Chapitre XXVIII : La Coupe de Feu

Médium, médium, entends-tu ?

Les hurlements de ceux qu'on a tus ?

Médium, médium, passerelle,

Entre l'après monde et celui des mortels.

Note au Don n.10 du Codex de Serpentard


La rentrée fut éreintante pour Eddy. En plus de sa fatigue chronique et de la faiblesse qu'il ressentait après avoir servi de cobaye pendant l'été à Jedusor, les premiers cours de l'année donnèrent le ton du niveau attendu en cinquième année. L'année des BUSES était une des plus importante d'après leurs professeurs qui les enjoignaient à travailler avec plus d'ardeur, simplement Eddy peinait déjà à rester réveillé et à prendre des notes et ne voulait surtout pas penser au moindre examen. Ceux-ci étant bien sûr le cadet de ses soucis, survivre à Jedusor et à son Obscurus étant un objectif bien plus sérieux et pressant.

Il se rendit en boitillant, aidé d'une canne de fortune à son cours d'Étude de Moldus. Sal marchait à ses côtés l'air songeur et fébrile comme depuis le début de l'année. Si l'état d'Eddy s'était légèrement amélioré au cours de la semaine, Sal avait plusieurs fois proposé de lui donner de son énergie mais l'adolescent s'y était refusé. Sal avait l'air aussi mal en point que lui, et si Eddy ne supportait pas de se sentir aussi mal, il ne voulait pas affaiblir davantage son meilleur ami. Ils entrèrent à la suite de leurs camarades dans la grande salle de classe du rez-de-chaussée où avaient lieu les cours d'Études des Moldus et l'adolescent se demanda comment les leçons allaient se passer. Les cours étaient obligatoires et toute leur promotion était déjà dans la classe à l'exception de Bellatrix et de Médusa.

Mrs Burbage ne se leva pas et resta sur son siège tandis que Sal et Eddy prenaient place au dernier rang de l'estrade. L'adolescent le sentait ces cours n'avaient rien à voir avec l'initiation qu'il avait reçu l'année dernière. La sorcière leur fit un petit sourire fané avant de faire léviter des ouvrages en direction des élèves qui en reçurent chacun une copie.

Eddy plissa les yeux devant le manuel qu'il avait reçu, « Moldus et Impureté, comment s'en prémunir ? » et sur le visage défait du professeur Burbage. Sans même faire l'effort de se présenter, la femme leur demanda d'ouvrir le manuel au premier chapitre et commença à le lire.

De ce qu'Eddy lisait et entendait, le contenu de ces ouvrages était médiocre, raciste et stupide. La première phrase énonçait que les moldus n'étaient pas mieux que des animaux et Charity parut sur le point de jeter son livre en le lisant. Elle n'avait pas choisi ces manuels, ni l'orientation du cours, alors bientôt, la plupart des élèves de leur promotion se désintéressèrent du ronronnement de voix de Charity pour travailler à d'autres devoirs ou juste discuter à voix basse.

—Quand même, soupira Rita en se retournant vers Sal et lui, écrire autant d'idioties avec un style aussi médiocre, c'est de l'art.

—Si cela avait été mieux écrit, tu aurais accepté ce qui était dit ? demanda Sal.

—Pas sûr, mais ça aurait été un peu plus agréable à écouter, minauda la blonde en retournant un instant à la maquette du Petit Poudlard Illustré. Qu'est-ce que tu as au cou, Eddy ?

Rien, grogna-t-il en refermant rapidement le col de sa robe de sorcier pour cacher son horrible collier.

La gêne qui passa sur son visage à l'instar de celui de Sal fut suffisante pour Rita qui eut l'air de comprendre et se mit à blêmir. Quelques uns de ses camarades avaient remarqué cette « breloque ». Il avait croisé Shafiq aux douches le matin même qui lui avait demandé si c'était un bijou de famille. Eddy avait dû déployer toutes ses réserves pour ne pas s'énerver et l'adolescent était parti en ne comprenant pas son air constipé et furieux.

À ce moment là, entrèrent dans la salle de classe Médusa et Bellatrix. Les deux jeunes filles revenaient manifestement de la bibliothèque les bras chargés d'ouvrages.

—Mesdemoiselles, le cours a commencé il y a plus de quinze minutes, vous êtes en retard, souffla Charity d'une voix sèche.

—Et je suis sûre que nous n'avons rien manqué, rétorqua Bellatrix sur le même ton en allant s'asseoir.

—Pardon du retard, minauda Médusa. Nous avons eut un imprévu à la bibliothèque, mais je vous en prie, reprenez Miss Burbage, je suis sûre que vous avez des choses passionnantes à nous raconter sur les moldus.

À l'instar de Bellatrix, Médusa alla s'asseoir près de Rita en gratifiant Eddy et Sal d'un petit sourire fatigué mais confiant tandis que Charity reprenait sa leçon d'un air encore plus sinistre.

Eddy ne savait pas ce que Médusa avait en tête, depuis qu'il l'avait revue la veille de la rentrée, la jeune femme avait changé, elle était plus sûre d'elle même. Il ne savait pas ce qu'elle avait découvert, mais si elle avait une solution, l'adolescent était preneur car ce soir aurait lieu une nouvelle séance avec Jedusor et Eddy l'anticipait avec crainte.

Autant pour se rassurer que pour s'occuper les mains tandis que Charity ânonnait des bêtises, Eddy sortit de sa poche la petite roue en plastique que lui avait offert Berry. À force de rester dans sa poche, la roue commençait à être abimée et s'était pliée. Il aurait pu la ranger quelque part, dans un livre dans son dortoir, mais l'adolescent ne se sentait bien qu'avec cette petite roue près de lui.

Comme à son habitude Salazar semblait curieux de cette petite roue en plastique typiquement moldue. Eddy lui avait confié en quelles circonstances il avait eut ce petit objet. Timidement Sal tendit sa main pour l'examiner en dépliant précautionneusement le plastique.

—Il y a un moyen pour l'empêcher de s'abîmer ? Un sortilège ? demanda Eddy à voix basse à son camarade.

—Ça doit exister, admit Sal maladroitement. Mais il vaudrait mieux demander à Med ou Bellatrix.

Les deux interpellées se retournèrent pour leur jeter un regard suspicieux à l'instar de Skeeter qui suçait l'embout de sa plume avec avidité.

Médusa lui fit un drôle de sourire en regardant la roue en plastique dans les mains de Sal. Bellatrix avait dû lui confier les étranges présents qu'ils avaient reçus.

—Je vais voir ce que je peux faire, donne.

—Je veux le faire moi même, murmura Eddy.

—Avec ta magie détraquée ? le tança Bellatrix. Mon pauvre, tu n'es pas rendu !

Eddy remarqua que la jeune Black évitait son regard derrière ses mesquineries et se demanda ce que cela signifiait. Charity réclama le silence d'une voix forte, aussi les trois filles retournèrent à leur pupitre en chuchotant à propos du Tournoi des Trois Sorciers.

Le cours se termina ainsi sans que personne n'ait vraiment pris de notes ou n'ait écouté la leçon. Eddy songea que si des BUSES étaient programmées dans cette matière, peu de leur promotion pourraient espérer les passer vu le peu d'intérêt que suscitait ces cours.

Tandis que les élèves sortaient, Eddy remit la roue de Berry dans sa poche et fit un détour vers le bureau de Mrs Burbage. Sal l'attendait dans un coin de la salle, tandis que Charity rangeait ses livres avec le visage défait. Quand elle s'aperçut de leur présence, elle leur offrit une pantomime de sourire.

—Les cours vont être tout le temps comme ça ?

—Malheureusement oui, murmura Charity. Si je ne suis pas le programme, Monsieur le Directeur trouvera certainement quelqu'un pour me remplacer. Que ce soit moi ou un autre, qu'est-ce que ça change désormais ?

Elle jeta un petit coup d'œil à Sal qui confus, rentra sa tête dans ses épaules à la manière d'une tortue. S'il avait le physique de son père, son attitude ne pouvait en être plus éloignée.

—Les moldus ne sont pas aussi horribles, n'est-ce pas ? demanda Sal.

—Non, bien sûr que non, répondit Charity après avoir jeté fébrilement un coup d'œil pour être sûre de ne pas être épiée. Comme les sorciers, ils sont imparfaits et compliqués. Je ne vous retiens pas plus, vous feriez mieux de retourner dans votre salle commune.

