Avertissement : ce chapitre contient des scènes de violence.
Drago rentra chez lui le lundi matin après avoir passé la nuit chez Harry. C'était la première fois qu'il avait accepté de dormir chez Harry. Jusqu'à présent, il n'avait pas pu. S'endormir près de l'autre, cela demandait une confiance totale et une sérénité que Drago était loin de ressentir. S'abandonner toute une nuit dans les bras de quelqu'un lui faisait peur. Il était arrivé quelques fois que Kyle Long s'endorme après avoir violé Drago, fatigué par son plaisir et son travail. En général, Drago était encore attaché et attendait obligeamment que Kyle se réveille. Il y avait cependant eu deux fois où Kyle l'avait détaché avant de s'endormir et ces moments avaient été insupportables pour Drago. C'était pire qu'une insulte ou qu'un crachat. Kyle était si sûr de la faiblesse et de la servilité de Drago qu'il s'était endormi sans craindre le moins du monde que Drago puisse lui faire du mal. Et le pire était qu'il avait eu raison puisque Drago n'avait jamais rien tenté. Il y avait pensé, évidemment, il n'avait pensé qu'à ça. Il aurait pu profiter du sommeil de Kyle pour l'étrangler, pour l'étouffer avec l'oreiller. Mais il ne l'avait jamais fait, trop terrifié à l'idée que Kyle se réveille avant qu'il ait pu aller jusqu'au bout. Que lui ferait Kyle pour le punir ? Il avait trop peur, comme lorsque Voldemort donnait des ordres. Pansy disait qu'il était sous l'emprise de Kyle, elle avait sans doute raison mais ça ne l'aidait pas.
Drago poussa la porte de son appartement en se maudissant de penser encore à Kyle. Ça ne s'arrêtait jamais. Il aurait préféré penser à Harry mais finalement, il n'en était pas si sûr car penser à Harry devenait de plus en plus douloureux. Il faillit marcher sur l'enveloppe qui trainait par terre et la ramassa lentement. Brusquement, il ne pensa plus à rien en dehors de ce courrier. Il reconnaissait l'écriture de Theodore et il savait ce que le mot contenait. Ils attendaient cela depuis des semaines maintenant.
Drago resta longuement assis sur son lit avant de se lever enfin et de se décider à partir au travail. La journée lui parut brumeuse et il eut du mal à se concentrer sur son tissage. Cela n'avait plus aucun sens de toute façon, il ne finirait jamais cette tapisserie. Il rentra chez lui dans le même état brumeux et resta un temps indécent sous l'eau chaude pour méditer et préparer son plan. Il était simple, cruel et il lui demandait un courage qu'il n'avait jamais eu jusqu'à présent. Tuer quelqu'un était encore nouveau pour lui.
Il envoya un mot à Harry le lendemain matin, pour lui proposer de venir passer la soirée dans son appartement, pour changer. Il avança dans sa tapisserie, appréciant l'activité répétitive qui l'empêchait de penser à autre chose et qui l'obligeait à se concentrer. La journée lui parut toutefois longue et il quitta son travail avec soulagement. Chez lui l'attendait le flacon de Polynectar que Theodore était venu déposer. Il n'en avait jamais bu, il ne savait pas quel effet cela faisait. Il le saurait bien assez tôt. Drago resta assis sur son lit, sans bouger, respirant à peine, jusqu'à ce que Harry frappe enfin à sa porte. C'était vraiment plus douloureux qu'il l'avait prévu finalement et Drago ferma les yeux quand Harry l'embrassa, pour ne pas le regarder.
Ils bavardèrent paisiblement de leur journée, comme d'habitude. Harry avait l'air heureux que Drago l'ait invité chez lui, c'était nouveau. Et il n'y aurait pas Kreattur pour les déranger. Drago sourit à la remarque, c'était précisément pour cela qu'il avait invité Harry. Drago leur servit à boire et sa main trembla un peu en portant son verre à sa bouche. Il essaya de le cacher et fut certain que Harry ne l'avait pas vu.
- Tu vas cuisiner ce soir ? demanda Harry en souriant.
- Oui, je n'ai pas le choix.
- Ce sera une première, plaisanta Harry.
Drago sourit et laissa Harry se moquer un peu de lui et de tout ce qu'il avait dû apprendre à faire seul depuis qu'il avait quitté son manoir. Il écouta la voix de Harry devenir moins vive et il le regarda se frotter les yeux sous ses lunettes. Il n'eut pas la moindre réaction quand Harry arrêta de parler pour bailler et passer ses mains sur son visage.
- Je me sens épuisé tout à coup, dit Harry d'un ton faiblard.
Drago désigna le lit.
- Va t'allonger pendant que je prépare le repas, proposa-t-il.
Harry hocha la tête et se leva en chancelant. Il marcha difficilement jusqu'au lit et s'y laissa tomber. Au lieu de faire le repas comme il l'avait dit, Drago vint s'allonger à côté de Harry et se tourna pour se mettre face à lui.
- Quelque chose ne va pas, balbutia Harry. Je ne me sens pas bien.
Drago ne répondit pas et ce fut son silence plus que le reste qui alarma davantage Harry. Il s'obligea à tourner la tête vers Drago.
- Tout va bien, assura Drago devant le regard angoissé de Harry.
Il le prit dans ses bras et le serra contre lui. Il sentit Harry se détendre puis s'endormir rapidement, entrainé dans le sommeil par la potion que Drago avait versé dans son verre. Quand il fut certain que Harry dormait, Drago le lâcha et se redressa. Debout près du lit, il observa Harry quelques secondes, immobile. Il avait craint d'hésiter, de se sentir coupable, d'être trop faible mais à cet instant, Drago ne ressentit rien de tout cela. A vrai dire, il ne ressentit rien du tout à part la froide détermination dont il avait besoin. Il braqua sa baguette sur Harry sans hésiter.
- Legilimens, murmura-t-il.
Ce fut facile, presque trop. Harry dormait et son esprit plus fragile n'était pas aussi protégé qu'à l'éveil. Drago s'en étonna car Harry était Auror et il aurait dû savoir fermer son esprit un peu plus efficacement. Mais c'était Drago qui forçait ses pensées et Harry le sentait. Il n'avait aucune envie de résister à Drago, il voulait bien le laisser venir et lui montrer tout ce qu'il avait dans la tête. C'était un triomphe pour Drago, cela voulait dire que ces semaines à faire ami-ami avec Harry avaient payé. Ces semaines à coucher avec lui aussi. Drago trouva sans trop de difficulté ce que Harry savait sur les adresses de Kyle et de ses complices, où elles étaient cachées et comment les récupérer. Quand ce fut fait, il abaissa sa baguette et délaissa les pensées de Harry. Il lui coupa une mèche de cheveux d'un geste sûr et la fit tomber dans le flacon de Polynectar. L'aspect du breuvage n'était pas très engageant mais le goût fut meilleur que ce qu'avait craint Drago. La transformation fut douloureuse et Drago se regarda dans le miroir avec stupeur. Il se déshabilla, passa une main étonnée sur le visage de Harry, sur son torse et sur son sexe. Bizarre comme sensation. Puis il se reprit, revêtit les habits de Harry, mit ses lunettes et lui emprunta sa baguette pour se rendre au Ministère.
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Ils s'étaient retrouvés chez Pansy et un silence tendu régnait dans la pièce. Il faisait encore jour, c'était dommage, ils auraient préféré qu'il fasse nuit. Tant pis, ils ne pouvaient pas attendre aussi longtemps. Ils avaient décidé d'agir à 10h du soir, suffisamment tard pour prendre leurs victimes au dépourvu chez elles et suffisamment tôt pour avoir le temps de fuir avant qu'on découvre les meurtres. D'ailleurs, peut-être ne découvrirait-on les meurtres que quelques jours plus tard. Cachés dans l'attente du procès, ils ne devaient pas avoir beaucoup de visites…
- Tout le monde est prêt ? demanda Theodore à voix basse.
- Oui, répondirent les autres.
Ils étaient rapidement allés voir les maisons de leurs agresseurs pour repérer les lieux et ils en savaient assez. Il n'y avait rien de bien compliqué. Ils auraient pu attendre davantage mais ils étaient tous d'accord pour dire qu'il valait mieux agir tout de suite, tant que Harry dormait encore et ne risquait pas de découvrir leur plan. Drago avait retrouvé son apparence quelques minutes plus tôt seulement et ils pouvaient donc y aller. Ils se souhaitèrent bonne chance, tant dans leur meurtre que dans leur vie future, ils savaient qu'ils ne se reverraient jamais. Malgré les dissensions et les rancunes, ils échangèrent des accolades pleines de chaleur et d'émotions. Ils avaient partagé trop de souffrances ensemble pour se séparer sans rien ressentir. Leurs bagages réduits dans leurs poches, leur cape d'invisibilité sur le bras, ils transplanèrent chacun près de la maison qui les intéressait.
