Chapitre 5 : Le monstre, le dragon et le fangieux.

Quand elle se réveilla le lendemain, Hermione se sentait bien et reposée. Elle s'étira et finit par remarquer que son époux n'était pas là, voir même qu'il n'avait pas dormi du tout avec elle. Ce n'était pas grave, juste surprenant, mais ce n'était pas comme si elle avait rêvé de devoir partager un lit avec un homme qu'elle ne connaissait presque pas.

La jeune femme se leva alors et regarda dans l'armoire pour choisir une tenue pour sa journée. Elle n'eut que le temps de prendre une chemise de corps que quelqu'un entra dans la chambre. Elle allait se plaindre en pensant que Rogue arrivait mais vit une jeune femme d'environ son âge qui s'inclina rapidement :

- Oh bonjour… je n'ai pas sonné, s'étonna Hermione.

- Lord Rogue m'a demandé de venir voir si vous étiez réveillée, expliqua la servante. Monsieur nous a expliqué que vous n'auriez probablement pas le réflexe de nous appeler pour votre habillage du matin.

- Je sais m'habiller seule, ne vous inquiétez pas pour moi.

- Je n'en doute pas madame, mais vous êtes maintenant une Lady, fit remarquer la domestique. Je ne suis pas femme de chambre, mais je me ferait un plaisir de m'occuper de vous le temps que vous en trouviez une !

Elle avait oublié, pourtant elle avait vu cela lors d'une de ses leçons avec Sirius et savait qu'elle n'aurait pas le dernier mot. Une dame de la haute société ne pouvait pas faire tout et n'importe quoi et s'habiller était une de ces corvées qu'une Lady n'avait pas le droit de faire seule. Soupirant, elle laissa la bonne l'aider. Celle-ci lui indiqua comment utiliser la salle d'eau, étonnamment moderne pour une maison sorcière, puis eut l'obligeance de la laisser faire sa toilette seule avant de l'aider à s'habiller et de se coiffer :

- Comment vous appelez-vous déjà ? demanda Hermione, embêtée de ne pas avoir retenu tous les prénoms.

- Je suis Emily, dit-elle en la regardant par son reflet dans le miroir, tout en terminant de s'occuper des cheveux de la nouvelle Lady.

- Vous êtes très douée Emily, mes cheveux n'ont jamais été si disciplinés !

- Ma mère est la femme de chambre de Lady Rogue… enfin, la mère de Monsieur j'entends. Il m'est déjà arrivée de la remplacer quand elle était indisposée.

La Lady qu'elle était du réfléchir un instant pour se rappeler convenablement de la hiérarchie des domestiques. Ainsi, la mère d'Emily travaillait directement aux ordres de la maîtresse de maison alors qu'elle-même, qui était une simple bonne, travaillait sous ceux de l'intendante. Elle semblait pourtant bien élevée et sa diction parfaite laissait penser qu'elle avait suivit des cours, lui permettant normalement d'avoir un meilleur poste.

- Voilà madame, vous êtes prête !

- C'est parfait, merci infiniment Emily. Est-ce que vous pourriez maintenant m'indiquer où se trouve mon mari ?

- Il était tout à l'heure dans la salle à manger et vous y attend sûrement encore.

La bonne s'inclina quand Hermione la remercia de nouveau, puis la jeune femme se rendit jusqu'à ladite salle. Elle n'eut pas trop de mal à retrouver son chemin, dans cette grande demeure presque inconnue, et retrouva ainsi Rogue, assit devant un dédale de plats pour un petit déjeuner digne d'un régiment. Son assiette était vide mais il buvait déjà une boisson chaude, apparemment du thé, tout en lisant la gazette du jour.

- Bonjour Milady, dit-il alors distraitement en finissant de lire un article.

- Bonjour Lord Rogue, répondit-elle en prenant place devant l'assiette vide qui était pour elle.

Une fois installée non loin de son époux, elle remarqua qu'il avait détourné son attention du journal pour se concentrer sur elle :

- Vous pourriez m'appeler Severus vous ne pensez pas ?

- Vous ne m'appelez pas Hermione, vous.

- Je ne vous appelle pas Madame Rogue et encore moins Miss Granger.

- M'appeler Milady est du même acabit que de m'appeler « Lady Rogue ».

- À la différence que je n'appelle pas les femmes de mes confrères Milady, mais par leur nom justement.

- Ce serait donc un surnom que vous ne donnez qu'à moi ? ironisa-t-elle.

- Oui, admit-il sans détour. Mais si vous préférez, je peux vous en trouver un autre ! Madame-insupportable peut-être ? Ou bien Madame-je-sais-tout éventuellement, cela vous irait bien ! Ah moins que vous ne préfériez mon lapin vu…

- Ne terminez surtout pas votre phrase ! s'indigna Hermione qui avait trop souvent entendu ce genre de moquerie vis-à-vis de sa dentition. Je ne vous traite pas de vampire malgré vos incisives qui se cachent derrière vos canines de travers !

Rogue la regarda avec stupeur, l'air en colère ou bien juste vexé. Hermione le vit serrer son journal avec plus de force, signe qu'il cherchait à se contenir, puis finit par se lever en posant la gazette froissée :

- Vu qu'il est à la mode de donner des noms d'animaux ridicule à sa compagne, dit-il pour terminer la phrase qu'il n'avait pas eu le loisir de finir. Mais il est clair que vous êtes une satané lionne qui passe son temps à grogner et mordre !