Aussi ils s'exécutèrent. Sal paraissait songeur comme à son habitude. Eddy savait qu'il ne connaissait pas le monde moldu. À l'instar de sa sœur, il avait tout le temps été enfermé dans le Prieuré de Serpentard, et s'il ne partageait pas la haine tenace de son géniteur, il était juste indifférent. Après tout comment juger un peuple qu'on ne connaît pas ?

Ils finirent par se séparer tandis qu'Eddy se dirigeait en baissant la tête vers le bureau directorial. Il n'avait que peu croisé Jedusor au cours de la semaine, mais ce dernier semblait de très mauvaise humeur à en voir son visage contracté durant les repas. Eddy ne savait pas s'il manigançait quelque chose ou si la préparation du Tournoi était la cause de son énervement.

Arrivé devant la gargouille de pierre, Eddy se rendit compte qu'il n'avait pas le mot de passe.

Il n'eut cependant pas à attendre longtemps car celle-ci s'ouvrit laissant passer le ventre rebondit de Slughorn précédant la silhouette de Jedusor.

—Je ferai donc parvenir nos protocoles de sécurité à Mme Moineau de Beauxbâton, voilà des lustres que je n'ai pas parlé français. Oh, Mr Lee, bonsoir.

—Bonsoir, professeur Slughorn.

Le petit homme l'avait plutôt ignoré depuis la rentrée et Eddy ne s'en plaignait pas. Mais Slughorn trouvait assez curieux de voir l'adolescent attendre devant le bureau du directeur.

—Je vais devoir vous laisser, Horace, fit Jedusor d'une voix de velours. Mr Lee et moi même avons une entrevue.

—Je comprends, gloussa le vieil homme. Mr Lee suit vos propres traitements, n'est-ce pas ? Il semble que l'Illuminial ne soit plus suffisant.

—C'est exact, répondit Jedusor avec un faux sourire aimable. Je ne vous retiens pas plus.

Jedusor attendit une seconde que le petit professeur ait tourné à l'angle du couloir avant de saisir Eddy par le col pour le faire entrer sèchement dans son bureau à sa suite. L'adolescent se retint de cracher de rage et de dépit, mais se résolut à se laisser faire. Simplement, à peine la gargouille se fut-elle refermée derrière eux que Jedusor par pure mesquinerie donna un coup de pied dans la canne qui le soutenait et Eddy s'étala de tout son long dans le bureau en manquant de s'ouvrir le menton sur le sol de pierre.

En pestant, l'adolescent se releva sans un mot en refusant de donner à Jedusor la satisfaction de le voir souffrir.

—Vous utilisez une béquille, siffla Jedusor en s'asseyant à son bureau. Que c'est pathétique.

—Si vous n'aviez pas vampirisé toute mon énergie pour vos expériences, je pourrais marcher, répliqua Eddy acerbe.

—Bientôt vous ne pourrez plus marcher du tout, vous finirez votre année et votre misérable vie à l'infirmerie. Assis.

Un siège apparut derrière Eddy pour le faire s'asseoir de force face au professeur. Le bureau avait changé durant l'été, la plupart des objets rutilants de Dumbledore étaient encore là, mais de nombreuses étagères de livres anciens et poussiéreux avaient été ajoutées. Face à Eddy, Jedusor avait un petit sourire tranquille relevant la cicatrice en forme d'éclair sur sa joue. Il avait croisé devant lui ses deux longues mains blanches et encore une fois la bague noire était absente à son annuaire. Si Jedusor semblait calme et serein, Eddy ne pouvait s'empêcher de se dire que quelque chose avait changé.

—Bien, j'imagine que vous avez pu réfléchir à votre condition durant votre petit voyage. Vous avez été abandonné pour votre statut.

Eddy fusilla le bois marqueté du bureau en refusant de répondre. Chacune de ses paroles pourraient mettre en danger Zelda et le reste du clan. Jedusor avait fait assez de mal à ceux qui lui étaient chers.

—Alors autant régler une bonne fois pour toute votre histoire d'Obscurial, reprit Jedusor d'une voix de velours.

—…

Eddy fulminait en baissant les yeux, attendant que Jedusor se décide à parler. Jusqu'ici, il avait toujours eut le dernier mot, autant laisser son professeur se conforter dans cette idée.

—Nous allons donc aborder les horcruxes. Comme promis.

Eddy avait envie de répondre avec hargne que ses promesses étaient la dernière chose à laquelle il croyait mais il ne pouvait s'empêcher d'être intrigué. Après avoir esquivé le sujet pendant des mois, Jedusor reprononçait enfin ce mot. Se sentait-il assez en confiance pour en parler maintenant que Dumbledore avait quitté le pays ou considérait-il Eddy assez soumit pour s'exécuter sans poser de question ?

—Que sont les horcruxes, professeur ? minauda-t-il lugubrement en fixant les tableaux endormis derrière le directeur.

—Un acte de magie avancée dépassant sans aucun doute vos compétences, Mr Lee. Heureusement pour vous, seule la puissance comptera avec mon aide. Il vous faudra séparer une partie de votre âme de votre corps pour la glisser dans un objet.

—Séparer mon âme ? frémit Eddy malgré lui.

—Effectivement. Votre âme et votre magie sont intimement liées, l'une ne pouvant fonctionner sans l'autre, c'est ce qui a crée votre Obscurus. À force de se cacher, votre âme et vos pouvoirs se sont dissimulés à l'intérieur de vous comme une seconde peau menaçant de vous tuer à chaque instant tandis que cette force grandit. Créer un horcruxe est le seul moyen de contrôler cette rage pour notre bien à tous.

Un livre à la couverture noire voleta dans la main tendue de Jedusor qui l'ouvrit à une page spécifique avec ce qui ressemblait à un petit sourire nostalgique sur son visage pâle.

—Une fois que j'aurais créé cet horcruxe vous allez me tuer, siffla l'adolescent.

—Non. Vous ne mourrez pas Mr Lee. Je m'en assurerai, lui rétorqua son professeur. Je ne perdrais pas un serviteur avec un si grand potentiel.

—Je ne suis pas votre serviteur, marmonna l'adolescent à voix basse.

—Cette question a été tranchée au moment où vous avez mit ce collier, susurra Jedusor. Vous me devez obéissance et fidélité.

—Je n'ai pas reçu de marque, rétorqua-t-il en songeant à ce qu'avaient dit Andromeda et Bellatrix et aux curieux sorciers qu'il avait croisé à Poudlard durant l'été.

—Vous ne la méritez pas. La Marque des Ténèbres est un présent que je fais à bien peu de mes serviteurs, ceux qui restent se contenteront de ce que je leur donne. Lisez.

Il lui jeta dans les mains l'ouvrage à la page indiquée.

L'horcruxe ne peut-être fabriqué à partir de n'importe quel objet, lut Eddy. Il faut que cet objet soit déjà puissant ou au contraire ait une forte valeur symbolique pour son créateur. Afin de réaliser un horcruxe, un processus de déchirement d'âme est nécessaire. Le meurtre d'un humain est la seule chose permettant de déchirer son âme.

Alors qu'il finissait de lire le paragraphe, Eddy sentit une nausée le prendre. Il ne put s'empêcher de lever les yeux vers le directeur qui souriait calmement.

—Vous me demandez de tuer quelqu'un ?

—Il n'est pas nécessaire que le meurtre soit récent pour que cela fonctionne. Continuez votre lecture.

Fébrilement, l'adolescent replongea son nez dans les notes du vieux grimoire noir et se remit à lire d'une voix encore plus hésitante :

Pour que le processus de déchirement d'âme soit le plus efficace, il est recommandé d'utiliser un meurtre récent, mais cela n'est pas une obligation. L'horcruxe devenant le réceptacle ultime de l'âme, il faut après avoir déchiré son âme, considérer ce qu'il y a de plus humain en soi pour lui en confier la garde. De là, le corps et l'âme seront protégés et le créateur ne mourra point.

À peine eut-il fini cette phrase que le livre se ferma brusquement et retourna dans la paume blanche et tendue de Jedusor qui le rangea dans son bureau. Jedusor était manifestement tout à fait au courant du processus de fabrication, rien qu'à voir sa méfiance à lui en parler.

—Vous avez donc fait un horcruxe, murmura Eddy. Vous avez commis un meurtre pour sauver votre vie.

Eddy vit un éclat rouge traverser le regard de Jedusor, mais celui-ci semblait presqu'amusé comme s'ils partageaient ensembles une sorte de connivence odieuse. Eddy se souvenait de ce qu'il avait vu dans les souvenirs de Jedusor, la misère de ce petit garçon face à ce prêtre et la mort qui avait manqué de le frapper. Était-ce cela qui avait enjoint cet homme à protéger son existence à tout prix, même au prix des siens ?