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Il y avait une haie d'arbustes autour de la maison et Pansy les franchit rapidement. Baguette à la main, Pansy s'approcha silencieusement des fenêtres. Sa cape d'invisibilité n'était pas d'une qualité exceptionnelle, ils les avaient achetées dans un magasin de Farces et Attrapes. Elle était cependant suffisante pour quelques minutes de camouflage à la nuit tombante. Debout devant la maison, Pansy longea le mur jusqu'à la seule pièce éclairée et regarda Braxton Turd qui buvait un dernier verre en lisant le journal, assis sur un fauteuil du salon. Elle fut émue de le voir, presque heureuse de constater qu'il était bien là et tout à elle. Pansy fit le tour et ouvrit la porte de derrière puis s'avança dans la maison. Braxton ne l'avait pas entendue. Il sursauta violemment quand elle apparut dans le salon et la fixa avec sidération. Pansy jeta un sortilège à la baguette de Turd pour la ramener vers elle et menaça Braxton qui s'était levé. Maintenant qu'il avait compris, la terreur déformait ses traits.
- Pansy, dit Braxton en levant les mains d'un signe d'apaisement.
Elle lui lança un sortilège qui l'immobilisa et il tomba de tout son long sur le tapis du salon. Alertée par le bruit, une femme entra dans la pièce et regarda Pansy avec stupeur. Elles se dévisagèrent un instant, hésitantes. Pansy savait que l'épouse de Braxton serait là mais elle aurait préféré s'occuper de lui avant qu'elle n'apparaisse. Tant pis, elle ferait avec. La femme de Braxton n'avait pas sa baguette. Elle était en chemise de nuit et elle n'avait pas encore bien étalé la crème sur son visage. De toute évidence, elle avait quitté la salle de bain sans prendre la peine d'emmener sa baguette.
- Incarcerem ! cria Pansy.
Des liens ligotèrent la femme qui tomba à son tour et Pansy se détourna d'elle. Il n'y avait que Braxton qui l'intéressait. Il attendait, immobile, les yeux pleins de peur. Elle avait envisagé de le tuer rapidement, pour ne pas perdre de temps en atermoiements inutiles mais maintenant qu'il était là devant, elle n'avait plus envie de s'en aller. Elle avait presque oublié son visage et c'était violent de le revoir. Elle balaya du regard la bouche de Braxton, ses mains, la bosse de son sexe à travers son pantalon. Le corps de cet homme lui donnait des frissons de dégoûts et d'horreur. Des souvenirs nets et précis revinrent à sa mémoire, toutes les fois où il l'avait violée lors des soirées et elle se rendit compte que Drago avait raison. Elle avait toujours peur de lui mais sa haine était devenue plus forte encore.
Pansy agita sa baguette et lança un sortilège sur la maison, pour étouffer les bruits puis elle libéra Braxton du sortilège du saucisson et le regarda se relever avec précaution.
- Pansy, s'il te plait, réfléchis bien à…
- Endoloris, dit froidement Pansy sans l'écouter.
Elle regarda Braxton se recroqueviller sur lui-même, gémir puis se mettre à crier. Le cri de Braxton coula en elle comme un liquide chaud et douillet. Elle n'avait jamais torturé personne mais elle était certaine qu'elle y arriverait. Si Drago, qui avait toujours été faible, avait réussi à torturer des gens, elle pouvait bien le faire aussi. Pansy ignora les cris de l'épouse qui la suppliait d'arrêter et ne regarda que Braxton. La douleur sur son visage, c'était délicieux. Sa voix qui se brisait, c'était délicieux. Elle mit fin quelques secondes au sortilège et Braxton leva les yeux vers elle.
- Pitié, arrête, souffla-t-il.
- Vous n'avez jamais arrêté quand je vous ai suppliés, répondit Pansy d'une voix glaciale.
Elle avait supplié à de multiples reprises, pourtant, mais ils avaient ri d'elle et n'avaient jamais écouté ses prières. Adlen mettait fin à ses suppliques en lui fourrant sa bite dans la bouche pendant que Braxton la baisait. Voilà ce qu'ils faisaient. Et elle restait là à étouffer, sans pourvoir parler ou se défendre.
- Endoloris, répéta Pansy.
Elle le laissa hurler jusqu'à ce que ses hurlements lui donnent la migraine puis elle arrêta. Braxton n'était plus qu'un corps pathétique sur le tapis, vautré dans son vomis, les mains crispées autour de son ventre. Il respirait à peine, elle n'avait plus peur de lui.
- Avada kedavra, déclara Pansy sans la moindre émotion.
Elle s'était débarrassée du premier et c'était un soulagement. Pansy marcha jusqu'à la femme qui sanglotait, horrifiée par ce qu'elle venait de voir.
- Impero, souffla Pansy en se mettant accroupie devant elle. Vous allez retourner dans votre chambre et dormir profondément. Vous ne vous réveillerez que demain matin, vers neuf heures. Dormez bien, Mrs Turd.
Mrs Turd se leva comme une somnambule, libérée de ses liens, et regagna sa chambre. Pansy se redressa puis sortit de la maison. Elle devait faire subir le même sort à Alden Litter.
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Lillian et Randall Rot avaient posé des sortilèges de protection sur leur maison, signe qu'ils n'étaient pas si sereins que cela. Ils savaient ce qu'ils avaient fait subir à Gregory et ils savaient aussi que c'était lui qui avait proféré les menaces à leur encontre. Malheureusement pour eux, Gregory s'y connaissait bien mieux qu'eux en magie noire et détruire les sortilèges ne lui demanda pas beaucoup d'effort.
Il y avait du bruit dans la maison, ils étaient encore debout. Par la fenêtre, Gregory avait vu Lillian et Randall dans le salon. Ils étaient en pyjama et ils mangeaient de la glace en discutant, comme un couple banal. Gregory entra par la fenêtre d'une chambre inoccupée du rez-de-chaussée et se dirigea vers le salon. Il hésita à attaquer en gardant sa cape, pour les prendre par surprise et être certain de les maitriser mais il préférait les regarder en face. Il retira sa cape juste avant de pénétrer dans le salon, sans faire l'effort d'être silencieux.
Après une seconde de stupeur, Randall agit le premier et attaqua Gregory. Il faillit le toucher, se heurta au bouclier de l'autre et grimaça. Gregory fut plus rapide et beaucoup moins hésitant. L'éclat vert du sortilège de mort frappa Randall au visage et il s'écroula sur la table basse dans un bruit lugubre. Lillian poussa un cri horrifié et braqua sa baguette vers Gregory. Pas plus que son mari elle n'était douée pour les combats. C'étaient des politiciens, pas des guerriers. Ses tentatives furent facilement balayées par Gregory et elle finit par perdre sa baguette qui s'envola loin d'elle.
- Maman, que se passe-t-il ? demanda une voix derrière Gregory.
Il se figea un instant, stupéfait, et se retourna pour regarder la petite fille qui était apparue à l'entrée du salon. Elle devait avoir huit ou neuf ans, peut-être. Gregory ignorait que Lillian et Randall avaient une fille et il trouva cela immonde, comme si des monstres comme eux n'auraient jamais dû procréer.
- Gregory, dit Lillian d'un air épouvanté.
Il tressaillit en entendant sa voix. Sa voix lui avait donné des ordres et l'avait terrifié. Elle le terrifiait encore, d'une certaine façon.
- Avada Kedavra ! cria Gregory sans hésiter davantage.
