Eawyn assista de loin à l'entrée de tout un tas de nains. Le pauvre Hobbit semblait au bord de la rupture et si les nains continuaient d'arriver ainsi au compte goutte la pauvre âme ferait une dépression. Il avait le courage d'aller ouvrir la porte à chaque fois, Eawyn n'aurait même pas ouvert au tout premier il lui était d'avis qu'il y avait des heures de visite et que passé un certain horaire aucun visiteur n'était plus le bienvenue.
— Gandalf, soupira Bilbon en apercevant le vieux magicien à l'arrière du groupe.
La jeune femme se redressa, enfin le Gris arrivait. Le magicien l'avait conviée à une aventure dont il n'était pas le chef à première vue et cela sans en informer ledit chef, ni ses futurs compagnons. Elle espérait pour lui qu'elle allait être acceptée dans cette compagnie et ainsi ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien, elle avait tout de même refusé d'assurer la protection d'une caravane allant vers le Rohan pour se joindre à eux. Les terres du Rohan lui manquaient par moment, elle aurait eu plaisir de les revoir même pour un bref moment.
— Gandalf, salua-t-elle sans prendre la peine de se lever du banc sur lequel elle était assise depuis son arrivée. On ne vous espérait plus.
— Eawyn, content de voir que vous êtes déjà là.
— Puis-je savoir pourquoi les autres membres de cette compagnie ne sont pas au courant de ma venue ?
Gandalf fit la moue et observa l'assemblée qui attendait patiemment qu'il réponde, après tout eux aussi auraient souhaité être au courant de l'ajout d'un quinzième membre.
— Je n'ai simplement pas eu le temps, ni la possibilité de voir Thorin et de lui soumettre votre venue. Néanmoins, votre présence étant nécessaire je ne vois pas pour quelle raison il vous refuserait.
Elle, elle en voyait plein des raisons.
Le regard amusé, Eawyn, observa les nains vider le garde-manger de leur pauvre hôte pour venir tout entreposer sur la table. Les victuailles la faisaient saliver, elle mourait de faim et ses yeux verts s'illuminèrent d'envie en voyant apparaître du vin et de la bière sur la table, un peu d'alcool ne lui était pas de refus. Elle prit son mal en patience pour attendre que tous viennent s'attabler avant de commencer.
Elle s'amusait des cris paniqués de Bilbo et des commentaires joyeux des autres nains présents. Ils étaient fort organisés dans le vide garde-manger.
— Excusez-moi, Gandalf, voulez-vous un peu de thé de camomille ?
— Non, merci Dori. Un peu de vin rouge pour moi, s'il vous plaît.
Elle regarda Dori s'avancer vers elle et lui sourit. Elle avait dû faire un effort de mémorisation pour retenir les noms de tout ce petit monde. Elle pensait s'en être plutôt bien sortie.
— Et vous, Ma dame, un peu de thé ?
— Sans façon Maître Dori. Ce sera du vin ou de la bière pour moi.
Dori regarda son plateau où étaient posées deux tasses et une théière avant de lâcher un long soupir et poser son chargement dans un coin et repartir à l'assaut du garde-manger. D'ailleurs, ce garde-manger : en avait-il plusieurs ou l'unique présent était-il sans fond ?
Bientôt tout le monde fut réuni autour de la table et chacun piochait sa nourriture un peu au hasard sur la table, tout avait été mélangé. Rapide, l'unique femme rassembla de quoi se constituer un dîner, la nourriture disparaissait rapidement avec autant de nains dans une si petite pièce.
Eawyn esquivait la nourriture qui volait et attrapait celle qui risquait de s'écraser sur son visage. Heureux soient ses réflexes acquis au combat qui lui épargnèrent d'avoir le visage couvert de tomates ou d'elle ne savait qu'elle substance. Elle préférait autant rester présentable. Aussi ne baissa-t-elle pas sa garde.
Elle grimaça en voyant un pied vêtu de bottes épaisses s'écraser sur la nourriture présente devant elle. Elle leva la tête pour apercevoir le nain blond, Fíli, debout sur la table à servir les choppes de tout le monde. Elle leva la sienne qui fut remplit de ale aussitôt. Fíli continua sa route jusqu'au bout de la table avant de revenir sur ses pas et de s'asseoir à sa place, en prenant soin d'écraser copieusement la nourriture sous ses bottes. « Il n'a décidément aucune manière, songea-t-elle. Et dire que c'est censé être un prince… ça promet. »
— Un… Deux…
— Cul sec !