—C'est exact. J'avais à peu près votre âge quand j'ai réalisé mon horcruxe. Quant au meurtre, ce n'était qu'un dommage collatéral que j'ai su utiliser à bon escient.

—Q-Quel est cet objet ?

—Cette question est hors de propos, rétorqua sèchement Jedusor en abattant une pression surprenante sur la pièce.

—Que m'arrivera-t-il lorsque j'aurais créé cet horcruxe ? demanda Eddy en sachant qu'il n'aurait qu'une demi vérité.

—Votre Obscurus sera maintenu, sa puissance ira naturellement se loger au sein de cet objet au lieu de détruire votre corps. Vous n'aurez plus de crise, vous ne serez plus dangereux et serez à même de contrôler cette puissance.

—Et vous aussi, rétorqua l'adolescent en fusillant du regard le portrait d'un directeur de Poudlard endormi derrière Jedusor.

Jedusor eut une sorte de gloussement qui l'agaça davantage, aussi Eddy pour éviter à sa colère de s'accroitre se remémora la phrase qu'il avait lu dans le grimoire quelques instants plus tôt.

—Qu'est-ce que ce passage veut dire ? Considérer ce qu'il y a de plus humain en soi. Qu'est-ce que je dois mettre avec mon âme pour former mon horcruxe ?

—Votre culpabilité, Mr Lee. C'est ainsi que vous arracherez votre âme.

Cela le surprit tellement qu'Eddy manqua d'avaler de travers et porta son regard vers le directeur qui lui souriait nonchalamment.

—Vous avez ressenti de la culpabilité pour vos meurtres, vous ?

Le sourire de Jedusor vacilla à peine mais Eddy aurait juré voir un nouvel éclat rouge traverser les yeux noirs de l'homme qui reprit en se penchant vers l'avant.

—La culpabilité est un terme bien vaste englobant une autre réalité, Mr Lee. Le sentiment de culpabilité s'exerce bien souvent lorsque l'on ressent de la joie à son action aussi cruelle et perverse soit-elle. C'est de cette chose que l'on tire bien des tourments mais aussi toute sa puissance quand on s'en débarrasse. La joie que l'on a ressenti à ses méfaits peut être dévastateur autant pour soi que pour les autres. Il faut donc l'accepter. Il n'y a pas de culpabilité sans joie, ni joie sans culpabilité.

Jedusor se releva brusquement et Eddy dut réfréner un mouvement de recul. Après ces paroles, l'adolescent avait à nouveau l'impression d'avoir la tête retournée et ne savait plus où il en était.

—Ce sera tout pour ce soir. Pour notre prochaine séance, votre mission sera de trouver l'objet adéquat pour recevoir votre âme abîmée. Maintenant, je vous ordonne de tenir votre langue auprès de nos futurs invités sur votre condition. Ni vous, ni moi n'avons intérêt à ce que votre statut soit révélé.

D'un revers de main il ouvrit la porte menant à l'escalier de la gargouille. Jedusor n'avait plus rien d'autre à lui communiquer. Pantelant, Eddy se releva et au moment où il allait saisir sa canne de fortune pour marcher, Jedusor l'embrasa et celle-ci ne tarda pas à devenir un petit amas de cendres misérable à ses pieds.

—Cessez d'utiliser une béquille, susurra Jedusor, vous en sortirez grandi.

Hargneux, Eddy se releva sans aide et marcha lentement en se tenant à toutes les surfaces possibles entre son siège et la porte avec l'impression qu'il allait s'effondrer d'un instant à l'autre tellement ses jambes étaient lourdes.

Il se retourna alors qu'il allait franchir le seuil du bureau pour poser une question qui lui brûlait les lèvres :

—Est-il possible de créer plusieurs horcruxes, professeur ?

—Pourquoi en voudriez-vous plusieurs ? demanda Jedusor d'une voix glacée.

—Pour mieux me protéger, ânonna Eddy en ne pouvant s'empêcher de jeter un coup d'œil à son professeur.

Le visage de Jedusor était pâle et sa bouche tirée en une ligne fine :

Cela ne s'est jamais fait. Mais qui sait ?

La porte lui fut ensuite claquée au nez, alors en boitillant, Eddy retourna péniblement à son dortoir.

Dans les jours qui suivirent et à l'approche de l'arrivée des délégations de BeauxBâtons et Durmstrang tous les élèves ne parlaient plus que de ça. Eddy était bien loin de ces considérations, encore troublé par les paroles de Jedusor. Il était tout proche de faire cet horcruxe désormais et cela ne lui procurait aucune quiétude, bien au contraire. Il se sentait piégé et aurait donné tout ce qu'il possédait –autant dire par grand chose- pour pouvoir parler de ce sujet à quelqu'un. Il n'avait aucune nouvelle de Newt et Tina depuis plus de deux mois et ne savait pas ce qu'il advenait d'eux. Eddy se refusait à leur envoyer la moindre lettre, furieux à l'idée que Jedusor où l'un de ses sbires n'ait accès à ses écrits.

Alors en cours de Soins aux Créatures Magiques, Eddy et Salazar avaient remarqué que l'ancienne cabane d'Hagrid avait trouvé de nouveaux occupants. Un sorcier et une sorcière à l'air patibulaires avaient repris les activités du garde chasse mais passaient l'essentiel de leur temps à chiquer du tabac à l'orée de la forêt en train d'être replantée. Eddy les avait vus pendant l'été et Salazar lui avait dit que c'étaient les Carrows, un frère et une sœur qui s'occupaient des écuries du Derby jusqu'ici et qu'ils étaient très bêtes. À en écouter leurs gloussements sinistres tandis que Brûlopot donnait sa leçon sur les crabes de feu, il n'avait pas tort. Eddy et Salazar savaient tous ce qu'il y avait à savoir sur le sujet, aussi étaient-ils au dernier rang à discuter.

—Les délégations arrivent demain, fit Sal sans se réjouir. J'ai hâte que ce tournoi se termine.

Comme lui, ce tournoi ne l'intéressait pas. Ils avaient tous les deux à l'instar de Médusa beaucoup plus important à faire mais espéraient que cela détournerait Jedusor d'eux assez longtemps pour enfin le contrecarrer.

—Tu crois que c'est Bella qui sera choisie ? Elle répète à tout le monde qu'elle va participer.

—Si c'est le cas, je plains ses adversaires, fit Sal sérieusement ce qui déclencha un petit fou rire chez Eddy.

—Un peu de calme, vous deux derrière, les apostropha Brûlopot avant de continuer sa leçon.

Ils attendirent quelques instants qu'il se soit assez concentré sur ses explications pour reprendre à voix basse :

—Et pour Médusa, elle t'a parlé de ce qu'elle faisait depuis la rentrée ? demanda Eddy.

Il fit non de la tête puis répondit d'une petite voix :

—Non, mais elle avait l'air très satisfaite. Donc j'imagine que ça se passe bien.

Le cours se termina ainsi, et les deux amis retournèrent à leur salle commune. Eddy peinait à monter le long de la colline et serrait les dents pour se donner du courage. Rita marchait devant eux avec un air frêle et triste. Un moment le regard de la blonde s'attarda sur le collier qu'il portait autour du cou et elle sembla à nouveau si épouvantée qu'elle se mit à courir pour rejoindre Gwendal en tête de peloton.

—Pour elle, ça ne se passe bien, pointa faiblement Eddy. Elle a vraiment une tête de déterrée.

En effet, même si les trois Gorgones s'étaient rabibochées, on ne pouvait nier que Rita avait un air maladif, comme depuis que Jedusor l'avait torturée avant de lui effacer la mémoire. Malgré ses amies, elle était plus craintive et inquiète que des mois plus tôt.

—On essayera d'aller lui parler, murmura Sal. Pour l'instant ses pensées sont dirigées sur le journal de l'école et son prochain numéro. Elle doit donner la maquette terminée à mon père avant de la publier. C'est peut-être ça qui l'inquiète ?

Alors qu'ils rentraient dans le Grand Hall, Rita rejoignit Bellatrix et Médusa et plaqua sur son visage un sourire de circonstance qui ne tromperait pas son monde longtemps. Alors qu'elles passaient à côté d'eux pour retourner à leur dortoir avant le diner, Médusa adressa un sourire lumineux à Eddy et à nouveau son odeur de fraise des bois envahit ses narines.

Depuis des mois c'était tout ce qu'ils s'accordaient, des sourires maladroits et des silences gênants, mais cela lui gonflait malgré tout le cœur d'espoir. Après avoir refusé une nouvelle fois ses avances et ses sentiments, Médusa avait changé au cours de l'été elle aussi, et ce changement avait quelque chose de réconfortant. Elle semblait aller mieux.