Lillian poussa un hurlement en voyant sa fille tomber dans le couloir et Gregory se tourna vers elle. Ils se regardèrent une seconde. Elle savait qu'il allait la tuer et maintenant qu'elle avait perdu son mari et sa fille, elle resta immobile dans une attitude d'acceptation morbide. Gregory la tua à son tour, du même geste assuré qu'il avait tué les deux autres. Il ne lui avait pas adressé un mot, il n'était pas très doué pour parler et il n'était pas là pour ça. Il n'était pas le genre de méchant à prononcer des discours interminables avant de tuer ses victimes comme Voldemort pouvait le faire, parfois. Lui, il préférait aller à l'essentiel. De toute façon, Lillian savait très bien pourquoi il était là. Gregory contourna le cadavre de l'enfant sans regret particulier. Il était hors de question qu'il s'encombre d'un témoin gênant qui aurait prévenu les Aurors bien trop tôt. Et puis, il n'avait jamais été perturbé par l'idée de tuer quelqu'un. Il s'était souvent dit qu'au lieu de choisir cette fiotte de Drago, Voldemort aurait mieux fait de le choisir lui, il aurait été bien plus efficace. Il aurait tué Albus Dumbledore, Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley sans faire tous ces chichis. Il aurait torturé Ginny Weasley jusqu'à ce que Potter se pointe. Il aurait été capable de faire ce qu'il fallait. Tant pis pour Voldemort, il était mort à cause de son manque de lucidité. Ce soir encore, en tout cas, Gregory avait fait ce qu'il fallait sans tergiverser. Il sortit de la maison et traversa le jardin en respirant l'air encore tiède de cette fin de printemps. Il espérait que Pansy s'en était aussi bien sortie que lui.
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Theodore entra par la porte principale, tout simplement. Clay Manure était dans sa chambre et se mettait en pyjama. Helen était invisible pour le moment mais la lumière que Theodore avait aperçue sous la porte voisine indiquait qu'elle devait s'y trouver. Cela lui convenait de commencer par Clay. Après tout, c'était surtout lui qu'il désirait tuer, plus encore qu'elle. C'était Clay qui avait brisé son corps et son âme. Helen aussi mais moins profondément. Le corps de Clay en lui, c'était intolérable.
Theodore traversa le salon vide et longea le couloir jusqu'à la chambre des Manure. Clay retirait sa montre et la posa parfaitement sur la table de chevet avec une application un peu maniaque. Il entendit Theodore arriver avant que celui-ci ait atteint la porte de sa chambre et attrapa sa baguette d'un geste vif. Clay Manure avait travaillé dans la brigade de police magique avant de travailler dans les bureaux du Ministère et il avait gardé quelques réflexes. Il lança un sort à Theodore qui l'évita de justesse. Celui-ci attaqua à son tour, frôla Clay qui recula contre son lit et faillit perdre l'équilibre. Theodore entra dans la chambre et lança un nouveau sortilège. Déséquilibré, Clay tomba sur son lit et Theodore en profita pour le désarmer. Il attrapa la baguette de Clay au vol et la brisa sur sa cuisse avec un regard rageur. Clay se crispa, clairement apeuré.
Lentement, Theodore rangea sa baguette dans sa poche et sortit le couteau qu'il avait apporté. La magie était trop douce et trop rapide, ça ne lui convenait pas. Il voulait toucher Clay lui-même, le tuer lui-même, faire couler son sang et lui faire mal. Le pénétrer avec sa lame comme Clay l'avait pénétré avec sa queue. Clay se redressa sur son matelas, surpris, effrayé mais également soulagé. Sans sa baguette, Theodore était plus vulnérable. Theodore, lui, était prêt à se battre. Il se moquait de mourir en essayant de tuer Clay, il n'avait absolument rien à perdre. Il avait déjà tout perdu. Il se jeta sur l'homme, son couteau à la main, avec un cri de haine.
Ils faisaient à peu près la même taille et le même poids. Clay avait quarante ans et Theodore vingt. Le combat aurait pu être équilibré sans la folie meurtrière de Theodore. Comme lors des soirées où il se faisait violer, ce n'était pas vraiment lui qui était là, ce n'était pas vraiment son corps. Theodore ne ressentait pas la douleur, il n'avait même plus peur. Il réussit à donner un premier coup à Clay, puis un deuxième. La main de Clay qui tentait de l'étrangler ou qui le griffait jusqu'au sang, ça n'avait aucune importance.
- Tu aimes ça, hein ? demanda Theodore d'une voix qui lui appartenait à peine. Tu aimes ça ? Dis-moi que tu aimes ça !
Quand Clay lui posait la question, Theodore devait sans doute avoir le même regard horrifié que l'autre en cet instant. Est-ce qu'il aimait ça ? Comment Clay pouvait-il lui poser la question et espérer une réponse ? Ce n'était que de la cruauté perverse pour le forcer à répondre oui. Theodore le poignarda encore et sentit les forces de Clay faiblir. Il sut qu'il gagnerait ce combat et c'était tout ce qui comptait. Theodore frappa Clay avec son couteau, encore et encore jusqu'à ce que l'autre le lâche et se tienne immobile sur le lit.
Il y eut un silence étrange dans la pièce quand Theodore réalisa qu'il y avait un vague bruit d'eau jusqu'à présent. Helen avait terminé sa douche. Sous l'eau chaude, derrière la porte, elle n'avait sans doute rien entendu. Theodore jeta un coup d'œil à la table de chevet d'Helen et constata que sa baguette s'y trouvait. Il l'attrapa, la brisa elle aussi et descendit du lit pour se reprendre. Helen sortit de la salle de bain avant qu'il se soit repris. Elle ne portait que sa serviette, nouée autour de sa taille et elle contempla la scène de sa chambre à coucher avec une expression d'horreur et d'incrédulité qui laissa Theodore de marbre.
Helen se mit à courir vers la porte de la chambre, prenant Theodore au dépourvu. Elle hurlait des choses qui n'atteignaient pas le cerveau de Theodore et il la poursuivit dans le couloir. Il la rattrapa dans le salon, agrippa la serviette et tira violemment dessus. Helen glissa et tomba sur le carrelage. Theodore s'agenouilla vivement au-dessus d'elle, lui prit les cheveux pour l'obliger à relever la tête et lui trancha la gorge.
Il se sentit épuisé, tout à coup, et il se releva lentement. Une migraine martelait son crâne et il redevint lui-même, au milieu du salon des Manure. Il se rendit compte qu'il avait du sang partout. Il avait laissé des traces de pas ensanglantés en poursuivant Helen et il marcha jusqu'à la chambre. C'était une boucherie sans nom comme il n'en avait jamais vu. Les mains de Theodore se mirent à trembler et il rangea son couteau sans trop y penser. Dans un état second qui lui donnait l'impression de marcher dans un brouillard épais, Theodore quitta la maison.
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La maison de Kyle Long était silencieuse et baignée dans l'obscurité. Il n'y avait qu'une fenêtre éclairée, celle de la chambre à l'étage. Drago grimpa sur le porche au-dessus de la porte d'entrée et s'approcha, le cœur battant, pour regarder Kyle, allongé sur son lit, en train de lire un roman. Revoir Kyle heurta Drago, plus encore qu'il s'y attendait. Il portait toujours sa haine, au creux de son estomac mais la peur était toujours là aussi, lourde et paralysante. Drago serra sa baguette dans sa main et respira profondément. Il fallait qu'il tue Kyle, il le savait. Il le devait pour lui-même et pour ses amis, pour les libérer tous de l'emprise maléfique que le directeur de la Justice exerçait sur eux.
Il faisait chaud et Kyle avait laissé la fenêtre de la cuisine ouverte pour aérer. Drago entra prudemment et se laissa tomber sans bruit sur le sol carrelé. Son cœur n'avait jamais battu aussi vite qu'à cet instant. Il pouvait sentir ses mains devenir moites et la sueur recouvrir son corps un peu plus à chaque pas qu'il faisait vers la chambre de Kyle. Il avait eu peur de nombreuses fois dans sa vie et celle-ci était l'une des pires. Pendant une seconde, immobile dans les escaliers, il crut qu'il n'allait jamais y arriver mais cela ne dura pas longtemps. Constater que Kyle avait encore tant d'effet sur lui augmentait son envie de le tuer. Drago enfouit sa peur au fond de son cœur et reprit sa marche, l'esprit vide de tout ce qui n'était pas sa haine et sa colère.
A quelques mètres de la porte, Drago entendit Kyle bouger et se figea à nouveau, l'oreille tendue. Peut-être Kyle avait-il perçu les pas de Drago et se préparait-il à l'attaquer. Il y avait de la musique classique en fond, il devait aimer lire dans une ambiance calme de ce genre. Après quelques secondes insupportables, Drago se détendit. Kyle avait simplement dû bouger sur son lit. La musique devait lui dissimuler les bruits infimes des chaussures de Drago sur la moquette. Il atteignit enfin la porte de la chambre grande ouverte. Kyle était toujours là, plongé dans sa lecture. C'était intolérable de le regarder passer une bonne soirée, comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas foutu en l'air la vie de Drago.
