Eawyn se réveilla avant l'aube malgré la courte nuit à laquelle elle avait eu le droit. Elle trouva la salle d'eau de son hôte et se permit un brin de toilette. Quand en aurait-elle à nouveau l'occasion ? Aucune idée. Aussi devait-elle en profiter. Après avoir nettoyé abondamment ses cheveux, elle entreprit de refaire sa coiffure habituelle dans le petit miroir de la pièce. Elle espérait que ça tiendrait suffisamment longtemps. Elle se résigna à tresser le côté droit également afin qu'aucune mèche ne vienne la gêner. Elle enfila sa tenue la plus confortable pour passer des heures et des jours à cheval.

Elle trouva de quoi faire un maigre repas dans les aliments dédaignés par les nains, des fruits principalement. Elle en prit d'autres pour pouvoir faire un encas dans la journée. Ils allaient s'arrêter rarement c'était certain.

Elle trouva ses armes entassées dans un coin au milieu de celles des nains et les récupéra. Elle quitta ensuite la demeure chaleureuse de son hôte pour la fraîcheur matinale de l'extérieur. Elle en profita pour vérifier son paquetage. Vives, vêtements de rechange et autres matériels nécessaires tenaient dans son petit sac. Ils allaient certainement devoir chasser pour survivre et compter sur la générosité de la nature. Le voyage promettait d'être long.

Elle venait de s'asseoir sur le banc du jardin quand elle constata que les nains étaient réveillés et allaient bientôt partir. Elle profita des derniers instants de tranquillité et observa le lever du soleil, apaisée. Soudain la porte s'ouvrit avec fracas.

— Cette maudite femme est partit ! Je savais bien qu'on ne pouvait pas lui faire confiance, grogna un nain avant de s'interrompre en voyant la rohirrim assise sur le banc juste à côté.

— Je vous attendais Maîtres Nains. J'ai bien cru devoir venir vous réveiller moi-même, les taquina-t-elle. Maître Magicien, le salua-t-elle ignorant les commentaires énervés des nains.

Elle nota le regard amusé de Gandalf. Et le sourire en coin de quelques membres de la compagnie.

— Nous n'avions pas prévu qu'une personne de plus nous accompagnerait, nous n'avons pas d'autres poneys, lui apprit Ori.

— Ne vous en faites pas, Maître Ori, j'ai ce qu'il me faut.

Elle émit un long sifflement puis un bref. Nahald arriva tranquillement et s'arrêta devant elle. Le cheval gris observa d'un œil attentif les nouvelles têtes qui entouraient sa cavalière. Elle offrit un morceau de pomme à sa monture avant de l'harnacher rapidement avec des gestes qui trahissaient son habitude.

— Il est grand, constata à voix haute Ori.

— Grand, fort et loyal, approuva-t-elle.

Il fallut bien peu de temps pour que tout le monde soit prêt au départ. Chacun grimpa sur sa monture. Le Roi vérifia que tout le monde soit prêt. Il n'y avait plus une minute à perdre. Il fit avancer sa monture vers l'est.

— Le Hobbit ne viendra plus maintenant, déclara Thorin.

— Cela ne posera-t-il pas de souci pour la suite, Gandalf, questionna Eawyn. Il semblait important qu'il nous accompagne.

— Laissez-lui un peu de temps, je suis sûr qu'il va nous rejoindre. La nuit porte conseil.

A cette phrase, les nains lancèrent les paris sur la venue ou non de Bilbo. La combattante espéra que le semi-homme ne vienne pas. Il ne savait pas se défendre, était habitué à son confort personnel et ne souhaitait probablement pas être poursuivi par des créatures tout droit sortit de ses pires cauchemars.

— Il viendra, assura pour lui-même le magicien.

Eawyn plaça son cheval en queue de file, s'éloignant le plus possible du Roi nain. Elle allait devoir leur prouver sa bonne volonté et sa loyauté par bien des manières pour qu'ils l'acceptent tous. Son voyage ne serait pas des plus aisés.

Elle soupira, les nains ne cessaient de jacasser sur la perte de temps qu'avait été leur venue à la Comté. Les nains étaient-ils toujours aussi ronchon ? Elle espérait vraiment que ça ne soit pas le cas.

Elle flatta l'encolure de Nahald. La première partie de leur voyage serait certainement tranquille. Aussi loin à l'ouest, il n'y avait guère d'ennemis. C'est en se rapprochant de Bree et des Terres Sauvages que viendraient les ennuis. Elle avait envie de prouver sa valeur aux nains, mais elle ne tenait pas particulièrement à ce que les raisons de le faire arrivent trop rapidement. Un long voyage les attendait et bien des mois s'écouleraient avant de voir la montagne solitaire.

Les lieux étant sans danger, les nains sortirent leurs instruments de musique et commençèrent à chanter. Même Thorin se joignit au chant. Eawyn chantait volontiers avec eux quand elle connaissait les paroles des chansons et qu'elles étaient en langue commune. Sinon, elle se contentait de répéter les refrains avec entrain. Un sourire aux lèvres, elle observait la joyeuse assemblée que les nains formaient. Bientôt, ils ne pourraient plus se permettre une telle légèreté.