Le lendemain, un vent frais s'était abattu sur le château et une grande impatience avait pris les murs millénaires à la venue des étrangers. Jamais le château n'avait été aussi rutilant, la moindre gargouille avait été époussetée, les tableaux rafraichis et même les vieilles pierres étaient brillantes et lisses. Tous les élèves ainsi que les professeurs attendaient l'arrivée des délégations avec impatience dans la large cour jouxtant le hall. Jedusor au milieu de cette foule avait un petit sourire supérieur, Médusa à ses côtés.

—Ils vont arriver en train, du coup ? demanda naïvement Gwendal en caressant Noise qui avait bien grandi ces derniers mois.

—Je ne pense pas, murmura Sal. Ils ont sûrement leur propre moyen de locomotion.

Quand sonna dix-huit heures à la grande horloge de l'entrée, quelque chose émergea du ciel. En plissant des yeux alors que le soleil était presque couché, Eddy remarqua que c'était un gigantesque carrosse bleu ciel tiré par une douzaine d'abraxans ailés. Dans un mouvement sec le carrosse alla choir dans l'herbe du parc. Eddy tendit le cou pour apercevoir les élèves de Beauxbâtons en contrebas qui semblaient grelotter dans leur robe bleue en s'approchant. Ils étaient une petite quarantaine et encadraient une femme gigantesque enroulée dans un vison, ce devait être la directrice de l'Académie. Dans un bel ensemble, les élèves de Beauxbâtons rejoignirent la cour carrée en effectuant une petite révérence qui déploya des feux d'artifices bleutés sur leur passage. Rita non loin d'Eddy eut un petit gazouillis de joie transie à ce spectacle tandis que les élèves s'étaient arrêtés au milieu de la cour. Les rangs se desserrèrent et au milieu d'eux, non loin de la gigantesque sorcière se trouvait une autre femme.

C'était la plus belle femme qu'Eddy eut jamais vue. Elle avait les cheveux argentés luisant doucement dans les lumières du crépuscule ainsi qu'un teint légèrement doré. Dans sa robe de sorcière blanche, la sorcière avait l'air d'un ange. Elle n'avait pas l'air humaine et ne pouvait pas l'être, jamais une humaine n'aurait eut ce visage aussi symétrique et régulier. Quel âge avait cette créature et comment était-elle devenue directrice d'une école de magie ?

—C'est une vélane, souffla Sal qui se tut rapidement car son père s'avançait pour venir serrer la main de la femme.

—Mme Moineau, quelle joie de vous recevoir entre ces murs, fit il avec une voix de velours.

—Plaisir partagé, répondit la vélane d'une voix de soprano avec un fort accent. Nous avons fait un long voyage mais quelle joie de revoir Poudlard. Quelle tristesse qu'Albus n'ait pu participer aux derniers préparatifs.

—Hélas, oui, souffla Jedusor en se crispant légèrement. Mais ne laissons pas ces évènements fâcheux ternir ces réjouissances historiques. Mme Moineau, voici ma fille Médusa, préfète à Serpentard, tout au long de votre séjour n'hésitez pas à la solliciter, ainsi que vos élèves. Elle se fera une joie de répondre à la moindre de vos demandes.

Médusa effectua une petite révérence avant de prononcer quelques mots, Eddy comprit que c'était du français. La Directrice de Beauxbâton ainsi que l'autre immense femme parurent flattées que l'on s'adresse à elles dans leur langue et y répondirent d'un air enjoué. Jedusor se tourna alors vers la géante :

—Madame Maxime, c'est également un plaisir. Je vous enjoins avec votre délégation à rentrer vous mettre au chaud, nous vous rejoindrons bientôt avec la délégation de Durmstrang.

La directrice de Beauxbâton opina joyeusement et fit voleter derrière elle sa longue chevelure argentée, tandis que Madame Maxime l'autre grande sorcière âgée d'une trentaine d'année encadrait les élèves vers l'entrée du hall.

—Comment ça se fait qu'une vélane soit directrice de l'école ? chuchota Gwendal stupéfait. Elles n'utilisent pas de baguettes !

Un grondement curieux de chuchotis avait suivi la délégation des français mais fut bientôt coupée net car un bruit de bouillon en provenance du lac les alerta. Soudain, la proue d'un gigantesque navire émergea des eaux sombres du lac noir.

Il s'amarra à quai dans une gerbe d'eau puissante qui fit onduler les flots puis descendirent de petites silhouettes surmontées d'une sorte d'énorme boule de feu bleuâtre. Intrigués, plusieurs élèves desserrèrent à nouveau les rangs dans la cour pour tenter d'apercevoir ce dont il s'agissait. Eddy constata ébahi que c'était un phénix. Mais il ressemblait peu à Fumseck, il était noir, surmonté de flammes bleutées. Il se dégageait de l'oiseau une impression de froid et de noirceur intense alors qu'il allait se poser sur l'épaule d'un sorcier. C'était un grand homme chauve à l'air très âgé, Eddy n'aurait pas su vraiment lui donner d'âge, mais il devait bien approcher de quatre vingt ans. Il était habillé d'une robe pourpre surmontée de fourrure et arborait un petit sourire satisfait. À ses côtés se trouvait un jeune homme lui ressemblant un peu, aux traits graves et sombres, le teint olivâtre avec un petit bouc sous son menton pointu.

Les deux individus traversèrent la cour d'un pas vif entre les rangées d'élèves de Poudlard et s'arrêtèrent devant Jedusor en arborant un air grave. Ils restèrent un moment sans un mot à se toiser d'un air tendu, avant que le vieux sorcier n'éclate d'un rire guttural et ne tende sa main à Jedusor. Le phénix s'envola alors dans les cieux dans un grand bond enflammé et alla se poser sur la tour de Gryffondor.

—Tom ! Quelle joie de se rrrevoir !

—Plaisir partagé, Evgeni. Igor, ravi de te retrouver également, répondit Jedusor en serrant la main tendue avec un sourire.

L'homme au bouc fit une petite moue et se mit à échanger en bulgare avec Jedusor.

—Tu les connais ? demanda Eddy à Salazar alors que Jedusor et les deux hommes échangeaient quelques mots incompréhensibles.

—Pas personnellement. J'en ai entendu parler chez moi. Evgeni Karkaroff est celui qui a subventionné les travaux de mon père. Il a été pendant quelques mois professeur à Durmstrang avant de revenir et enseigner ici.

Ce vieillard était donc un proche de Jedusor, il se tourna ensuite vers Médusa pour lui offrir un merveilleux sourire.

—Tu dois êtrrre Médusa. J'ai beaucoup entendu parrrler de toi, tes parrrents ne tarrrrissent pas d'éloges à ton endrrrroit.

—Enchantée de vous rencontrer, murmura Médusa d'une petite voix intimidée par la carrure et l'aspect sombre des deux sorciers.

—Et ton fils ne se trouve pas ici avec vous ? demanda le sorcier dénommé Igor dans un meilleur accent que l'autre homme.

Il eut l'air de le chercher dans la foule d'élève alors que le regard de Jedusor se posait là où se trouvaient son fils et Eddy. Sal s'était figé et il fallut que Gwendal ne le pousse légèrement pour l'obliger à réagir et avancer vers le quatuor. Quelques élèves de Durmstrang ricanèrent de sa démarche timide et affaissée. Une grande fille blonde aux cheveux coupés à la garçonne au premier rang des bulgares eut l'air de lancer une insulte envers Sal.

—Ah ! En voilà un grrrand et beau garçon, je croirrrais voir ton pèrrre vingt ans plus tôt, le salua Evgeni avant de le prendre dans ses bras comme il l'avait fait avec Médusa.

On aurait cru voir une réunion de famille au milieu de la cour de Poudlard et cela provoquait quelques remous et chuchotis dans les rangs d'élèves. Même les élèves de Durmstrang arboraient un air curieux sur leur visages si durs, sans doute n'avaient-ils jamais vus leur directeur et le professeur les accompagnant aussi amicaux et familiers. Le professeur Karkaroff parut se rappeler de leur présence et grogna quelque chose en bulgare à ses élèves, aussi ils se turent et eurent l'air de se mettre au garde à vous.

—Bienvenue à Poudlard, considérez ces lieux comme les vôtres pendant toute la durée de votre séjour.