Drago ne voulait prendre aucun risque et il lança son premier sortilège, toujours caché sous sa cape d'invisibilité, sur le seuil de la chambre. Kyle l'entendit remuer et se tourna vers lui sans le voir, intrigué. C'était trop tard tout de même car le sortilège de Drago l'atteignit sans qu'il ne puisse rien y faire. Des cordes apparurent brutalement autour de ses poignets et l'attachèrent solidement au lit, le faisant lâcher son livre. Il poussa un cri de stupeur et essaya de se libérer en se débattant de toutes ses forces.
- Vous allez seulement réussir à vous faire mal, dit Drago en retirant sa cape.
C'était ce que Kyle lui avait dit les premières fois, quand Drago essayait encore de résister. Kyle Long s'immobilisa et regarda Drago sans être vraiment surpris. Il paraissait plus furieux qu'effrayé.
- Toi, cracha-t-il avec écœurement. Détache-moi tout de suite !
Drago secoua la tête d'un geste raide et s'approcha du lit avec un mélange de détermination, de répulsion et de terreur.
- Comment as-tu su où me trouver ? Qui m'a trahi ?
Kyle posait trop de questions et entendre sa voix emmenait un peu plus Drago vers la crise de nerf.
- Fermez-la ! ordonna-t-il sèchement.
Kyle se tut et le regarda avec surprise. C'était la première fois que Drago lui parlait sur ce ton. Drago savait qu'il devait agir vite mais son bras ne voulait plus bouger. La sueur glacée qui coulait dans son dos le fit frissonner et il dut faire un effort important pour soutenir le regard de Kyle. Celui-ci le fixait en silence, attentif. Drago avait l'impression dérangeante que Kyle était parfaitement conscient de ses hésitations.
- Et donc ? demanda finalement Kyle. Tu m'as attaché sur mon lit, que vas-tu faire maintenant ? Me baiser à ton tour ?
- Certainement pas, souffla Drago avec une violente envie de vomir. Je vais vous tuer, c'est tout.
- Tu n'as pas l'air très sûr de toi.
Drago baissa la tête une seconde puis la releva pour fixer Kyle. Ce dernier se trompait, il était totalement sûr de lui. Il manquait sans doute de courage, il n'était pas dur comme Pansy, cruel comme Gregory ou déterminé comme Theodore. Mais il en connaissait bien plus qu'eux sur la souffrance, la mort et la terreur. Il avait survécu à Voldemort, à sa folie, à ses tortures et à l'horreur que le Seigneur des Ténèbres lui inspirait, il pouvait survivre à Kyle Long.
- Vous n'avez aucune idée de ce que je suis, répondit Drago d'une voix froide et trainante. Sectumsempra !
Il avait réfléchi à la façon dont il tuerait Kyle et cette idée lui était rapidement venue à l'esprit. Elle était parfaite, suffisamment lente et douloureuse pour satisfaire la haine de Drago. Il voulait que Kyle se voie mourir, il n'avait aucune envie de lui offrir la miséricorde d'une mort rapide.
Kyle eut le souffle coupé et baissa la tête vers son corps pour regarder les larges entailles qui venaient d'apparaitre sur son torse, son ventre, ses bras et ses jambes. Ses vêtements étaient déjà imbibés de sang. Livide, il poussa un gémissement de douleur et resta paralysé sur son lit.
- Qu'est-ce que tu m'as fait ? Qu'est-ce que…
Il se tut en voyant Drago faire venir à lui la chaise posée devant le secrétaire. Drago l'installa près du lit de Kyle et s'assit élégamment dessus, les jambes et les bras croisés. Kyle lui lança un regard hargneux.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je vais regarder la vie quitter vos yeux. J'attendrai le temps qu'il faudra, je n'ai rien d'autre à faire.
Kyle ne parvint pas à dissimuler la terreur qui brilla dans ses yeux. Il observa à nouveau ses blessures et la couverture qui était maintenant rouge et poisseuse de sang. Dans un dernier sursaut, Kyle essaya de se détacher mais c'était évidemment peine perdue. Impassible, Drago le regarda s'agiter. Il n'avait plus peur maintenant, il avait gagné. Kyle était à sa merci et allait mourir, il ne pouvait plus rien contre lui. Avec une jouissance qu'il eut du mal à cacher, il écouta Kyle gémir et supplier. Les mouvements de Kyles étaient de plus en plus faibles, tout comme sa voix. Ses suppliques devinrent des murmures et il se tourna vers Drago pour le regarder. Leurs yeux s'accrochèrent une dernière fois.
- Kyle Long, dit Drago d'une voix douce.
Il avait prononcé ce nom tant de fois, en gémissant, en pleurant, en criant, en suppliant. Aujourd'hui, c'était un adieu. Kyle avait cessé de bouger et son visage était devenu cireux. Ses yeux vitreux s'éteignirent enfin et Drago en ressentit un soulagement indicible. Il resta assis quelques minutes sur la chaise devant le cadavre de Kyle pour se remettre de ses émotions. Il se rendit compte qu'il n'était pas spécialement affecté d'avoir tué quelqu'un. En fait, ça ne le dérangeait pas. Ça avait même été plutôt facile, à vrai dire. Autrefois, il avait tremblé devant Dumbledore et devant les autres parce qu'il n'avait pas envie de les tuer. Kyle, c'était différent, il avait envie de le tuer.
Drago se leva enfin et jeta un dernier coup d'œil au corps de Kyle. L'odeur métallique du sang commençait à lui donner la nausée. Ce ne serait pas beau à découvrir. Drago eut une pensée pour Harry. Il saurait parfaitement que c'était Drago qui avait lancé le Sectumsempra mais il l'avait fait exprès. Un peu comme un dernier signe de tête avant de disparaitre. Et aussi parce qu'il voulait que Harry sache, il ne voulait pas qu'il y ait le moindre doute dans son esprit. Il voulait que Harry soit sûr que c'était lui qui avait tué Long. Après tout, c'était Harry qui était entré dans la chambre où Kyle le violait, c'était Harry qui l'avait écouté et réconforté. Alors il voulait lui dire « Regarde, j'ai réussi, je me suis débarrassé de Kyle » et tant pis si Harry le détestait pour cela. De toute façon, ils ne se reverraient jamais.
Drago sortit de la maison par la porte de derrière, là où personne ne pouvait le voir. Il faisait nuit maintenant et la nuit était belle.
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Quand Harry se réveilla, il était dans son lit et pendant un instant, cela lui parut normal. Ensuite, il se redressa vivement en se rappelant qu'il s'était endormi chez Drago et qu'il aurait donc dû se réveiller dans son lit à lui. Harry tâtonna à la recherche de la lampe, alluma la lumière et posa ses lunettes sur son nez. Le réveil indiquait cinq heures du matin, sa baguette était posée à sa place habituelle. Harry resta immobile dans son lit, en proie à une migraine étrange qui lui vrillait le crâne et à la sensation brumeuse de ne pas être encore totalement réveillé. Pourquoi était-il là ? Ce n'était pas si grave, ce n'était pas comme s'il se retrouvait dans un endroit inconnu. C'était tout de même bizarre. Il y avait ce rêve aussi, qui était bizarre. Il avait rêvé de Drago. Ce dernier ne cessait de lui poser une question, il désirait ardemment savoir quelque chose mais Harry était incapable de se rappeler ce que c'était. Il était pourtant certain de lui avoir répondu.
Harry décida qu'il s'inquièterait de tout cela plus tard. De toute façon, il était encore un peu dans les vapes et il se rendormit profondément. Ce fut une secousse douce mais insistante sur son épaule qui l'obligea à ouvrir à nouveau les yeux et il se retrouva face à Kreattur.
- Maitre, il faut vous lever, le chef des Aurors est là.
- Quoi ? bafouilla Harry.
Son réveil indiquait maintenant 6h45.
- Le chef Achab est là, répéta Kreattur avec une certaine tension dans la voix.
Harry se redressa d'un bond et remit ses lunettes. Il se leva d'un seul mouvement et se jeta presque sur ses vêtements qui trainaient sur le sol.
- Va lui dire que j'arrive.
Harry s'habilla à toute vitesse, fit un passage éclair dans la salle de bain pour se brosser les dents puis descendit en trombe. Nestor Achab était en bas et attendait près de la porte, l'air soucieux.
- Désolé chef, je…
- Nous avons reçu un message, coupa Achab sans écouter les excuses de Harry. C'est la femme de Braxton Turd. Elle dit que Pansy Parkinson a tué son mari. Les policiers de garde qui ont reçu le message m'ont immédiatement contacté et ils ont bien fait. Je préfère m'occuper de cela moi-même. Tu étais sur cette affaire toi aussi, allons-y.
