— Je ne vous dirai rien sur mon équipage, grogna le prisonnier. Je me fiche de quelle nouvelle torture vous avez mis au point, je ne vous dirai rien. Jamais.
Annie souffla. Les sévices que subissaient les condamnés ne les mettaient jamais dans de bonnes dispositions pour son passage. Elle devait les attendrir pour les pousser à se confier. Ce qui était loin d'être une tâche aisée quand on faisait face à des êtres sans âme ni cœur.
— Ça tombe bien, je ne suis pas là pour ça, déclara-t-elle d'une voix douce.
Enfin pas seulement.
Le pirate fronça les sourcils et la regarda avec encore plus de méfiance.
— Mon travail n'est pas de mener un interrogatoire, reprit-elle. Je suis simplement là pour recueillir les derniers mots des condamnés.
— En quoi ça intéresse la marine, se méfia le brun.
Annie fit la moue.
— En rien. Un jour un Amiral en Chef a déclaré que ce serait plus humain de le faire et c'est devenu une sorte de tradition que personne n'a encore pensé à arrêter. Ce qui me convient parfaitement.
— Et qui va lire ?
En général, personne.
— L'Amiral en Chef Sengoku s'y intéresse de temps en temps. Sinon… Il arrive que certains psychologues les lisent, répondit-elle honnêtement. Cela dit, je pense que notre entretien intéressera bien plus de monde pour les raisons que tu connais.
Ace fixa ses prunelles noires sur elle, suspicieux. Quelles raisons ? De quoi parlait-elle ? Elle venait pourtant de dire que son équipage n'était pas le sujet de leur échange.
— Je suis là pour t'écouter. Tu peux juste me dire une phrase, tu peux me raconter toute ta vie. Je t'écoute.
— Dans ce cas, tu peux mettre que j'emmerde la marine !
Et voilà… Comme souvent, il fallait que ça commence ainsi. Ces pirates n'avaient vraiment aucune imagination.
— Ne serait-il pas dommage de gâcher tes derniers mots en s'adressant à ton ennemi ?
— Ne viens-tu pas de dire que ton rapport était destiné à la marine justement ?
— Il est vrai, concéda-t-elle. Cependant, tu seras juste le trentième pirate qui utilise cette chance de laisser une trace en choisissant ces mots. Ce qui est dommage. Dis-moi comment veux-tu qu'on se souvienne de toi ? Es-tu homme ou monstre ? C'est l'occasion de parler de ta vérité. Je noterai tout, sans rien modifier, toute personne qui lira, saura.
Ace la fixa en silence. Il ne comprenait pas l'intérêt. Raconter son histoire à une inconnue qui rédigeait un dossier qui finirait dans des archives auxquelles personne ne toucherait jamais. Qu'est-ce que ça changerait ?
— C'est aussi l'occasion de partager de bons souvenirs et à défaut de le faire avec tes proches, je suis une oreille attentive.
— Tu détestes les pirates, non ? Tout à l'heure tu demandais si j'étais un homme ou un monstre.
— En effet. J'ai entendu beaucoup de choses depuis que je fais ce travail et elles venaient pour la plupart de la bouche de pirates. Difficile de considérer des violeurs et des meurtriers comme des humains, appuya-t-elle.
— Nous ne sommes pas tous ainsi, défendit-il les siens. Jamais un membre de mon équipage ne ferait ça !
Un sourire triste étira les lèvres de la marine.
— N'es-tu pas enfermé ici parce que tu as perdu un combat contre l'homme qui a trahi ton équipage en tuant un de ses nakamas ?
Ace se figea. Les mots l'avaient percutés avec violence.