Dans un élégant mouvement de cape Jedusor se retourna et rentra, invitant ses invités et tous les autres à le suivre. Eddy se faufila maladroitement dans la foule pour retourner auprès de Salazar, tandis que Médusa suivait le deuxième homme bulgare qui l'avait prise à parti dans une conversation alors qu'ils montaient les escaliers vers le hall.

—Poudlard est vraiment magnifique. Cette chère Méroé n'avait pas menti, tout comme votre père Miss Jedusor. Elle n'est pas là ?

—Elle ne vient que peu à Poudlard, répondit-elle d'une petite voix pincée en montant à sa suite parmi les élèves.

—Je crois que Karkaroff a un fils, Igor. Ce doit être son sous directeur, murmura Sal qui avait levé la tête.

Le phénix bleu et noir les observait depuis la tour des Gryffondor avec un air morne, en illuminant les cieux. Le professeur Prince et le professeur McGonagall semblaient trouver aussi l'oiseau étrange car avec Sal et Eddy elles étaient les seules à fixer la boule de feu de la sorte. McGonagall s'aperçut qu'ils ne restaient pratiquement plus qu'eux et lâcha l'oiseau du regard, tout comme Mrs Prince.

—Mr Jedusor, Mr Lee il serait bienvenu de rentrer rejoindre nos invités. Eileen et moi même vous rejoignons dans un instant.

À en voir l'air pincé qu'elle arborait c'était un ordre pur et simple qu'Eddy et Sal suivirent. Dans la Grande Salle presque tout le monde était attablé. Les bulgares et les français en bout de table de chacune des quatre longues tables observaient les lieux et jetant des petits coups d'œil curieux envers les autres élèves.

À la table des professeurs, Madame Moineau et Madame Maxime saluaient d'un air frigide les bulgares et Eddy remarqua que se trouvaient deux sorciers en plus. L'un était petit et poivre et sel tandis que l'autre était un grand homme au teint sombre dans une robe richement décorée.

Sal alla s'asseoir près de Médusa en lui laissant une place près de Rita et Bellatrix.

—Qui sont ces deux types ? demanda Eddy à Rita qui comme à son habitude connaissait tout le monde. Ils travaillent au ministère ?

—Bien sûr, roula des yeux Rita. Le grand sorcier c'est Ismaelion Zabini, le tout nouveau directeur du Département de la coopération magique internationale. À ses côtés c'est Winny Loot, le directeur du Département des Sports Magique. Ça t'arrive de lire la Gazette ? Ça fait une semaine qu'ils sont en photo partout grâce au tournoi !

—Pardon, cingla Eddy ironique. J'ai mieux à faire que lire ça.

—Comme quoi ? le brava Bellatrix, t'endormir partout ?

—Bella ! l'arrêta Sal alors qu'Eddy allait lui répondre sur le même ton.

Médusa se moqua sous cape, tandis que Jedusor se relevait et aussitôt le silence se fit dans la Grande Salle.

—Poudlard s'honore de recevoir entre ses murs la présence de si nombreux invités. Élèves de Durmstrang et Beauxbâtons bienvenue à Poudlard, nous sommes heureux de vous accueillir pour le Tournoi des Trois Sorciers. Chers élèves de Poudlard, voici Madame Colombe Moineau, Directrice de l'Académie de Beauxbâtons et sa sous Directrice, Olympe Maxime, ainsi que le Directeur de l'Académie Durmstrang Evgeni Karkaroff et son sous Directeur Igor Karkaroff. Ils seront avec ma personne dans le jury pour évaluer les épreuves. Laissez-moi ensuite vous présenter les organisateurs et derniers juges de ce tournoi. Mr Ismaelion Zabini et Mr Winard Loot.

Il y eut quelques applaudissements polis envers les deux hommes. Jedusor semblait attendre quelque chose de Mr Loot qui avait le regard fixé sur la vélane dont la chevelure argentée semblait flotter autour de son visage trop symétrique. Madame Moineau eut un petit rire clair et Mr Loot sembla se reprendre et avança vers l'estrade sur ses petites jambes, le regard encore fixé sur Madame Moineau. Il manqua de se prendre les pieds dans sa robe sous le rire de tous les élèves de la Grande Salle.

Quand Mr Loot se mit à parler se fut d'un filet de voix un peu honteux qui prit de l'ampleur peu à peu sous le regard agacé de Jedusor.

—…c'est une grande joie d'être de retour ici après toutes ces années en une si belle occasion. Après avoir été arrêté pendant des années ce tournoi, tel le phénix peut renaître de ses cendres et ce n'est pas les évènements actuels qui empêcheront la célébration de l'amitié entre sorciers internationaux !

Il y eut un chuchotement parmi les élèves ainsi que parmi les professeurs. Eddy vit Madame Moineau chuchoter à voix basse à sa sous Directrice. Jedusor claqua sèchement sa langue sur son palais pour inciter le petit sorcier à reprendre son discours. Zabini s'avança alors sur l'estrade.

—Depuis que ce tournoi existe, les règles ont considérablement évoluées, sauf une, le juge d'entre les juges, le plus impartial.

Il échangea un regard avec Jedusor et Eddy aurait mit sa main au feu qu'ils se connaissaient très bien tous les deux. Le Directeur de Poudlard s'avança et claqua des doigts.

—Chers élèves, voici la Coupe de Feu. C'est elle qui jugera votre candidature au tournoi.

Alors qu'il parlait, dans un léger scintillement bleuâtre apparaissait sur un socle de pierre une lourde coupe embrasée. Les flammes hautes étaient bleues et firent à Eddy le même effet que les flammes du phénix de Karkaroff. Il y eut un silence bien vite comblé par des chuchotements excités dans plusieurs langues.

—Depuis la création de ce tournoi la flamme juge le cœur de ceux qui mettent leur nom dans la coupe. Vous aurez jusqu'à demain 20h pour mettre votre nom et celui de votre école dans la coupe. Elle nous révélera à cette heure là les participants, fit Zabini d'une voix claire. Néanmoins, je me dois de vous avertir de ne pas prendre cette candidature à la légère, les épreuves du tournoi sont difficiles et n'impliqueront pas que vous.

Il y eut de nouveau un chuchotis curieux dans la Grande Salle tandis que Bellatrix face à Eddy fronçait les sourcils.

—Les Tournoi des Trois Sorciers, désigne à son origine non seulement les trois élèves de chaque école sélectionnée mais aussi les trois sélectionnés de chaque école. La Coupe de Feu sonde le cœur de ceux qu'elle sélectionne et lie d'un contrat le champion de chaque école ainsi que les deux personnes qui lui sont le plus proches en ces lieux. Le Tournoi jugeant à son origine autant le potentiel de son champion que son esprit de corps face aux situations et les liens que se forgent les étudiants au cours de leur scolarité. Ces équipes de trois faites, vous ne pourrez plus revenir en arrière, et votre meilleur ami pourra devenir votre pire ennemi au cours des épreuves. Ce n'est pas un engagement à prendre à la légère.

—Ça veut dire que si je participe-, murmura Bellatrix d'une petite voix

—Nous serons peut-être sélectionnées avec toi, lui répondit Médusa sur le même ton tandis que Rita blêmissait à l'idée.

—Vous ou peut-être Cissy, il n'y a pas de limite d'âge, bégaya-t-elle beaucoup moins assurée.

Sa petite sœur écoutait sagement auprès d'Amaya Shafiq le discours de Jedusor qui reprenait.

—Après ces explications je ne saurais que vous enjoindre à ne pas mettre votre nom dans cette coupe si vous ne vous en sentez pas capable. Cette tradition du Tournoi des Trois Sorciers n'est pas à prendre avec amusement, susurra-t-il en dardant un regard glacé sur Eddy puis en balayant la salle de ses yeux noirs. En attendant la désignation de nos champions d'ici demain, je vous souhaite un bon appétit.

D'un revers de sa main, des plats apparurent par centaine sur les tables tandis que Jedusor et les deux hommes allaient se rasseoir. Winny Loot avait l'air un peu piteux et un aveugle aurait pu constater qu'il avait du mal à ne pas regarder Madame Moineau. Même Mr Zabini semblait sensible à son charme de vélane.

Les elfes s'étaient activés aux fourneaux pour la venue des élèves étrangers. Sur les tables, parmi les plats bien anglais comme le ragoût se trouvaient différents plats exotiques aux yeux d'Eddy. Il y avait un grand plat de coquillages et de moules non loin de lui, ainsi qu'une sorte de ragoût dans une sauce blanche qu'il n'avait jamais vu de sa vie.

—Comment est votre blanquette ?

