Disclaimer : L'univers d'Harry Potter ne m'appartient pas, les seules choses qui m'appartiennent sont les personnages que je rajoute dans cet univers et mon imagination.

Chapitre 6

Les jours s'écoulaient et se ressemblaient tous. Elise n'était presque pas sortie de sa chambre, à part pour aller à la salle de bain et au petit coin. Le temps passait bien trop lentement à son goût et à la fois trop vite. Elle se languissait terriblement de retrouver les personnes qu'elle aimait. La soirée chez les Flint avait lieu dans quelques heures seulement, mais il restait encore à la brunette 3 jours à patienter avant de rentrer chez elle, à Poudlard.

La semaine précédente, elle avait reçu ses repas dans sa chambre sur un plateau et ses seules visites étaient celles des elfes de maison. Tous étaient fidèles au patriarche de la famille et avaient certainement reçus pour ordre de ne pas adresser la parole à la brunette. Elle n'avait pu envoyer aucune lettre, aucun courrier, et n'avait rien reçu non plus. Elle imaginait que ses amis lui avaient peut-être écrit, ne serait-ce que pour la curiosité, mais rien ne lui avait été délivré. La brunette avait occupé ses journées en lisant et en travaillant sur ses devoirs. Toutes ces activités, que d'ordinaire elle appréciait ou bien qu'elle rechignât à faire, s'étaient imposées à elle comme unique refuge. Lorsqu'elle posait le regard quelque part dans sa chambre, tout lui rappelait ce que son père lui avait fait. Les premiers jours avaient été très pénibles, très sombres. Avec le temps, Elise avait essayé de calmer ses émotions vis-à-vis de tout cela. La jeune femme savait qu'elle allait devoir confronter le regard et les reproches de son père. Elle espérait que quand cela allait arriver, dans quelques heures, elle arriverait à ne pas fondre en larmes et soutenir le regard de ce tyran. Elle voulait qu'aucune émotion ne puisse être lue sur son visage. Ni dégoût, ni haine, ni souffrance. Elle retiendrait tout en elle, elle devait être forte. Du moins, elle essaierait de l'être.

Après un passage à la salle de bain, Elise remarqua une longue robe en soie couleur émeraude étendue sur son lit et des bijoux somptueux ornaient son bureau. Même si elle n'avait aucune indication, la jeune fille savait qu'elle avait intérêt à revêtir tout cet attirail. Elle soupira et s'y attela, non sans râler.

Une fois son travail terminé, la brunette put s'observer dans le miroir sur pieds présent dans sa chambre. Elle devait reconnaître qu'elle était bien arrangée, presque jolie comme ça. Mais un détail la rebutait. Cette robe en soie descendant le long de son corps, s'arrêtait au-dessus de ses chevilles et avait un dos-nu vertigineux. Comme si son père avait voulu que tout le monde puisse l'observer. Plus aucune marque n'était présente de la semaine dernière. Merci le monde magique, pensa-t-elle. Cependant, elle détestait être exposée de cette manière et elle était certaine que son père était fier de lui.

Elise entendit quelques coups sur sa porte. Elle se tendit, se tourna et attendit que l'intrus entre dans la pièce. Sa mère passa le pas de la porte avec un sourire. Le genre de sourire tendre qu'elle donnait chaque fois qu'elle sentait que ses enfants n'allaient pas bien. Anne était tout aussi bien apprêtée que sa fille aînée. Elle portait une robe noire qui lui marquait la taille, accompagnée d'un petit décolleté, des talons hauts et un châle assorti à la robe d'Elise.

Elle s'approcha de la jeune femme d'une démarche gracieuse. La brunette se tourna vers son miroir et observa leur reflet. Elise ne put réprimer un frisson en sentant Anne lui toucher les cheveux, prête à la coiffer. Elle fixa son propre reflet, comme pour analyser chaque trait qui se formait ou se tirait sur son visage. Elle ne souriait pas, mais ne semblait pas triste ou en colère. Elle avait simplement l'air… impassible.