Harry était trop stupéfait par la nouvelle pour réfléchir davantage, d'autant que son chef l'entraina dehors et transplana avec lui sans attendre. Ce ne fut que lorsqu'il atterrit devant la maison que Harry reprit ses esprits et réalisa ce qu'Achab venait de lui dire. Aussitôt, un pressentiment sourd et angoissant pesa sur son ventre. Pourquoi s'était-il réveillé dans son lit ? Il faudrait qu'il envoie un mot à Drago dès qu'il le pourrait.
Devant la maison qu'on avait prêtée aux Turd pour les cacher, plusieurs Aurors et policiers attendaient. Harry salua Edmund qui apprit au chef qu'on l'avait attendu avant d'entrer. Mrs Turd était là, en était de choc et on s'occupait d'elle.
- Elle dit que Parkinson a torturé son mari pendant au moins trente minutes avant de le tuer mais elle se demande si ce n'était pas plus long, dit Edmund à voix basse.
Harry frissonna et suivit les autres dans la maison. Quand ils s'approchèrent du salon, ils grimacèrent. Il y avait une odeur de transpiration et de vomi qui leur donna la nausée. De si bon matin, avec le ventre vide, ils n'étaient pas très enthousiastes à l'idée de ce qui les attendait. Nestor entra le premier et les deux autres s'arrêtèrent à ses côtés. Braxton Turd était bien là, recroquevillé sur le tapis. Il avait les traits déformés et les doigts crispés d'un homme qui a beaucoup souffert avant de mourir. Harry se sentit écœuré et en proie à une angoisse qui embrumait son cerveau.
Ils sortirent pour laisser la place aux policiers qui allaient examiner le corps et rejoignirent Mrs Turd. D'une voix chancelante, elle expliqua que Pansy Parkinson était entrée chez eux et les avait attaqués. Elle avait torturé Braxton.
- C'était interminable, il n'arrêtait pas de hurler, murmura Mrs Turd. Ensuite, elle a utilisé le sortilège de l'Imperium contre moi pour m'ordonner de dormir et de prévenir les Aurors seulement le lendemain matin. J'ai d'abord obéi mais j'ai réussi à résister à son ordre et je vous ai prévenus plus tôt que ce qu'elle m'avait ordonné.
Achab la remercia et la confia à des membres de la police. Il se tourna vers Edmund et lui lança un regard sombre.
- Va tout de suite chez les Rot et envoie quelqu'un chez les Manure et Alden Litter. Harry et moi allons chez Kyle Long.
Harry avait écouté l'ordre avec un sentiment de panique qui le laissait incapable de parler et de réfléchir correctement. Il suivit son chef sans poser de question et se retrouva devant la maison de Long. Il comprenait parfaitement pourquoi son chef craignait qu'il soit arrivé quelque chose aux autres personnes impliquées mais il espérait de tout cœur que Pansy avait agi seule. C'était possible, elle avait parfaitement pu péter les plombs sans que les autres le sachent. La traversée de la pelouse sembla interminable et trop courte à Harry. Nestor frappa à la porte et ils n'obtinrent aucune réponse.
- Il doit dormir, dit Harry d'une voix mal assurée.
- Nous allons vérifier.
Achab ouvrit la porte et précéda Harry dans le vestibule.
- Mr Long ? cria Achab.
Silence.
- Mr Long, c'est Nestor Achab. Nous venons voir si vous allez bien.
Sans attendre de réponse, Achab se dirigea vers les escaliers. A chaque marche qu'il montait, Harry se sentait un peu plus paniqué. Et s'ils trouvaient Long mort ? Pansy l'avait peut-être tué aussi. Il refusait obstinément d'envisager, même en pensée, qu'il y ait une autre explication. En haut de l'escalier, Achab s'arrêta et se tourna vers Harry. Ils échangèrent un regard sombre. Harry aussi la sentait nettement, l'odeur de sang qui imprégnait l'étage. Encore une fois, il eut envie de vomir. Le nez enfoui dans sa manche, il gagna la chambre du fond.
C'était encore pire que ce qu'il avait imaginé et il se figea sur le seuil pour regarder la scène de désolation. Nestor jura et s'avança vers le lit mais Harry fut incapable de le suivre. Il se sentait foudroyé par la découverte et il avait l'impression que tout autour de lui partait en lambeaux. Ce n'était pas Pansy qui avait fait cela, il le savait. Pansy n'aurait pas attaché Kyle au lit de cette manière et Pansy n'aurait pas utilisé le sortilège du Sectumsempra. Son regard s'attarda sur la chaise, posée près du lit et il ferma les yeux, horrifié.
- Je n'ai jamais vu de telles blessures, dit Achab, choqué. Quel sortilège de magie noire peut donc infliger de telles entailles ? Il s'est vidé de son sang.
Harry fut incapable de répondre. Sans prévenir, comme un coup de massue, une douleur insupportable vrilla son crâne et fendit sa cicatrice. Il allait faire une crise là, devant le cadavre ensanglanté de Kyle Long et devant son chef. Harry posa ses mains sur ses tempes pour essayer de se calmer mais c'était peine perdue. Il devina que Nestor se rapprochait de lui.
- Harry ? Est-ce que ça va ?
La voix du chef était lointaine. L'odeur du sang était ignoble et la douleur dans la tête de Harry aussi.
- Potter… disait la voix dans sa tête.
Et c'était la voix trainante de Drago Malefoy. Elle était aussi méprisante et cruelle qu'autrefois. Harry se laissa tomber sur le sol de la chambre et fit de violents efforts pour respirer. Drago avait tué Kyle Long. Cette idée terrifiait Harry mais il ne se rendait pas encore compte de tout ce qu'elle impliquait. « Où avez-vous appris ce sortilège, Potter ? » demanda la voix froide de Rogue dans la tête de Harry. Il avait besoin de sa potion, il allait devenir fou. Quand enfin ce fut la voix de Voldemort qui retentit dans son esprit et que sa cicatrice se fendit en deux, Harry poussa un hurlement et s'effondra contre Nestor Achab.
OoOoOoO
Pour la deuxième fois de la journée, Harry ouvrit les yeux sans savoir où il était. Au bout de quelques secondes, il comprit qu'il devait être à Ste Mangouste, allongé dans un lit d'hôpital. La porte de sa chambre était entrouverte et il pouvait entendre des gens passer dans le couloir en discutant. Il sursauta en remarquant qu'une policière de la brigade était assise à côté de lui et lisait la Gazette. Harry se redressa et la policière abaissa immédiatement son journal d'un geste brusque.
- Ah, vous êtes réveillé, constata-t-elle. Restez allongé, je vais prévenir Achab.
Elle lui parlait plutôt sèchement et il en fut étonné. Harry s'adossa aux oreillers et ferma les yeux. Il avait toujours un peu mal à la tête mais ça allait mieux. Il avait fait une crise devant son chef, il se sentait mortifié. Il allait devoir expliquer, répondre à des questions gênantes, son chef allait savoir qu'il avait des problèmes. Puis Harry se rappela Kyle Long, ligoté sur son lit et il eut l'impression de perdre toutes les forces qu'il avait en lui. Drago avait fait ça, évidemment, ça ne pouvait être que lui mais Harry ne pouvait pas y croire.
Harry rouvrit les yeux pour regarder la policière. Elle avait envoyé son message et elle se tenait maintenant devant la porte, baguette à la main, les yeux fixés sur Harry. Il se sentit encore plus mal quand il réalisa qu'elle était là pour le surveiller et la panique l'envahit à nouveau. Il fut presque heureux de voir Nestor Achab apparaitre à la porte, un peu moins de constater qu'Edmund le suivait. La policière sortit et Nestor prit sa place sur la chaise. Edmund resta debout à côté de son chef, le visage fermé. Quelque chose n'allait pas et Harry se demanda s'il n'allait pas refaire une crise.
- Tu te sens mieux ? demanda Nestor.
La question n'avait pas été posée avec inquiétude et affection mais plutôt avec brusquerie. Harry déglutit.
- Oui chef, merci.
- Apparemment tu fais régulièrement des crises de ce genre où tu souffres de violents maux de tête et où tu entends des voix. La guérisseuse m'a expliqué que ça pouvait s'apparenter à des douleurs fantômes ou à des hallucinations liées à tes traumatismes.
Harry fixa son chef, atterré et horrifié.
- Elle n'avait pas le droit de vous dire ça, c'est…
- Elle doit répondre quand c'est dans le cadre d'une enquête, répliqua froidement Nestor.