- Je suis deso…

- Gardez vos excuses, cracha-t-il. Qu'est-ce qu'un monstre comme moi pourrait en faire de toute façon ?

La froideur de sa réponse aurait pu faire neiger malgré l'été. Il se dirigea vers la porte et bouscula le domestique qui apportait un énième plat.

- Faites attention où vous allez espèce d'imbécile ! s'énerva le Lord alors que le serveur s'excusait platement.

Sans rien ajouter, il partit et laissa sa femme avec le domestique qui apportait des gâteaux :

- Ça va ? demanda-t-elle au domestique.

- Oui Lady Rogue, répondit-il doucement, gêné qu'elle lui pose la question. Désirez-vous autre chose à manger ?

- Je n'ai pas très faim, admit-elle alors que son estomac était totalement noué.

Une dame entra ensuite en trombe, reprenant une posture droite dès qu'elle se trouva dans l'ouverture de la porte. Hermione se rappela qu'il s'agissait de l'intendante de la maisonnée, une certaine Miss Joy, qui semblait vouloir cacher son inquiétude. Même s'ils n'y avaient eu aucun domestique dans la pièce lors de leur dispute, elle avait dû entendre ne serait-ce que la sortie bruyante du Lord.

- Lady Rogue, le petit déjeuner est-il à votre convenance ? Lord Rogue nous a demandé de préparer ce que l'on trouve d'ordinaire à Poudlard pour être sûr que vous trouviez quelques choses à votre goût.

- C'est gentil…

C'était en effet une attention qui aurait pu lui faire plaisir, si elle n'avait pas gâché la matinée. Car oui, elle avait clairement cherché les ennuis avec son mari qui, pourtant, semblait enclin à faire des efforts. Cela ne changeait pas le fait qu'il était un odieux personnage qui l'avait trompée par la ruse pour une vengeance sinueuse, mais il n'avait pas vraiment été aussi vil qu'elle ne l'eût pensé depuis le mariage.

- Nous allons emballer vos affaires pour votre trajet jusqu'au manoir Rogue, est-ce que vous avez pu voir avec Monsieur si vous préférez faire le trajet en voiture ou en cheminette ?

- Pas encore, répondit doucement Hermione.

- Bien Lady Rogue, je vous laisse à votre repas, nous verrons après cela pour votre trajet.

L'intendante fit signe au serveur de laisser Hermione manger tranquillement puis partit à sa suite. Seule devant tous les plats, elle soupira : elle allait devoir apprendre à être moins directe si elle ne voulait pas des disputes sans arrêt. Espérant qu'il ne serait pas assez rancunier pour ne pas lui donner l'autorisation de travailler, elle se força à manger pour ne pas faire déshonneur aux cuisines.

Quand elle eut terminé, Hermione se demanda où elle devait se rendre. Elle retourna machinalement à sa chambre où les valises étaient déjà prêtes pour leur départ, elle ne savait pas trop où en Écosse, dans sa demeure principale. Son mari n'était pas là bien sûr, il devait être en train de chercher une façon de faire payer à sa femme l'audace qu'elle avait montrée en l'insultant.

Dehors, le soleil était généreux et la jeune sorcière hésita à sortir pour profiter un peu de l'air frais, elle en avait en tout cas bien besoin. Prenant juste un châle, il y avait un peu de vent, elle se décida à profiter du beau temps pour se détendre. Elle descendit et traversa l'entrée en croisant certains domestiques au passage, tous attendant poliment son passage pour ensuite pouvoir reprendre leurs conversations. Sans vouloir sembler paranoïaque, elle eut la sensation qu'elle était le sujet principal de ces blablateries.

À l'extérieur, Hermione décida de laisser ses pas la diriger au hasard. Elle trouvait les jardins adorables, bien fleuris et entretenus avec soin. Les sculptures qui trônaient çà et là étaient de bonne facture mais, surtout, elles étaient remarquablement réaliste, que ce soient celles représentant des hommes ou des femmes que celles représentant des animaux. La jeune femme se dirigea finalement vers une fontaine, cachée derrière la maison et derrière une ranger d'arbre, représentant un serpent géant qui crachait de l'eau par sa gueule béante. Un joli kiosque était non loin, parfait pour le thé de l'après-midi !

Alors qu'elle arriva vers l'ouvrage, elle remarqua que le serpent ressemblait plus à un occamy qu'à un simple petit ophidien. C'était magnifique et bien détaillé mais, surtout, le bruit de l'eau qui tombait en continu dans le bassin du dessous était reposant et détendant. Elle décida de rester là et s'assit sur le rebord de la fontaine, puis elle ferma les yeux pour profiter du soleil et du calme ambiant. Hélas, ce silence fut brisé après quelques minutes à peine par une voix, suivit d'un bruit de chaise.

- … voulais pas voir ça !

- Tu parles de mon mariage, répliqua Rogue.

- Ce n'est pas ce que ça donnait l'impression d'être Severus. J'aurais plutôt parler d'exécution publique.

