Disclaimer : L'univers d'Harry Potter ne m'appartient pas, les seules choses qui m'appartiennent sont les personnages que je rajoute dans cet univers et mon imagination.
Chapitre 5
Elise n'avait pas pensé revoir les couleurs sombres du manoir de ses parents aussi tôt. Le noir et le bois foncé sculpté prédominaient sur chaque mur de chaque couloir. Il n'y avait que dans sa chambre que la jeune fille avait pu recouvrir toute cette morosité. Son seul refuge dans cet endroit, son antre. Elle avait placé sur les murs des affiches de son équipe de Quidditch préférée et des banderoles avec les couleurs de sa maison. Son violon était soigneusement rangé dans un coin de la pièce. Elle avait quelques dessins qui traînaient ça et là et tout un pan de mur dédié à ses romans. La plupart de ses livres étaient écrits par des moldus. Elise sentait bien que son père n'attendait qu'une bonne occasion de s'en débarrasser, mais heureusement pour la jeune fille, sa mère la défendait toujours sur sa lecture. La talent de la brunette pour le dessin lui avait valu les compliments de certaines bonnes familles de sorciers, alors tant qu'elle exécutait les commandes que sa famille recevait, son père la laissait tranquille pour ses autres activités.
L'heure du dîner arriva bien trop vite au goût d'Elise. Elle s'était réfugiée dans sa chambre dès son arrivée. Sur le trajet, ni sa sœur, ni sa mère ne lui avaient décroché un mot. Seul son père s'était montré un peu plus loquace, voire agréable, ce qui n'était pas dans son habitude. L'anxiété d'Elise n'avait fait que grandir. Il ne se montrait mielleux que lorsqu'il savait qu'une situation risquait de s'envenimer.
La jeune fille descendit dans le salon dans la même tenue que celle qu'elle portait à la gare. Elle vit ses parents et sa sœur très bien habillés, déjà assis autour de la table. Des elfes de maison apportaient des plats sur la longue table tandis qu'Elise prenait place. Ses parents étaient assis en bout de table et Cara et la brunette étaient l'une en face de l'autre sur les largeurs. Sa petite sœur avait le visage fermé, les yeux rivés sur son assiette vide. Marcus et Anne se faisaient de petits regards. Les assiettes se remplissaient en silence. Les deux sœurs attendaient que leurs parents parlent, mais rien ne venait. Le suspens n'en finissait pas et Elise craqua. Le plus calmement possible, tout en essayant de camoufler son angoisse, elle se lança.
« Est-ce qu'il y a une raison particulière à cette petite réunion de famille ?
La brunette garda les yeux rivés vers son assiette. Elle continuait de couper sa viande, comme pour pouvoir occuper ses mains. Elle entendit son père s'éclaircir la gorge, tandis que sa mère posait délicatement ses couverts dans son assiette.
- Tu vas avoir 16 ans en février, commença son père, même si tu pourrais faire plus d'efforts en étude des runes, tu es excellente en cours de potions. Tu es bonne dans plusieurs cours et quand on t'observe bien, tu es une belle fille. Nous sommes une bonne famille et notre nom est très respecté dans la communauté. Tu es un bon parti.
Elise fixa son regard dans celui de son père. Il avait un sourire en coin et le regard mauvais. Cet homme si froid, si calculateur, observait sa propre fille se décomposer avec satisfaction. Son costume et ses cheveux noirs lui donnaient presque un air surnaturel, tant sa peau était blanche. La vision qu'il offrait en cet instant fit poindre de la peur en elle. Comment pourrait-elle se sortir de là ? Elle n'en avait aucune idée, mais elle savait qu'elle voulait s'en sortir la tête haute. Pour une fois, elle allait défendre ses opinions haut et fort et ne pas se laisser manipuler.
- Je comprends où vous voulez en venir. Mais je ne peux pas me marier, dit Elise à voix basse.
Elle se tenait droite comme un piquet sur sa chaise. Elle essayait de contrôler sa voix au maximum pour ne pas laisser transparaître l'angoisse qui la parcourait. Jamais elle n'avait fait attention à ce point à contrôler chaque muscle de son visage. Elle voulait être impassible. Avec les années, Elise avait réussi à se faire un semblant de masque derrière lequel se cacher, mais elle était trop émotive.