Harry se sentit aussi glacé que sa voix et il resta silencieux. Son esprit n'arrivait pas à fonctionner correctement et ce depuis qu'il s'était réveillé dans son lit au lieu de se réveiller dans celui de Drago.
- Où étais-tu hier soir Harry ? demanda soudain Achab.
Harry demeura immobile un instant, les yeux fixés sur la couverture. Si on lui posait la question, c'était qu'on connaissait déjà la réponse et il n'avait aucun intérêt à mentir.
- Chez Drago Malefoy, dit Harry d'une voix éteinte. Vous savez que nous étions à Poudlard ensemble, nous nous connaissons depuis longtemps. L'enquête nous a rapprochés. Je suis allé prendre un verre chez lui hier soir.
Achab mit un peu de temps à poser sa question suivante et Harry eut l'espoir que peut-être, ce ne serait pas plus grave que ça. Après tout, il avait le droit de prendre un verre avec Malefoy. Les paroles qui sortirent de la bouche de son chef furent toutefois bien pires que tout ce que Harry avait pu imaginer.
- C'est toi qui as ouvert le coffre-fort où étaient cachées les adresses de Long et des autres, c'est ta baguette qui a défait le sortilège. J'en ai la preuve et des témoins t'ont vu au Ministère à l'heure où il a été ouvert.
Harry resta pétrifié dans son lit puis se recroquevilla dans son esprit, comme un enfant cherchant à fuir la colère d'un adulte qui voulait le maltraiter. Une idée diffuse se propageait en lui comme un poison, une idée dont il ne voulait pas mais qui était pourtant la seule plausible pour expliquer tout ce bordel. Drago l'avait trahi. Drago lui avait menti, Drago s'était servi de lui, Drago avait assassiné Kyle Long. Harry eut une pensée pour la veille, quand il s'était allongé sur le lit de Drago. Ce dernier s'était allongé près de lui et l'avait regardé avec tendresse. Il lui avait promis que tout irait bien. Harry eut envie de pleurer et de mourir en même temps. Puisque c'était comme ça, il n'avait plus aucune envie de lutter contre quoi que ce soit.
- Je n'en sais rien, répondit-il. Peut-être que c'est moi, oui.
Edmund et Nestor échangèrent un regard surpris et sombre.
- Comment ça ? demanda sèchement Edmund.
- Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé hier soir. J'ai pris un verre avec Drago puis je me suis senti fatigué et je me suis endormi sur son lit. Après ça, je me suis réveillé chez moi vers cinq heures du matin. Ce que j'ai fait entre les deux, je n'en sais rien.
Nestor et Edmund parurent mal à l'aise.
- Harry, as-tu volontairement aidé Malefoy à récupérer les adresses ? demanda le chef.
- Non, je vous le jure.
Les deux Aurors eurent l'air un peu soulagés et Harry leur en fut reconnaissant. De toute évidence, ça ne leur plaisait pas de suspecter Harry.
- Quand tu es arrivé à l'hôpital après ta crise, les guérisseurs t'ont examiné. Ils ont trouvé des traces de potion soporifique dans ton sang. Apparemment, tu en aurais pris une forte dose. Ou, plus probablement, on t'en a fait boire une forte dose…
Harry baissa la tête pour cacher à quel point cette nouvelle lui faisait mal. Nestor en profita pour apprendre à Harry ce qui s'était passé ces dernières heures pendant lesquelles il avait été inconscient puis avait dormi à cause de la potion calmante qu'on lui avait administré pour passer son mal de tête.
- On a retrouvé Alden Litter dans le même état que Braxton Turd. Les Rot ont été assassinés aussi, ainsi que leur fille de huit ans. Pour eux, ça a été rapide, on a utilisé le sortilège de mort. En revanche, les Manure ont eu moins de chance. Clay a reçu une vingtaine de coups de couteau selon les premières estimations des policiers et Helen a été égorgée.
Harry eut un haut le cœur et put nettement sentir qu'Achab n'était pas près d'oublier ce qu'il avait vu chez les Manure.
- Nous sommes allés chez Parkinson, Malefoy, Nott et Goyle et ils ont tous disparu sans laisser de trace. Leurs coffres de Gringotts ont été vidés, depuis des semaines apparemment… Pas besoin d'être un génie pour savoir que ce sont eux et les modes opératoires différents vont dans ce sens. Parkinson a tué Turd et Litter de la même façon, Goyle a tué toute la famille Rot, Nott a massacré les Manure et Malefoy a tué Long.
Harry ne répondit pas, c'était inutile. Sa vie partait à la dérive. Les coffres vidés depuis des semaines, vraiment ?
- Il y avait des restes de Polynectar chez Theodore Nott, dit brusquement Edmund. Il y a de grandes chances pour que Malefoy t'ait drogué, qu'il t'ait pris des cheveux et ta baguette pour aller chercher les informations qu'il désirait. Je ne sais pas comment il a su où les trouver en revanche ni quel était le sortilège pour ouvrir le coffre…
Son ton s'était fait suspicieux. Nestor et Edmund regardaient Harry dans l'attente d'une réponse qu'il n'avait pas envie de leur donner. Il se souvenait de son rêve maintenant, ce n'en était pas un. C'était la voix de Drago dans sa tête, douce et ferme mais presque implorante. Où sont cachées les adresses, Harry ? demandait-il. Comment faire pour les récupérer ? Il lui avait répondu, il lui avait laissé l'accès à toutes ses pensées, tous ses souvenirs, sans hésiter.
- Drago est le fils et le neveu de deux grandes Occlumans et il a été formé à la legilimencie. Il a profité que je sois drogué pour aller chercher la réponse dans mon esprit. Mais je ne peux pas le prouver.
Harry voyait bien que Nestor Achab voulait le croire et que la situation le mettait mal à l'aise.
- As-tu souvent rencontré Drago ces derniers temps ?
- Oui, souffla Harry.
- D'accord. Je voudrais récupérer tes souvenirs de vos conversations, fouiller ce qu'il a dit, voir s'il ne s'est pas trahi à un moment et s'il n'a pas laissé des indices.
Harry regarda Nestor avec horreur.
- Non. Je ne vous donnerai pas mes souvenirs.
- Pourquoi ? s'étonna Nestor en fronçant les sourcils.
- Parce que…
Harry devint écarlate.
- Parce que toutes les dernières fois où j'ai vu Drago Malefoy, nous… nous avons essentiellement passé notre temps à faire l'amour.
Il y eut un silence retentissant dans la chambre. Les visages d'Edmund et d'Achab se fermèrent nettement et Harry perdit le contrôle de lui-même. Il sentit les larmes lui monter aux yeux, incapable de les retenir plus longtemps.
- Je sais qu'il était le plaignant de mon affaire, je sais que je n'aurais pas dû. Mais je lui faisais confiance, je croyais qu'il… je croyais…
Il n'osa pas le dire, il avait trop honte. Nestor Achab eut un reniflement entre le mépris et la compassion.
- Eh bien… On peut dire qu'il s'est bien foutu de toi.
Harry eut le sentiment de s'étouffer.
- Je te retire de cette affaire, bien entendu, décréta Nestor en se levant. Et reste chez toi jusqu'à nouvel ordre. L'enquête nous dira quelle part tu as vraiment joué là-dedans. J'espère que tu t'es contenté de jouer le rôle du pigeon idiot, ce serait le moindre mal. Par respect pour toi, nous essaierons de ne pas ébruiter que tu avais une liaison avec Malefoy mais je ne peux rien te promettre.
Harry ne sut pas exactement comment il sortit de l'hôpital mais il se retrouva chez lui, assommé et vide. Sa maison lui parut étrangère et presque inhospitalière. Il se laissa tomber sur le canapé et essaya de rassembler ses esprits pour analyser la situation avec objectivité. Il en fut empêché par l'arrivée de Kreattur qui semblait inquiet.
- Maitre Harry, comment allez-vous ? Kreattur s'est inquiété quand vous êtes parti rapidement ce matin, sans même manger et…
- Comment suis-je rentré cette nuit ? coupa Harry. Tu m'as entendu ?
Kreattur eut l'air l'étonné.
- Maitre Drago vous a ramené. Il a dit que vous étiez malade parce que vous aviez trop bu et il vous a mis au lit. Ce n'était pas cette nuit, c'était hier soir, vers neuf heures ou quelque chose comme ça.
- Il m'a mis au lit, répéta Harry, accablé.
- Oui, il vous a plus ou moins porté jusqu'à votre chambre et il vous a aidé à vous coucher.