Hermione se pencha discrètement pour voir qui était avec son mari, au niveau du kiosque qui se trouvait derrière la fontaine. Rogue était avec une femme d'une quarantaine d'année probablement, distinguée et d'un rang sûrement égal au sien. Ses cheveux blonds étaient longs et tombaient harmonieusement jusqu'à ses omoplates, dans une coiffure sophistiquée entre le chignon et les cheveux tombant. Ses yeux semblaient clairs et donnaient à son visage un air froid, en adéquation avec sa posture droite sur sa chaise. Hermione était presque certaine de lavoir déjà vue, sans réussir à se souvenir où exactement, en tout cas, les deux intrus n'avaient clairement pas remarqué la jeune femme et continuèrent de parler.

- Es-tu vraiment venue jusqu'ici pour te moquer Narcissa ?

- Loin de moi l'idée de paraître mauvaise Severus, tu sais pertinemment que je suis seulement inquiète pour toi.

- C'est pour cela que tu as envoyé un de tes espions hier soir ? Oh, ne fais pas cette tête, tu es douée en métamorphose, mais pas autant que Minerva.

- Qu'est-ce qui m'a trahie ?

- Il n'y a pas d'écureuil roux par ici, expliqua Rogue. Bien que tu sois en droit de faire ce que tu veux de tes elfes, je te prierai de venir me voir directement, comme aujourd'hui.

La sorcière blonde eut un sourire entre admiration et tristesse avant de répondre :

- Sache que je ne veux que ton bonheur Severus, quoi que tu puisses penser. Tu es cher à mes yeux, tu es un ami précieux.

- Mais tu ne valides pas mes choix.

- Si encore je pensais que tu serais heureux avec cette sang de bourbe, je ne dirais rien. Mais franchement, mis à part blesser mon cousin, tu t'attires surtout les foudres de beaucoup.

- Ton mari en particulier ? demanda Rogue en ricanant.

- Lucius n'est pas ton ennemi, tu le sais pertinemment.

- Certes, mais s'il est celui de ma femme, il risque de devenir le mien.

Cela sonnait comme une menace, en était-ce une ? Hermione le pensait en tout cas, mais elle n'aurait su dire ce qu'elle en pensait. En revanche, le prénom du mari de l'inconnue lui revint en tête et la jeune femme comprit de qui il s'agissait : Lady Malefoy. Bien entendu elle ne l'avait jamais vu, ce n'était pas le genre de dame à se rendre à la gare pour déposer son enfant au Poudlard Express. En revanche, Hermione connaissait très bien ledit fils de cette Lady, Drago Malfoy étant entré à Poudlard la même année qu'elle. Ce n'était clairement pas un ami à elle, loin de là, ils étaient même plutôt l'inverse au vu du discours raciste de ce dernier, qu'il tenait sans aucun doute possible de son père.

- Severus… soupira Lady Malfoy.

- N'essaie pas de me faire la morale Cissy ?, tu me connais depuis suffisamment longtemps pour savoir que cela ne servirait à rien à part m'agacer.

- Je le sais, admit-elle avec lassitude. Mais tu ne sauras m'empêcher de m'inquiéter pour toi.

- Cela me touche, accorda froidement Rogue, mais je te promets que tout se passera bien. Si Lucius s'occupe de ses affaires, je ne doute pas que les autres en feront de même et, quant à mon bonheur…

Il ne termina pas sa phrase, comme s'il hésitait ou plutôt comme s'il ne savait tout simplement pas quoi dire. Hermione se pencha à nouveau pour le voir et fut surprise de voir que Lady Malfoy l'avait enlacé :

- Tu devrais y aller, grogna-t-il finalement après quelques secondes.

- Oui, je sais.

Lady Malfoy le relâcha et avec un air triste posa sa main sur l'épaule de Rogue :

- Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, écris moi d'accord ?

- Je ne vois pas de quoi j'aurais besoin.

Après un léger sourire amusé et désespéré, la blonde se leva, salua une dernière fois le sombre sorcier et disparue dans un pop caractéristique du transplanage. Hermione resta silencieuse, cachée derrière la fontaine et entendit un bruit sourd. Son mari avait donné un coup de pied ou de poing contre la table ou l'une des chaises du kiosque, avant de s'éloigner. Heureusement, il ne prit pas la direction de sa femme qui resta à sa place en retenant sa respiration un temps.

Une fois certaine d'être seule, elle reprit une grande inspiration et se rassit. Devait-elle s'inquiéter de Lucius Malfoy ou d'autres Lords ? Pourtant, elle ne vivait pas à l'époque de la grande séparation, ni même à celle de la mère de son meilleur ami… le racisme de sang était toujours existant oui, mais pas énormément plus que celui du sexe en général et il n'y avait plus d'attaques mortelles recensées contre des sang impurs. Contre des moldus oui, hélas parfois, mais sans revendications d'un groupuscule quelconque.

De toute façon, elle ne risquait pas grand-chose, elle savait se défendre et n'avait pas peur de se battre si nécessaire, cela lui était déjà arrivée, contre d'autres élèves comme Drago, contre des trolls, des centaures et même contre un vampire. Mais Lady Malfoy… devait-elle s'inquiéter d'elle ? Elle semblait proche de Rogue, un peu trop même pour que cela soit totalement décent ! Non pas qu'elle se retrouvasse jalouse, mais si la blonde l'était, Hermione se devait de faire attention, non ? Une femme envieuse pouvait être pire qu'une acromentule !

Alors que la jeune sorcière se voyait déjà lancer un incendio sur une araignée blonde, elle sursauta en entendant Emily :

- Lady Rogue, je suis désolée de vous déranger, dit-elle en s'inclinant, mais monsieur vous cherche pour le départ.

- Déjà ? s'étonna Hermione.