Eawyn les accompagna et engloutit le contenu de sa chope à grandes gorgées avant de poser bruyamment sa chope sur la table, juste une demi-seconde après Fíli qui avait été le plus rapide. Ils échangèrent un regard chargé de défis avant d'être interrompus par les rots de Nori et Ori.
« Ils ont tous aucune manière, désespéra-t-elle. ». Elle dissimula une énième grimace en mangeant ce qui avait été épargné. Le repas se conclut sur une note joyeuse et bientôt tout le monde migrât vers les autres pièces de la maisonnette. Quelques uns commencèrent à débarrasser, tandis qu'Eawyn restait attablée en compagnie du vieux nain aux cheveux blanc qui semblait vouloir en savoir plus sur elle.
— Ainsi vous souhaitez vous joindre à nous… N'est-ce pas trop risqué ?
— Certainement, mais c'est un risque que je prends et assume.
— Savez-vous battre ? s'enquit Balin.
— Bien entendu et sûrement mieux que certains membres de votre compagnie, assura-t-elle alors que son regard glissait sur Ori. Sinon vous vous doutez bien que je ne serais pas là !
Le frère de Dwalin acquiesça simplement. Il demandait à voir, mais surtout l'inquiétait l'avis de Thorin sur la question. Sûrement serait-il réfractaire à cette idée. Eawyn attendit qu'il reprenne la parole en terminant sa chope. Conversation qui ne reprit pas car interrompus par les autres nains qui s'étaient mit à chanter pour débarrasser- bien curieuse façons de le faire- et nettoyer la pièce.
« Tordez les fourchettes, puis les couteaux.
Brisez les bouteilles en mille morceaux. » Se mirent à chanter les nains.
« Cassez les verres et puis les assiettes.
V'là c'que Bilbon Sacquet déteste ! »
La rohirrim esquiva une assiette qui fut rattrapée par Bofur avant de faire glisser un plat entamé au trois-quarts jusqu'à Bombur. Elle riait de bon cœur au chant des nains qui était des plus amusants, excepté le pauvre Bilbo qui ne l'appréciait pas et qui ne cessait de vociférer à droite à gauche sous les rires de tous.
« Coupez la nappe, marchez dans le gras.
Laissez les œufs sur le tapis en tas.
Versez le lait sur le sol tout propre.
Que le vin éclabousse les portes !
Videz les pots dans une bassine bouillante, martelez-les d'une perche broyante.
S'il en reste, chose étonnante
Qu'ils roulent dans l'entrée et se fendent.
V'là ce que Bilbon Saquet déteste ! »
Tout fut nettoyé et rangé en un rien de temps et c'est un Hobbit tremblant qui entra dans la salle à manger, le pauvre s'attendait à voir sa vaisselle en miette, qui fut bien soulagé de voir sa porcelaine intacte et posée sur la table.
— Respirez, Maître Sacquet, le taquina-t-elle malgré tout.
Elle allait ajouter une autre boutade quand des coups furent portés à la porte. Les rires cessèrent et le silence revient. Haussant un sourcil, elle observa l'assemblée et attendit que quelqu'un réagisse. Allait-elle devoir aller ouvrir la porte elle-même si personne ne bougeait ?
— Hum… C'est lui, souffla Gandalf.
Le Magicien se redressa et partit ouvrir la porte suivit de tous les nains. Eawyn et Bilbo échangèrent un regard surpris avant de leur emboîter le pas. La jeune femme resta un peu à l'écart alors que le Hobbit rejoignit l'entrée, après tout cette maison était la sienne et c'était son devoir que d'accueillir les personnes qui s'y présentaient quand bien même furent-elles aussi envahissantes que les nains.
La porte s'ouvrit sur un nouveau nain à l'air sombre, il ne semblait pas aussi enthousiaste et joyeux que les autres. « Le fameux Thorin… Le roi sous la montagne. Il m'a l'air aussi sympathique qu'un warg enragé ! ». Oakenshield était richement vêtu, du moins sa cape détonnait-elle avec celles accrochées aux patères jusqu'alors. Eawyn ne pu qu'admettre qu'il avait l'allure d'un nain de noble lignée, sa présence imposait le respect et elle comprit pourquoi les siens avaient jadis acceptés de mettre en danger leur clan pour aller prêter main forte aux Durin lors de la bataille qui opposa les nains aux forces noirs.
— Gandalf, vous aviez dit que l'endroit serait facile à trouver… Je me suis perdu. Deux fois.