Une grande fille blonde aux cheveux ébouriffés et aux grosses lunettes à goulot épais s'était levée dans un froissement de robe bleue claire aux couleurs de Beauxbâtons. Eddy la trouva malgré tout très jolie et elle eut un geste impatient en pointant le plat de ragoût blanc.

—Euh, la blonquette est bonne, bégaya-t-il un peu intimidé par la fille qui le regardait avec ses yeux perçants et clairs derrière ses grosses lunettes. Très bonne même.

—Tu n'en as même pas prit, s'agaça la française en prenant le plat de « blanquette » pour retourner auprès de ses camarades d'outre-manche et le leur apporter.

Ses cheveux blonds et argentés pleins de nœuds voletèrent derrière elle, et cela lui rappela étrangement ceux de Madame Moineau à la table des professeurs. Eddy entendit un gloussement et vit que Bellatrix et Rita se moquaient de lui et Médusa avait un air pincé et presque outré.

—Eh bien, eh bien, on est sensible au charme français, Lee ? gloussa Rita.

—Rooh la ferme, baragouina-t-il en replongeant dans ses choux de bruxelles et son pilon de poulet. Elle ressemble à la directrice de Beauxbâtons cette fille.

Madame Moineau était en pleine conversation avec le professeur Jedusor et semblait jouer de ses charmes rien qu'à voir la façon dont elle mouvait sa chevelure argentée sur ses épaules pour les lui mettre sous le nez. Jedusor y semblait totalement indifférent en répondant à la vélane avec un petit sourire tranquille les yeux fixés sur son verre de vin. Il fut bientôt pris à parti par Zabini et se détourna de la française vexée.

—C'est peut-être une parente, fit Rita en zyeutant la binoclarde qui parlementait avec un autre français aux grosses lunettes carrées. Je le découvrirai bien assez tôt.

—Je t'aiderai, répondit un peu trop sèchement Médusa. Je vais garder les français à l'œil, une vélane comme Directrice est troublant. Ce sont des créatures puissantes mais peu fiables.

—D'ailleurs d'où tu parles français ? demanda Eddy. Vous êtes allés en France ?

Sal à ses côtés secoua la tête, plongé dans son carnet et Médusa répondit d'une voix un peu plus douce.

—La seule fois où nous avons quitté le pays c'était il y a quatre ans pour visiter les Etats Unis. Je l'ai appris dans des livres. Père a tenu à nous donner une bonne éducation digne de notre rang. Je parle français, italien et un peu de bulgare. Sal s'est plutôt orienté vers les langues anciennes.

—J'ai fait des déclinaisons latines avant même de savoir écrire, murmura Sal pour qui ce souvenir n'était pas très réjouissant. Quelle horreur.

—Nous avons eut aussi un précepteur de latin et de grec à la maison, abonda Bellatrix. Il est bon pour l'éducation des Sangs Purs de savoir ces choses là. Le nôtre n'a pas duré longtemps, j'avais un peu trop tendance à glisser des foies de rat dans ses poches ou à le faire tomber dans l'escalier. Aaah, le bon vieux temps en sommes.

Elle éclata de rire et fut suivie par une Rita un peu moins enjouée. Médusa lui accorda un petit sourire tandis qu'elle buvait son verre de jus de citrouille. Soudain, de la table des Serdaigles se leva une élève de Durmstrang. Tous ses camarades de Durmstrang s'étaient tus, c'était la grande fille blonde à cheveux court qui avait semblait-il insulté Salazar dans la cour. Elle traversa la Grande Salle avec un parchemin en main, et une fois à un mètre de la coupe elle jeta nonchalamment le parchemin avant de partir le dos droit vers sa place. À sa table le vieux Karkaroff et son fils souriaient en ayant l'air de partager une sorte de connivence derrière leur verre de vin.

Après ce silence tendu, laissé par la blonde, aucun élève n'osa se lever alors que les flammes bleues consumaient le parchemin.

—Elle a l'air forte cette fille, souffla Sal. Durmstrang est connu pour ses enseignements de magie noire.

—J'espère bien l'affronter dans ce cas. Pas forcément pendant le tournoi, il y a d'autres moyens de provoquer en duel quelqu'un, susurra Bellatrix dont l'œil brillait rien qu'à l'idée.

—Tu vas participer du coup ? demanda Rita. Je t'avoue très chère que je n'ai pas envie de te rejoindre dans ta croisade si je dois être sélectionnée avec toi.

Médusa semblait penser la même chose et appuya Rita d'un mouvement de tête en terminant son fondant au chocolat. Eddy prit de la tarte à la mélasse en songeant qu'avec cette ancienne règle la volonté de participer de bien des élèves s'était ternie quelque peu.

—Je vais y réfléchir, murmura Bella après avoir jeté un long regard à la table des professeurs où se trouvait Jedusor. Si ça doit vous entrainer, vous ou Cissy avec moi, peut-être que ça n'en vaut pas la peine.

Elle avait l'air aussi déçue que si on l'avait privé de Noël et d'anniversaire en même temps et arborait une moue boudeuse.

—J'ai entendu dire qu'Helena Warrington en septième année voulait participer, la rassura Rita. Si tu ne participes pas, notre championne et son équipe resteront des serpentards, l'honneur est sauf.

Bellatrix acquiesça vaguement et ne décocha pas un mot du reste de la soirée. Quand le banquet se termina, les délégations de Durmstrang et Beauxbâtons se retirèrent avec leurs directeurs et sous directeurs respectifs tandis que les élèves se levaient. Alors qu'Eddy peinait à se frayer un chemin entre les élèves avec Salazar, il sentit une main lui agripper la robe.

—Rendez-vous lundi à l'intercours dans mon laboratoire après le cours de potion. J'ai avancé, mais je vais avoir besoin de votre aide.

Eddy sentit une odeur de fraise des bois avant que Médusa ne le dépasse rapidement pour rejoindre Skeeter et Bellatrix.

.

.

Le lendemain, par les vitres de la Grande Salle il se déversait un grand soleil, signe d'une magnifique journée en perspective. On était samedi, jour d'Halloween et ce soir seraient annoncés les champions des trois écoles. Une sortie était organisée pour l'après midi à Pré-au-lard.

—Warrington a mit son nom dans la coupe ce matin, dit Rita tandis que Sal et Eddy qui s'étaient levés tardivement terminaient leurs devoirs. Je pense qu'elle sera sélectionnée, il paraît que c'est une des meilleures duellistes de sa promotion.

Alors qu'elle parlait un groupe de français mettait leur propre nom dans la coupe de feu sous les exclamations des autres. L'un d'entre eux, petit et rondouillard avec de grosses lunettes carrées était le sorcier qui avait discuté avec la française aux grosses lunettes la veille. Il eut l'air d'hésiter avant de lâcher son parchemin dans la coupe embrasée.

—Les autres élèves de Durmstrang ont mit leur nom ce matin à l'aube, rajouta Kheiron qui avait toujours été lève tôt.

—Tu vas participer, toi ? lui demanda Eddy.

—Houlà, non, souffla Kheiron. Cette histoire d'équipe m'a bien refroidi, imagine que je me retrouve en équipe avec Gwendal et toi ? Quelle bombe à retardement on ferait, mon vieux. Ou pire encore avec ma petite sœur ? Amaya n'a que douze ans !

Eddy fut assez flatté que son camarade s'estime assez proche de lui pour s'imaginer en trio avec lui, mais Gwendal qui engloutissait ses harengs eut l'air de s'étrangler :

—C'est quoi le problème à être en équipe avec moi, Khey ? geignit-il.

—Je t'adore Gwen' mais je ne te confierai pas ma vie tant que tu es incapable de jeter un Expelliarmus correctement, s'amusa Kheiron.

Gwendal se déconfit considérablement, sous les ricanements de Kheiron et Eddy. Un cri alerta le Pettigrew car Noise s'était faufilé hors de sa poche pour essayer de tirer la boucle d'oreille en or d'un élève bulgare à l'air sinistre. Il s'empressa d'aller récupérer le petit fautif avant que le bulgare ne le punisse d'une façon bien funeste. De là, Gwendal détala de la Grande Salle si vite qu'on aurait pu penser qu'il savait transplaner.

—Quelle idée d'adopter ce niffleur, heureusement qu'il se tient bien dans le dortoir, siffla Kheiron. Gwendal m'a dit que sa bestiole a retourné l'argenterie de sa tante cet été, ces créatures ne sont pas dressables.

—Bien sûr que si, intervint Salazar en triturant son collier. Il suffit juste de savoir leur parler.

—Tu vas participer, toi ? demanda Kheiron avec des pincettes.