- Oui Madame, la voiture est prête et n'attend que vous.

- Nous ne prenons donc pas la cheminette…

- Le cocher devant forcément faire le trajet pour ramener la voiture et les valises, je crois savoir que Monsieur a décidé qu'il serait dommage de ne pas profiter du trajet.

- Oh… je vois.

Hermione se redressa, pas spécialement ravie de devoir passer des heures assise dans une voiture tirée par des créatures magiques sur des routes mal entretenues. Pire encore, combien de temps allait-il falloir pour rejoindre l'Écosse ? Des jours probablement, mais avait-elle le droit de se plaindre après sa bourde du petit déjeuner ? Sans rien ajouter, elle suivit donc Emily pour ne pas se perdre dans le jardin.

Devant la demeure, elle vit en effet le véhicule et les affaires toutes accrochées derrière. Les chevaux ailés semblaient pressés de partir, bougeant leurs pattes et secouant leurs plumes.

« Par tous les fondateurs de Poudlard… on ne va pas rouler mais voler ! » comprit d'un coup la jeune Lady.

Cela semblait logique bien sûr, une fois devant des animaux aux si grandes ailes et surtout, au vu de la distance à parcourir jusqu'en écosse. Seul problème, la jeune sorcière avait en horreur le fait de voler. Elle se savait en sécurité oui, elle pouvait toujours stopper une potentielle chute, mais le vertige ne se contrôlait pas aussi facilement. Inspirant profondément, elle décida de faire comme si tout allait parfaitement bien.

Rogue était en train de parler avec les domestiques. En s'approchant, la jeune femme remarqua qu'il s'était changé par rapport à tout à l'heure, arborant une tenue de cavalier en lieu et place de ses vêtements chics habituels. Il n'avait pas mis de couleur bien entendu, le noir restait prédominant, mais il semblait moins austère et moins strict avec cette tenue plus ample.

- … à tous pour votre excellent travail, disait-il. Je ne sais quand je reviendrais, ainsi je compte sur vous tous pour continuer de prendre soin de ma mère !

- Vous pouvez compter sur nous mon Lord, répondit l'intendante en s'inclinant.

Hermione se retrouva à côté de son époux et les domestiques la saluèrent tous d'une révérence cordiale. Rogue se tourna ensuite vers elle et garda le silence un instant, comme cherchant ce qu'il allait dire.

- J'ai pris l'initiative de demander à Miss Modesty de venir avec nous pour vous servir de femme de chambre le temps que vous en trouviez une.

- Qui donc ?

- Emily, répondit l'intendante en souriant avec bienveillance. Elle n'est pas femme de chambre en temps normal mais elle fera de son mieux pour vous servir en attendant que vous embauchiez une dame de compagnie.

- Miss Modesty sera parfaite, à n'en point douter, continua Rogue pour clore le sujet.

La susnommée rougissait et regarda le sol un instant, comme si elle aurait aimé disparaître. Hermione la remercia de son aide à venir et regarda la voiture dans laquelle on l'invita sans attendre à entrer. Emily entra à sa suite puis Hermione vit Rogue fermer la portière :

- Vous ne montez pas ? s'étonna-t-elle en le regardant par la fenêtre.

- À trois nous serions trop serrés, répondit-il froidement. Le trajet va durée quelques heures, je suppose que vous serez beaucoup mieux sans m'avoir face à vous tout ce temps.

Bien… il lui en voulait toujours. Elle aurait voulu s'excuser mais elle était certaine qu'il ne la laisserait pas faire. Pour le coup, elle comprit aussi mieux la tenue de son mari. Il allait probablement faire le trajet avec le cocher, à l'avant. Enfin, c'était ce qui lui avait semblé logique, jusqu'à ce qu'un homme d'écurie arrive avec le frison de Rogue. Hermione regarda la monture, se demandant de quel genre d'abraxan il s'agissait en réalité. Son mari tourna la tête vers elle un instant puis, avec sérieux, rompit le charme de confusion pour sa femme, comme il l'avait fait avec ceux qui tirait la voiture.

Avec un léger sursaut qu'elle tenta de contenir au mieux, elle vit la vraie nature du majestueux frison. Hermione n'aurait pas su dire de quelle race il s'agissait, n'ayant jamais vu une telle créature dans ses livres de cours ou de distraction. La monture était aussi grande qu'un gronian mais plus mince, si ce n'était maigre, laissant apparaitre en partie ses cotes, comme un sombral. Cela n'en était pas un pour autant, la jeune femme en ayant déjà vu de près dans la forêt interdite de Poudlard, Hermione ayant déjà été confrontée à la mort plus d'une fois hélas. Les yeux de la créature étaient blancs, mais sa tête n'était pas celle d'un dragon, c'était bien celle d'un cheval. Son pelage, comme sous sa forme de frison, était aussi noir que les vêtements de son cavalier. Bien entendu, il avait des ailes, et comme celle des sombrals, elles étaient dépourvues de plumes, à la manière de celles de chauve-souris.

En résumé, si Hermione devait dire de quoi il s'agissait, elle aurait eu tendance à penser que cette monture ailée était un hybride entre les deux espèces qu'elle avait eu en tête. Il était bien loin de la beauté de ses confrères de courses et même si elle savait que ce n'était pas une raison suffisante, Hermione se sentait effrayée. Elle détourna alors le regard, remarquant ainsi que sa nouvelle femme de chambre – elle allait avoir du mal à s'y habituer – regardait aussi la monture dehors, à la différence qu'elle semblait fascinée ou émerveillée.