La brunette sentait les mains de sa mère trembler. D'excitation ou de nervosité, elle n'en savait rien. Anne avait les yeux concentrés sur les boucles de sa fille. Un sourire étirait ses lèvres closes.

« Je sais que tu appréhendes sûrement… mais j'ai beaucoup attendu ce jour.

Appréhender était un bien faible mot pour décrire ce que ressentait Elise. Il n'était même pas correct, en réalité.

- La situation est compliquée, mais je pense vraiment qu'il te plaira. Ses parents sont charmants et il est très bien élevé. Il sait beaucoup de choses et il adore les potions, comme toi ! »

Anne tenta un sourire dans la direction d'Elise. Cette dernière ne la gratifia que d'un regard indifférent. Elle observait cette femme, si belle et classe, qui tentait désespérément de ne pas perdre sa fille. La brunette eut un pincement au cœur. Sa seule alliée dans ce vaste manoir, sa mère, lui avait tourné le dos dans le plus grand moment de vulnérabilité qu'elle n'ait jamais vécu et elle devrait lui parler comme s'il n'y avait rien eu ? Elle se le refusait catégoriquement. Mais elle ne voulait pas revivre l'épisode de la semaine dernière.

La jeune fille étira ses lèvres dans ce qui s'apparentait à un sourire. Sa mère en fut satisfaite et une fois la coiffure finie, elle tira sa fille à l'extérieur de la pièce. Elles rejoignirent le père de famille et Cara en face de la cheminée. Elise réprima un frisson à la vue de son père. Marcus et Cara avaient revêtus leurs plus beaux vêtements. Le noir prédominait chez eux. Ils avaient chacun un petit élément rappelant le vert de la parure de l'aînée. La jeune fille tenta un regard vers sa sœur, mais son visage était religieusement baissé vers le sol. Elle se risqua ensuite vers son père. Le regarder dans les yeux étaient durs, bien plus que ce qu'Elise s'imaginait depuis la semaine dernière. Elle mobilisa chaque muscle possible de son visage et se concentra, comme face à son miroir. Elle sentait qu'il ne pouvait percevoir ce qu'elle ressentait vraiment. Elle essaya de soutenir le regard froid du patriarche jusqu'à arriver devant lui. Il la détailla de haut en bas, puis jeta un œil vers Anne en hochant la tête, comme s'il acceptait ce déguisement.

Tous les comédiens prirent place devant le rideau de flammes avant d'entrer en scène.

« Votre mère et moi allons passer devant. Si l'une de vous a le moindre écart de conduite, elle prendra le risque de m'énerver. J'espère que c'est clair.

Sans un mot de plus, les deux adultes disparurent après avoir jeté une poignée de poudre de cheminette. Cara se tourna vers Elise et se planta devant elle.

- Il était censé m'épouser moi. J'allais le demander à mère et père !

- Je te le laisse. »

Elise n'avait pas parlé depuis des jours et dû se gratter la gorge avant de répondre à sa sœur. La blonde esquissa une moue rageuse avant de se planter dans la cheminée et de disparaître à son tour. La brunette, enfin seule, laissa échapper un long soupir. Au moins, maintenant elle savait pourquoi sa sœur semblait vouloir la tuer plus que d'habitude. D'un pas risqué, Elise entra dans la cheminée et prit une poignée de poudre magique. Faire bonne figure, être aimable, charmante. Tout ça pour une sœur ingrate qui ne lui témoignait aucun respect. Dans un dernier soupir, la jeune fille afficha un sourire sur son visage et lança la poudre à ses pieds.

La brunette se retrouva dans la cheminée d'un petit salon tout en bois. Des éclats de discussion et de la musique se faisaient entendre de l'autre côté de la pièce. La fête semblait battre son plein dans le manoir. Marcus tira vivement Elise par le bras hors de la cheminée et Anne épousseta sa robe. Ces seuls contacts suffirent à crisper la jeune fille et à faire disparaître le sourire de façade sur lequel elle travaillait depuis des jours. Ce ne fut que lorsqu'ils s'écartèrent qu'elle put le recomposer. La famille fit face à une double porte en bois ridiculement haute et Elise put souffler un dernier coup avant que son père ne pousse l'ouverture.

