Hihi, je suis impardonnable, mais il s'est passé énormément de choses ces derniers temps. J'espère que ce chapitre vous plaira :)
"Lieutenant, pourquoi sommes-nous toujours là ?"
Riza releva le nez de son dossier, fronçant les sourcils de confusion.
"Que voulez-vous dire, colonel ?
- Il est trois heures du matin" Cliquetis de la montre qu'on referme d'un geste dramatique "Il n'y a plus personne au Quartier Général et nous sommes toujours ici. Pourquoi ?
- Le Quartier Général est loin d'être vide. Les soldats de garde sont présents.
- Ce n'est pas ce que je veux dire et vous le savez très bien."
En réalité, Riza n'avait aucune idée de ce dont son supérieur voulait parler mais il était fort probable que lui non plus.
L'opération de surveillance était enfin terminée. Après de longs mois de planque, de filature et de surveillance, le réseau entier avait été démantelé. Pas uniquement les trafiquants, comme le souhaitait l'alchimiste, mais également les fournisseurs étrangers et les acheteurs.
Une équipe d'intervention spécifique avait été formée sous le commandement de Mustang et les arrestations avaient été un succès. Grumman, le Quartier Général et même des officiers de Centrale n'avaient pas manqué de marquer leur satisfaction devant l'ampleur du travail et l'escouade de l'alchimiste de Flame avait récolté leur part de lauriers. Mais ils avaient ensuite pu découvrir la montagne de paperasse administrative qui en découlait.
Riza se frotta les yeux.
"Nous avons presque terminé. Il n'était pas nécessaire que les autres restent alors qu'ils ne peuvent plus rien faire. Revoir et valider les derniers procès verbaux sont de notre responsabilité.
- Et qu'est-ce qui nous empêche de terminer demain ?"
Mustang était plus échevelé que Riza ne l'avait jamais vu. Sa veste d'uniforme avait été abandonnée dans un coin du bureau, les manches de sa chemise relevées jusqu'aux coudes et ses cheveux d'ordinaires si proprement coiffés donnaient l'impression que le soldat s'en avait arraché quelques mèches (ce qui était probablement vrais, compte tenu de la montagne de formulaires à remplir).
"Demain nous sommes en congés, pour deux semaines. Le général Grumman nous les a accordés de façon extraordinaire et je compte bien en profiter et ne pas sortir de mon lit avant une bonne semaine. Alors nous devons terminer ce soir."
Sa réponse était sortie avec plus de véhémence que prévue, ce qui était certainement dû au fait d'avoir passé presque quarante-huit heures au QG sans être rentrée chez elle, et Riza se sentit rougir lorsque Mustang haussa un sourcil lourd de sous-entendus.
"Très bien, lieutenant.
- Ce n'est pas ce que je...
- Loin de moi l'idée de juger de votre vie privée.
- Je voulais simplement dire..."
Mais ses explications ne faisaient qu'accroître l'hilarité de l'alchimiste et Riza soupira. Très bien, s'il voulait faire preuve d'autant de maturité qu'un adolescent.
La soldate se pencha à nouveau par dessus son rapport, tâchant de retrouver l'endroit où elle s'était arrêtée.
La situation était gênante. Parce qu'il s'agissait de Mustang, parce que depuis cette nuit dans le désert, des mois s'étaient écoulés et parce que depuis, l'alchimiste s'était mis à flirter avec toutes les femmes qu'il croisait. Toutes, sans aucune exception, et Olivia Armstrong lui en voudrait probablement à vie. Et elle était gênante car il s'agissait de la première conversation qui n'était pas strictement professionnelle entre eux et que Riza ne savait plus comment se comporter avec lui.
La jeune femme se mordit la lèvre et s'efforça de se concentrer. Grumman leur avait accordé ces congés exceptionnels comme récompense mais il s'agissait également d'une façon d'être sûr que les dossiers seraient terminés dans un délai acceptable. Une méthode qui imposait sans le dire une date limite et générait une pression considérable dans les dernières heures, ce qui n'était pas dépourvu d'intérêt s'agissant de l'alchimiste de flamme.