- Allons-y ! ordonna alors Rogue à l'extérieur.

Moins de deux secondes plus tard, la voiture se mit à bouger et moins de cinq secondes supplémentaires après cela, elle décolla. Hermione ferma les yeux et s'agrippa comme elle put à la banquette :

- Vous allez bien Madame ?

- Oui, tout va bien, répondit-elle en essayant de paraître détendue.

- Monsieur Van Brunt est un excellent cocher, nous sommes entre de bonnes mains, assura la servante en souriant. Même si Lord Rogue est le meilleur pour ce qui est du vol avec des chevaux ailés !

Hermione suivit alors le regard d'Emily qui observait justement ledit cavalier. Avec une aisance flagrante, ce dernier planait non loin du véhicule, sa cape et ses cheveux, même attachés, voltigeant dans son dos au rythme des bourrasques qui les fouettait sa monture et lui. Il avait l'air serein et semblait étonnamment passer un bon moment malgré l'altitude et les inconvénients de son mode de transport. Avec son hybride, ils formaient une paire étrange mais moins effrayante qu'au sol, comme s'ils étaient plus libres, n'ayant cure de ce qui les entouraient.

S'il n'y avait pas eu autant de distance entre elle et le sol, elle aurait peut-être regardé ce cavalier hors normes plus longtemps, mais elle préféra éviter de le faire pour ne pas paniquer, ni vomir. Elle regarda un moment Emily mais, toujours aussi mal à l'aise, elle opta pour simuler la fatigue. Elle ferma alors les yeux et se cala comme son mari la dernière fois, espérant s'endormir réellement pour ne pas avoir à supporter trop longtemps le trajet.

Le sommeil ne vint pas et le trajet fut long, jusqu'à ce qu'Hermione entendisse Emily glapir. Rouvrant ses paupières, la lumière éblouit la jeune femme pendant quelques secondes puis elle vit enfin ce que la femme de chambre temporaire observait dehors :

- Par Merlin, un dragon noir des Hébrides ! s'exclama Hermione. C'est la première fois que j'en vois un en liberté !

- Je savais qu'ils étaient natifs de la région, mais je n'imaginais pas en voir un jour ! admit Emily.

- Nous sommes dans les Hébrides ?

- Oui Madame, nous survolons l'île de Skye depuis quelques minutes maintenant. Nous serons bientôt arrivés au manoir je pense.

- Vous n'y êtes jamais allée ?

- Non Madame, mais Lord Rogue m'en a souvent parlé lors de ses visites à sa mère.

Le dragon était à bonne distance mais il restait impressionnant à voir, surtout quand il bougeait ses ailes pour se maintenir à bonne hauteur, le plus loin possible des humains sans aucun doute. En même temps, mise à part de grandes étendues d'herbe, aux couleurs variant du vert au jaune, des rochers et des points d'eau, il n'y avait pas grand-chose et en particulier pas d'âmes qui vivent. C'était donc dans cet environnement sauvage qu'elle allait vivre ? Cela allait clairement lui changer de Londres.

Perdue dans ses pensées, elle en oublia presque qu'elle volait et put ainsi admirer encore un instant le dragon, jusqu'à ce qu'il disparaisse de l'horizon. Une fois les cieux à nouveau vierges, elle tourna la tête pour se reposer encore un peu, mais son attention se porta d'abord sur le cavalier semi-solitaire. Son époux regardait dans sa direction, elle en était certaine, mais cela ne dura que quelques secondes, tout au plus.

Il devait avoir froid, car même avec une tenue adéquat au sol, la température à cette hauteur n'était pas la même. D'autant qu'ils avait quitté le climat londonien pour celui d'une île perdue d'Écosse. Au moins ne pleuvait-il pas et les environs étaient… pittoresques, mais Hermione n'aurait jamais imaginé vivre sur cette île un jour, surtout au vu de la réputation de celle-ci : deux semaines de beau temps par an, pluie et vent le reste du temps. Son époux s'était bien gardé de lui annoncer le lieu de sa résidence principale, soit pour éviter des complaintes soit car il trouvait cela inutile à préciser. Enfin, en même temps, il ne parlait pas tant que ça tout court.

D'un coup, elle vit Rogue descendre en piqué et retint de justesse une exclamation d'angoisse à cette vue. Elle avait bien fait, car déjà il n'était pas tombé mais préparait juste son atterrissage, deuxièmement parce qu'elle aurait eu l'air bien bête face à Emily qui, elle, semblait se réjouir et surtout s'amuser alors que la voiture se mit à tournoyer pour descendre aussi, plus délicatement que le cavalier solitaire.

Si elle n'avait pas eu autant envie de vomir, elle aurait sûrement plus longuement profité de la vue sur l'immense propriété qui se trouvait sous eux. Un manoir imposant entouré d'un jardin tellement grand qu'il était impossible de savoir où il se terminait exactement. Hermione vit rapidement un point d'eau un peu plus loin, ainsi que ce qui semblait être un pré avec des chevaux, sûrement tous ailés et même une sorte de labyrinthe au abord d'une forêt.

