. Un peu comme la harpe des Ménestrels ou les yeux entourés de sept étoiles de Séluné. D'où vient-il ?

_ Notre saltimbanque n'a pas su tenir en place cette nuit. Les murs s'en souviennent encore, expliqua le roublard avec un sourire plein de sous-entendus douteux.

_ Je vous expliquerai, précisa une Silesta gênée face à la circonspection croissante de Gayle. Ne l'écoutez pas. Un emblème, vous dites ? »

Elle regretta aussitôt d'avoir relevé. Quelques minutes seulement après le départ de Raphaël, elle commençait déjà à repartir en chasse aux indices ? Finalement, le démon savait très bien ce qu'il faisait quand il avait proposé ce marché. La tentation de savoir était bien trop forte.

Préférant oblitérer les différentes images qui s'esquissaient dans son esprit suite à l'intervention d'Astarion, le magicien secoua la tête et confirma.

« C'est cela. Et si j'ai raison, je serais prêt à parier que les deux personnes qui ont œuvré sur vous font partie de la même organisation représentée par ce sigil. Étant donné la puissance et la complexité de ce qui a été réalisé, je ne m'étonne pas que nous ayons affaire avec un groupe méconnu. Il doit agir pour une cause d'une grande importance. »

Sans grande surprise, même si cette hypothèse était très crédible au point que Silesta s'en laissa convaincre dans la seconde, cette dernière n'en tira aucune joie, bien au contraire. C'était surtout une montée d'anxiété qui vint enserrer la jeune femme de ses bras froids. Elle et une puissante organisation magique qui œuvrait dans l'ombre ?

Gayle s'en rendit compte et tempéra ses dires. Ce n'était qu'une supposition, peut-être faisait-il fausse route.

La saltimbanque promena ses yeux vides le long du triangle extérieur du dessin.

« Peut-être... Ou pas.»


Et bim ! Tout ce que je vous ai mis, là ! XD On s'y attendait pas hein ? Po po po poooooo ! Et voilà que je vous balance une transe dessinatrice, un symbole inconnu et un 'tit marché sous le manteau avec Raphou, histoire de mettre un peu de pagaille ! Et voilà comment revenir dans la course sur la découverte des cicatrices, niark !