—Non, souffla Salazar. J'ai interdiction d'y participer.

Il se leva brusquement en récupérant son carnet et ses livres avant de partir à la dérobée en évitant un groupe d'élèves de Durmstrang qui semblaient chuchoter dans son dos.

—J'ai dis un truc blessant ? s'enquit Kheiron qui avait toujours du mal avec les changements d'humeur brusques de Salazar.

—Non, rien du tout. Il a juste besoin d'être seul, je crois qu'il y a trop de monde dans le château pour lui, se hasarda Eddy.

Il se leva à son tour pour rejoindre la bibliothèque finir ses devoirs, mais il le fit avec une telle lenteur et avec une telle grimace que Kheiron se leva à son tour.

—Je t'accompagne, pas question que les élèves de Durmstrang te voient ramper dans tout le château.

Il lui saisit le bras, alors qu'Eddy protestait en maugréant, ses affaires sous le bras.

—Merci pour tant de gentillesse, ironisa l'adolescent alors qu'ils montaient difficilement les marches vers la bibliothèque. À quoi je la dois ?

—J'ai mon devoir de potion à terminer, et j'espère bien pomper tes réponses sur le calendrier qu'on doit faire en Divination, lui répondit Kheiron.

—On a un devoir à rendre en potion ? s'alarma Eddy.

Kheiron leva les yeux au ciel alors qu'ils peinaient à avancer dans les escaliers.

—Il y a trop d'escaliers dans ce château quand on a du mal à marcher. Tu as bien fait de les faire exploser tout compte fait. Tu as été prévoyant pour une fois, se moqua Kheiron.

—Si je pouvais faire exploser la tour de divination crois bien que je le ferai, cette échelle est une torture.

Ils arrivèrent dans la bibliothèque et Eddy tomba sur la première chaise près de l'entrée en se sentant très nauséeux après cet effort.

—Tu me files ton devoir de divination et je vais te chercher le manuel que j'ai pris pour mon devoir de potion.

—Vendu, abonda Eddy tandis que Kheiron filait déjà entre les rayonnages.

Il sortit son devoir de divination sur la table et un autre parchemin pour débuter son devoir de potion. Tout lui semblait trouble autour de lui et il avait du mal à se concentrer pour juste noter son nom en haut de son parchemin.

—Et voilà le livre, claironna Kheiron en s'attirant le regard noir de Mrs Bréviaire. T'en tires une tête, ça va ? Tu vas pas exploser, hein ?

—N-Non, baragouina-t-il, ça va, je n'explose plus. Tiens, mon devoir.

—Merci, se réjouit Shafiq en s'asseyant près de lui. D'ailleurs, ton calme et l'absence de crises sont dues à ce collier que tu portes ? Skeeter a laissé sous entendre que Jedusor te l'as fait mettre.

—O-ouais, se renferma Eddy en voulant difficilement en dire plus.

Quelques élèves de Durmstrang et Beauxbâtons se baladaient dans la bibliothèque et il craignit qu'une oreille indiscrète n'entende cette conversation. Jedusor lui avait formellement interdit de révéler son statut aux élèves étrangers.

—Si tes crises sont arrêtées c'est une bonne nouvelle, non ?

—Mon Obscurus continue de grandir, ça ne règle que le problème en surface, chuchota Eddy en se plongeant dans son livre de potion. Maintenant tu m'excuseras, j'ai un devoir de potion à faire.

Kheiron se plongea alors dans son recopiage du calendrier de Divination avec une petite moue. La française binoclarde de la veille avec ses longs cheveux argentés mal peignés marchait de long en large dans la bibliothèque en gesticulant d'un air outré.

—Mais enfin, c'est insensé, lança la blonde avec un fort accent français. Vous n'avez pas d'ouvrage de magie céleste ici ?

—Nous en avions, s'agaça Mrs Bréviaire. Monsieur le directeur a fait un inventaire au cours de l'été, je vous suggère d'aller lui en parler si vous estimez que la bibliothèque de Poudlard ne correspond pas à vos attentes, Mademoiselle.

—Insensé, insensé ! vociféra la blonde en trainant son amie brune avec elle pour sortir d'un pas rageur de la bibliothèque.

—Elle n'a pas tort, remarque. Tu ne trouves pas la bibliothèque très vide depuis l'année dernière ? pointa Kheiron.

—C'est clair.

Eddy n'allait que peu dans la bibliothèque mais on ne pouvait nier que certains rayonnages étaient très clairsemés, et de ce que Salazar lui avait raconté avant qu'il ne soit enfermé entre ces murs, il se doutait bien qu'un élagage avait été fait. Jedusor choisissait désormais ce qu'ils avaient le droit d'apprendre.

—J'ai presque fini de recopier ton devoir en y mettant ma propre touche. D'ailleurs tu t'es amélioré dans cette matière où c'est moi ? On dirait du Belline quand je te lis.

—Ma tante est une voyante, se confia Eddy. Elle parle comme lui, en disant des choses vagues mais sois disant pleines de sagesses. Je crois que je m'en suis inspiré.

—On verra la note qu'on en tire du coup. Tu as retrouvé ta famille cet été alors ? En voilà une bonne nouvelle.

Eddy était un peu moins affirmatif sur cette question, il avait retrouvé quelques membres de sa famille avec Zelda et Ximena, mais une autre personne retenait toute son attention encore et toujours, sa mère. Elle était peut-être encore en France à Paris, mais il n'avait aucun moyen de la contacter, ni même de la trouver. Et il ne pourrait rien faire tandis qu'il avait ce collier et avec Jedusor sur son dos.

—Bon, maintenant que ça c'est fait, tu viens à Pré-au-lard avec nous ? Gwendal a invité une petite française, je crois qu'il veut lui montrer la Cabane Hurlante pour lui faire peur. Une chance sur deux qu'il ait plus peur qu'elle et qu'il soit à ramasser à la petite cuillère, on risque de bien rire.

Kheiron s'était relevé en rangeant rapidement ses affaires et Eddy lui tendit son devoir de potion sur lequel il avait basé le début de sa rédaction. À leur table, il n'y avait plus personnes, les élèves de Durmstrang rôdaient au fond de la bibliothèque près de la réserve.

—Jedusor m'a interdit de quitter le château, tout comme Sal, murmura-t-il dépité.

—Qu'est-ce que Jedusor a à faire de tes allées et venues ? s'agaça Kheiron, ce n'est pas ton gardien.

—C'est mon tuteur désormais, grinça-t-il. Depuis la loi Obscurial, c'est lui qui prend les décisions me concernant, ça et ce collier.

Peut-être n'aurait-il pas dû être honnête mais le dire à voix haute à quelqu'un d'autre que Sal et Médusa parvint à le soulager un peu alors qu'il sentait l'Obscurus se rendormir en lui et cesser d'appuyer comme un serpent contre ses jambes. Kheiron eut une grimace et pâlit avant d'arriver à trouver quelque chose à dire.

—Bon, au moins pour le moment les ennuis sont derrière toi. On se voit au diner. Je te ramène quelque chose de chez Zonko ? Ça va aller pour retourner au dortoir ?

—Je ne suis pas en sucre, promis, parvint à sourire Eddy. J'ai déjà traversé ce château sans ton aide, tu sais. Bonne visite.

Kheiron fit la moue et quitta la bibliothèque en suivant un petit groupe de serdaigle. Eddy rangea ses affaires à toute hâte, glissant la petite roue de pastique dans son livre de divination pour éviter qu'elle ne s'abîme. Il se releva lourdement en réprimant une grimace. Il parvint à rejoindre la cour de métamorphose pour s'y asseoir avec autant de lourdeur qu'un troll. Du balcon on pouvait voir le parc et il espérait y reconnaître la silhouette de Salazar. Il l'aperçut près du carrosse de Beauxbâton en train de caresser les Abraxans. La haute silhouette de Madame Maxime était proche de lui et semblait entretenir une discussion jusqu'à ce que la silhouette reconnaissable de Jedusor n'apparaisse auprès d'eux. Ils parurent discuter un instant avant que Jedusor ne traine son fils par l'épaule pour le ramener vers le château.

Le soir venu, le banquet battait son plein, des milliers de chauve souris volaient autour de la tête des élèves de Durmstrang et Beauxbâtons comme pour leur faire un étrange accueil, tandis que de nombreux plats apparaissaient dans les assiettes dorées devant eux. Sal n'avait pas été puni par Jedusor, il avait l'air même très heureux.