Une fois enfin au sol, Hermione se détendit. Elle était en vie et n'avait pas fait ressortir son petit déjeuner à l'air libre. La portière de la voiture s'ouvrit et, si elle avait pu, la jeune Lady aurait sauté hors du véhicule pour profiter de la terre ferme. À la place, elle se contenta d'accepter la main tendue de Rogue qui lui avait ouvert, silencieux. Sa main était glacée et ce même s'il avait voyagé avec des gants qu'il venait de retirer :

- Vous êtes gelé ! fit-elle remarquer.

- Il n'y a pas de magie de chauffe sur ma monture, vous me voyez désolé de vous donnez froid à ce point en vous prenant la main ! ironisa-t-il avec un ton plus glacial encore que sa peau.

- Vous devriez surtout allez vous réchauffer avant de tomber malade, répondit-elle sans surenchère narquoise.

Non pas qu'elle s'inquiétait pour son mari, si elle devenait veuve, elle garderait les avantages de son nouveau titre. Mais tout de même… elle se doutait bien que s'il avait préféré ne pas monter en voiture, c'était en grande partie à cause de leur dispute du petit déjeuner et de ce qu'elle lui avait dit.

- Je suis certain que vous feriez une veuve éplorée très convaincante, marmonna-t-il.

Hermione fronça les sourcils face à cette remarque mais il la lâchait déjà pour apporter son aide à Emily, qui piqua un far en voyant son employeur lui tendre la main. Ce n'était en effet pas quelque chose de courant mais elle accepta cette aide avant de le remercier chaudement. Sans avoir, pour l'heure, le temps de se questionner sur les us et coutumes de Rogue, un homme au teint hâlé s'approcha et s'inclina devant eux alors que le Lord des lieux prenait la parole :

- Bonjour Madhi.

- Bonjour mon Lord, comment était le trajet ?

- Froid, répondit-il sans détour.

Il fallut quelques secondes et surtout un toussotement de la part du fameux Madhi pour que Rogue se rappelle qu'il n'avait pas fait les présentations officielles :

- Hermione, voici Madhi, le majordome du manoir.

- Enchantée, dit-elle en souriant.

- Tout le plaisir est pour moi Lady Rogue !

Avec grâce, il s'inclina à nouveau, cette fois en sa direction. Il semblait digne de son poste, dans une demeure telle que le manoir qui faisait face à la jeune mariée. Avec sérieux mais bonne humeur, il continua :

- Nous sommes tous ravis de vous rencontrer enfin et nous espérons que vous trouverez ici une demeure digne de vous.

- Je n'en doute pas, répondit-elle en se sentant rougir.

- Venez, ordonna cette fois Rogue qui se rendit compte un peu trop tard de la férocité du ton employé. Je vais vous présenter les autres, reprit-il plus calmement.

Le majordome suivit alors ses maîtres jusqu'à plusieurs personnes qui attendaient en rang bien droit, comme la veille avec les domestiques de la maison Londonienne. La différence résidait dans leur nombre, bien moins important malgré la taille de la demeure, quant à elle bien supérieure :

- Voici Ann Slipper, l'intendante du manoir, expliqua Rogue devant une femme d'une trentaine d'années qui s'inclina poliment.

Elle était bien jeune pour un poste de cette importance, pourtant, la brune au léger embonpoint et au regard châtaigne semblait prendre son rôle au sérieux. Hermione avait l'impression de pouvoir faire confiance en cette femme au sourire discret. Rogue continua :

- Voici Raphaël Slipper, le jardinier du domaine et le mari d'Ann, prit il le temps de préciser.

Contrairement à sa femme, l'homme massif face à elle n'était pas très à l'aise et il était clair qu'il préférait être avec des plantes plutôt qu'avec des humains. Il s'inclina un peu trop, mais loin de trouver ça risible, Hermione préféra sourire avec bienveillance pour le détendre. Puis son époux sembla chercher quelqu'un aux côtés des deux employés déjà présentés. Sa femme remarqua alors une petite fille qui se faisait discrète :

- Où est ton frère Amy ? demanda-t-il doucement.

- Il est quelque part…

La petite, qui regardait ses chaussures avec un sourire taquin aux lèvres, ne termina pas sa phrase alors que l'intendante semblait embêtée en regardant autour d'elle :

- Je suis sincèrement désolée maître Rogue, je lui avais pourtant dit de se tenir tranquille…

- Un enfant de 8 ans peut-il seulement être tranquille ?

Bien qu'il ne laissa rien transparaître sur son visage, Hermione eut la sensation que son époux venait de faire de l'humour. Loin de réprimander ses employés, la jeune Lady crut même le voir faire un rapide clin d'œil à la fillette avant qu'il n'haussasse les épaules, tandis que Raphaël répondit :

- Certainement pas notre petit Jack. Il est pire qu'un dirico !

Ces oiseaux magiques avaient la sale manie de disparaitre à répétition, en particulier quand ils se sentaient extrêmement joyeux ou en danger. L'enfant en question devait donc être un brin bougon, ce qui pouvait être amusant en fonction dudit dirico, surtout s'il était aussi canaille que le laissait présager le sourire de sa sœur. Sans plus s'attarder, Rogue se contenta de présenter ensuite Ursula, la cuisinière, une dame entre deux âges, puis les deux palefreniers et les deux bonnes.

- Les elfes se présenteront d'eux même au fur et à mesure, termina Rogue.

- Oh, il y a des elfes de maison ici ?

- Pour tenir une telle demeure, c'est quasiment inévitable.