Le reproche tira un sourire mal dissimulé à quelques-uns des nains. Eawyn se retint de tous gestes moqueurs en se rappelant qu'elle-même n'aurait pas trouvé si son chemin n'avait pas croisé celui des deux frères.
— Je ne l'aurais jamais trouvé s'il n'y avait pas eu le signe sur la porte.
— Un signe ? releva Bilbo. Non il n'y a pas de signe, la porte a été peinte la semaine dernière.
— Il y a un signe, le contredit le magicien. Je l'ai tracé moi-même.
Un sourire étira les lèvres de la jeune femme alors qu'elle pensait fort judicieusement que le Hobbit ne devrait jamais apprendre la signification de ce signe. Néanmoins, peu désireuse de faire face au roi nain pour le moment elle resta silencieuse, il ne l'avait pas encore remarqué son attention occupée par la présence du Hobbit.
— Bilbon Sacquet, permettez que je vous présente le chef de cette compagnie : Thorin Oakenshield.
Ce dernier prit le temps de regarder de haut en bas le pauvre Bilbo, son regard se devinait septique et Eawyn souhaitait peu en faire les frais.
— Alors… C'est le Hobbit.
Les autres nains s'étaient tus attendant l'avis de leur chef : personne ne s'interposerait à sa décision.
— Dites-moi Monsieur Baggins : vous êtes-vous souvent battu ?
— Je vous demande pardon ? demanda incrédule le pauvre semi-homme.
— La hache ou l'épée ? Quelle arme préférez-vous ?
La jeune femme secoua la tête réprobatrice. Il était évident que ce Hobbit- respectable et tout autant aimable- n'avait jamais tenu entre ses mains qu'un couteau à beurre ou à fromage et n'avait en aucun cas déjà manié une arme de guerre. De ce qu'elle en avait constaté la vie ici devait être calme et jamais combat comme elle en avait vécu avait dû arriver ici. Cet interrogatoire était donc fortuit.
— Eh bien, je ne suis pas maladroit aux fléchettes, pour ne rien vous cacher, tenta tout de même le brave Bilbo. Mais je ne vois pas pourquoi est-ce si important ?
— C'est ce que je pensais, déclara le nain en se retournant vers les siens. Il fait plus épicier que cambrioleur, ajouta-t-il moqueur.
« Ce présomptueux ! Il m'insupporte déjà. ». La remarque tira des sourires amusés et des rires à peine endigués de la part des autres nains, mettant le pauvre Hobbit mal-à-l'aise. Eawyn jura mentalement en rohirique en voyant que même le magicien ne prenait pas sa défense.
— Si je puis me permettre, vous ne devriez pas juger les gens sur leur unique apparence, débuta la rohirrim, acide. Il est évident que Monsieur Sacquet n'a jamais combattu, mais si Gandalf l'a choisi c'est qu'il a en lui les ressources nécessaires pour réussir cette aventure.
Elle ancra son regard dans celui du roi nain, un défi sans nul doute, et attendit qu'il daigne lui répondre.
— Pardonnez-moi, mais que faites-vous ici ?
— Oh ! il semblerait que ce cher Gandalf ait omis de vous prévenir, grinça-t-elle en jetant un regard amer au dit magicien. Il m'a conviée à participer à votre quête.
Thorin fronça ses épais sourcils observa la femme devant lui, son regard passa ensuite sur le Hobbit avant de s'arrêter sur le magicien.
— Un cambrioleur qui n'en est pas un et qui ne sait pas se battre et maintenant une femme à la langue bien trop pendue… Souhaitez-vous que cette quête échoue, Maître Magicien ? Je ne vois guère l'utilité de l'un comme de l'autre : nous ferons aussi bien sans.
Un tic d'énervement agita le sourcil gauche de la rohirrim et son regard vert rendu glacial par la colère se posa sur le roi face à elle. Les autres nains témoins silencieux de l'échange n'osèrent dire un mot. Fíli et Kíli songèrent qu'ils avaient bien fait de ne pas provoquer sa colère en vue de la violence de celle qu'avait déclenché leur oncle.
— Si je dis que Bilbon Sacquet est un cambrioleur, alors c'est un cambrioleur, s'imposa Gandalf. J'ai jugé que nous aurions besoin de Dame Eawyn. Je veux tout autant que vous que cette quête réussisse, Thorin. Pour cela, j'ai convié des éléments qui me semblent indispensables. Quant à leur talent de combattant, vous les jugerez le moment venu !
Le Gris relâcha la pression qu'il avait exercée avec sa magie et tout le monde se calma.