Celui-ci se laissa aller contre le dossier de sa chaise, pour mieux l'observer. Riza pouvait sentir son regard sur elle, le voyait du coin de l'oeil.
"Plus vite vous vous y remettez, plus vite nous partirons, colonel, rappela-t-elle d'une voix qu'elle espérait sévère.
- Je ne peux pas. Je ne peux plus.
- Alors vous allez devoir finir ces rapports sur votre temps de congés.
- Le général est vraiment diabolique, marmonna Mustang. Pas étonnant que ce vieux grumeau soit toujours en poste.
- Faites attention à ce que vous dites, colonel.
- Bien sûr, vous défendez votre grand-père."
Riza releva brusquement la tête et lui jeta un regard mi-incrédule, mi-désabusé.
"Qu'est-ce que vous racontez ? Si vous continuez d'y faire allusion, les gens vont considérer qu'il s'agit d'une confirmation, vous savez ?
- Nous sommes seuls, lieutenant, rappela Mustang en levant les yeux au ciel.
- Pas dans le Quartier Général.
- Seuls dans cette pièce, précisa l'alchimiste".
Et Riza ne put s'empêcher de frissonner.
Elle était faible, si faible. Et elle était censée être passée à autre chose.
Mustang avait tenu parole. Il avait cessé ces apartés, ces petites attentions et plaisanteries à son attention et le résultat ne s'était pas fait attendre : les rumeurs à leur égard s'étaient emballées dans des proportions que la jeune femme n'aurait jamais cru possible, passant d'une prétendue liaison à une prétendue rupture. Les membres de l'équipe avaient eux-mêmes été harcelés en quête de réponses et ragots juteux, au point que Havoc s'était risqué à la questionner (sans toutefois oser demander de manière explicite et quelques regards sévères de la part de la soldate avaient rapidement douché toute curiosité). Mais leurs coéquipiers n'avaient peu grand chose à raconter. Pas de dispute, pas de scène de ménage. Rien d'autre qu'un comportement froid et professionnel, du jour au lendemain.
Ces derniers mois avaient été difficiles pour Riza mais elle avait tenu bon, comme toujours. Elle s'était efforcée de passer à autre chose, parce que Mustang comptait sur elle pour atteindre son objectif. Elle ne pouvait pas se permettre de flancher.
Sortir, rencontrer du monde, rencontrer quelqu'un. Elle avait fait tout son possible et une seule phrase de Mustang suffisait comme toujours à la faire vaciller.
L'alchimiste hésitait à parler. La jeune femme pouvait le voir écrit dans ses yeux, sur son visage. C'était déjà plus que ce qu'il laissait transparaître pendant la journée et c'était déjà trop. Comment un seul de ses regards pouvait-il la mettre dans un état pareil ?
Mais Riza ne pouvait pas se permettre de faiblir maintenant. Pas après ces mois si compliqués. Pas après tous ses efforts.
"Breda a bien travaillé, déclara-t-elle brusquement. J'ai presque fini ses rapports. Je peux prendre la pile de Havoc bientôt pour les corriger et vous n'aurez plus qu'à valider ? Nous devrions vraiment terminer aussi vite que possible."
La proposition était maladroite et jamais en tant normal la soldate n'aurait été aussi indulgente avec lui. Mustang haussa légèrement un sourcil, une question sur les lèvres. Une seconde s'écoula, puis une deuxième. Suffisamment de temps pour Riza sente son cœur accélérer, menacer à la fois d'exploser et de se décrocher de sa poitrine.
Mais Mustang resta silencieux et hocha la tête, à nouveau l'air impassible. Le message était passé : ils ne pouvaient pas revenir à leurs anciennes habitudes.
"Merci de votre proposition, lieutenant."
Même seuls dans un bureau, même à trois heures du matin. Ils ne devaient qu'être des étrangers l'un pour l'autre.
"I can't get out of bed today or get you off my mind. I just can't seem to find a way to leave the love behind" (Stuck - Stacie Orrico, oui cette chanson est très vieille)
Mustang est une dramaqueen, je pense que ça c'est canon et il n'y a pas à en débattre. Ma pauvre Riza en revanche...
Un avis ? un kudo ?