Le salon d'arrivée des invités débouchait directement sur une grande salle au parquet vernis. Des colonnades en marbre habillaient la pièce. Des bougies voletaient çà et là, ainsi que des chandeliers. Les couleurs étaient étonnamment chaudes et chaleureuses. Si la brunette faisait abstraction des personnalités la jugeant de la tête aux pieds, elle se sentait presque bien dans cette pièce. Un homme qu'elle avait déjà vu à plusieurs réceptions mais dont le nom lui avait échappé s'approcha de Marcus.

« Shafiq ! Vous vous êtes fait désirés.

- C'est un jour spécial, Charles. »

Ça y est, elle s'en rappelait. L'homme en question, très grand et fin se tourna vers Elise. A sa manière de les accueillir, la brunette en déduisit qu'il s'agissait sûrement de leur hôte, le père de Matthew Flint, Charles Flint. Il était le fils d'Ursula Flint, une sorcière renommée chez les Sang-Purs pour une raison que la jeune fille avait oubliée. Elle se maudissait presque à présent de ne pas s'être intéressée davantage à cette famille. Dans ses souvenirs, cet homme n'avait jamais particulièrement fait parler de lui, que ce soit pour des actes nobles ou des atrocités. De ce qu'elle savait, c'était une famille tout ce qu'il y a de plus respectable, comme la sienne. A présent, elle savait que les apparences pouvaient être trompeuses…

Le patriarche de la maison Flint s'approcha doucement d'Elise. Il prit sa main et la colla à ses lèvres, adressant un petit sourire à la jeune fille. Elise voulut dégager sa main à l'instant, mais la poigne de Charles était ferme. En apparence, il ressemblait beaucoup au fils. Le même teint hâlé, les cheveux bruns, la mâchoire carrée. Seuls ses yeux marrons différaient, ainsi que l'expression moqueuse qu'arborait sans cesse Matthew dans les couloirs de Poudlard. Le fils ne mit pas longtemps à arriver à leur niveau, se postant aux côtés de son père, un sourire fier. Cara essayait désespérément de capter le regard du Serpentard. Elle s'agitait à la droite d'Elise et la jeune fille ne put s'empêcher de laisser échapper un sourire moqueur. Tout cela était tellement ridicule.

« Ma chère, reprit le père Flint, vous connaissez déjà mon fils, je crois.

Charles avait un bras dans le dos de son fils, le mettant en lumière. Matthew ne décrochait pas les yeux du visage d'Elise. La jeune fille se contenait au maximum pour ne pas fuir, pour ne pas au moins essayer de trouver un visage, ou même seulement un regard, qui lui serait familier. Mais soudain, elle se rappela que pendant ces vacances, Sirius avait prévu d'emménager chez les Potter. Jamais cette famille ne mettait les pieds dans ce genre d'événements. Elle était seule.

Connaître est un bien grand mot, répondit Elise en se râclant la gorge, mais nous apprenons.

Bien ! Bien. Marcus, Anne, puis-je vous offrir quelque chose à boire ? »

Les parents d'Elise ainsi que sa sœur furent escortés à un buffet et elle se retrouva seule devant le Serpentard. Le sourire du garçon s'envola et il lui offrit son bras. Matthew amena Elise, toujours sans un mot, sur la piste de danse. Réticente au premier abord, Elise se résolut à accepter une valse. Son père devait bien avoir l'œil sur elle, quelque part. Lorsque la main du garçon s'installa dans son dos, elle fut prise d'un frisson et d'un violent mouvement de recul. Matthew décolla sa main, mais, devant tous les invités, la jeune fille se sentit bloquée. La douleur qu'elle avait ressentie sembla se raviver à la pensée des yeux braqués sur eux. Elise se remit en place rapidement. Avec un peu de chance, cela passerait pour de la maladresse, ou de la timidité. Le couple commença à tourbillonner doucement au rythme de la musique. Les autres danseurs à leurs côtés les cacheraient peut-être assez de leurs parents pour qu'Elise n'ait pas à jouer la comédie.

« Contrairement à ce que tu peux croire, dit Matthew, je ne suis pas ravi de ce mariage.