« Dans la pénombre des mines,

À la lueur des torchères,

Cette passion les anime

Comme firent jadis leurs pères,

Au diable, l'épuisement !

Avec force et courage

C'est de leurs pioches ardemment

Qu'ils entament le minage.

Tchic-tchic-tchic et tchac-tchac-tchac,

Retentissent les impacts

Pour en extraire les gemmes.

Des youpis et des hourras,

C'est un filon que voilà !

La joie sur leurs figures blêmes. »

Les Mineurs d'Erebor – Daeron

La plupart des chants étaient dans la langue naine le Khuzdul. Le Khuzdul donnait une impression d'agressivité et de brutalité, on était loin des sons doux du langage elfe. Le fait qu'ils arrivent à en faire un chant si harmonieux relevait de l'exploit aux yeux de Eawyn. Une nouvelle chanson débuta, elle se perdit un instant dans ses pensées. Elle aurait pu les écouter chanter des heures durant.

— Dame Eawyn, connaissez-vous des chansons ?

Eawyn revint à elle brusquement. Kili et Fili avaient ralenti leur monture pour se mettre à son niveau. Le brun lui avait posé la question et le blond la regardait d'un air indéchiffrable. Elle avait du mal à le cerner depuis leur étrange échange lors de son arrivée chez Bilbo Sacquet. Il l'intriguait comme rarement quelqu'un l'avait fait.

— Je peux chanter quelques chansons, si vous le souhaitez, acquiesça-t-elle.

Son répertoire n'était pas aussi étendu que celui de ses compagnons de voyage et en enlevant les chansons en langage commun qu'ils avaient déjà chanté, il restait bien peu de titres. C'était l'occasion de leur faire découvrir des chants venant du Rohan.

— Alors chantez, nous vous accompagnerons de notre mieux, s'enthousiasma Ori.

Elle garda le silence un instant afin de trouver ce qu'elle pourrait fredonner.

« Where now is the horse and the rider? Where is the horn that was blowing?

Where is the helm and the hauberk, and the bright hair flowing?

Where is the hand on the harp string, and the red fire glowing?

Where is the spring and the harvest and the tall corn growing?

They have passed like rain on the mountain, like a wind in the meadow;

The days have gone down in the West behind the hills into shadow.

Who shall gather the smoke of the dead wood burning,

Or behold the flowing years from the Sea returning? »

La langue rohirique était tantôt douce et mélodieuse, tantôt dure et sévère. Alors que certaines phrases semblaient être du miel aux oreilles de son public, les autres semblaient plus agressives.

— Quelle langue était-ce, questionna Ori, curieux.

— Du rohirique, langue du Rohan des terres du sud, lui apprit-elle.

— Vous êtes bien loin de chez vous, commenta Bofur.

Elle hocha simplement la tête. Oui, elle était loin. Aurait-elle la possibilité de fouler à nouveau les plaines du Rohan ? Nul ne le savait.

— Vous avez une belle voix, la complimenta Kili.

— Aller, une autre, s'exclama Fili.

Elle enchaîna deux chansons de plus rendant hommage aux cavaliers du Rohan et leur monture, montrant la bravoure de ces combattants émérites. Elle prit plaisir à chanter ces textes appris depuis longtemps. Elle avait bien peu d'occasions de le faire.

— Une dernière, accorda-t-elle alors que Ori en réclamait une nouvelle.

« Femme parmi les hommes,

Dans ce capharnaüm,

Avec l'arme à la main,

Elle dû cacher son sein,

Sous une lourde armure

Masquant sa chevelure.

"Une femme ne guerroie pas,

Qu'elle lave plutôt les draps";

Mais ces paroles de rustre,

D'un raffinement palustre,

Elle n'en a rien à faire

De tous ces commentaires.

C'est son obstination

Qui lui donna raison.

Son rôle fut important

Dans ce conflit sanglant,

Tournant à l'avantage

Des faiseurs de carnage. »

Éowyn, femme guerrière

Les intonations de sa voix s'emplirent de tristesse, elle sembla se refermer sur elle-même et interrompit son chant. Transportée par la joie de partager un tel moment de cohésion avec ses compagnons de voyage, elle avait enchaîné les chansons sans faire attention. Elle n'aurait pas dû entonner celle-ci. C'était un douloureux rappel à son passé. Elle secoua la tête sous le regard surpris des nains.

— Excusez-moi, je vais aller voir plus en avant si le chemin est libre.

Elle talonna sa monture et fila sans leur laisser le temps de répondre.

Fili fronça les sourcils en la voyant s'enfuir. Il avait bien perçu la douleur dans sa voix lors de son dernier chant. Son cœur saignait à cause de son passé. Le blond sentit sa poitrine se serrer alors qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était déroulé. Il brûlait d'en connaître les raisons et de pouvoir l'aider à faire revenir un sourire sur les doux traits de son visage et ainsi en chasser la tristesse. Il ne pouvait supporter de la voir ainsi sans pouvoir expliquer les raisons de cette soudaine empathie.


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