- Voulez-vous vous reposer devant une bonne tasse de thé après un tel périple ? intervint Madhi.

- J'aimerai me dégourdir les jambes et visiter le manoir, admit Hermione avec un peu trop d'entrain et de curiosité.

Le majordome regarda son Lord qui levait déjà les yeux au ciel. Il voulait probablement se réchauffer avec une tasse de thé, surtout après son trajet, mais elle ne lui demandait pas de la suivre ! Pourtant, il regarda ses employés et dit avec calme :

- Ann, montrez à Emily ses quartiers je vous prie et expliquez-lui les règles du manoir. Madhi, préparez mon bureau pour tout à l'heure s'il vous plaît. Ursula, je vous laisse le soin de préparer de quoi boire pour après notre visite. Les autres, retournez à vos occupations quelles qu'elles soient.

- Si vous préférez vous reposer…

- Me dégourdir les jambes ne sera pas du luxe, la coupa-t-il.

Ce fut ainsi que son mari, sans plus de cérémonie, la fit entrer pour commencer la visite de l'impressionnant manoir… sa nouvelle demeure. Bien loin de ce dont elle avait l'habitude, elle arriva dans une entrée plus grande encore que la salle de réception de Minerva. Tout était de marbre et autres matériaux luxueux, décoré sobrement mais avec de l'art fin disposé aux murs ou sur les meubles de bonne facture. Les pièces se succédaient de façon plus ou moins logique, il était clair que la jeune Lady allait se perdre plus d'une fois, mais elle tomba en amour devant le jardin d'hiver qui donnait sur l'extérieur grâce à de grandes baies vitrées. Là, des pots de fleurs colorés ornaient chaque coin de cette pièce chaleureuse, où trônait un tableau géant représentant un kiosque au bord d'un petit point d'eau.

Apres avoir vu les salles de réceptions et autres lieux de réjouissances, ils passèrent succinctement devant les cuisines avant de visiter les pièces de l'aile ouest. Au premier étage se trouvait un salon privé, un boudoir, un bureau et une salle d'eau. Au second, elle trouva les chambres d'amis et deux salles de bains complémentaires avant d'entrer dans une chambre plus spacieuse :

- La décoration n'étant pas mon fort, je vous laisserai le soin de faire de cette pièce votre propriété, dit-il en croisant ses bras dans son dos de façon cordiale.

C'était donc leur chambre à coucher. Elle était en effet affreusement neutre, voir austère, contrairement aux autres pièces du manoir. Elle regarda un peu tout le mobilier, de haute qualité naturellement, et tenta d'imaginer ce qu'elle pourrait installer pour que la chambre soit plus accueillante. Son regard se posa ensuite sur une porte qu'elle ouvrit pour y trouver une salle de bain privative, bien aménagée et plus spacieuse que les autres. Elle en fut surprise… autant les sanitaires devenaient courant dans les demeures londoniennes moldus et sorcières, mais ici… surtout dans un manoir aussi vieux et d'une famille de longue lignée de sang pur, elle avait imaginé devoir user de magie plus souvent.

Loin de s'en plaindre, Hermione continua son observation et s'approcha d'une autre porte, finement sculptée, aux motifs floraux. Son mari s'interposa entre elle et le bois massif décoré et reprit la parole après avoir été un bon moment silencieux :

- Vous n'aurez jamais à ouvrir cette porte !

- Pourquoi cela ?

- Il s'agit de ma chambre !

- Votre chambre ? répéta-t-elle, surprise.

- Souffrez-vous d'écholalie ? À moins que vous ne soyez affreusement déçue de ne pas partager votre couche avec votre mari ?

Il était vrai que beaucoup d'époux faisaient lits à part, mais elle s'était en effet imaginée devoir partager sa chambre avec Rogue. Ce n'était néanmoins pas une si mauvaise nouvelle, elle serait libre de ses mouvements et n'aurait pas à partager sa couette.

- Rassurez-vous, vous n'aurez pas à supporter le moindre monstre dans votre sommeil ! Sauf peut-être le croquemitaine du placard.

Par réflexe, Hermione regarda en direction du meuble en question et se rendit compte que c'était stupide. Puis elle repensa à la phrase exacte que venait de dire son mari et se tourna vers lui, ne sachant pas exactement quoi dire mais se doutant qu'il était de bon augure de ne pas faire croire à Rogue qu'elle le trouvait monstrueux. Enfin…

Heureusement, ce dernier était déjà vers la sortie de la chambre, silencieux à nouveau. Il n'en avait rien à faire de ce qu'elle pouvait penser de lui, ce n'était pas si surprenant après tout. Oui, faire chambre à part était une bonne idée ! Dans le couloir, Hermione regarda la porte adjacente à celle de sa chambre et comprit qu'il s'agissait de l'entrée principale de la chambre interdite.

Alors qu'ils se dirigeaient vers l'aile est, dans un calme olympien, Rogue ralentit le pas de façon assez curieuse. Il semblait écouter attentivement ce qu'il se passait, comme si un troll allait se matérialiser devant lui. À la place, un dirico sauvage apparut au détour d'un couloir et sauta sur lui sans ménagement. Il aurait simplement pu repousser l'assaut ou attraper par la chemise le garnement qui l'attaquait, pourtant il « trébucha » et « tomba », ou plutôt s'allongea-t-il au sol.

- Diantre, une goule ! pesta-t-il une fois à terre.