Lorsqu'elle entendit le raclement de la chaise de son père sur le parquet, elle déglutit difficilement. Elle tourna la tête vers la table et se mit à fixer un point invisible. Elle entendait son père approcher d'elle à pas de loups. Il s'arrêta net à quelques centimètres d'elle. Ni Anne ni Cara ne disaient quoi que ce soit.
- Tu VAS te marier.
Marcus avait le don de savoir contrôler sa voix à la perfection. Il ne criait jamais. En public, il ne s'énervait jamais. Il ne perdait pas le contrôle. Lorsqu'il donnait un ordre, c'était toujours d'une voix douce, mais une alternative n'était jamais possible.
La brunette sentait presque déjà des larmes montrer le bout de leur nez. Elle essaya de rester aussi neutre que possible en lui répondant.
- Je ne vais pas…
Le poing de Marcus s'abattit sur la table. Si fort que les plats se soulevèrent et retombèrent aussitôt dans un fracas. Anne sursauta et porta une main à son cœur. Cara sembla se refermer sur elle-même. Elise retint un frisson. Elle se contenait pour ne pas pleurer. Les larmes étaient là, mais ne coulaient pas encore. Elle devait en profiter. La brunette, dans un élan de courage, tourna les yeux vers son père. Elle fixa ses yeux bleus. Son père ne supporta pas longtemps cet affront. Il empoigna Elise par le bras et la souleva de sa chaise. La douleur vive que la poigne provoqua en elle la fit frissonner. Anne se leva et fit mine de protester, mais ce n'était rien de bien convaincant.
- Non. Elle va se marier, qu'elle le veuille ou non. Tu vas l'intégrer, jeune fille. »
Il entraîna Elise avec lui. Malgré les protestations de la jeune fille, Marcus et elle quittèrent la pièce. Il la dirigea vers la chambre d'Elise et la jeta au sol. Il ferma la porte derrière eux.
Une peur panique s'empara de la jeune fille. C'était la première fois que son père se montrait aussi violent. Elle retenait toujours ses larmes, prête à lui montrer toute l'insolence dont elle était capable. La brunette se redressa et chercha sa baguette. Mince, à l'autre bout de la pièce. Elise entama des pas de course, mais son père l'attrapa par une épaule. Il sembla presque à la jeune fille qu'il la broya tant la douleur de la poigne était forte. Elle retint un cri de douleur derrière ses lèvres fermées. Elle frappa de toute ses forces ce bras qui la retenait. N'importe quel coup ne semblait pas faire faiblir cet homme, qui paraissait être un colosse. Il lui asséna une série de coups de poing et de genou dans les côtes. La jeune fille se plia en deux sous la douleur. Une nouvelle série de coups arriva sans tarder. Il frappait encore et encore la jeune fille recroquevillée au sol, et comme si ça ne suffisait pas, il s'empara du balai volant de la brunette.
Il fit voler le balai dans l'air dans un sifflement et il atterrit dans le dos d'Elise. Il lui arracha un petit cri, tandis que les crochets de métal, qui servaient initialement aux positionnements des pieds, creusèrent des sillons dans son dos.
Elise ne compta pas combien de fois elle sentit cette douleur après cela. Recroquevillée aux pieds de son lit, la jeune fille n'osait pas faire le moindre mouvement. Elle entendit le balai reprendre sa place, doucement, comme si rien ne s'était passé. Marcus était essoufflé. Entendre cet homme reprendre son souffle était un bruit insupportable aux oreilles d'Elise. Elle n'osait plus le regardait. Jamais il n'avait levé la main sur elle ou sa sœur auparavant. On aurait dit qu'il avait déversé toute la colère qu'il emmagasinait depuis des années envers elle. Sans tourner les yeux vers lui, elle entendit le bois de la chaise de son bureau craqué.
« C'est le fils aîné de la famille Flint, dit Marcus en reprenant son souffle.
Elise réprima un sursaut. Des larmes avaient finalement réussi à creuser des sillons sur ses joues, silencieusement. La joue posée contre la couette de son lit, elle tournait le dos à son père. Lorsqu'elle entendit le son de sa voix s'élever dans la pièce, calmement, après ce combat, des larmes reprirent leur course en silence.