La jeune fille leva les yeux vers lui. Il la dépassait d'une tête. Il parlait avec elle tout en gardant les yeux vers la foule, concentré.

J'imagine assez bien.

Mais j'ai du mal à voir comment on peut sortir de là.

Il y a forcément une solution.

Matthew ricana.

Tu es optimiste. Ou stupide. Les deux sont des traits propres aux Gryffondor, de toute façon.

Elise fit un grand sourire, comme s'il avait fait la blague de l'année. Elle était pourtant plus proche de l'envie de l'étrangler que de lui faire une tape dans le dos. Il montrait enfin sa vraie nature. Il avait beau essayer de paraître charmant, faire de jolis sourires, il n'était qu'un garçon arrogant qui méprisait ce qu'il ne comprenait pas. S'il n'était pas prêt à coopérer ou ne serait-ce qu'à faire des efforts, Elise ne risquait pas de bouger le petit doigt. Elle savait qu'elle n'irait jamais jusqu'à l'autel avec lui, ça ne pourrait pas arriver. Comment ? Elle allait avoir besoin de le découvrir.

Stupide ou non, murmura Elise à l'oreille de son partenaire, je préfère essayer de ne pas me contenter de devenir comme ces femmes.

Matthew baissa les yeux vers Elise, un air interrogateur sur le visage. Elle désignait du menton la foule, son air las ne la quittant pas.

Elles se complaisent à devenir des femmes bonnes qu'à enfanter et tenir une maison. Si tu attends ça de moi, alors demande quelqu'un d'autre à tes parents.

Comme si j'avais le choix.

Tu l'as certainement plus que moi ! »

La musique s'arrêta. Les partenaires s'inclinèrent l'un en face de l'autre en signe de respect et se séparèrent. Avant qu'Elise n'ait le temps de chercher un endroit où elle pourrait souffler, le buste de son père apparut dans son champ de vision et lui fit barrage. Sa famille était face à elle. A l'entente d'un bruit cristallin, Elise se tourna doucement. La foule se rassemblait, faisant disparaitre la piste de danse. Matthew et sa mère, Margaret, vinrent se placer aux côtés de la famille Shafiq. Le cœur d'Elise battait si fort qu'il lui semblait qu'elle allait le recracher. Charles Flint se tenait en haut d'un petit balcon qui surplombait la salle. Il avait un air suffisant sur le visage qu'Elise aurait voulu lui arracher. Elle se contenta de placer les mains derrière son dos, serrant les poings, en attendant le couperet qui allait s'abattre sur sa nuque. Elle n'arrivait même pas à afficher un sourire.

« Mes amis ! Commença le père flint, je remercie chacun d'entre vous d'avoir eu l'obligeance d'accepter mon invitation en ces lieux. Comme certains d'entre vous le savent déjà, cette soirée n'est pas seulement un prétexte pour nous retrouver et partager un bon repas…

La jeune fille décrocha. Elle savait où il allait en venir. Le monde semblait tanguer autour d'elle. Son regard s'attardait sur tout ce qui pouvait la distraire. Un lustre. Une coupe de champagne. Une cravate horrible. A mesure que sa respiration s'accélérait, Elise fit un pas en arrière. Elle voulait s'échapper, c'était certain. Mais ce pas, qui précipita la main de son père sur son épaule, n'était pas tant une tentative de fuite que de rester debout. Au contact de la main ferme de son père, Elise fut ramenée à la réalité. Une réalité qui la frappait aussi fort qu'un balai. Son père la lâcha soudain, et avant même de pouvoir respirer de nouveau, un bras s'enroula autour de sa taille. Matthew s'était rapproché d'elle et les regards étaient braqués sur eux.

… Je vous invite à prendre une coupe en l'honneur des fiançailles de Miss Elise Shafiq et de mon fils, Matthew Flint ! »

Un éclair passa devant les yeux d'Elise. Ils venaient d'être pris en photo. Les appareils les mitraillaient, les applaudissements et rires fusaient. Tout était maintenant officiel. Elise était fiancée à Matthew Flint.