- Merci Kreattur. J'ai eu une crise tout à l'heure, il faut que je me repose un peu.
Il disait ça pour congédier Kreattur délicatement. L'elfe le comprit et le laissa seul dans le salon. Harry mit bout à bout ce qu'il savait et tout concordait. La drogue dans son verre, la légilimencie, le Polynectar, Drago qui prend sa baguette et va ouvrir le coffre puis qui rentre, qui ramène Harry chez lui et qui va tuer Kyle Long. Il avait une idée sans doute assez précise du déroulé de la soirée. Harry frissonna. Où était Drago ? Il avait terriblement envie de le voir et de lui parler. Dis-moi que ce n'est pas vrai, supplierait-il. Mais il savait que c'était vrai. Il ne parvenait pas encore à réaliser ce qui lui arrivait. Drago était parti. Où ça ? Harry prit conscience qu'il ne le reverrait plus. Drago s'était enfui, il avait tout préparé, il n'avait pas l'intention de se faire attraper, évidemment.
Cette pensée laissa Harry hébété sur le canapé. Si Drago ne revenait pas, où passaient ses projets de bonheur avec lui ? Et d'ailleurs, tout cela avait-il été réel ? Quand Drago l'avait caressé dans la salle de bain en disant « Je t'aime aussi », était-ce un mensonge ? Avait-il fait semblant tout ce temps pour se rapprocher de Harry et lui voler les précieuses informations qu'il détenait ? Oui, c'était surement ce qui s'était passé ou du moins, c'était ce que Nestor Achab semblait croire. Pourtant, Harry ne pouvait se résoudre à penser que Drago avait menti pour tout. C'était impossible. Il avait pleuré dans les bras de Harry la première fois qu'ils avaient fait l'amour, il n'avait pas pu tricher à ce point. Et toutes les autres fois, la façon qu'il avait d'embrasser Harry, de s'accrocher à lui, ça ne pouvait pas être des mensonges. Harry refusait d'y croire. Car dans le cas contraire, ça le rendrait fou.
OoOoOoO
Le lendemain, tous les journaux du monde sorcier britannique parlèrent des meurtres et titrèrent que Drago Malefoy s'était servi de Harry Potter pour cela. Ils appuyaient bien sur la cruauté de Pansy qui avait joué avec ses victimes avant de les tuer, sur l'inhumanité de Gregory qui avait tué la fille des Rot et sur la folie de Theodore et Drago qui avaient massacré leurs bourreaux. Harry passait pour une victime trop gentille et trop naïve qui s'était fait manipuler par le sournois Mangemort. Ce n'était pas complètement faux mais ça donnait à Harry l'envie de hurler.
Il n'y avait pas eu que ça, il le savait. Il aimait Drago et il était sûr que Drago l'avait aimé aussi. Allongé dans son lit, sans aucune motivation pour se lever, se nourrir ou se laver, Harry repensait à tous les moments passés avec Drago. Ce regard qu'ils avaient échangé au match de Quidditch, il n'était pas faux, les baisers brûlants qu'ils avaient échangés non plus. Pourtant, Drago l'avait trahi et l'avait abandonné, Harry ne pouvait pas nier ça. Il voulait parler à Drago, lui demander des explications. Qu'est-ce qui avait été vrai et qu'est-ce qui avait été mensonger ?
Quand il ne pensait pas à son histoire avec Drago, Harry pensait au meurtre de Long. Il imaginait Drago l'attacher sur son lit, lui lancer le fameux sortilège, s'asseoir sur la chaise et le regarder crever. Ça lui donnait des nausées et il ne savait pas quoi en penser non plus. Cela l'horrifiait de penser que Drago était capable d'une telle chose mais bizarrement, ça ne l'horrifiait pas autant qu'il le pensait. Il ne ressentait pas beaucoup d'émotions non plus en pensant aux derniers instants de Kyle Long. Pas beaucoup de compassion en tout cas.
La sonnerie de la porte d'entrée tira Harry de sa torpeur et il se força à se lever. Il savait que c'était soit des journalistes, soit Hermione. Peut-être Nestor Achab aussi. Il fallait donc qu'il y aille. Il savait qu'il était en bas de pyjama et en t-shirt, qu'il était décoiffé et pas vraiment propre mais il s'en fichait. Il était trop écrasé par les événements récents pour se préoccuper de ces détails-là. Il fut brièvement soulagé de constater que c'était Ron et Hermione mais cela ne dura pas. Il allait devoir affronter leurs questions et leur incompréhension, il n'en avait pas envie.
Ses deux amis entrèrent en l'observant avec inquiétude et stupéfaction. Il devait être dans un état épouvantable et le fait qu'il soit en pyjama en plein après-midi n'augurait rien de bon. Ron semblait vraiment anxieux et il s'approcha de Harry comme s'il était malade.
- Est-ce que ça va ? demanda-t-il. Nous avons appris la nouvelle dans les journaux. Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est quoi cette histoire ? Tu ne travailles pas aujourd'hui ? Tu as été viré ?
Harry se sentit submergé par les questions et le fixa d'un regard vide. Il ne savait même pas quoi dire.
- Vous voulez boire un verre ? Proposa-t-il.
Ron et Hermione hésitèrent un peu, il n'était que trois heures de l'après-midi.
- Un thé ce sera bien, répondit Hermione.
Elle regarda Kreattur marcher vers la cuisine avec réprobation et suivit Harry dans le salon. Il se servit un verre de Gin, lui. C'était Drago qui lui avait offert la bouteille, c'était de circonstance.
- Il s'est servi de moi, dit brusquement Harry quand les deux autres furent assis. Il m'a trahi, il s'est rapproché de moi pour trouver les adresses, il m'a fait croire des choses et il m'a abandonné.
Ron et Hermione le fixèrent avec stupeur et circonspection.
- Tu parles de Malefoy ? demanda Ron pour être sûr.
- Oui. Il m'a dit… il m'a dit qu'il m'aimait et moi je l'ai cru. Mais je suis sûr que c'était vrai, ça ne peut pas être un mensonge. Il a tué Kyle Long mais je pense qu'il m'aimait quand même.
Ron ouvrit la bouche, sidéré par les paroles de Harry. Il parlait sans les regarder, comme un fou, et les mots sortaient trop vite. Hermione eut un geste vif, comme un tressaillement.
- Harry… La personne dont tu me parlais quand tu disais que tu étais tombé amoureux de quelqu'un, c'était Drago ?
- Oui, admit Harry d'un air sombre.
- Quoi ? s'écria Ron.
Harry entreprit de leur résumer ce qui s'était passé durant les dernières semaines. Il s'était rapproché de Drago après l'enquête, ils étaient tombés amoureux, ils avaient couché ensemble puis Drago avait disparu et tout s'était transformé en cauchemar. Ron et Hermione avaient l'air atterrés.
- Il s'est servi de moi, c'est vrai, conclut Harry. Mais je ne peux pas croire qu'il ait menti sur tout le reste.
- Et pourquoi pas ? rétorqua froidement Ron. C'est Malefoy, on n'a jamais pu lui faire confiance. C'était évident qu'il voulait quelque chose de toi.
Harry se tourna enfin vers Ron et lui adressa un regard mauvais.
- Tu n'en sais rien, tu ne le connais pas.
Ron eut un rire amer.
- Je ne le connais pas, non, c'est sûr… Après tout, il n'a pas passé des années à insulter ma famille et à se foutre de moi, c'est vrai. Mais j'avoue que je ne le connais pas aussi intimement que toi. Peut-être devient-il très sympathique quand on le déshabille.
Le ton était clairement méprisant et rancunier et Harry sentit tous ses poils se hérisser.
- Ne parle pas de lui comme ça, cracha-t-il. Il a changé, tout le monde change !
- Visiblement, dit sèchement Ron.
Hermione posa une main sur sa jambe pour l'inciter à se calmer. Ils n'étaient pas venus là pour se disputer. Elle se tortilla sur le canapé et fut coupée par l'arrivée de Kreattur qui déposa les tasses de thé sur la table. Ron remercia du bout des lèvres et ne toucha pas la sienne.
- Tu es soupçonné dans cette affaire, dit Hermione quand l'elfe s'éloigna. Drago s'est servi de ton apparence et de ta baguette pour ouvrir le coffre-fort du chef des Aurors. C'est grave. Tu dis qu'il t'aime vraiment… Pourquoi t'aurait-il laissé dans cette situation dans ce cas ?
Harry baissa la tête vers la table, accablé par la question.
- Je ne sais pas, il n'avait sans doute pas le choix.