- La semaine prochaine, reprit-il, nous sommes invités chez eux pour fêter les fiançailles. Vous vous marierez l'année prochaine. Si tu veux fuir ou si tu me tiens tête à nouveau, c'est ta sœur qui prendra ce qu'il vient de se passer. C'est clair ? »
Sur ces mots, Marcus se dirigea vers la sortie de la chambre, enjambant avec indifférence les objets qui s'étaient éclatés par terre. Il laissa la porte grande ouverte. Était-ce pour l'exposer, humiliée ? Non. Des elfes de maison entrèrent sans préambule, bassines d'eau fraîche et tissus en mains.
Elise éclata en sanglot. Chaque soubresaut qu'elle faisait réveillait la douleur qui émanait de son corps. Son dos était meurtri, ses côtes semblaient fêlées et elle était presque sûre que des bleus imprégnaient l'entièreté de son corps. Elle était tellement endolorie qu'elle ne sentit pas les petites mains des elfes de maison lui passer de la crème sur ses plaies. Son chemisier tombait en lambeau et était couvert de sang, tout comme sa housse de couette et le parquet. Dans la pièce, on entendait que les reniflements de la jeune fille, toujours pelotonnée contre son lit.
Du coin de l'œil, Elise vit une grande silhouette sur le pas de la porte. Elle releva la tête, comme pour tenter de regagner un peu de dignité. Ce spectacle devait être lamentable. La jeune fille sécha ses larmes, pourtant, des reniflements pouvaient encore être entendus. La brunette était presque certaine qu'ils ne venaient pas d'elle. Dans sa tête résonnait un bourdonnement, elle n'était plus sûre de rien.
Les elfes de maison laissèrent leurs outils au sol et s'empressèrent de quitter la pièce. La forme sombre vint s'accroupir à côté d'Elise et cette dernière put enfin savoir d'où venaient ces bruits incessants. Sa mère, d'une main tremblante, fit couler de l'eau fraîche dans le dos d'Elise avec l'aide d'un tissu humide. Elle sortit sa baguette et émit des paroles presque inaudibles. La jeune fille sentit petit à petit ses blessures se refermer. Comme si les morceaux de peau qui s'étaient détachés de son dos se recollaient doucement.
« Oh, ma chérie… Je suis tellement…
- Stop.
Non sans difficultés, Elise se remit debout. Elle fit face à sa mère, les yeux rivés vers le sol. Anne tenta un mouvement vers elle, mais la brunette la repoussa encore, plus vivement, cette fois-ci.
- Arrête ! Tu étais ma seule amie dans cette maison de fous !
- Je le suis toujours, je t'aime…
- Tu n'as rien fait, rien ! Tu ne vaux pas mieux que lui… Dehors.
- Laisse-moi t'aider.
- DEHORS ! »
Elise regardait à présent fixement sa mère. Cette dernière semblait réellement vouloir lui venir en aide. Ses yeux brillaient de larmes. Son nez rouge témoignait des nombreuses fois où elle l'avait mouché. Pour Elise, ça ne signifiait plus rien. Sa mère quitta lentement la chambre, refermant soigneusement la porte derrière elle.
Aucune trace de lutte ou d'une quelconque violence n'était présente. Comme si rien ne s'était passé. Elise fit quelques pas, mais elle peinait à marcher. Ses blessures s'étaient refermées, mais elle avait la sensation qu'on lui avait retirer quelque chose. Comme si un bout de sa colonne vertébrale n'était plus là. Lorsqu'elle se regarda dans le miroir, elle eut presque un choc. Ses yeux étaient boursoufflés, son visage était rouge. Son chemisier tombait littéralement en morceaux, ne s'accrochant qu'à quelques fils pour tenir sur ses épaules. Elle se tourna, voulant scruter l'envers du décor. Il n'y avait plus une trace de sang sur sa peau, ni même sur les bouts de tissu. Son dos était intact, sa peau immaculée.
La jeune fille enleva son haut, le jeta à la poubelle et revêtit un pull aux couleurs de Gryffondor. Sans un bruit, elle s'allongea sur son lit et continua de pleurer en silence. La tempête était passée et même si elle n'avait laissée aucune trace visible, Elise était encore toute retournée.