—Madame Maxime m'a proposé de m'occuper des chevaux de Beauxbâtons, elle n'a pas confiance en les Carrows pour bien les traiter, chuchota-t-il en se servant de tourte aux champignons avec un appétit renouvelé. Mon père est d'accord, il veut avoir les élèves de Beauxbâtons à l'œil.

Jedusor entretenait une conversation avec Evgeni Karkaroff tandis que Madame Moineau souriait poliment à Slughorn semblant lui raconter une blague. Eddy sentait un étrange malaise entre les trois directeurs. Alors qu'il se servait de tarte à la citrouille il ressentit un frisson et vit le regard de Jedusor porté sur lui, il sembla dire quelque chose aux Karkaroff et le regard des deux sorciers tomba sur lui, alors tourna la tête vers son assiette.

Ludo Verpey fut le dernier élève à mettre son nom dans la coupe, alors que le banquet était presque terminé, il se leva pour mettre le parchemin de son nom sous les exclamations des Gryffondors, et les grincements des Serpentards.

—Ce débilos de Verpey participe aussi ? s'alarma Bellatrix deux rangs plus loin.

—Avec l'attaque des araignées, il a perdu deux doigts, difficile de tenir une batte de batteur sans ça, releva Rita. Il essaie d'envisager une nouvelle carrière que celle de joueur de Quidditch professionnel.

—Comme quoi ? Chef du département des pignoufs ? lâcha Médusa assez fort pour que Verpey l'entende.

Il tourna aussitôt la tête et de sa main blessée ne put s'empêcher de lui adresser un geste obscène. Jedusor le remarqua immédiatement et l'interpella :

—Mr Verpey, retenue toute la semaine. L'étalage de votre médiocrité et de votre vulgarité sont plus parlants que tout ce que pourra dire la Coupe de Feu à votre encontre. On ne saurait faire pire candidat pour Poudlard. Dehors.

Il avait parlé d'une voix, froide, voire glacée et le silence s'était fait dans la Grande Salle. Verpey était planté là au milieu des autres élèves en ayant l'air d'affronter le Directeur de Poudlard les dents serrées. Il y eut un échange de regard entre les deux avant que le septième année ne tourne les talons, les yeux baissés et vides. La porte claqua derrière lui et Eddy échangea alors un regard avec Médusa et Salazar qui hochèrent discrètement la tête. Jedusor venait bien d'utiliser un impardonnable sur Verpey, en toute discrétion mais à la vue de tous.

Si les autres professeurs n'avaient pas constaté l'impardonnable, certains se doutaient de quelque chose à en voir la tête de McGonagall. La peur et la haine se disputèrent la faveur dans la tête d'Eddy et il sentit autour de lui les couverts et les plats frémirent. Sal l'incita au calme d'un petit regard paniqué, mais son collier serra si brusquement son cou qu'il manqua de s'étrangler avec sa salive. Gwendal lui bourra une petite tape craintive dans le dos en pensant qu'il s'étouffait, alors que lentement la pression autour de son cou diminuait à mesure qu'il se calmait. Les couverts à table s'arrêtèrent de trembler d'un coup et la gelée posée dans un lourd saladier en cristal remua encore quelques secondes avant de se figer.

Jedusor n'avait rien manqué de son petit manège en lui adressant un regard satisfait qui l'énerva d'une colère glacée. Le directeur de Poudlard se leva incitant ses collègues juges à le suivre auprès de la Coupe de Feu. Madame Moineau escortée par Karkaroff s'avança derrière Jedusor. À nouveau le visage de la vélane qui brillait d'un étrange éclat argenté n'avait rien d'humain, il était trop symétrique, et trop fin tandis que sa longue chevelure flottait autour de son visage. Tous les hommes de la pièce et même Evgeni avaient du mal à détacher son regard de l'Être Magique maintenant qu'elle était près d'eux. Winard Loot avait l'air de presque baver sur sa robe bleue claire tandis que Zabini contenait difficilement un air idiot. Oui, tous les hommes de la salle étaient sous son charme, sauf Jedusor qui ramena l'attention à lui d'un toussotement glacé.

La flamme de la Coupe de Feu s'alluma d'un bleu vif et le phénix sur l'épaule du vieux Karkaroff s'embrasa davantage, ils semblèrent communier ensembles tandis que les deux boules de flammes s'entortillaient entre elles.

—Ce phénix et la Coupe de Feu…, entendit-il Rita souffler à Bellatrix.

—Lors de la création du tournoi, l'école française a donné la coupe qui ne peut brûler, Poudlard son pilier qu'on ne peut briser, et Durmstrang… la flamme qui toujours renait, lui répondit Bellatrix.

—C'est le souffle du phénix, si c'est le même qui a embrasé la coupe, alors c'est Ignis, un des plus anciens phénix connu, comprit Sal avec presque des étoiles dans les yeux.

—Il est d'usage à Durmstrang que le Directeur l'ait pour familier, c'est ce qu'on raconte chez les Sangs Purs. Tu crois que les Karkaroff se transmettent le poste de père en fils ? demanda Bellatrix qui n'eut pas la réponse car Jedusor parla :

—Voici le moment venu, la Coupe de Feu va choisir ses champions.

Ignis se détacha des flammes et nimba la Grande Salle de flammes bleutées, un peu angoissantes alors que la Coupe de Feu frémissait. Une longue flammèche s'éleva vers le plafond étincelant d'étoiles avant de libérer un petit papier qui alla choir dans la longue main fine de Jedusor :

—Le champion de Beauxbâton est Pierre Delacour.

L'adolescent rondouillard et à lunettes carrées qui avait mit son nom dans la coupe le matin même se leva timidement. Aussitôt deux rayons enflammés apparurent non loin de lui, cernant deux autres élèves dans un léger anneau de flammèches bleutées. C'était la fille aux cheveux argentés et broussailleux, ainsi qu'un grand garçon au teint pâle et aux cheveux blonds. Tous les trois s'approchèrent timidement de l'estrade et communiquèrent leur identité à voix basse.

—Mr Delacour fera donc équipe avec Mademoiselle Apolline Moineau et Mr Marceau Fontenay-Isle.

La Grande Salle applaudit poliment les trois élèves et Eddy remarqua que Madame Moineau adressait un regard furibond à l'adolescente broussailleuse qui était de toute évidence sa fille à en voir leur ressemblance maintenant qu'elles étaient côtes à côtes. Ils quittèrent la Grande salle tous les trois sous les applaudissements alors que la Coupe de Feu frémissait encore.

Un autre bout de parchemin jaillit et Jedusor l'attrapa à nouveau au vol :

—La championne de Durmstrang est Aferdita Durdan.

La grande fille blonde aux cheveux coupée court qui avait été la première à mettre son nom dans la coupe, se leva fièrement les mains campées sur les hanches avec l'air d'attendre que ses coéquipiers soient choisis. Les deux flammes allèrent se poser sur ses deux comparses, deux grands bruns au teint bronzé qui se levèrent à l'unisson et ils partirent rejoindre les juges.

—Ses coéquipiers seront donc, Messieurs Fatmir et Alban Bora.

Il y eut un unanime claquement de mains tandis que des chuchotements s'élevaient.

—Durdan, comme-

—Comme Alfred Durdan, le Grand Manitou de la Confédération internationale des Sorciers, souffla Rita. Je crois qu'il est Albanais, tu crois que c'est sa fille ?

—Peut-être sa petite fille, c'est un vieux non ? fit Médusa.

—Silence, ça va être à Poudlard, glapit Bellatrix.

Elle se mit à croiser les doigts d'un air survolté, en fermant les yeux.

Faites que je sois sélectionnée, faites que je sois sélectionnée !

—Bella tu n'as pas mit ton nom, blêmit Rita et Médusa eut l'air de verdir. Tu ne nous as pas fait une chose pareille ?!

Au même moment la Coupe de Feu s'embrasa à nouveau laissant échapper un parchemin qui atterrit dans la main de Jedusor. Au milieu de la Grande Salle, le regard de Jedusor devint incandescent et tous les élèves le remarquèrent, tant cela tranchait de l'aura bleue offerte par la coupe et le phénix. Le réfectoire s'était tut et une aura glacée se diffusa jusqu'à Eddy.

Edward Lee, susurra Jedusor d'une voix qui avait tout du sifflement de Basilic.

Eddy ne se leva pas, complètement figé et stupéfait, alors que bleuissaient deux flammes à ses côtés. Elles encerclèrent Salazar et Médusa dans un cerceau de lumière glacée, ils avaient le visage blême, terrorisé. Eddy sentit ses entrailles se liquéfier alors que de sa poitrine sortait un soupir et deux mots à même de résumer son état d'esprit du moment.

—Et merde.