- Pas le choix ? répéta Ron. Quoi ? Tu le défends ?
- Non ! Non, je… Je ne sais pas ! Je dis seulement que ce qu'il y avait entre nous, ça ne pouvait pas être faux. Personne ne peut faire semblant comme ça, c'était…
Hermione eut une expression triste et compatissante mais Ron eut l'air vaguement dégoûté de voir Harry parler ainsi de Malefoy.
- Et alors, tu avais l'intention de sortir avec lui ? demanda-t-il d'un ton détaché.
- Oui, dit sèchement Harry. J'étais heureux avec lui, je pensais que ma vie allait enfin devenir supportable, ça me donnait de l'espoir et… Je ne lui ai même pas dit au revoir, je ne sais pas où il est, je ne le reverrai plus jamais.
La voix de Harry se brisa comme s'il s'apprêtait à pleurer et Ron le contempla avec un mélange de colère et d'ahurissement. C'était impensable de voir Harry dans un tel état à cause de Drago Malefoy. Quelque chose avait merdé.
- Il va peut-être se faire arrêter par les Aurors, suggéra Hermione avec prudence. Drago et les autres sont très recherchés, le Ministère va tout faire pour les trouver.
Harry eut l'air encore plus accablé.
- Je ne sais pas si j'ai envie qu'il se fasse arrêter, murmura-t-il.
- Il a tué quelqu'un de sang froid avec préméditation, rappela Hermione.
- Je sais…
- On dit qu'il l'a saigné comme un porc, asséna Ron. Et que c'était une boucherie. Papa a entendu beaucoup de choses au Ministère. Parkinson, Goyle, Nott et Malefoy, ils sont bien aussi cinglés qu'on l'a toujours pensé et ils sont aussi tordus que leurs parents. Apparemment, les scènes de crime étaient horribles à voir. Tu ne peux pas défendre ça, tu ne peux pas aimer quelqu'un qui a fait ça.
Harry se sentit froid et les paroles de Ron le blessèrent comme des poignards. Une partie de Harry était d'accord et était horrifiée par ce que Drago avait fait, il ne le niait pas. Une autre partie ne supportait pas que Ron parle de cette manière alors qu'il ne savait rien.
- Il a utilisé le sortilège du Sectumsempra, c'est tout. C'est moi qui le lui ai appris…
- Tu ne savais pas ce que tu faisais, toi, temporisa Hermione. Tu n'as jamais lancé volontairement ce sortilège pour tuer quelqu'un.
Les mots sortirent de la bouche de Harry avant qu'il ait pu les retenir.
- Non mais si quelqu'un m'avait drogué et attaché sur un lit pour me violer une bonne quinzaine de fois, j'aurais peut-être eu envie de le faire moi aussi.
Ron et Hermione eurent l'air mal à l'aise et Harry en profita pour continuer sur sa lancée, plein de colère et de haine.
- J'ai eu envie de torturer des gens moi aussi, j'ai même lancé le sortilège Doloris plusieurs fois à Bellatrix et à Carrow. Alors franchement, je peux largement comprendre que Pansy l'ait lancé sur les porcs qui l'ont violée sans jamais se soucier de ce qu'elle ressentait !
- Oui, dit Hermione d'une voix raide. Je peux largement comprendre aussi. Nous ne sommes pas en train de dire que nous ne comprenons pas et qu'ils n'avaient aucune raison d'agir ainsi. C'est simplement que…
Elle chercha ses mots et Ron termina sa phrase à sa place.
- Ce sont des criminels Harry. Rien ne justifie ce qu'ils ont fait.
- Ah… souffla Harry dans son verre.
Il finit par relever les yeux vers Ron et le regarder sans émotion particulière.
- Ce sont des criminels… Et nous, non ?
Ron parut déstabilisé par la question et Hermione pâlit légèrement.
- Comment ça ? demanda Ron.
- Arrête, tu sais très bien. Vous avez participé vous aussi, vous n'allez pas le nier. A chaque fois que nous avons détruit un Horcruxe, que crois-tu que nous faisions ?
- Ce n'est pas la même chose, Tu-Sais-Qui était maléfique, nous n'avions pas le choix.
- Ah, et Kyle Long était un homme bien, c'est ça ?
- Non, bien sûr que non mais…
- Et ta mère qui a tué Bellatrix, a-t-elle été arrêtée ? N'est-elle pas une criminelle elle aussi ?
Ron s'empourpra et lança à Harry un regard noir. Il y eut un silence déplaisant. Harry s'en voulait un peu de balancer ça à son ami. Il n'avait jamais considéré Molly comme une criminelle et cela le répugnait de parler d'elle de cette façon. Et d'un autre côté, maintenant qu'il se penchait sur la question, c'était un fait indéniable.
- C'était la guerre, dit doucement Hermione. On ne peut pas comparer.
- Peut-être, admit Harry. Mais je constate que…
- Et donc ? coupa durement Ron. Qu'est-ce que tu essaies de dire ? Qu'ils ont eu raison de massacrer tout le monde et que c'était bien ?
- Non. Je dis simplement que ça ne sert à rien d'être hypocrite. Je suis un meurtrier moi aussi, j'ai tué Voldemort. J'ai torturé des gens moi aussi, qui l'avaient sans doute autant mérité que Long. Et à la place de Drago, j'aurais sans doute eu envie de faire exactement la même chose.
Ron et Hermione restèrent silencieux, incapables de véritablement contredire Harry mais incapables de se ranger à son avis. Harry sentit sa colère retomber et se trouva injuste et cruel. Ses deux meilleurs amis avaient toujours été droits et intègres, ils condamnaient le meurtre et la torture, ils n'avaient jamais fait du mal à quelqu'un volontairement en dehors des Horcruxes qu'ils avaient brisés. De quel droit Harry pouvait-il leur reprocher cela ?
- Ecoutez… dit-il d'une voix accablée. Je…
- Je comprends pourquoi ils ont fait ça, coupa Ron d'un ton grave. Mais je ne trouve pas cela bien et je ne peux pas croire que tu les défendes. Tu le fais sans doute parce que tu crois être amoureux de Malefoy mais même ça, je ne trouve pas ça bien. Ce n'est pas une bonne personne, il t'a trahi et il t'a laissé dans la merde. Il t'amène à dire des choses que tu n'aurais jamais dites auparavant.
Harry regarda Ron sans le voir. Il n'avait plus la force de s'énerver et il savait, au fond de lui, que son ami avait raison. Et pourtant, pourtant… Les yeux de Harry devinrent brumeux quand il repensa aux derniers mois qu'il avait vécus aux côtés de Drago. Il revit son air concentré devant le métier à tisser et son sourire quand il lui avait montré ses tapisseries. Il repensa aux fois où Drago avait pleuré devant lui, à cause de Kyle et des horreurs qu'il lui avait faites, au soir où Drago était trop ivre pour rentrer chez lui. Il revit Drago chanter dans la cuisine, avec un air d'enfant gêné mais heureux. Il repensa à son excitation pendant le match de Quidditch, à sa douceur quand il touchait Harry, à toutes les petites choses de lui-même qu'il avait confiées dans ses lettres. Était-il réellement une mauvaise personne ? N'était-il pas seulement une personne à qui il était arrivé de mauvaises choses ?
Harry sentit les larmes lui monter aux yeux. La situation était insupportablement douloureuse. Il aurait donné n'importe quoi pour revenir en arrière, retrouver Drago et se coucher à côté de lui avec la certitude que tout irait bien désormais. Comment sa vie avait-elle pu s'effondrer une fois de plus ? C'était une malédiction, il les perdait tous, tous les gens qu'il aimait et sur qui il comptait. Comment Drago avait-il pu lui faire ça ?
- Harry ? dit la voix douce et inquiète d'Hermione.
Il se tourna vers elle en essuyant ses larmes.
- Je suis désolée, vraiment. Ça doit être dur pour toi.
- Je ne sais plus où j'en suis, avoua Harry avec un sanglot dans la voix. Je l'aime, je ne comprends pas, je croyais qu'il m'aimait aussi et que tout deviendrait mieux.
Ron contempla Harry, triste pour son ami. Il se demandait quand même comment Harry avait pu être suffisamment con pour croire que tout deviendrait mieux avec Drago Malefoy. Il avait rarement été déçu de Harry et quand il l'avait été, c'était surtout à cause d'une jalousie mal placée ou de l'effet néfaste d'un Horcruxe. Mais cette fois-ci, c'était de la déception authentique et sincère. En toute objectivité, Harry avait fait n'importe quoi.