- Mais nan, je suis un fangieux ! corrigea le jeune garçon en montrant une fausse carapace faite en papier et collée dans son dos.

- Oh, je vois ! répondit le Lord comme s'il s'agissait d'une évidence. Dois-je conclure que je suis mort écrasé ?

- Bin oui, s'exclama Jack qui se tourna ensuite vers Hermione. Et vous, vous devez paniquer !

- Je doute que… commença Rogue.

Hermione mit sa main sur sa bouche et dit d'un air faussement apeuré :

- Oh, un fangieux enragé ! Que vais-je bien pouvoir faire ?

Rogue haussa un sourcil circonspect alors que Jack se redressa en levant les bras, ressemblant plus a un inferius qu'à un tronc d'arbre sur pattes, mais la jeune Lady se retint de tout commentaire, le garçon semblant s'amuser. Puis une petite voix féminine intervint et Amy pointa un bout de bois sur son frère :

- Je vais vous protéger Lady Rogue ! Flipendo, cria-t-elle.

- Hey, tu étais censée être un monstre toi aussi, traîtresse !

- Je suis une grande sorcière ! corrigea Amy. Et je récolte les langues de fangieux pour faire des potions.

- Mais heu…

- Désolé Jack, mais vous êtes censé tomber sur le dos, fit remarquer Rogue, et donner votre langue à votre sœur !

- Mais sans langue je ne peux plus parler !

- Et ça nous fera des vacances ! s'exclama Amy.

- Bin moi, je vais t'arracher les yeux, se plaignit Jack.

- Je vais le dire à maman !

- Non, mais, c'était juste une blague !

Amy partait déjà en courant et Jack la suivit en semblant paniquer. Hermione ricana alors et Rogue se redressa, remettant ses vêtements en ordre :

- Sont-ils toujours aussi vifs ?

- Seulement quand ils retrouvent leur victime favorite.

- Je n'aurai pas cru ça possible…

- Quoi donc ? Que je puisse accepter de perdre face à des enfants de 8 ans ?

- Que vous puissiez faire de l'humour, corrigea-t-elle en souriant amusée. Perdre face à un enfant, ça, c'est logique. Qui peut gagner face à deux fripons comme eux ?

- Vous vous en êtes bien sortie.

- Uniquement parce que j'ai été sauvée in-extremis par une potioniste !

- Vous avez eu de la chance en somme ! Néanmoins, je vous conseille de vous méfier, même s'ils sont adorables la majorité du temps, ils sont du genre à aimer faire sursauter les gens au détour des couloirs.

- Ce sont les peeves de ces lieux ?

- À la différence que peeves a peur du baron sanglant alors qu'eux ont juste peur de leur mère !

- C'est bon à savoir.

Rogue eut un léger sourire qui, pour la première fois de la journée, ne sembla pas mauvais. Il se reprit cependant bien vite et regarda devant lui :

- Continuons la visite voulez-vous ?

- Si vous préférez aller boire un thé, je peux le comprendre.

- Et ne pas vous montrer la bibliothèque ? C'est pourtant le lieu dans lequel j'espère vous perdre pour avoir la paix devant ma boisson chaude.

- J'avoue que votre plan est judicieux, admit-elle amusée. Je veux bien voir votre bibliothèque.

Sans rien ajouter de plus, il reprit la marche et Hermione trouva des points de repère pour facilement retrouver sa route jusqu'à la pièce qu'elle espérait digne d'intérêt. Et, cela dépassa ses espérances ! Une vaste pièce aux étagères de bois massifs qui touchaient le plafond et qui n'avait rien à envier de la bibliothèque de Poudlard. Oh, bien entendu, c'était plus petit que celle du château, mais pour une collection personnelle de livres, c'était déjà extraordinaire.

- Les ouvrages sont triés par genre, puis par auteurs. Je préfère ce système à celui du rangement par titres, mais je ne suis pas opposé à ce que vous changiez ça si cela vous arrange. Les seules bibliothèques que je vous demande de ne pas bouger sont celles du fond.

- Pourquoi cela ? s'étonna Hermione.

- Ce sont mes bouquins de recherches, répondit-il simplement. Sur ce, le reste de la maison étant en majorité les parties liées aux employés, je suppose que j'ai mérité ma boisson chaude.

- Oui, marmonna-t-elle distraitement alors qu'elle était déjà en train de regarder les tranches de livres disponibles sur les étagères les plus proches.

- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, il vous suffit de tirer sur les cordes qui sont disposées un peu dans chaque pièce, comme celle-ci.

Rogue lui montra une corde noir qui pendait à côté de l'une des fenêtres et la jeune femme se souvint en avoir vu dans sa chambre et d'autres pièces. Elle remercia son époux qui partait déjà. Finalement, il avait su se montrer plus sympathique qu'elle n'aurait pu penser. Bien sûr, elle se méfiait toujours, mais peut-être que cela vaudrait le coup de faire quelques efforts, surtout s'il était capable d'en faire autant.

Étonnée par ses propres pensées, elle secoua la tête et reporta son attention sur les livres. Enfin pouvait-elle se replonger dans son activité favorite, ce qu'elle n'avait pas eu l'occasion de faire depuis plusieurs jours maintenant à cause des préparatifs de son mariage. Ici, elle allait avoir de quoi se divertir et oublier les raisons qui l'avait menée dans un endroit aussi majestueux que perdu, au côté d'un sorcier aussi sombre que surprenant.